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Humour/Détente
widjet : Mort d'un requin - 2/2 (une enquête de l'inspecteur Widjet)
 Publié le 20/12/09  -  15 commentaires  -  64794 caractères  -  133 lectures    Autres textes du même auteur

Suite et fin de "L'affaire Cizofeuye".


Mort d'un requin - 2/2 (une enquête de l'inspecteur Widjet)


NOTE : afin de pouvoir suivre (et pourquoi pas résoudre l'enquête AVANT Widjet & Paulo !), l'auteur recommande au lecteur de relire la première partie.



Jeudi 7 février 2008 : 2 jours avant l’intervention de l’auteur


15 h 27 sur la place de la Nation. Il fait gris. Le vent est sec comme un coup de trique. Visages rougeauds et lèvres craquelées, des boulistes rigolards maltraitent le cochonnet devant les squelettes boisés des platanes tandis que les badauds silencieux se réchauffent en tétant leurs clopes ou en soufflant sur leurs doigts tordus par le froid.


Attablé « Au canon de la Nation » en compagnie de son copain détective, l’inspecteur Widjet regarde la liste qu’il a sous les yeux, et tire un trait sur le nom d’Hugues.


Pierre Cizofeuye

Jeanne Epachingé

William Stramgram

Paula Royid

Edmond Kucédupoulé

Jamal O’Krane

Hugues

Alain Tramuros

Alex Tramuros


- Ça commence à faire beaucoup de cadavres, dit-il à son acolyte.

- Beaucoup trop, approuve Paulo.


Les deux hommes viennent de quitter la morgue animale où ils ont pu identifier la victime canine. Le clébard a été descendu d’une balle de fusil de chasse dans le dos. Il est mort les yeux grands ouverts, la langue pendante avec en prime un large sourire qui sortait de sa gueule pleine de bave sanguinolente.


- Au fait, t’as pu trouver quelque chose sur le dossier de Cizofeuye ? demande Widjet.


Paulo hoche la tête, en se frottant les pognes.


- Plutôt, ouais ! En fouillant dans la vie d’ce pourri, j’ai remarqué un truc qui m’a troué l’derrière.

- Raconte.

- Voilà, dans la tripotée de mecs qui détestait cet enfoiré, il y avait un autre type avec un profil un peu différent. Un gars d’la campagne.

- Ouais, j’ai noté ça aussi, acquiesce le flic. Un pote d’enfance, je crois. Un Lucas…

- Lucas Lote, complète Paulo. Un agriculteur.

- C’est ça. Tu penses qu’il y a un rapport ? Il est mort il y a trente ans ce gars, non ?

- Affirmatif, confirme le privé. En septembre 78. Accident de voiture d’après ce que j’ai découvert. Hier, j’ai fait un saut dans son bled et j’ai r’trouvé des bouseux du coin qui l’ont bien connu. Pour eux, la mort du fermier est plus suspecte que la présence d’un skinhead dans un concert negro spiritual.

- Un meurtre maquillé en accident ?

- Tout juste, mon gars. On aurait saboté les freins d’sa caisse.

- Pourquoi ?

- Toujours d’après ces péquenots, Lote s’était opposé à Cizofeuye, y’a pas mal d’années. Pour te la faire courte, c’était à propos d’une vente de terrain. Rapidement, l’histoire est partie en cacahouètes. Lucas avait fini par réunir des preuves sur les magouilles du millionnaire ; il était sur le point de tout balancer aux journaleux quand il s’est fracassé contre un mur. Bien sûr, l’affaire a été étouffée comme un pet foireux.

- Autre chose sur cet homme ?

- Ouais. Un mec clean à c’qu’il paraît ce Lote, grande gueule, mais réglo. Dans son pat’lin, Lucas était respecté par tous les paysans au point qu’il s’faisait appeler… « l’Ambassadeur », non, le « Magistrat », ah non… bref, un truc dans l’genre.

- Pas grave. En tout cas, merci mon vieux, t’as fait du super boulot.

- Attends, c’est pas fini ! renchérit Paulo. Je t’ai gardé le plus croustillant pour la fin ! Lote était marié à une greluche qui n’a jamais pu lui donner d’enfant. Alors, j’ai creusé encore un peu et j’ai appris que l’agriculteur avait trempé sa graine ailleurs. Accroche-toi, mon colon : Lucas a eu un mioche !

- Sans blague ?

- Exact. Un marmot qu’il a élevé dans le dos d’sa régulière pendant des années et à qui il a transmis toute sa philosophie, ses valeurs sur le respect d’la terre, ses techniques d’agriculture, son amour des légumes, ce genre de conneries, tu vois…

- Et ce gosse, qui c’est ?


La mine du privé s’assombrit.


- C’est là que ça merde. Quand j’ai parlé du môme à ces ploucs, plus personne n’a moufté, comme si ces culs-terreux protégeaient le gamin.

- Un gamin qui doit être un homme d’âge mûr, maintenant.

- Un homme… ou une femme, complète Paulo.


Le mobile du flic vibre. Un numéro masqué. Lorsqu’il décroche, Widjet entend un souffle rauque sur la ligne. Puis, un grognement. Enfin, un aboiement lui vrille les tympans. Agacé, le policier se tourne vers son partenaire.


- Un clébard pour toi, fait l’inspecteur, en tendant l’appareil au détective.


Après dix minutes de jappements et de cris aigus, Paulo finit par raccrocher.


- La piste de Hugues est bidon, râle le privé, en tapant le poing sur la table, faisant sursauter les tasses.

- Qui c’était au téléphone ?

- Un teckel à poil long, une femelle sicilienne. Une certaine Marie Basmati.

- …

- C’est une des gonzesses du berger allemand. Elle m’a dit qu’il a été rectifié par son mari jaloux, Rex O’ Nahom, un setter irlandais. Il les aurait surpris en pleine séance de baise.

- Cela explique la mine qu’avait le cabot quand on la repêché. Une belle mort, quoi.

- La meilleure, fait Paulo amer. En tout cas, maintenant on sait que le clebs n’a rien à voir avec l’affaire.

- Fait chier, maugrée le flic. Nous revoilà au point de départ.


Les deux amis règlent leurs consommations et se lèvent. Les nuages se mettent à crachoter quelques gouttes de pluie. Soudain, alors qu’ils sont sur le point de quitter le café, trois projectiles foncent droit sur les deux hommes.


- Baisse toiiiii ! hurle le privé en plongeant sur le côté.


Trop tard. Widjet n’a pas le temps de réagir et se mange coup sur coup dans la tronche, un mille-feuille, une tarte à la myrtille et un milk-shake à la banane…



Jeudi 7 février 2008 : 2 jours avant l’intervention de l’auteur


Le soir même, à Noisy-le-Roi, dans le salon de la villa de Pierre Cizofeuye


- J’ai encore des questions pour vous Nestor, fait Widjet, en étouffant un bâillement.


L’état de fatigue de l’inspecteur grimpe en flèche, tout comme son stress. Il sent bien que cette enquête lui échappe comme une diarrhée sournoise et incontrôlable. Le flic progresse à pas de nain, est quasiment devenu insomniaque et picole comme un salaud. Ses maigres heures de sommeil sont perturbées par le spectre de la défaite, sans oublier le visage obscur de cette Marie-Charlotte, « la femme fantôme » comme il l’appelle désormais. Le temps joue contre lui. Il faut mettre les bouchées doubles pour résoudre ces deux meurtres avant d’y laisser sa santé, sa raison ou - pire encore - que l’auteur fasse de lui la risée de la profession. Une chose est certaine : si le policier devait se planter, l’écrivain ne lui ferait pas de cadeau.


Le majordome tique et serre la mâchoire :


- Pas Nestor, inspecteur. William.

- Le lundi matin, lendemain de la mort de Cizofeuye, la sœur Jeanne avait prévu de voir votre patron. Vous savez pourquoi ?


Le maître des lieux grimace. D’un seul coup, William semble mal à l’aise.


- Je crois que… monsieur souhaitait… se confesser.

- Se confesser ? Vous rigolez ? J’ai lu son dossier complet. Votre patron avait autant besoin de Dieu que moi d’un stérilet.

- Hum… je crois que monsieur avait… hum… un pressentiment.

- Lequel ?

- Je… Je ne sais pas précisément, fait l’employé de maison de plus en plus embarrassé, mais… hum… peut-être suis-je… hum… dans l’erreur…

- Pourquoi vous dites ça ?


Le policier piaffe d’impatience. « Encore un « hum » de cet enfoiré, se dit-il, les poings serrés, et je jure de lui faire sauter tout son clavier de ratiches. »


- C’est… délicat, je ne suis pas certain si je dois…

- Un peu que vous le devez, mon vieux ! s’emporte le flic. Je vous rappelle qu’on parle d’un double assassinat !


Face à la colère subite du policier, le responsable de maison semble se liquéfier. Toute l’imperturbabilité de l’homme se débine.


- Très bien, inspecteur, très bien. Deux jours avant son décès, monsieur semblait… très perturbé. Je ne l’avais jamais vu ainsi.

- Continuez…

- Oui, oui… Depuis vingt-cinq ans que j’étais à son service, jamais il ne m’avait paru aussi troublé. Comme si… il avait peur.

- Peur ? Peur de quoi ?


Le masque de l’effroi passe soudain sous le regard du serviteur.


- D’un rêve, inspecteur, un mauvais rêve. Un rêve prémonitoire, me confia-t-il.

- Que racontait ce cauchemar ?


William secoue la tête avec gravité :


- Je l’ignore, inspecteur. Monsieur ne me l’a dit pas et je n’ai pas osé lui demander, mais…

- Mais… ?

- Mais… quand monsieur m’a fait cet aveu, son corps a été pris de violentes secousses. Dans ses yeux… mon Dieu… il y avait… une telle crainte. Et puis… et puis, il prononça cette phrase…

- Quelle phrase ? demande l’inspecteur sur le point d’imploser.

- Cette phrase surprenante… Je… je l’ai notée quelque part. Attendez, je vous prie, je reviens.


William se retourne. Se tient bien droit. Prend une profonde inspiration. Puis, le plus naturellement du monde, l’homme étire sa jambe droite au maximum. Dans un mouvement circulaire, il ramène ensuite sa jambe gauche qu’il fait passer devant l’autre en l’allongeant à son tour le plus loin qu’il peut. C’est un pas d’un bon mètre, presque un grand écart que vient de faire le majordome. L’employé de maison répète ainsi le même exercice pour se diriger vers le couloir en direction de la bibliothèque. Chacun de ses pas de géant lui coûte un gémissement à peine audible. Seul son visage en sueur et ses joues écarlates trahissent les efforts déployés. Il ouvre le tiroir du meuble. Se saisit d’un petit carnet et revient en procédant à l’identique. Pendant tout ce temps, le flic l’a regardé faire, médusé par cette scène surréaliste.


William ouvre le calepin, tourne quelques pages et dit légèrement essoufflé :


- Alors… Voilà, j’ai trouvé. Monsieur s’est écrié : « Pardon, Maréchal ».

- « Pardon Maréchal » ? C’est ce qu’il a dit, vous êtes certain ?

- Mot pour mot, inspecteur, fait William, en refermant le carnet dans un claquement sec. « Pardon, Maréchal ». Oui, c’est exactement ce qu’il a dit. C’est singulier, n’est-ce pas ?

