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Science-fiction
widjet : Risques & Périls
 Publié le 01/01/12  -  16 commentaires  -  47378 caractères  -  194 lectures    Autres textes du même auteur

Rigolez pas, mes camarades
La débandade, c’est pour demain
Chanson « La débandade » de Michel Sardou


Risques & Périls


Note d'Oniris : Ce texte peut choquer les esprits sensibles.



Paris, 29 mars 20 ?


Ce soir encore, le plateau est plein à craquer. Mais personne n’occupe la scène.


Mouvement panoramique de la caméra. Des milliers de spectateurs s’agitent sur des chaises rouge sang. Un public très large, très divers : des hommes, des femmes, des vieux, des jeunes. Des enfants aussi.


Et au centre de la scène, toujours aucune présence...


L’air se charge d’électricité. Dans les tribunes, on commence à s’impatienter. Tout le monde applaudit avec une synchronisation savamment orchestrée. Les mains mises en porte-voix, certains scandent un prénom – Christopher – tandis que d’autres brandissent des pancartes où on peut lire « The Christ is B(L)ACK ! » ou encore le célèbre slogan, véritable marque de fabrique de l’émission : « À vos risques et périiiiils ! ». Aux claps retentissants suivent des cris d’impatience accompagnés de quelques évanouissements. Dans le public, une jeune femme est prise de soubresauts. Son corps tremble, se met à tortiller avec cette frénésie qu’on voit dans les églises évangélistes. Après plusieurs convulsions, une bave blanchâtre apparaît à la commissure de ses lèvres, puis la femme s’effondre sans connaissance aux pieds d’adultes indifférents et d’adolescents rigolards.


Soudain, au milieu de la scène, une succession d’explosions et d’effets pyrotechniques. Après quelques secondes, les flammes disparaissent aussi vite qu’elles avaient jailli. Lentement, les nuages de fumée se dissipent : une capsule argentée en forme de projectile géant fait son apparition. Acclamations. La porte coulisse dans un ronronnement métallique noyé par les vivats des spectateurs.


Leur animateur fétiche est là. Leur prophète. Leur messie.


L’homme est assis sur une chaise rembourrée, les bras sanglés, le corps recouvert d’électrodes et le front cerclé d’une couronne de cuivre entourée de diodes clignotantes : comme toujours, Christopher Black a tenu à faire une entrée spectaculaire.


Une grande blonde élancée, talons hauts et porte-jarretelles, accourt pour le détacher. Libéré, l’homme se redresse, sort de la capsule, fait des moulinets avec ses bras pour inciter le public à l’acclamer plus fort. Le type sait y faire, la démonstration fonctionne à merveille. Les applaudissements redoublent d’intensité. Puis, l’homme rejette la tête en arrière et met ses bras en croix. Sa pose favorite. Sa signature christique.


Black est tiré à quatre épingles. Habillé de noir, à l’exception de ses chaussures d’un rouge vif dont le bout pointu en fer brille sous les lasers. En bas de l’écran, son nom en lettres écarlates :


CHRISTOPHER BLACK

Concepteur, animateur et producteur


L’assistante platinée est sur le point de partir lorsque le présentateur l’attrape par le bras sans ménagement, l’attire vers lui, l’embrasse à pleine bouche – sans quitter la caméra du regard – avant de la repousser et de s’essuyer les lèvres avec le dos de la main. La pin-up s’en va dans une démarche faussement titubante, roulant des yeux et affichant la moue de la femme comblée.


Travelling avant. Gros plan sur Black.


Il est grand, immense même. C’est la seule certitude. Tout le reste est indéterminé. Son âge pour commencer. Black pourrait avoir trente ans comme le double. Son visage ressemble à un masque de cire. Au travers de sa peau fine et d’une blancheur extrême, on pourrait presque apercevoir les os de sa mâchoire. Un zoom sur sa figure translucide et imberbe permet de distinguer des veines épaisses qui traversent ses joues creusées et remontent sur son large front. Sa bouche est disproportionnée par rapport à son faciès tout en longueur et pointu comme une dague. Son nez, lui, est très fin, minuscule. Ses cheveux clairs mi-longs sont plaqués vers l’arrière et le maquillage noir autour de ses yeux fait ressortir le jaune étincelant de ses pupilles.