- En effet, fait le flic. Une dernière chose, Nestor. Avez-vous déjà entendu le nom de Lucas Lote ?


Le majordome, le front plissé, cherche à se concentrer.


- Je suis navré, inspecteur, dit-il en hochant négativement la tête. Ce nom ne m’évoque rien.

- Réfléchissez bien, insiste le poulet. C’est très impor…


Widjet ne termine pas sa phrase. Une pensée fulgurante lui traverse l’esprit. Ce regard est habité d’une intensité inattendue et brûlante. Sa bouche devient pâteuse. Son cœur se transforme en tambour du Bronx. Puis, après quelques secondes, le visage du flic s’éclaircit. Ses yeux s’agrandissent au point de devenir immenses. Ses lèvres rosies s’étirent et forment un rictus effrayant, presque dément.


L’inspecteur Widjet vient de faire une découverte capitale…


Une heure plus tard, à côté de la villa, dans une cabine téléphonique. Le ciel pisse son eau glacée. Dans la cabine, quelqu’un téléphone. La pluie dégueulasse, la buée sur les vitres froides et les graffitis de fiente verdâtre des pigeons camouflent l’identité de cette personne. Est-ce un homme ? Une femme ? Impossible à dire. La seule certitude est l’angoisse perceptible dans la voix de ce mystérieux individu.


- Allô ?

- C’est moi.

- Oui, je sais.

- Comment tu sais ?

- Comment je sais quoi ?

- Que c’est moi.

- Je sais que c’est toi.

- Comment tu peux savoir que c’est moi et pas quelqu'un d'autre ?

- Parce que c’est toi.

- Vraiment moi ?

- Oui, ça, c’est vraiment toi.

- Comment ça ?

- Ça se sent.

- Ça se sent ?

- Oui, ça se sent que c’est toi.

- OK, mais la prochaine fois on se met d’accord sur un code. Je ne veux courir aucun risque. Je te rappelle qu'on me recherche pour deux crimes.

- Compris.

- Bon, écoute bien ce que je vais te dire. Achète deux billets pour les îles Fidji.

- Pourquoi ?

- J’ai un mauvais pressentiment. Il faut disparaître d’ici.

- Très bien, je m’en occupe.

- Parfait. Prends-nous un vol pour ce soir. On doit quitter le pays au plus vite.



Vendredi 8 février 2008 : 1 jour avant l’intervention de l’auteur


00 h 27, dans le XIe arrondissement de Paris.


En rentrant chez lui, Widjet trouve une enveloppe sur son palier. Après l’avoir décachetée, soufflé sur la couche du sucre glace qui recouvre le papier, l’inspecteur lit le contenu :


Cher personnage,


Le délai qui t’était imparti pour résoudre cette enquête est sur le point d’arriver à échéance. Tu as sans doute remarqué qu’un compteur était indiqué à chaque début de chapitre. Laisse-moi t’informer que cette horloge correspondait à la durée que je m’étais autorisée pour terminer cette histoire criminelle, à savoir 5 jours ; et pour être plus précis jusqu’au vendredi 8 février 2008 à 19 h 27. Autrement dit, juste avant le commencement du shabbat où - tu ne l’ignores pas - toute autre activité que la prière est formellement proscrite.


Ce qui signifie que dans moins de 24 heures , je cesserai d’écrire et de facto, ton aventure s’achèvera et ce, quelque soit l’état d’avancement de ton investigation.


J’avoue être passablement inquiet quant à ta façon de mener à bien ce double meurtre dans les heures qu’il te reste. Malgré l’aide fournie (je t’ai envoyé Paulo qui, en dépit de la dépression nerveuse qu’il traverse, fait ce qu’il peut pour te dépanner), tu ne sembles toujours pas en mesure de résoudre « l’affaire Cizofeuye ».


Alors, j’ai réfléchi en essayant d’être le plus intègre, le plus juste à ton égard. Il paraît évident que ton manque d’expérience s’est cruellement fait sentir, mais force est de reconnaître que tu as aussi des circonstances atténuantes. C’est vrai que cette enquête est la première que je te confie et j’avoue qu’elle est assez tordue. J’admets également que malgré tes penchants pour la vodka et ton attirance immodérée pour la palpation mammaire, ton investissement sur cette aventure n’a pas été négligeable.


C’est pourquoi, après mûres réflexions, j’ai décidé de t’aider. Comment ? En te donnant les preuves qu’il te manque pour trouver et coincer l’assassin. Sache que ces preuves sont dans le texte même , mais histoire de pimenter tout ça, je les ai codées.


Les voici :


- P4L28M2

- P5L51M8

- P5L58M19

- P10L20M4

- P10L21M20


Puisses-tu déchiffrer ces signes et arrêter enfin ce meurtrier. Cher personnage, tout dépend de toi, désormais. Toi seul feras de cette affaire un succès retentissant… ou un échec cuisant.


Dépêche-toi. Le compte à rebours a commencé...


L’auteur



Vendredi 8 février 2008 : moins de 19 heures avant le début du shabbat


Il fait nuit.


Écroulé sur son divan, Widjet se brûle les neurones sur cette dernière énigme en maudissant celui qui l’a rédigée. Dépité, vers les trois heures du matin, il téléphone à Paulo. De son côté, le privé sortait peu à peu de sa déprime et avait presque retrouvé sa pêche légendaire. « L’affaire Cizofeuye » l’avait dérouillé et lui procurait de bonnes vibrations comme celles qu’il avait connues dans son glorieux passé. Seule sa libido restait encore au point mort. Son cinquième membre ne s’était toujours pas décidé à redresser la tête. Paulo se consolait en se disant que si son écrivain voyait ce qu’il apportait à cette enquête, peut-être qu’il se résoudrait enfin à lui confier une nouvelle mission au lieu de se borner à écrire son roman.


Le privé retrouve son ami une demi-heure plus tard. Ils se mettent d’accord et se répartissent les tâches. Widjet se penche sur les codes pendant que Paulo épluche la nouvelle de long en large. Pour la première fois, l’inspecteur refuse de prendre une goutte d’alcool. Il ne se gave pas non plus de coleslaw et - fait exceptionnel ! - n’écoute même pas de musique. Non, ce soir, Widjet veut garder les idées claires, rester concentré. Il a à cœur de prouver qu’il est un sacré bon dieu de flic et qu’il saura démêler ce merdier avant l’ultimatum lancé par l’auteur. Carburant à la caféine, les deux enquêteurs passent une quinzaine d’heures à tenter de dépuceler ces preuves dissimulées. Le texte est lu et relu 37 fois. Hélas, ils ne parviennent toujours pas à percer le mystère des codes.


C’est franchement mal barré.


Les heures filent. Paulo et Widjet ne voient pas le jour se lever puis décliner. À peine le temps de cligner les paupières qu’il est déjà 18 h 13. Dans soixante-quatorze minutes, ce sera trop tard. Terminé. Foutu. Pendant que Paulo prépare une nouvelle tournée de caoua, l’inspecteur, en proie au désespoir, allume la télé d’un geste machinal et tombe sur une émission religieuse. Un prêtre italien, l’abbé Rezina, le visage rond comme une couille est en train de débiter ses sermons sur la parole du Christ.


Des passages de la Bible s’inscrivent sur l’écran du téléviseur :


« Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Évangile selon Matthieu – Chapitre 6, Verset 21)

« Car l'Éternel Dieu est un soleil et un bouclier, l'Éternel donne la grâce et la gloire, Il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l'intégrité. » (Les Psaumes – Chapitre 84, Verset 11)

« La justice sera la ceinture de ses flancs, et la fidélité la ceinture de ses reins. » (Esaïe – Chapitre 11, Verset 5)


C’est alors qu’une drôle de sensation s’empare de Widjet. Le flicard lit avec plus d’attention ce qui s’affiche devant lui. Ce n’est pas vraiment les textes qui l’intéressent, mais plutôt les indications mises entre parenthèses, ces chapitres et les versets suivis d’un numéro. Sans pouvoir l’expliquer, le flic a l’impression qu’il y a quelque chose à comprendre là-dedans. Il pose à nouveau les yeux sur la liste énigmatique que l’auteur lui a laissée, se met à réfléchir intensément pendant que le détective, la cafetière à la main, fixe son ami sans broncher.


- P4L28M2

- P5L51M8

- P5L58M19

- P10L20M4

- P10L21M20


Tout ce temps, Widjet s’est demandé à quoi pouvaient correspondre ces lettres et ces chiffres et quels étaient leurs liens avec le texte. Au début, il a pensé à des initiales de prénoms (il y avait bien le « P » pour Paula, le « L » pour Lucas, mais personne sur le « M ») avant d’abandonner cette piste. À la demande de Paulo, il a ensuite converti les numéros en équivalent alphabétique et inversement, espérant que cela formerait un ensemble cohérent. Le bide total. Mais là, sur l’écran de télé, ces phrases divines lui envoient une sorte de signal, comme si le Grand Manitou lui-même tenait à se joindre à la partie pour les sortir de cette énigme de merde de laquelle ils essaient de se dépêtrer. « Ces renseignements entre parenthèses sont comme une signalisation, se dit Widjet. Leur but est de localiser l’emplacement de ces phrases bibliques pour faciliter la recherche ». Le policier prolonge sa réflexion. « Et si c’était la même logique ? pense-t-il. Si ces « P », « L » et « M » étaient comme une boussole pour nous guider à l’intérieur de cette nouvelle ? »


Jamais son cerveau n’a autant été mis à contribution. La dernière fois qu’il avait cogité ferme, c’était l’année dernière. Après une semaine de manipulations, il avait fini la tranche bleue d’un Rubik’s cube. Cette performance l’avait lessivé au point de le clouer deux jours au pieu avec une compresse sur la cafetière et un thermomètre dans le fion.


Widjet réfléchit encore, en se prenant la tête à deux mains. Tout à coup, un autre flash l’assaille. Une évidence. Le policier reporte son attention sur le document. Puis sur les codes. Sur la nouvelle à nouveau. Le doigt pointé sur le texte, il se met à compter les mots qu’il lit, se saisit d’une feuille de papier où il griffonne d’autres mots avant de recommencer le procédé, le cœur battant à tout rompre. Des gouttes de sueur rongent son front comme un acide. Paulo ne quitte plus son copain des yeux. Il le laisse faire, sans intervenir ; il sent que l’instant est critique et qu’il ne doit pas risquer de briser la concentration, l’inspiration miraculeuse dont il est le témoin. Un long moment s’écoule puis…


- Putain… souffle le flic, en se frappant le front avec sa main.

- Quoi ? demande le détective.


Widjet lève la tête vers son pote et lui dit simplement :


- Je crois qu’on tient notre coupable.


Paulo esquisse un léger sourire, puis fixe le cadran de sa montre :


- Il nous reste 57 minutes, dit le privé d’une voix implacable.


Noisy-le-Roi. Dix minutes plus tard. Dans la même cabine téléphonique, non loin de la villa.


- Allô ? dit la voix.

- C’est moi, répond l’autre voix.

- Prouve-le. Donne-moi le code, d’abord.

- Ah oui, pardon. “Sweet-Sweet Fanta Diallo Ouh Ouh”

- Code confirmé. Tu peux parler.

- Comme tu m’as demandé, j’ai les billets pour les Fidji. Tout est prêt pour le départ, cette nuit.

- Parfait. Écoute, il y a un changement dans le plan. Je ne peux pas passer te prendre. L’inspecteur Widjet et le détective nous ont tous convoqués ce soir. Je ne sais pas, mais je sens qu’ils préparent quelque chose. Rejoins-moi à la villa tout de suite, mais n’interviens pas. Attends-moi et surtout ne te montre pas. Par contre, si les choses tournent mal pour moi, tu viens m’aider.

- T’aider ? Comment ?

- De la seule façon. En me débarrassant de ces deux-là une fois pour toutes.

- Compris.

- C’est bientôt fini, je te le promets. Dans quelques heures, on sera loin.



Vendredi 8 février 2008 : 23 minutes avant le début du shabbat


Villa de Pierre Cizofeuye, au premier étage, dans la salle de réunion.


Parallèlement, d’autres événements sont en train de se dérouler. Trois exactement.


Le premier a lieu à plusieurs kilomètres de là, au stade de France, lors du championnat d’Europe d’athlétisme. Malgré le soir tombant, la Fédération a donné son autorisation pour prolonger la compétition. De toute façon, le public refuse de quitter l’enceinte du stade. Comme s’il savait que quelque chose d’unique, d’extraordinaire, de prodigieux était sur le point de se passer. Au milieu des gradins bondés, éclairés par les lumières artificielles qui illuminent l’arène sportive et sa pelouse humide, se dresse celui qui tient tout le monde en haleine. Un athlète néerlandais. Erwin Chester. L’homme va faire son dernier lancer. Les doigts cramponnés autour de son javelot, le jeune champion est loin de se douter qu’il va non seulement marquer l’Histoire du sport de son empreinte… mais aussi sauver une ville entière de la destruction.


Le second événement se déroule dans le ciel. Un avion long-courrier « Paris-Los Angeles » de la British Airways transperce les nuages sombres. Le vol se passe sans encombre. La seule zone de perturbation se trouve dans la cabine de pilotage où, le slibard sur les chevilles et le ventre rebondi, le capitaine Eaglow chevauche une hôtesse de l’air particulièrement déchaînée. Dans les prochaines minutes, ce commandant de bord queutard, mais chevronné va, sans le savoir, commettre une terrible erreur… et en même temps un acte héroïque.


Enfin, il y a Benoît Decajoux. 39 ans. Sagittaire ascendant connard. Bouffé par les dettes et le cholestérol. Cumule les infarctus, accroc aux amphets et au Texas hold’em. Sa maison est voisine de celle de Pierre Cizofeuye. Il vient juste de s’engueuler avec sa gonzesse pour une histoire de parfum laissé sur sa veste. Histoire de calmer ses nerfs et surtout d’éviter de filer une droite à sa bonne femme, Benoît décide de sortir affronter les morsures du froid hivernal et, en ce début de soirée, d’aller tondre sa pelouse. Cette initiative un peu étonnante, mais a priori inoffensive va pourtant se terminer en une sanglante boucherie.


Retour dans la villa du millionnaire pour vivre les dernières minutes du dernier acte. Car tout se joue là. Ici et maintenant. Dans ce lieu même où, quelques jours auparavant, deux meurtres abominables ont été perpétrés.

Tout le personnel de maison, ainsi que les deux frangins siamois sont présents. L’air méfiant, chaque suspect fixe tour à tour le flic et Paulo. Le privé transporte une mallette noire qui ne manque pas d’intriguer tout le monde. Le détective s’approche de son acolyte, lui donne une tape amicale pour l’encourager. C’est le moment. Celui que Widjet attend depuis longtemps. Celui de sa consécration.


Pour des raisons de sécurité, l’inspecteur a demandé plus de renfort. On ne sait jamais. Une fois démasqué, le coupable cherchera sans doute à se faire la malle ou à prendre quelqu’un en otage. « Pas question de courir le moindre risque » pense le policier. Le dos collé à la porte et les bras croisés, deux individus en uniforme bloquent l’entrée : Sam Féyaiche, un ancien agent du Mossad, et son épouse palestinienne, Nadine Emok. Le moment venu, le flic leur demandera d’intervenir.


Widjet se place au centre de la pièce et prend la parole :


- Avant de commencer, fait-il, j’aimerais tous vous remercier d’être arrivés aussi vite.

- Pourquoi sommes-nous là ? attaque illico Paula, les mains sur ses hanches et le buste projeté en avant de façon provocante.


À l’extrémité de ses seins, une petite trace humide apparaît.


- En effet, intervient William. Sauf votre respect, messieurs, nous sommes en droit d’être informés.

- Calmez-vous ! s’emporte Paulo. Et laissez l’inspecteur vous expliquer.

- Je ne vais pas y aller par quatre chemins, clame le flic. Le meurtrier de Pierre Cizofeuye et de la sœur Jeanne est dans cette pièce.


Un silence de mort accueille la révélation, silence que le cuistot aveugle rompt le premier.


- Qu’est-ce que vous racontez ?! C’est n’importe quoi !

- L’assassin est ici ?! renchérit Edmond, le chauffeur. Vous êtes dans les choux ou quoi ?!

- Pour quel mobile ?! demande Paula furax également. Pas pour l’argent en tout cas, personne n’hérite de la fortune du patron ! Personne !


Widjet ouvre la bouche pour s’apprêter à recadrer tout le monde lorsqu’il voit au fond de la pièce, assise dans un coin, une personne dont il n’avait pas remarqué la présence. Un homme. Longue barbe noire. Rouflaquettes bouclées qui sortent de son chapeau aussi sombre que ses habits. Le flic interpelle l’inconnu :


- Excusez-moi, mais… vous êtes qui, vous ?

- Pardon, fait l’étranger, en se levant et s’inclinant légèrement. Je ne voulais pas déranger. Je suis le rabbi Stouri.

- Le rabbi Stouri ? (Widjet se tourne vers moi, sourcils froncés et bras croisés) . Putain, c’est quoi encore cette connerie ? Qu’est-ce qu’un rabbin vient foutre dans mon enquête ?

- Ne vous énervez pas, inspecteur, fait l’homme, en se penchant à nouveau avec respect. En fait, je suis le messager de l’auteur. Il m’a juste demandé de m’assurer que le délai serait bien respecté. Vous savez… ( il toussote, gêné )… le shabbat. Je serai très discret. Néanmoins, sachez qu’il ne vous reste que dix-neuf minutes.


Agacé, le flic secoue la tête, puis se retourne vers son audience :


- Comme vous le voyez, je n’ai pas de temps à perdre. Alors, je vous demande encore une fois de ne pas m’interrompre.

- Nous vous écoutons, inspecteur, fait Jamal.

- Très bien. Déjà, pour bien comprendre cette affaire, il faut la reprendre depuis le début. Il y a 5 jours, le 4 février exactement, Pierre Cizofeuye, richissime businessman est retrouvé mort dans sa chambre sur son vélo d’appartement. Les docteurs Tramuros ici présents (le flic adresse un coup d’œil aux médecins siamois dont le visage est plus blanc qu'un évier récuré) concluent à un arrêt cardiaque. Un banal accident domestique, en somme. Mon enquête aurait dû prendre fin avant même d’avoir commencé si à quelques minutes d’intervalle et dans cette même maison, un autre crime à l’encontre d’une nonne n’avait pas été commis.

- Nous savons déjà tout ça, assène Paula, les bras croisés pour marquer son agacement.


Pour toute réponse, le détective Paul O’Ney pose son doigt sur ses lèvres, incitant l’employée à se taire puis, par un bref hochement de tête, demande à son ami de continuer son exposé.


- Alors, poursuit le flic, quel rapport pouvait-il y avoir entre un millionnaire d’une réputation douteuse et une religieuse ? A priori, aucun. Et pourtant, il y en avait un : Cizofeuye avait contacté la sœur Jeanne quelques heures auparavant pour une confession. Étonnant de la part d’un gars comme votre patron, vous ne trouvez pas ? Pourquoi un type sans foi ni loi voulait-il avouer ses péchés ? Je n’en avais aucune idée… jusqu’à cette discussion avec vous, Nestor (le flic pointe le majordome qui tressaille).

- William inspecteur, murmure le maître des lieux.

- C’est vous, s’emballe Widjet, qui m’avez fourni l’explication ! Quelques jours avant sa mort, votre patron avait fait un mauvais rêve. Je parie que ce cauchemar prophétique devait avoir un rapport avec sa fin prochaine, car hormis la vision de sa propre mort, je ne vois rien qui puisse troubler ou affecter un gars narcissique de la trempe de Cizofeuye. On ne saura jamais en détail le contenu de ce rêve, mais il devait être d’un réalisme terrifiant pour que cet homme dépourvu de scrupule en vienne à avoir des remords et à rechercher l’absolution auprès d’une représentante de Dieu.

- Quel genre de remords ? demande Alain Tramuros qui prend enfin la parole.

- J’y viens Doc, fait Widjet, j’y viens. Mais cela nous oblige à faire un bond dans le passé. Un passé très lointain, même.


Pendant ce temps, le public du Stade de France et les commentateurs retiennent leur souffle. Le bras armé de sa lance et le regard fixant l’invisible, Erwin Chester se concentre, en faisant des petits sauts sur place. Plus haut dans le ciel, le capitaine Eaglow continue d’approfondir sa relation avec son employée. Quant à Benoît Decajoux, il fait démarrer le moteur de sa tondeuse Bosch, en pestant intérieurement contre son épouse.


Les mains derrière le dos, le flic marche de long en large. Les talons de ses Dock Marteens martyrisent le parquet qui a du mal à taire ses gémissements. Dans la pièce, l’atmosphère est d’une intensité palpable. Intimidés, on peut entendre les suspects déglutir. Le suspense monte d’un cran.


- Expliquez-vous, inspecteur, intervient Alex, qui montre des signes d’impatience.


Widjet fixe l’un des jumeaux et lui plante un regard glacial. Le docteur finit par baisser les yeux comme un gamin pris en faute.

Le policier poursuit :


- Il y a longtemps de ça, votre patron avait un camarade. Un ami d’enfance du nom de Lucas Lote.

- Qui est cet homme ? questionne d’emblée Jamal.

- Était, rectifie le flic. Cet homme est mort, il y a trente ans. Assassiné, lui aussi.


Quelques murmures dans l’assistance. Widjet se tourne vers le rabbin. L’homme l’informe qu’il lui reste moins d’un quart d’heure. « Dans quinze minutes, la prière va commencer et l’auteur devra cesser son travail d’écriture » rappelle le scribe, en tapotant sur sa montre. Le flic doit accélérer la cadence. Widjet se retourne vers Paulo, puis s’adresse aux autres :


- Le détective que vous voyez là, dit-il, en désignant son ami, s’appelle Paul O’Ney. Vous ne le connaissez pas, mais cet homme est une véritable légende dans le monde de l’investigation. Je lui dois beaucoup et surtout ma vocation. C’est pourquoi pour cette affaire, je lui ai demandé de m’aider et il m’a fait l’honneur d’accepter.


À ces mots, Paulo ne peut s’empêcher d’être touché par cet hommage et s’incline auprès de son élève et partenaire.