Ses lèvres s’étirent et se transforment en un sourire glacial.


— Bienvenue à vous, mes amis ! lance-t-il.


Travelling circulaire. L’amphithéâtre – d’une capacité de sept mille personnes – est bondé. Zoom. L’une des caméras se braque sur des types en uniforme sombre. Les agents de sécurité. Tout en muscles, visages stoïques cachés derrière de larges lunettes aux verres opaques. Ils sont postés devant chaque entrée. Et armés.


— Dites-moi, vous êtes bien calmes, ce soir, nargue Christopher en s’adressant au public.


Des clameurs retentissent pour répondre à la provocation de sa vedette.


— Et vous qui êtes chez vous, renchérit-il en pointant la caméra, vous êtes chauds, brûlants comme l’Enfer ? Allez, ne perdons pas davantage de temps, et accueillons notre nouveau candidat.


Dans un brouhaha de sifflets et d’ovations, une personne pénètre sur le plateau. Une naine. Jeune, assez boulotte et d’un physique plutôt ingrat. Après une rapide présentation, on apprend qu’elle s’appelle Éliane Toussaint (« Mais mon petit nom, c’est Lili », dit-elle fièrement), qu’elle est mariée à Tony Hooker, le célèbre joueur de basket de l’équipe des Spurs, qu’elle aime nourrir son animal de compagnie (un python) et que son métier d’embaumeuse (« Je préfère thanatopractrice », corrige-t-elle avec aplomb) lui a permis de réaliser son rêve : maquiller le corps de son idole Frédéric François Jr.*, arrière-petit-fils du célèbre chanteur italien (une ultime photo prise à la morgue montre la naine assise sur la dépouille, un sourire jusqu’aux oreilles et les deux pouces en l’air).


— Êtes-vous prête à jouer, Lili ? demande Christopher, ses yeux jaunes pétillant d’une étrange malice.

— Je suis prête, Christopher, fait la petite candidate.

— Très bien. Mais n’oubliez pas que chacune de vos décisions sera à vos…


En bon professionnel, l’homme laisse sa phrase en suspens, tend les bras en direction des spectateurs qui s’empressent de saisir la perche tendue par leur gourou télévisuel :


— Risques et périiiiils !!!


Le jeu commence.


Comme l’indique le bandeau sous-titré en bas de l’écran, la première épreuve s’intitule « PLUS PRÈS DE LA MORT ». En cas de succès, le montant du gain s’élève à 250 000 €.


— En revanche, très chère Lili, précise Black, en cas de mauvaise réponse et comme l’indique le règlement, vous devrez en subir les conséquences financières.


Lorsque défilent sur scène trois jeunes infirmières plantureuses (une blanche, une noire, une jaune) les réactions dans les gradins sont divisées : sifflets stridents et majeurs tendus chez les femmes, vagissements gutturaux et gestes mimant l’accouplement chez les hommes. Les trois bimbos poussent chacune un fauteuil roulant où sont assis un vieillard, une femme quinquagénaire et un adolescent d’une douzaine d’années. Un plan serré sur le visage de chaque individu glace littéralement l’amphithéâtre. Dans les premières rangées, la main sur la bouche ou se couvrant les yeux, certains spectateurs expriment leur effroi tandis qu’à l’étage supérieur, vers le balcon, on peut entendre des gémissements d’écœurement.


— Ma chère Lili, poursuit Black en se tournant vers Éliane, voici l’énoncé de l’épreuve. Chacun des individus que vous voyez là est atteint d’une maladie orpheline et incurable. Pour ne rien vous cacher, ils n’ont plus que quelques semaines à vivre.

— C’est… c’est affreux, fait la joueuse tétanisée.

— Oui oui, c’est dommage, répond l’homme avec empressement. Maintenant, votre objectif est de découvrir, rien qu’en les observant et en trente secondes, lequel d’entre eux est le plus proche de sa mort. Vous avez bien compris la règle, Lili ?

— Euh… oui, Christopher.

— Parfait ! Si vous trouvez la bonne réponse, vous empochez la coquette somme de 250 000 €. Si vous vous trompez, ce sera « à vos risques et périls ». Prête, Lili ?