- Après avoir mené son enquête, continue Widjet, Paulo a découvert que Lucas Lote et Pierre Cizofeuye ont été dans la même classe pendant deux ans. Les deux adolescents sont devenus de bons camarades. Et puis, à l’âge adulte, comme souvent dans ces cas-là, leurs chemins se sont séparés. Cizofeuye est devenu un homme puissant et redoutable tandis que Lucas a prospéré dans l’agriculture et la commercialisation des produits du terroir.


Widjet reprend son souffle, éponge son front avec la manche de son imper tacheté de traces de beurre et de crème fouettée. Il s’éclaircit la voix, avant de tonner d’une façon excessivement dramatique :


- Puis vint cette affaire qui les fit se retrouver et s’affronter.


L’écho de cette dernière phrase se répercute aux quatre coins de la pièce.


- De quelle affaire parlez-vous ? fait Paula, en se mordillant la lèvre inférieure.

- Une affaire avec un enjeu financier considérable, mademoiselle. Cizofeuye avait investi beaucoup d’argent afin de construire un hôtel sur un terrain idéalement placé dans la région bordelaise. Il avait tout prévu sauf deux choses. La première, que ces terres appartenaient à son ancien camarade d’école. Et la seconde, le refus catégorique de Lucas de les lui céder. Un affront pour cet homme d’affaires qui n’a jamais toléré qu’on lui tienne tête. Cizofeuye tenta bien de convaincre puis d’acheter son ami, mais celui-ci a tenu bon et a rejeté son offre. Alors commença une lutte terrible entre les deux hommes. Une guerre sans merci.


Le flic est pris d’une quinte de toux. Sa gorge est sèche. Il s’apprête à réclamer de l’eau, lorsque le scribe israélite anticipe et revient avec un verre plein. Mais avant de le donner à l’inspecteur, le rabbin lui tend un petit livret écrit en hébreu et lui demande de lire la prière du kiddouch, une bénédiction juive.


- Écoutez rabbi Stouri, c’est vraiment pas le moment de…

- Souviens-toi du jour du shabbat afin de le sanctifier, récite le rabbin d’un ton solennel, en couvrant la tête du flic de sa main.


N’ayant ni la force ni le temps de discuter, Widjet s’exécute. Répète les mots dictés par l’homme de Dieu. Boit son eau bénite. Et reprend son récit.


- Oui, dit l’inspecteur. Une guerre sans pitié, mais injuste opposa les deux rivaux ; car si Cizofeuye était une enflure de première, prêt à tous les coups bas, Lucas, lui, était un type d’une intégrité et d’une droiture absolues. Le millionnaire usa des pires stratagèmes pour intimider son ex-camarade. Il réussit à corrompre le maire de la ville, Jean-Luc Lémouche, ainsi que les autres autorités locales pour posséder ce terrain. Mais Lote ne se laissa pas faire pour autant. Au prix d’une investigation rigoureuse, il parvint à démasquer l’homme d’affaires et ses pratiques illégales. Il est même à deux doigts de faire tomber Cizofeuye lorsqu’il est victime d’un étrange accident de la route. Tout porte à croire que le millionnaire a commandité l’assassinat de son ennemi, mais faute de preuves, Pierre Cizofeuye n’a jamais pu être poursuivi.

- C’est insensé ! s’indigne le majordome. Je ne…

- La vérité est souvent insensée, coupe Paulo.


Un autre silence plane dans la salle de réunion. Pesant. Suffocant. Irrespirable. Le flic observe à nouveau chacun des protagonistes pour voir leurs réactions. Les deux frangins siamois sont livides. Jamal, le cuistot aveugle caresse à plusieurs reprises son nouveau compagnon canin, un autre berger allemand (castré, cette fois). Edmond a le visage impassible, mais ses doigts agrippent nerveusement sa casquette de chauffeur. Paula mastique un chewing-gum sans se rendre compte qu’à la pointe de ses tétons des cercles de lait, larges comme des frisbees, viennent d’entacher son justaucorps. Le majordome William, la figure écarlate, se ronge les ongles. À quelques minutes de la révélation finale, la tension est presque à son niveau maximum.


- Une chose m’échappe, fait la bonne. Je vous ai dit dès le premier jour que monsieur Cizofeuye a crié un prénom la veille de sa mort. Marie-Charlotte.

- En effet, confirme le poulet en s’approchant de l’employée portugaise. Et croyez-moi quand je vous dis que cette femme inconnue m’a taraudé pendant longtemps. J’ai ressassé cette question durant des nuits entières. Qui était cette Marie-Charlotte dont votre patron avait hurlé le nom avant de mourir ?

- Oui, qui est-elle ? fait le rabbin qui, malgré lui, se passionne pour cette plaidoirie.

- Je vais y répondre, continue Widjet, mais avant, pour que vous compreniez bien, je dois revenir sur cet agriculteur. Ce Lucas Lote. Je vous l’ai dit, cet homme-là était intègre. Il était surtout connu et apprécié par les gens de la terre. Tous les fermiers, tous les paysans le respectaient au point de lui avoir trouvé un titre prestigieux. Ce titre honorifique, j’ai fini par le découvrir grâce à Paulo, mais aussi grâce à votre témoignage, Nestor (le majordome sursaute une fois encore) : le Maréchal. Voilà comment Lucas Lote était surnommé : le Maréchal.

- Je ne vois toujours pas le rapport avec cette Marie-Charlotte, rétorquent ensemble les deux toubibs siamois.


Le flic esquisse un sourire victorieux, fier de sa découverte :


- Pourtant, le rapport est simple, enfantin même : il n’y a jamais eu de Marie-Charlotte.

- Mais, puisque je vous dis que le patron l’a appelée ! insiste la femme de chambre.

- Non, tranche l’inspecteur d’un ton sec. C’est-ce que vous avez cru entendre. Car, voyez-vous, ce n’est pas « Marie-Charlotte » que Cizofeuye s’est écrié le soir où il a été assassiné, mais… Maréchal Lote.


Cette révélation provoque la stupéfaction de toute l’assistance. Widjet ressent un frisson de plaisir lui remonter dans la colonne vertébrale. Mais, à quelques mètres de lui, il se passe quelque chose de tout aussi exaltant. Pour Paulo, cette fois. En effet, le privé sent comme un léger frémissement au niveau de son entrejambe. « Putain, j’ai la gaule » réalise-t-il, les yeux humides. Comme par magie, une excitation aussi soudaine que prodigieuse parcourt son corps et vient se concentrer sur son bas ventre. Fier et soulagé par le retour de son érection, le privé n’a plus qu’une idée en tête désormais : aller « composter ».


Les projecteurs braqués sur lui comme deux globes oculaires monstrueux, Erwin Chester inspire. Expire. Inspire à nouveau. Enfin, il s’élance. Son corps aux muscles saillants et parfaitement dessinés dégage un mélange incroyable de puissance et d’élégance. Le bras prolongé par sa lance, l’athlète accélère ses foulées et juste avant que ses pieds ne mordent la petite ligne blanche, il projette son épaule vers l’avant, expédie le projectile dans les airs, en poussant un cri sauvage qui ressemble à peu près à celui du commandant de bord dans sa cabine de pilotage où l’hôtesse de l’air empalée sur le manche de son patron vient de lui lacérer le dos avec ses faux ongles. Au même moment, vociférant des injures couvertes par le bruit du moteur de sa machine, Benoît Decajoux décapite les herbes hautes de son jardin, en ricanant sadiquement à l’idée qui vient de germer dans son esprit.


- Mais… Mais, je ne comprends toujours pas, inspecteur, dit Jamal. Vous venez de nous annoncer que Lucas Lote était mort, il y a longtemps.

- C’est exact, répond le flic.

- Alors, comment a-t-il pu tuer monsieur Cizofeuye ? fait le cuisinier africain, désarçonné.

- Mais, il ne l’a pas fait. Quelqu’un d’autre s’en est chargé à sa place.

- Qui ? demande en chœur toute l’assemblée.


Un long silence accompagne la question avant que Widjet ne catapulte une nouvelle bombe à neutrons :


- Qui ? La seule personne qui voulait à tout prix le venger : son enfant.


La tension est maintenant à son comble. À son zénith. Les visages sont en sueur. Les traits crispés et les bouches grimaçantes comme après un toucher rectal. On peut entendre les estomacs se nouer et émettre des bruits gastriques. Le plus petit pet serait fatal à n’importe quel falzar. D’une voix forte et pleine de gravité, le rabbi Stouri s’adresse au flic et au détective :


- Messieurs, il vous reste à peu près dix minutes.

- Parfaitement, confirme le policier, ignorant la mise en garde du rabbin. L’enfant caché du Maréchal Lote. Cet enfant qui fut le fruit d’une relation adultérine. Dans le coin, certaines personnes étaient au courant, mais par loyauté pour Lote qui défendait les intérêts des exploitants, personne n’osa vendre la mèche.

- Qui est cet enfant ? interroge Jamal dont le regard blanc fixe celui de Widjet.


Mais le flic ne répond pas à la question :


- En bon père de famille et honnête citoyen, Lucas assuma en cachette ses responsabilités parentales, sans doute avec l’aide de quelques camarades. À l’insu de sa femme, il s’occupa de sa progéniture illégitime dont il subvenait aux besoins. Ce mouflet, Lote l’aima de tout son cœur, lui inculqua ses valeurs et surtout sa plus grande passion : l’agriculture.

- Mais, sacrebleu, qui est cet enfant, inspecteur ? s’impatiente William. L’avez-vous trouvé ?


Widjet se tourne vers le majordome, en haussant ses sourcils, l’air étonné :


- Si je l’ai trouvé ? Quelle question ! Bien sûr que oui…. Puisqu’il est parmi nous.


Le public du stade de France est ébahi et les speakers sont sur le cul. C’est un jet sensationnel que vient de faire Erwin Chester. Le javelot - qui, de loin, ressemble plutôt à un suppositoire - fuse à la verticale avant d’être avalé par le ciel. Dans le cockpit, l’hôtesse de l’air déguste sévère. Elle en est à son troisième orgasme d’affilée. Le visage et le corps ruisselant, le commandant, lui, est sur les rotules ; tandis que plus bas, sur le plancher des vaches, Benoît, un sourire cruel dessiné sur les lèvres et le cœur martelant sa cage thoracique, dirige son engin vers les rosiers, bien décidé à faire un tour de cochon à son épouse jalouse.


La phrase couperet prononcée par l’inspecteur fait vaciller son auditoire. Tous les membres du personnel se lancent des regards inquisiteurs ; ils s’observent les uns les autres comme s’ils se voyaient pour la première fois. La peur et la suspicion se lisent dans leurs pupilles. C’est le moment que choisit l’inspecteur pour faire un clin d’œil à son pote Paulo. C’est le signal. Le privé ouvre la mallette noire. Sort plusieurs paquets de feuilles reliées. Le détective s’avance vers chaque employé. Leur remet un exemplaire de chaque manuscrit. Sur la première page, en titre, il est écrit :


« Mort d’un requin »

(une enquête de l’inspecteur Widjet)

- Qu’est-ce que c’est que ça ? fait Edmond.


C’est Paulo qui répond :


- Ça, comme vous dites, c’est la nouvelle qu’est actuellement en train d’écrire l’auteur. Il la rédige, à l’instant même où nous parlons.

- Décidément, je ne comprends plus rien, déplore le médecin Alex Tramuros, en secouant la tête, l’air désemparé. Pourquoi nous remettez-vous ce texte ?

- Vous allez piger très vite, fait le policier en pleine jubilation.

- Bon Dieu de merde ! explose Edmond, à bout de nerfs. Vous nous dites enfin qui est ce foutu mioche ?


Englouti par les nuages, le javelot continue de s’élever en direction du firmament. Comme un seul homme, la foule se lève et acclame son champion. L’athlète sait qu’il vient de pulvériser tous les records et que son nom sera dans le prochain Guinness book. Aux quatre coins de la cabine de pilotage, le capitaine Eaglow et l’hôtesse n’en finissent plus de baiser. Enfin, conduisant furieusement sa tondeuse à gazon, Benoît, plus motivé que jamais dans son entreprise de démolition, s’attaque aux géraniums et aux mimosas.


L’inspecteur sourit. Widjet tient sa revanche. Le flic aimerait bien faire durer le suspense plus longtemps encore, laisser mariner tout ce beau monde dans son bouillon de sueur et d’angoisse. Mais les minutes sont précieuses, il doit en finir. Lancer l’assaut final. Donner le coup de grâce. Les mains dans les poches, il s’avance vers le chauffeur et d’une voix où pointe le sarcasme, il lui dit :


- C’est marrant que ce soit vous qui me posiez la question.


À ces mots, Widjet se tourne vers les deux autres policiers qui sont devant l’entrée et claque des doigts. D’un pas militaire, Sam Féyaiche et Nadine Amok rejoignent l’inspecteur.


- Pourquoi vous me dites ça ? fait Edmond, en fronçant les sourcils.

- Parce que, rétorque le flic d’un ton cinglant, ce foutu gamin, le fils caché de Lucas Lote… (Widjet laisse passer volontairement un petit laps de temps) … c’est VOUS , mon vieux.


À cette accusation, l’ancien boxeur ne peut s’empêcher d’éclater de rire :


- Hein ? Vous rigolez ou quoi ?

- J’ai l’air ?

- Hey, vous avez un pois chiche dans le crâne ! Je n’ai tué personne !

- Bien sûr que si.

- Non !

- Si.

- Non, non !

- Si, si.

- Non, non, non !

- Ho ! fait Paulo dont le bas ventre est sur le point de faire péter les coutures de son futal, vous avez fini oui, le temps presse, bordel !

- Vous avez des preuves de ce que vous avancez, j’espère ? lance le chauffeur en serrant les dents.


Widjet croise les bras et défie son interlocuteur du regard :


- J’en ai même plusieurs. Et vous, aussi. D’ailleurs, elles sont entre vos mains.


Abasourdi, Edmond regarde le manuscrit que Paulo lui a remis.


- Putain, c’est quoi ce cirque ? Des preuves, ça ?

- Exact. Ce texte démontre votre culpabilité et votre lien de parenté avec le Maréchal. Votre père.

- Vous êtes complètement cintré !

- Votre plan était simple, mais efficace. Vous faire embaucher par Cizofeuye. Gagner sa confiance. Attendre le bon moment. Et accomplir votre vengeance.

- Du délire ! continue Edmond dont la voix se met à dérailler.

- Ne niez pas ! s’agace Widjet. Vous vous êtes trahi tout seul. Votre vocabulaire vous a conduit à votre perte.

- Son vocabulaire ? demande Paula. Mais qu'est-ce que vous débitez encore ?

- P4L28M2 ! s’exclame le privé pour toute réponse.

- Plaît-il ? fait le majordome.

- Vous allez comprendre, dit le flic à tout le monde. Prenez le document qu’on vous a donné et référez-vous à la 4e Page , puis à la 28e Ligne et lisez-moi le deuxième Mot .


Chacun cherche dans le texte. C’est Jamal (à qui on a remis un exemplaire en braille) qui s’écrie le premier : « carottes ! »


- Ouais, fait le flic ravi. (Puis se tournant vers Edmond) La phrase complète, celle que vous avez prononcée après avoir tâté le pouls de la bonne sœur lorsqu’on l’a retrouvée inanimée dans la cuisine est « les carottes sont cuites ».

- Je me suis précipité vers elle pour voir si elle vivait ! se défend le chauffeur qui se met à transpirer comme un bœuf.

- Faux ! tranche le policier. C’était pour faire accuser Jamal en laissant les poils d’Hugues que vous aviez longuement caressé quelques minutes avant.

- P5L51M8, continue Paulo.

- Allez maintenant à la page 5, sur la ligne 51, et lisez le 8e mot, enchaîne le flic.


Tout le monde s’exécute.


- « Poireau » fait Alain, tout content d’avoir trouvé avant son compétiteur de frangin.

- Bien joué docteur, acquiesce Widjet. « Conduire les gens, faire le poireau dans la limousine ». Une autre de vos phrases, Edmond.

- P5L58M19 ! gueule Paulo qui trépigne sur place. 5e page, 58e ligne et 19e mot ! Go !


Chacun planche sur le texte à la recherche des autres preuves. Les secondes passent…


… et le javelot commence à perdre de l’altitude et à décliner. Dans l’avion, le commandant, voulant essayer la position de la brouette guinéenne (position qui consiste à prendre sa partenaire par-derrière en chantant « Yéké Yéké » de Mory Kante), appuie malencontreusement sur le bouton du tableau de bord… qui actionne la soute à bagages. Alors qu’il est en train de faire table rase de son jardin, Benoît ressent tout à coup une douleur fulgurante embraser sa poitrine.


- « Salaaaades ! » hurle Paula qui commence elle aussi à se prendre au jeu.

- Bingo, poupée ! félicite le flic, avant de pivoter vers le chauffeur. « Vous savez, cette fille raconte que des salades ». C’est bien ce que vous avez dit, n’est-ce pas ?

- Plus que cinq minutes avant le shabbat, fait le rabbin.

- Et pour finir, se marre Paulo : P10L20M14 et P10L21M20 !


Cette fois, c’est l’ancien boxeur lui-même, accablé, qui répond :


- « Oignons » et « radis ».

- Eh oui, sourit Widjet, triomphant. « Je préfère m’occuper de mes oignons » et « J’ai plus un radis ». C’était vos deux réponses quand je vous ai réinterrogé, le 7 février.

- Sans parler des dernières remarques que vous venez de faire, souligne le détective de plus en plus excité ; comme quoi on était « dans les choux » ou encore que l’inspecteur avait « un pois chiche » dans la tête. Vous vous êtes encore grillé, mon vieux !

- Les mots que vous avez utilisés, poursuit le poulet d’un ton plus calme, sont ceux d’un fils d’agriculteur. Vos expressions, vos métaphores contiennent souvent des noms de légumes. L’influence de votre père, vos années passées dans une maison de campagne près d’un potager, tout ça a fini par vous influencer au point de contaminer votre façon de parler. Ironie du sort, c’est votre passion pour les produits de la terre qui vous a été fatale.


Pendant quelques instants, Edmond, la tête basse, reste silencieux.


- Je ne regrette rien, lâche-t-il enfin. Rien. J’ai espéré ce moment toute ma vie. J’ai patienté des années. J’ai attendu mon heure pendant presque quarante ans.

- Vous étiez très déterminé, admet Widjet.

- Je devais le faire, siffle le chauffeur entre ses dents. Je devais venger mon père et crever ce fumier. Ce soir-là, je suis entré dans sa chambre. Il était allongé dans son lit. Je lui ai dit qui j’étais. Il m’a répondu qu’il savait que cela arriverait bientôt, qu’il l’avait vu dans son rêve. Alors, il a crié le nom de mon père. Je l’ai étouffé avec son oreiller puis je l’ai habillé de son survêt avant de le porter jusqu’à son vélo. J’en ai chié : il pesait une tonne, ce porc.

- Mais, voilà, intervient Paulo. Sœur Jeanne a mis son grain de sel.


Edmond secoue la tête :


- Je n’avais pas l’intention de la tuer, ce n’était pas prévu dans mon plan. Mais, elle a parlé de ses chaussures. Elle remarquait tout, cette vieille folle ! Alors, j’ai paniqué. Je devais la faire taire.

- Un vrai coup de bol d’avoir trouvé le poison dans la trousse des Tramuros, dit le détective.


À ces mots, Alex envoie un regard chargé de reproche à son frère siamois qui, embarrassé, regarde le bout de ses pompes.


- C’était un putain de miracle, reconnaît le coupable. Le sac était ouvert et le flacon bien en évidence. Je devais agir au plus vite. Je me suis saisi du cyanure avant que Paula ne donne le verre d’eau à la religieuse, et j’ai glissé la poudre.

- C’était risqué, admet le flic. Vous aviez peu de temps.

- Je n’avais pas le choix, répond Edmond du tac au tac.

- Trois minutes ! rappelle le scribe, en se levant de son siège et se dirigeant vers l’assemblée.


Pendant ce temps, le javelot continue de descendre, en prenant de plus en plus de vitesse. Dans le Boeing, la porte de la soute est désormais grande ouverte laissant le vent s’engouffrer. Aspirées par les bourrasques, les premières valises dégringolent dans le vide. Sur la terre ferme, Benoît Decajoux est foudroyé par une crise cardiaque. Il vacille. Lâche la poignée de la tondeuse pour agripper son cœur. Se met à faire quelques pas en titubant comme un ivrogne… avant de s’effondrer.


Soudain, devant la mine perplexe de l’inspecteur, le scribe distribue à chaque individu une kippa, cette petite calotte que portent les juifs pratiquants.


- Il faut toujours se couvrir la tête avant la prière du shabbat, dit le rabbin.


Paulo s’avance vers son ami flic et lui glisse à l’oreille :


- Grouille-toi, merde.

- Pourquoi ? T’es juif ?

- Non, mais y a un putain de tsunami dans mon froc, fait le privé, en montrant discrètement à son pote la bosse située dans son bas-ventre. J’en peux plus, là !

- Ha, se réjouit Widjet, on dirait que les affaires reprennent. OK, je termine.


Le policier se tourne alors vers les flics israélien et palestinien :


- Embarquez-le, leur ordonne-t-il, en pointant l’assassin.

- Attendez, prévient Edmond qui recule d’un pas. Il semble que vous avez oublié un petit détail.


Un rictus déforme la bouche du chauffeur. Ses poings sont recroquevillés si fort que ses phalanges se mettent à blanchir, puis à craquer.


- Sans blague ? dit Widjet le sourcil levé, surpris par l’arrogance de son interlocuteur.

- Ouais, réplique Edmond. Puisque vous accordez tellement d’importance à votre texte à la con, quelque chose vous a échappé.

- Laquelle ?


Le sourire de l’homme s’élargit :


- Page 5, ligne 40, mots 5 et 6.


L’inspecteur tourne les pages du manuscrit et trouve enfin :


- « Ancien boxeur » souffle-t-il, en réalisant trop tard sa négligence.

- Exact ! ricane Edmond.


Avant que le flic et les deux officiers de police n’aient pu réagir, Edmond Kucédupoulé décoche à chacun une série de crochets et d’uppercuts qui les envoient valdinguer. Widjet laisse tomber son arme. Edmond s’empresse de s’en emparer. La braque sur l’inspecteur. Et s’apprête à faire feu. Au moment où son majeur effleure la gâchette, Paulo sort son flingue. Ses hormones et son caleçon Calvin Klein en ébullition, Paul O’Ney, le plus grand enquêteur depuis Philip Marlowe, renaît de ses cendres.