— Prête, Christopher, fait la candidate qui ne peut détacher son regard des trois personnes face à elle.

— Observez-les bien et surtout vite ! Attention… Top Chrono !


Zoom avant sur le vieillard. La figure de l’homme est diaphane et émaciée. Il n’a plus aucun poil sur les sourcils ni de cheveux sur la tête. Les paupières tremblantes, il semble avoir des difficultés à maintenir les yeux ouverts. La peau de son visage fait des plis dégoulinant comme la cire d’une bougie ce qui le fait ressembler à un nourrisson de cent ans. Ratatiné sur son fauteuil, un mince filet de salive glaireuse coule sur son menton distendu tandis que le micro accroché sur le revers de sa chemise renvoie sa respiration sifflante. À ses côtés, dans une posture sans équivoque, se tient l’infirmière asiatique, esquissant un sourire lubrique, le dos exagérément cambré et la poitrine très droite qui fait tendre sa blouse.

Le plan suivant montre la femme. Elle doit avoir dans les quarante-cinq–cinquante ans, porte une épaisse et douteuse tignasse rousse qui contraste affreusement avec la pâleur de son teint cadavérique. On dirait une momie coiffée d’un postiche. Elle a beau afficher un large et hideux sourire, l’agonie voile ses prunelles exorbitées. En dépit du maquillage, son épiderme craquelant et jauni de papyrus s’effrite de toutes parts et des pellicules de peau morte tombent sur son tailleur très chic. Ses lèvres molles sont badigeonnées d’un rouge vif et ses boucles d’oreille en forme de crucifix pendent à ses lobes squamés. C’est un vrai zombi habillé en Chanel qui pose face à la caméra en compagnie de la garde-malade noire au corps de déesse et aux lippes gonflées qui se tient derrière elle.


Enfin, la caméra se tourne vers l’adolescent. La figure du gamin est boursouflée comme le reflet d’un miroir déformant. Des cloques rouges ou d’un liquide jaunâtre parsèment et enflent ses joues tandis que d’autres plaies purulentes zèbrent son front luisant. Ses yeux sont hagards comme s’ils cherchaient à retenir la plus infime ombre de vie dans ses pupilles. L’adolescent essaie de faire bonne figure, mais on le sent tiraillé par la panique, la souffrance et la honte. On a le pressentiment que la moindre tentative d’expression, la plus petite grimace du garçon pourrait faire exploser cette face boutonneuse en un geyser de pus et de sang. Même l’infirmière rouquine ultra sexy derrière son dos masque difficilement son dégoût, en posant le bout de ses faux ongles interminables sur les épaules du jeune condamné.


— Fin des trente secondes, intervient l’animateur. Alors, Lili, qui parmi ces… hum… individus devrait mourir le premier ?


Des beuglements se font entendre. Le public, prêt à jouer son rôle de partenaire ou de traître, se manifeste en indiquant son choix avec ses doigts ou en agitant des écriteaux.


— Alors Lili, questionne à nouveau le présentateur, le temps réglementaire est passé. Qui choisissez-vous ?

— Sans hésiter, celui-là, dit-elle en désignant le vieil homme.


Cacophonie dans les rangées de spectateurs.


— Bon, poursuit le présentateur, pour savoir si vous savez vu juste, je vous demande d’accueillir le Dr Dominique Blain.


Un homme fait son apparition sous les faisceaux lumineux. Cris dans les tribunes. D’un geste de la main, Black invite le public au silence et celui-ci, comme soumis à sa volonté, lui obéit. En un claquement de doigts, il n’y a plus un bruit sur le plateau. L’homme qui se tient près de l’animateur est habillé de façon sobre et classique, costume gris anthracite, chemise blanche et cravate du même ton que son ensemble.


— Docteur, poursuit Black, vous nous confirmez que ces trois personnes sont actuellement vos patients respectifs dans la clinique George Bizet où vous professez ?

— Je le confirme, répond le médecin.

— C’est d’ailleurs vous-même qui avez pronostiqué la durée de vie de ces malades ?

— Tout à fait, Christopher.

— Pouvez-vous, je vous prie, nous faire part de vos conclusions ?


Le docteur toussote, sort une feuille de sa poche, la déplie et, dans un silence monacal, lit à haute voix :


— Comme vous pouvez l’imaginer, cela reste assez complexe d’avoir un résultat précis. Néanmoins, de par mes compétences scientifiques et analytiques combinées aux différents tests qui ont été effectués par mes collaborateurs sur lesdits patients, je peux vous annoncer avec une tolérance d’environ soixante-douze heures que la mort de Lucien Bauer (gros plan sur le vieillard dont les yeux ne sont plus que deux fines fentes flétries) est prévue dans 13 jours (un léger brouhaha parcourt les gradins)...


Le médecin fait une courte pause avant de poursuivre :


— … que celle de Suzanne Letourneur (zoom sur la femme dont le sourire forcé fendille la peau de ses joues où filtre un mince filet de sang) est prévue dans 17 jours (le bruit de l’assemblée s’intensifie). Et enfin, le décès du jeune Jonas Rameau…


Autre pause de quelques secondes. Sur l’écran, l’image se divise en deux parties. Sur la gauche, on peut voir le visage de l’enfant dévoré par l’humiliation, les lésions et les pustules tandis qu’à la droite, l’image montre la grimace angoissée de la petite candidate.


— … devrait survenir…


Fiévreux, le public a de plus en plus de mal à se contenir.


— … dans… 11 jours !


Des cris assimilables à ceux des bêtes explosent face à la figure décomposée de la joueuse lilliputienne. Black fixe la perdante sans rien dire. Contrastant avec la détresse de la candidate, la mine du présentateur dissimule avec peine sa satisfaction. Par-dessus les huées, des injures fusent à l’encontre de la femme miniature. Sur un panneau électronique gigantesque clignote alors un message repris en chœur par le public : « Argent ! Argent ! Argent ! Argent ! Argent ! Argent ! Argent ! Argent ! Argent ! ». Cette fois, Christopher ne cherche pas à apaiser le climat. Au contraire, il laisse le tumulte s’installer et torturer la participante à deux doigts de fondre en larmes. Le vacarme perdure de longues minutes avant que Black, sans parler, juste en levant le bras comme le ferait un empereur romain, parvient à rétablir le calme.


— Lili, finit-il par dire, vous qui suivez notre émission, vous connaissez le règlement. Vous devez, par conséquent, communiquer à voix haute et de façon très distincte le numéro de votre carte bleue. Ce numéro sera inscrit sur l’écran pour les téléspectateurs qui nous regardent, mais également sur les boîtiers des personnes présentes dans le public.


Le regard rivé face caméra, le présentateur dit :


— Pendant trois minutes, chacun et chacune d’entre vous, que vous soyez sur le plateau ou derrière votre téléviseur, pourra en utilisant les coordonnées bancaires de Lili acheter sur internet ce qu’il veut ! Non, vous ne rêvez pas ! Ce que VOUS VOULEZ, vous entendez ?! Pendant ces trois minutes de bonheur, faites-vous plaisir, c’est Lili qui régale !


Puis se tournant vers la candidate rondouillarde, l’animateur ajoute :


— C’est à vous, Lili. Allez, courage !


Le visage plus pâle que jamais, Lili, après avoir rappelé son identité, sort sa Visa de sa poche et dicte d’une voix étranglée (à plusieurs reprises, l’animateur en pleine jubilation lui demande de parler plus fort et de bien articuler) tous les chiffres ainsi que le cryptogramme de sa carte de paiement.


— Pendant que vous faites vos emplettes, poursuit Christopher face caméra, laissons passer une page de pub.


L’interruption dure environ cinq minutes. Le temps de diffuser plusieurs spots publicitaires : ouverture en juin de Mc Dognald’s, le premier fast-food pour canidés. Augmentation prochaine de la prime à la délation. Sortie du nouvel album « Fucking without notice » du groupe heavy metal néo-zélandais The Vagina’s Destroyers. Et enfin, Chokobio, nouveau produit des usines Mestlé (sans sucre, sans colorant, sans cacao).