- Lâche ton pétard, enfoiré ! gueule le privé.


Le chauffeur ignore la sommation. Pivote. Tourne son arme vers le détective. Et tire. Avec la grâce d’une otarie, Paulo plonge sur le côté. La balle passe à 2,157 845 millimètres de son visage et lui égratigne la joue. Le privé réplique en envoyant une salve de projectiles qui atteint Edmond à l’épaule, au sternum, au radius, au fémur, à l’humérus et au ventricule gauche. Affaibli, l’homme titube… mais ne s’écroule pas.

Clic

Clic

Clic


- Merde, fait Paulo en regardant son pétoire à sec.


Un sourire mauvais dessiné sur sa bouche charnue, Edmond prend son temps pour mettre le privé en joue. « C’est trop con, fulmine intérieurement Paulo. Juste au moment où je bande comme un âne ! »

Mais, entre temps, Widjet s’est ressaisi ; et en quelques secondes, l’inspecteur fait cinq roulades, trois rondades, un saut carpé, un trépied et un saut de l’ange pour agripper le pétard de Sam Féyaiche toujours sans connaissance. Surpris, Edmond fait volte-face, mais avec une seconde de retard. À son tour, le flic envoie une décharge de balles qui percute de plein fouet l’ancien boxeur à la clavicule, au tibia, à une phalange, au sacrum et au métatarse.

Clic

Clic

Clic

Tout comme son acolyte, le poulet est à court de munitions. Le corps troué, pissant des flots de sang, mais encore sur ses deux jambes, l’increvable Edmond se met à pousser un hurlement effroyable, en cramponnant son arme à deux mains.


- Je vais vous asperger de plombs ! beugle-t-il, la bouche béante et la bave aux lèvres.

- Asperger ? Tu ne peux pas causer comme tout le monde, connard ?! crache Widjet.

- Sérieux, fait Paulo, tu commences vraiment à nous gonfler avec tes légumes.


Alors que tout semble définitivement perdu pour nos deux héros, un miracle se produit : une génoise au café traverse la pièce comme une fusée et vient se planter dans la bouche du chauffeur. Totalement pris au dépourvu, Edmond, les yeux exorbités, lâche son arme et porte les mains à sa gorge, laissant échapper un gargouillis horrifié.


En un éclair, la phrase de l’auteur, écrite quelques jours plus tôt, revient à la mémoire du policier.


« Tu sais, un jour, mes gâteaux pourraient bien te sauver la vie. »


Widjet profite de cette intervention pour agir. Il fait une demi-douzaine de roulés-boulés et de saltos arrière. Reprend son calibre et celui de Sam qu’il lance au flic israélien (qui, comme sa compagne, a retrouvé ses esprits). Se retourne. Refait une série d’acrobaties… et vomit. Pendant que Widjet dégobille ses tripes sur le sol, en se tenant l’estomac, Paulo, Sam Féyaiche et Nadine Emok vident leur chargeur sur Edmond qui n’en finit plus de s’étrangler avec la pâtisserie. Transpercé de toutes parts, son corps est projeté contre la baie vitrée qui se fissure, craquèle et finalement explose sous le poids du bonhomme. Le meurtrier tombe du premier étage, s’éclate le tarin et les dents sur la rambarde avant de se vautrer sur la pelouse mouillée. On pourrait croire que c’en est terminé pour Edmond Kucédupoulé, mais c’est sous-estimer la capacité de survie de l’ancien boxeur qui, dans toute sa carrière, n’a été mis au tapis que deux fois (la première par le cogneur britannique Hubert Kutt, à la 7e reprise, la seconde par une dysenterie redoutable).


Ce qui va suivre alors dépasse l’entendement et relève presque du surnaturel. Criblé de plomb, le nez en bouillie, la bouche édentée, l’homme est toujours en vie. Habité par une force et une rage démoniaques, il finit par se redresser. Sort de la poche intérieure de sa veste ensanglantée un petit boîtier qui contient un bouton rouge placé au centre :


- Z’ai débozé zes ezplozifs zur tout Noizy-be-Roi, postillonne-t-il, les gencives en sang. Alors, perzu pour perzu, vous z’allez touz z’y passer !

- Merde, prévient Paulo, il va faire sauter la ville, ce con.


Tout à coup, un sifflement aigu provenant d’au-dessus envahit l’atmosphère. Le son est tellement strident que tout le monde porte les mains à ses oreilles.


- Putain, c’est quoi ce bruit ? demande Widjet, le teint blafard, en regardant autour de lui.


À peine le temps de réagir qu’un projectile d’une blancheur immaculée et long de deux mètres surgit du ciel et vient empaler la poitrine du chauffeur qui se retrouve cloué au sol.


- Bordel, d’où il sort ce javelot ? fait le détective stupéfait.


Punaisé comme un vulgaire prospectus, Edmond relâche le détonateur qui tombe à quelques centimètres de ses doigts. Le ventre déchiré, les intestins à l’air, l’homme ne s’avoue pas vaincu pour autant. Tirant la langue, il tend le bras au maximum pour récupérer le boîtier et presser le bouton qui anéantira la ville et tous ses habitants. Ses doigts se rapprochent dangereusement du dispositif. Il est sur le point de réussir… quand un autre bruit étonnant, comme une sorte de vrombissement mécanique se fait entendre. C’est alors que jaillissant de nulle part et emportée dans sa course folle, une tondeuse à gazon Bosch fonce droit sur le chauffeur. À la vue de l’engin, les yeux de l’assassin s’agrandissent de terreur.


- Noooon !!! gueule Kucédupoulé.


Sans pitié, l’appareil roule sur Edmond, déchiquetant son visage dont les lambeaux de peau et de chair s’envolent dans un ralenti digne d’un film de Michael Bay avant de retomber sur la pelouse maculée de sang dans un « floc » spongieux.

Surmontant son vertige, l’inspecteur accourt en zigzag, se saisit du détonateur et le désactive : la ville de Noisy-le-Roi est sauvée.


- On a eu chaud, dit-il, en tombant à genoux.

- Juste à temps, fait le rabbin ravi, en désignant le cadran de sa Rolex. Le shabbat commence dans moins de cinq minutes. Bravo, inspecteur, vous avez réussi !


Widjet se redresse. Esquisse un large sourire. Il lui reste encore un peu de vomi entre les dents, mais il ne s’en rend pas compte. Et puis, il s’en fout. Il vient de remplir son contrat. « L’affaire Cizofeuye » est une affaire classée. Widjet se tourne vers son ami détective, lui tend la main pour l’associer à son succès, mais à sa grande surprise, Paulo n’a pas l’air content. Au contraire même ; les traits de son visage sont tendus. Le flic réalise alors que le privé ne le regarde pas dans les yeux, mais plutôt qu’il fixe quelque chose derrière son épaule.


- Je crois qu’on n’en a pas encore fini, dit Paulo d’une voix sombre.


D’un mouvement vif, Widjet se retourne.


- Oh, merde, soupire-t-il.


Face à eux se dresse une femme bâtie comme une nageuse est-allemande. Deux mètres de haut. Cheveux blonds ultra courts. Piercings sur les sourcils. Épaules de déménageur. Elle porte un vieux blouson de cuir noir. Bien campée sur ses larges cuisses, elle tient un Smith et Wesson argenté qu’elle braque vers les deux hommes.


- Qui t’es, toi ? lance Paulo.

- Je suis la fiancée de celui que vous venez de buter, tas de fumiers. Mademoiselle Abaga. Ruth Abaga.


Elle ponctue sa phrase en balançant un glaviot visqueux qui vient s’écraser sur le visage du privé.


- Repose ton arme, connasse ou il va t’arriver des bricoles, menace le flic, en levant son calibre à son tour.

- Edmond et moi, on allait foutre le camp d’ici. On allait réussir.


La femme fouille dans la poche de son cuir, en sort deux tickets qui claquent dans le vent du soir.


- Et maintenant, dit-elle, un sanglot rageur dans la voix, à cause de vous, je me retrouve avec deux billets pour les îles Fidji. Deux billets non remboursables, putain !

- Tu n’as aucune chance de t’en tirer, fait Paulo, en s’essuyant la joue. Tu n’auras pas le temps de nous flinguer tous les deux.


La femme ricane :


- Vous deux peut-être pas, crache Ruth. Mais, lui, si !


Et là, il se passe un truc que je n’avais pas prévu. Il faut le reconnaître, Ruth Abaga vient d’avoir une idée de génie. D’un geste rapide, son bras change de direction… et de cible. La voilà qu’elle pointe son arme sur… moi.

S’adressant au flic et au privé, elle ajoute, triomphante :


- Ha ha ! Si je bute l’auteur, tout s’arrête. Il n’y a plus d’histoire. Plus de crime. Plus de coupables. Plus personne. Plus rien !


Elle se tourne à nouveau vers moi :


- Recule ! Ne touche plus à ton putain de clavier, enflure ! N’essaie pas de me baiser la gueule en changeant le cours du destin.


Pris au dépourvu, je suis contraint de m’éloigner de mon ordinateur. J’essaie de garder mon sang-froid. Levant les bras au-dessus de ma tête, je m’adresse de vive voix à mon personnage.


- OK, dis-je. Tu as gagné. Je n’écris plus rien, mais sache une chose : ce qui a déjà été rédigé ne peut plus s’effacer.

- Et alors ? demande Ruth, méfiante.

- Alors, des événements se sont déjà enclenchés. Je ne peux pas les stopper. Et ce qui doit arriver finit toujours par arriver.

- Qu’est-ce que tu veux que ça me foute, connard ? Tu cherches à gagner du temps ?

- Pas du tout, rétorqué-je, en gardant mes mains en l’air.


Le museau de son pétard braqué en direction de mon front, le doigt de mon personnage caresse la gâchette. Dans quelques secondes, je vais être assassiné par ma propre création !


- Une ultime parole pour l’écrivain à deux balles avant que je l’envoie six pieds sous terre ? rumine Ruth, les prunelles animées d’une ferveur satanique.

- Oui, fais-je. Une seule. Merci capitaine Eaglow.

- Merci qui ?


C’est le son de sa propre voix que Ruth Abaga entendra en dernier juste avant qu’une pluie de valises crachée par les cieux obscurs ne lui tombe sur la gueule. Ensevelie sous une impressionnante avalanche de Samsonite, de Delsey, de Vuitton et de sacs Roxy, Ruth meurt étouffée et rejoint illico son fiancé au royaume des crapules.


Maintenant, c’est (vraiment) terminé.


Une fois de plus, les méchants ont perdu. Ce final spectaculaire (et interminable, diront certains lecteurs) a secoué tout le monde. En particulier la femme de chambre portugaise. Émoustillée comme une jouvencelle, Paula saute au cou de Paul O’Ney (qui n’en demandait pas tant !) et le bâillonne de ses lèvres pulpeuses. La poitrine généreuse de la bonne vient s’écraser sur le torse moite du privé. Le pénis tendu comme une arbalète, Paulo soulève la jeune soubrette, la bascule sur son épaule comme un vieux sac de jute, retourne dans la villa, grimpe quatre à quatre les escaliers qui mènent à la chambre, claque la porte avec son talon et jette sa proie sur le lit. Paula se met à pousser de petits cris hystériques pendant que le détective envoie valser ses sapes. « Tout est bien qui finit bien, se dit le policier, en regardant le couple disparaître, avec dans le cœur une légère pointe de jalousie. Le grand Paul O’Ney est de retour ! »


Nu comme un ver, le membre raide et prêt à l’emploi, le détective s’écrie devant la jeune fille déjà offerte :


- Depuis le temps que j’attends ça, crois-moi, petite, tu vas prendre cher !