Retour à l’émission. L’image montre Éliane Toussaint, la mine éplorée, en train d’ingurgiter deux Alka Seltzer qu’elle tente de faire passer avec un grand verre d’eau. Pour la candidate, le choc a été rude. En trois minutes, son compte en banque vient d’être dévalisé de 290 757 €, argent qu’elle dit ne pas posséder à moins de vendre sa maison (« Comme quoi, il y a toujours une solution » lui réplique Black). L’animateur en profite pour rappeler qu’en guise de récompense pour leur participation, Lucien Bauer, Suzanne Letourneur et Jonas Rameau verront leurs funérailles intégralement prises en charge par la chaîne.


— Rien n’est encore joué, poursuit Christopher à l’encontre de la candidate. Vous pouvez encore ressortir gagnante du jeu, vous savez.

— Oui oui, répond la naine en reniflant.

— Alors, Lili, êtes-vous prête pour la seconde épreuve ?

— Je… Je suis prête, Christopher.


La deuxième étape du jeu s’intitule « MA MAIN À COUPER ».


Trois hommes athlétiques, torse nu et boxer moulant sont sur le plateau. Nouvel accueil hystérique... et nouvelle hécatombe dans les tribunes. Les agents de sécurité grimpent dans les gradins et récupèrent une demi-douzaine de personnes évanouies – des femmes en majorité dont une vieille dame qui, sur le coup de l’émotion, s’est urinée dessus – qu’ils transportent sur leurs épaules ou se transmettent à la façon des rugbymen. Un plan fugace montre un teenager agrippant la jambe d’un des vigiles bodybuildés avant que celui-ci ne lui balance un uppercut en pleine face pour se dégager de son emprise (le ralenti montrant assez nettement deux dents jaillir hors de la bouche de l’adolescent).


Les trois mâles s’alignent, exhibant non sans fierté leurs pectoraux saillants et leur verge engoncée dans leur slip. L’un d’entre eux est Tony Hooker, le basketteur noir américain et mari de la candidate. Mais ça, la lilliputienne ne le sait pas car juste avant, on lui a bandé les yeux.


— Ma chère Lili, fait Black, voilà une belle occasion de vous rattraper.

— J’espère, répond Éliane un peu rassérénée.

— Vous avez devant vous trois hommes. De vrais mâles, j’ajouterai. L’un d’entre eux n’est autre que votre époux, le grand champion que tout le monde connaît. Mais avant de vous soumettre à l’épreuve, puis-je vous poser une question, Éliane ?

— Oui… fait la candidate en marquant un temps d’hésitation.

— Connaissez-vous bien votre mari ?

— Bien sûr !


Black sourit, l’air satisfait.


— Le connaissez-vous parfaitement bien ?

— Bah, c’est mon mari, quand même, s’offusque Éliane.


Autre rictus de l’animateur :


— Laissez-moi préciser ma pensée, Lili. Je veux dire par-là, le connaissez-vous de la façon la plus intime qui soit ?


Ricanements grivois dans l’assistance. Les yeux dissimulés sous son bandeau, la joueuse, décontenancée et les joues empourprées, n’est pas très à l’aise :


— Je… Je ne comprends pas. C’est… mon mari. Je le connais.

— C’est ce qu’on va découvrir tout de suite ! rétorque Black d’un ton sarcastique.


La règle s’affiche en bas de l’écran de télévision:


Les yeux cachés sous un foulard sombre, la joueuse doit mettre la main dans l’entrejambe de chacun des trois individus et être capable en leur tâtant les organes génitaux d’identifier son partenaire.


TEMPS IMPARTI : 15 SECONDES.

GAIN : 300 000 €.

PRIX À PAYER : LA MAIN TRANCHÉE.


Bandeau sur les yeux, la candidate fait face aux trois apollons. Elle hésite, déglutit avec peine sous les gloussements des spectateurs qui l’incitent à se lancer. Pour l’aider, Christopher dirige la main réticente de la joueuse en direction du bas-ventre du premier homme. Celui-ci est du genre svelte, peau mate et racée, coupe afro-américaine, doté d’un collier de dents (probablement humaines) autour du cou… et pourvu d’une poitrine opulente. Éliane se décide enfin à palper le maillot et d’y plonger ses doigts à l’intérieur. La naine pousse un « oh » de surprise.

Black s’empresse de l’interroger :


— Que se passe-t-il ?

— C’est… c’est énorme, répond la candidate rougissante en ne cessant pas pour autant ses attouchements.