- Viens, mon Paulo ! réclame la femme de chambre, en retirant sa culotte qu’elle essore avant de la lui jeter au visage.


Le privé hume le linge humide, le balance derrière sa tête, ricane comme un con et plonge dans le lit à ressorts. En ahanant, il agrippe vigoureusement les seins blancs et rebondis de Paula qu’il se met à sucer goulument comme un nouveau-né. Le voilà qui se rue vers les cuisses ouvertes de la bonne gémissante de plaisir. Tenant fermement sa verge qu’il pointe vers la zone touffue comme un bulletin de vote devant son urne, il s’avance et…


Pour des motifs religieux (le shabbat va commencer), l’auteur se voit contraint de stopper l’écriture de cette nouvelle. L’histoire est finie. Cependant, en fermant les yeux et en collant le texte tout près de son oreille, le lecteur pourra peut-être entendre ce cri plein de haine et de frustration du détective privé Paul O’Ney :


« Espèce d’enfoiiiiiré ! »



 
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   jaimme   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel -
Un final apocalypse, délirant , très visuel, voire cinématographique à la mode des Monty Pythons!

Je ne déflore rien, mais bon... bien fait pour ceux qui tenteraient d'imprimer, de mettre en forme, de paginer et de résoudre le code... Si: une soupe peut-être.

Au début, et même après je me suis dit: "tiens, Widjet (l'auteur) est nettement plus sage et privilégie l'enquête au détriment de l'humour". Mais bon, la fin rattrape amplement le reste.
Bref, je me suis régalé. Mais seulement au final, car j'étais un peu frustré sur les deux premiers tiers.
On l'aura compris, je suis dans le camp de ceux qui pensent que de l'enquête "je n'en avais rien à faire!".
J'ai été MDR avec le dialogue dans la cabine téléphonique. Entre autres.
Le va-et-vient personnage-auteur est savoureux, totalement illogique (par exemple lorsque le rabbin fait entamer la prière au personnage, pas à l'auteur). J'adore.
Ah, un truc, et là je me demande si l'humour est volontaire: dans le début de la citation de St Matthieu: "Car là...", un rapport avec Madame, ou pas?
Pour chipoter, enfin, il y a deux trucs: bon faire arrêter l'auteur pour le shabbat, ok, mais qu'est-ce qui l'empêcherait de continuer après?... Et: donner comme titre prestigieux "Le Maréchal"!! Sauf à croire que les paysans du coin sont tous des nostalgiques de l'Occupation! Bref, je sais que cela donne le jeu de mot sur Marie-Charlotte. Pas grave.
Je me posais aussi la question de savoir si l'ensemble aurait été aussi amusant sans les grivoiseries. Je ne sais pas franchement, mais cela aurait ôté, entre autres, une fin rigolarde, gauloise et cela aurait été dommage.
J'aurais aimé, dans la révélation qui s'éternise, mais que j'aime beaucoup, un peu plus de délire encore sur les personnages suspects, à la mode de la première partie.
Enfin: l'intervention multiple tondeuse, javelot, bagages: excellent, et surtout parfaitement amenée.
Voila.
Au total, partie une et deux: un régal! A mon goût un petit frein sur les deux premiers tiers de la seconde partie, moins délirante. Mais cette pause (si l'on peut dire car l'humour est quand même présent) est sans doute nécessaire pour mettre en valeur la fin.

Merci Widjet, une super lecture pour moi.

edit: à quand le prochain épisode ??

   Myriam   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Encore secouée par le rire né de la dernière ligne, je commente d'un coup les deux parties!
Adoré le ton, le style, l'humour sous toutes ses formes!
L'enquête? bon on, la suit d'un œil, davantage attentif aux bon mots de l'inspecteur Widjet qu'au prochain cadavre...
Mais le compte à rebours est efficace, le rythme tient la distance et le plaisir de lecture ne faiblit pas!
Cerise sur le gâteau, les interactions entre le héros et l'auteur, mise en abyme passionnante et hilarante m'ont absolument enchantée.

Merci de ce très bon moment!
Myriam.

   NICOLE   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Dans le premier opus, l'intrigue policiére m'avait laissée à peu prés froide, mais elle était à mon sens prétexte à un humour tellement efficace que ça n'était pas bien grave. J'attendais donc le second en m'en délectant par avance...ce qui explique probablement en partie l'ampleur de ma déception.
Bon, j'arréte de tourner autour du pot : l'enquête est égale à elle même (voir plus haut), et s'est tout juste si j'ai vaguement souri à l'image du monsieur qui, tondeuse en main, s'en prend aux géraniums de son épouse.
Bien sùr, malgré quelques longueurs, c'est toujours bien écrit, mais j'attendais tellement mieux...

   Anonyme   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
On en peut pas dire que l'enquête soit accessoire, sans elle, le reste ne serait qu'un prétexte...

L'auteur sait par échanges ce que je pense de son texte. J'ai vraiment aimé, j'y vois vraiment une sorte de parodie des enquêtes écrites par Christie agrémenté d'humour un peu lourd comme peut le faire Mel Brooks au cinéma.

Bien emmenée l'enquête donc, on y retrouve toutes les qualités de la première partie mais aussi un petit peu plus de relâchement.

Le coup des pages vieux comme Mathusalem qui laisse l'inspecteur et Paulo perplexes... nan vraiment, je kiffe...

Pareil que l'épisode1, j'ai aimé.
Merci!

   littlej   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Faible
Désolé widjet, mais je n'ai vraiment pas aimé cette fois.

La faute à cette grossièreté qui m'a choqué, du fait qu'elle n'était pas (ou peu) présente dans l'épisode précédent. Une grossièreté qui a duré tout le long... Je ne sais pas si c'est pour faire rire (en fait si, je le sais : mais c'est tellement obscène parfois, que j'ai du mal à croire qu'il y a là recherche d'un effet humoristique). Toutefois, la fin, très drôle, rehausse le niveau.

Ensuite, les deux personnages principaux Paulo et Widjet m'ont semblés avoir changés de caractère. Cela fait quelques temps que j'ai lu le premier opus, cependant je me souviens assez que Paulo était plus posé que Widjet, quant à lui, plus déjanté. Là, pour le coup, c'est l'inverse.

Aussi le style m'a semblé perdre de sa qualité depuis. Utilisation récurrente du verbe "faire" en particulier dans les incises, une ambiance qui n'est pas toujours bien menée : "le suspense monte d'un cran" c'est franchement lourd. Il aurait été de loin préférable, car plus percutant, de distiller les signes qui montrent qu'en effet "le suspense monte d'un cran".
Le bon point reste qu'il n'y a que très peu de maladresses et de lourdeurs malgré la longueur conséquente du texte (j'ai noté en particulier cette phrase : "Il a à cœur de prouver qu’il est un sacré bon dieu de flic et qu’il saura démêler ce merdier avant l’ultimatum lancé par l’auteur" ; à mon avis : "A cœur de prouver qu’il est un sacré bon dieu de flic, il s'active pour démêler ce merdier avant l’ultimatum lancé par l’auteur" aurait été mieux).

Un humour et un style donc (pour cette nouvelle) qui ne m'ont pas emballés. Et l'intrigue, en sus, n'y apporte rien.

Pourtant, l'énigme proposée est arrivée comme une petite lumière dans le récit, qui avait de la peine à me captiver jusque là. Moi qui suis gourmand des énigmes en tous genres, je suis très déçu... J'ignore encore si c'est volontaire mais, n'en déplaise à l'auteur, l'énigme est assez médiocre (peut-être, peut-être dans le but d'inciter le lecteur à faire sa propre recherche... je ne sais pas).

Pour finir, et c'est un goût purement personnel, je n'aime pas quand la littérature et le cinéma s'entremêlent. Lorsque l'influence cinématographique est modérée dans le récit, il n'y a pas de souci. Mais quand celle-ci prend trop d'ampleur, comme ici malheureusement, le récit devient alors très lourd à mon sens. L'auteur a des penchants pour le cinéma ; ça se voit : il aime le visuel. Cependant, "Mort d'un requin" vacille trop ici entre les deux arts.

Oui, je suis emmerdant parfois, je sais. Mais, paradoxalement, c'est parce que j'apprécie ce que produit l'auteur et son ambition d’accoucher de son propre détective m'a plu. Je suivrai, il est sûr, d'un oeil attentif les aventures de l'inspecteur Widjet et de son acolyte Paulo. J'espère avec une intrigue plus ambitieuse encore.

A la prochaine et bonne chance.

j

   Anonyme   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
malgré quelque passages délirants, je trouve la suite moins drôle, il m'a fait moins sourire, trop de passages accès sous la ceinture, c'est ce que je crains le plus.
Au départ j'ai trouvé que tu passais du coq à l'âne, que ton histoire ne tenait plus la route en lisant le passage du lanceur de javelot etc...mais la fin a été une bonne surprise et donne sens à cette parodie. Mais tu m'as tenue en haleine, un bon suspens jusqu'à la finale.

   Kaos   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un peu moins en haleine que dans le premier épisode.

Ca s'étire parfois, principalement parce que l'humour du chapite 1 est moins présent, moins affirmé, presque "bâclé".

J'ai vraiment aimé la fin par contre, c'est gentiment fou! On retrouve un peu de Wayne's World dedans...

J'aime aussi l'histoire qui tiens bien la route finalement.

Bref, un second chapitre de bonne facture, mais un peu en deça.

   ANIMAL   
21/12/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
J'adore !!! Si l'auteur s'est marré autant en écrivant que moi en lisant, alors il s'en est payé une bonne tranche.

Le style est parfait, toujours plein de ces jeux de mots à la "c.." qui me font bien rire, un langage plus que populaire, voire argotique, où je ne vois rien de grossier ni de vulgaire puisque le texte s'annonce bien à sa place : catégorie humour.

Excellente intrigue où les coups de théâtre se succèdent, même les plus loufoques, au fil d'une enquête dont le fond tient la route.

En bref, j'ai vraiment passé un très bon moment :-))

   Anonyme   
21/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Ouf que ce fut long !
J'ai du m'y prendre à plusieurs reprises, mais je tenais à finir la lecture de cette nouvelle avant l'heure du thé (plus importante à mes yeux que tes histoires de calottes)

Que dire ?
L'idée d'affubler ton personnage de ton propre pseudo n'est pas mauvaise (j'imagine que c'est un clin d'œil à l'inspecteur gadget)
Celle de faire intervenir l'auteur dans l'intrigue non plus.
Widjet (l'auteur en vrai) manipulant widjet (l'auteur fictif) qui lui même manipule Widjet (le flic), c'est à y perdre son latin (pardon, son yiddish) mais ça pimente un peu l'enquête dont j'ai très vite perdu le fil.
Le ton est celui que j'emploie dans la vie de tous les jours, donc je ne suis pas dépaysé.

Voilà pour le positif.

Pour les bémols:
Je n'ai pas ri.
Ta bonne volonté n'est nullement en cause. Tu as utilisé toutes les ficelles pour rendre ton récit comique, mais la mayonnaise n'a pas pris (du moins chez moi)
Je te sens plus à l'aise avec la narration qu'avec les dialogues (n'est pas Michel Audiard qui veut)
J'ai souri parfois, me demandant comment tu allais de dépêtrer de cette situation abracadabrantesque.
Voilà. Mission accomplie.

Difficile d'évaluer... L'effort est méritoire, l'écriture sympathique, mais l'objectif n'est pas atteint.
Va pour Bien-

   florilange   
23/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Oui, ce fut 1 peu long mais, on l'attendait, cette fin.
Les grosses ficelles, les jeux de mots imbéciles, les incroyables effets de deus ex machina, rien ne nous fut épargné, on en eut pour notre argent. Pas honte d'avouer que j'ai ri de bon coeur, faut pas bouder son plaisir.
Je ne détesterais pas, pour ma part, que l'auteur décide de faire vivre d'autres aventures à l'inspecteur Widjet & à son copain Paulo.
Ça change 1 peu des nouvelles dépressives & de la poésie qui doit obligatoirement saupoudrer tous les textes, sans quoi ils sont décrétés "sans intérêt".
C'est 1 autre sorte de littérature & moi, j'aime ça.
Florilange.

   Xrys   
26/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bizarrement j'ai préféré ce texte au précédent.

J'ai très vite décroché de l'intrigue (contrairement à mes attentes d'ailleurs) pour me laisser porter par l'humour. Du coup comme l'intrigue n'était plus importante pour moi j'ai sans doute mieux apprécié les traits d'humour

Il me manque un peu de dé-construction dans le récit...
Ce que j'ai nettement apprécié :
- Les gâteaux ( moui je sais j'ai l'humour potache)
- l'apparition du rabbin (j'aurais préféré d'ailleurs que son rôle devienne plus important il m'a fait rire lui)
- les trois évènements parallèles et leurs conséquences...
- les conversations téléphoniques mystérieuses...

Moins apprécié :
- les preuves codées : Je me suis interrogée à ce moment là si j'allais aller chercher la réponse dans le 1er texte ou pas (finalement opté pour le pas, j suis fatiguée là...). Sinon à ce niveau je pense que l'inspecteur Widjet n'est pas assez ridicule ou plutôt tu ne mets pas assez son incompétence en valeur

- Le motif du crime beaucoup trop classique j'aurais préféré un truc plus déjanté ...(en fait il aurait vraiment fallu au final que tu choisisse entre le policier et l'humour)
- un peu trop de longueurs aussi dans les scènes de la fin d'Edmond et Ruth

- et toujours le même reproche tes personnages secondaires sont bien trop charismatiques et étudiés pour le rôle insignifiant que tu leur donnes

- Sinon je retire ce que j'ai dit sur le précédent texte concernant le fait de se mettre soi-m^me en scène.

Merci

Xrys

   xuanvincent   
5/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
Après une lecture rapide (d'ordinaire je ne lis pas de récits policiers), le deuxième volet de cette nouvelle m'a semblé dans l'ensemble bien mené et bien écrit.

La manière dont l'auteur intervient dans son propre récit a retenu mon attention. Notamment pour la lettre à son personnage, qui m'a amusée.

Les dialogues, alertes, font qu'il m'a semblé qu'on ne s'ennuie pas en lisant le récit.

La fin toutefois, en quelque sorte en queue de poisson, m'a un peu déconcertée.

   Selenim   
13/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
Un texte qui m'a plusieurs fois fait penser à l'œuvre de Mel Brooks.

L'écriture est toujours soignée, travaillée sans que ça suinte. La maîtrise technique de l'auteur n'est plus à démontrer, chacun de ses textes affiche irrémédiablement cette constante.

Sur le fond, cette deuxième partie prouve que ce récit n'est pas une farce déstructurée. Il y a un vrai travail sur l'intrigue qui semblait avoir désertée le premier volet.

Après, il s'agit d'un ressenti purement personnel, mais je ne suis pas friand de l'humour employé. J'ai peu d'affinité avec la grossièreté à outrance et les blagues potaches m'usent après 5000 signes.

Il y a des trouvailles, de la jouissance rédactionnelle dans cet alter égo déguisé en inspecteur. L'auteur ce dédouane, laisse libre court à son imagination et laisse son personnage prendre les coups à sa place. Ce plaisir non masqué de se glisser dans sa propre personnalité donne au récit une énergie folle. Le rythme tonitruant a bien du mal à suivre l'imagination débridée de l'auteur.

Il est évident que ce texte est une réussite mais auquel mon imaginaire a du mal à adhérer.

Bravo pour le travail.

Selenim

   Cortese   
17/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Très très bon ! Après la lecture de la première partie, je m'inquiétais un peu de la suite... Mais c'est réussi. Tu persistes et signes à fond dans le burlesque, et ça marche !
L'écriture est rythmée, toujours drôle et fluide.
J'aime beaucoup, en vrac : l'intrusion de Téléphone dans la conversation du même nom, l'intrigue qui se dénoue en un jeu de mot à la con, l'action finale sous forme de coïncidences vaseuses, et les multiples et indispensables interventions de l'auteur.
Bref, on passe un bon moment, surtout une fois qu'on a admis l'idée que c'était moins un vrai polar qu'une grosse farce. Bravo !

   Ninjavert   
2/8/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Chose promise, chose dûe, voici mon com :)

J'ai fait deux constats à la lecture de cette deuxième partie, qui sont (désolé de l'avouer) particulièrement affligeants.

1) Qu'est-ce que c'est con ! Non mais franchement, ça devrait être interdit de faire un truc aussi con.
2) Qu'est ce que je me suis marré !

Je ne sais pas, de ces deux constats, lequel est le plus affligeant. Mais c'est un fait, tu as eu beau charrier des tombereaux des conneries, je me suis bidonné tout du long.

Le début est un peu molasson. Entre le récit de Paulo-chez-les-ploucs, puis le contre-interrogatoire de Nestor (pardon, William)... ça a un peu de mal à décoller.

Bon, j'ai plus que jamais adoré tes petites allusions débiles, que ce soit les paroles de Téléphone dans les dialogues, ou les jeux de mots idiots (le Capt'ain Eaglow et Nadine Amok ont ma préférence... mais c'est dur de les départager, Jean-Luc Lémouch m'a fait hurler de rire aussi).

Ah, j'avais pigé ton vieux code à deux francs ^^ Même si j'ai pas cherché tous les mots, par flemme, et ai préféré me laisser bercer par l'intrigue et la manière chaotique dont ce cher inspecteur Labavure la menait.

Je t'avais dit ne pas être fan des interactions auteur / personnage, mais tu as bien géré. Je n'ai pas retrouvé ici ces petites choses qui m'agacent régulièrement quand on use de ce genre de ficelles. Je saurai pas trop dire à quoi c'est dû, mais le dosage était bon.

Tes trois événements simultanés (et pour le moins imprévisibles) m'ont bien fait penser à la fin des Thanatonautes. Je ne spoilerai pas pour ceux qui ne l'auraient pas lu, et je ne sais pas si l'allusion était voulue (je suis peut être le seul à faire un lien, y a pas grand chose en commun non plus), mais j'ai bien aimé.

Le petit speach de fin est amusant, même si un peu longuet, malgré les détails cons et burlesques qui ne surprennent même plus (Rabbi Stouri pour ne pas le citer) mais font toujours sourir. J'ai retrouvé une ambiance Columbo-Arabesque-AgathaChristique qui ne m'a pas déplu, dans ce petit huis-clos révélationnesque.

J'ai bien aimé ceci dit, le ressort utilisé pour confondre l'assassin. Con à souhait, mais bien trouvé. Bien aimé aussi que tu continues ce petit jeu, après qu'il soit démasqué. ("Fumier", tout ça).
Un texte qui cache, sous ses monceaux de conneries et de jeux de mots pourris, une construction somme toute cohérente et inventive. Tu n'as délaissé ni l'intrigue (simpliste, mais cohérente), ni la trame du récit pour l'humour, c'est bien.

Beaucoup aimé le "Page 5, Ligne 40, Mots 5 et 6"... j'attendais un truc dans ce goût là, j'ai pas été déçu :)

La fin, bon, ben c'est du grand n'importe quoi, forcément. Je suis moins fan, même si j'ai souri quand même. On retrouve bien l'esprit "Paulo inside" avec ces galipettes dans tous les sens et ces défouraillages intempestifs (ça manquait un peu de castagne, peut être), mais à mon goût c'était en effet un peu "too much". Tu le dis toi-même : final spectaculaire (et interminable). Ca ne m'a pas empêché d'apprécier les clichés dont t'amuses, comme le grand méchant increvable, et la femme du grand méchant qui surgit quand on ne l'attend plus (manquait un coup cymballes, peut être). A ce titre, le perso de la femme m'a paru un peu parachuté. Je ne trouve pas qu'elle apporte grand chose, je me serai très bien contenté de son mari, qui aurait pu lui même faire cette dernière menace (comme si une tondeuse suffisait à l'abattre, tsss...).
Mais bon c'est perso. Et pour moi le perso de trop, même si c'est pas grave.

Quelques phrases qui m'ont bien fait marrer... je ne les ai pas toutes relevées, mais je citerai celle là, au hasard : "(...) en retirant sa culotte qu'elle essore en lui jetant au visage." Classe.

Et la toute chute, qui se termine sur l'ultime castration du Paulo. Adoré aussi.

Pour conclure, j'ai beaucoup aimé malgré ces petites imperfections. Le gros écueil que je trouverai à ce texte est au final, son plus gros atout : l'humour. Il est décalé, barré, et spécial. On accroche, ou pas du tout. J'ai vu que Little J avait trouvé ça grossier, ça ne me surprend pas. Je suis moi-même grossier, mais c'est clair que cet humour graveleux et lourd comme un brownie au chocolat noir ne peut pas faire l'unanimité.

Après tout, qui prétend pouvoir le faire ? Tu m'as unanimisé et ça me suffit :)

Je rebondis juste sur une remarque qu'on t'as fait et qui me paraît très juste : tu es plus à l'aise dans les descriptions que les dialogues. Tes dialogues sont justes et très corrects, mais pas parfaits, et inégaux. Par contre, tes descriptions me font vraiment bander, comme dirait le gars Paulo. Tes boulistes aux doigts tordus par le froid, ou ton ciel qui pisse une eau glacée, j'adore. Tout comme tes personnages (je l'ai dit dans la première partie 'me semble) que tu brosses à merveille en quelques traits admirables de justesse.

Alors oui, c'est pas parfait, mais pour moi le duo Widjet - Paulo rejoint les binômes de flic à la con, Sylvestre Stallone et Kurt Russel de "Tango et Cash", Nick Nolte et Eddy Murphy dans "48 heures", ou Jackie Chan et Chris Tucker dans "Rush Hour".

Merci pour ce fou-rire sincère, Widj'

EDIT : ah, si un détail que j'avais déjà oublié de te signaler dans la première partie : c'est "Dr Martens", et pas "Dock Marteens"... Monsieur Maertens était de mémoire docteur, et non dockeur :) C'est peut être un jeu de mot qui m'échappe (ou pour ne pas citer la marque), mais comme tu cites "Bosch" plus loin, je me dis que c'est peut être juste une coquille. Bref, dans le doute, c'est dit.

Bisous

 

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