Plan fixe sur le visage du transsexuel dont les lèvres exhibent un sourire salace. L’embarras du début est oublié et désormais Éliane exécute ses travaux de palpations avec savoir-faire. Elle touche, presse et soupèse le pénis et la paire de testicules en essayant de ne pas se laisser déstabiliser par les sarcasmes autour d’elle. La caméra se déplace dans les rangées de sièges et surprend un couple, probablement émoustillé par cette épreuve, en train de s’embrasser et de se caresser tandis qu’à côté d’eux un homme très âgé les fixe, le regard hagard et les doigts plongés dans sa braguette ouverte.


De son côté, Lili s’occupe déjà des deux autres cobayes avec plus d’assurance et même un plaisir croissant (elle dépasse à chaque fois le temps imparti, mais l’animateur fait mine de l’ignorer). La candidate a visiblement un certain doigté au vu de la réaction provoquée sur les trois sujets (un plan zoomé le montre).


— Ils bandent comme des ânes ! fait-elle dans un cri victorieux.

— Restez concentrée Lili, fait Black. Que ces boules ne vous fassent pas perdre la vôtre !


Éliane pouffe à nouveau imitée par les rires paillards des spectateurs. Le gong retentit. Fin du temps réglementaire.


— Alors Lili, fait le présentateur. Après ces expériences somme toute agréables, avez-vous pu reconnaître votre mari ?

— Déjà, fait Éliane, ce n’est pas le premier, c’est sûr. Il a un trop gros machin par rapport à mon Tony d’amour.


Rires bruyants et aboiements canins envahissent la scène. Amusé, Black poursuit :


— Il ne vous reste plus qu’à choisir entre l’homme nº 2 et le nº 3, en espérant que votre époux se trouve parmi eux.

— C’est dur, fait la petite femme. Vraiment très dur.

— Je te confirme, ma chérie, fait le basketteur à son épouse, le doigt en direction de son entrejambe. De ce côté-là aussi, c’est très dur.


Dans le public, les gens rient aux larmes. La plupart se tiennent les côtes ou se frappent sur les cuisses. En arrière-plan, un spectateur de très forte corpulence s’esclaffe avant de porter la main sur son cœur et de s’effondrer. Dans sa chute, il entraîne les personnes de la rangée de devant qui s’étale à son tour comme des dominos. Zoom de la caméra. Encouragé par ses parents, un jeune garçon d’une dizaine d’années en profite pour faire les poches du type inconscient avant de détaler à l’arrivée de trois agents de sécurité qui viennent évacuer le gros homme.


Lili hésite. Finalement, elle décide d’éliminer l’homme nº 2. Autour d’elle, ça vocifère de plus belle. Les cris assourdissants se mélangent pour accoucher d’autres bruits hybrides. Black s’avance vers la candidate :


— Lili, vous disiez bien connaître, vous vous souvenez ?


Les yeux toujours dissimulés derrière le foulard sombre, la joueuse a la voix chevrotante.


— Oui, je… je me rap… pelle, Chris… Christopher.


Black s’approche un peu plus de Lili. Une lumière fugace passe sur les yeux ambrés du présentateur-star tandis qu’avec le dos de sa main, il essuie ses lèvres perlées de sueur.


— Eh bien, ma chère Lili, j’ai une très bonne nouvelle pour vous : il vous reste encore beaucoup à découvrir de votre Tony !


D’un geste sec, Black enlève le bandeau de la candidate. En réalisant qu’elle s’est trompée – elle avait choisi le cobaye nº 3, un petit rouquin – Éliane se met à blêmir. Et pour cause : la candidate connaît la sentence. Elle voudrait bien dire quelque chose, supplier, se mettre à genoux s’il le faut, mais elle reste figée par l’effroi. Ses lèvres s’entrouvrent et se referment à plusieurs reprises, sans un son. Avec ses yeux globuleux et sa bouche semi-ouverte qui semble happer de l’oxygène, elle ressemble à un énorme poisson.


Les spectateurs, eux, n’en finissent plus de gueuler. La caméra s’arrête sur l’un d’entre eux. Assis sur un siège à part, à l’écart de la foule, le type se lève et salue la foule qui lui répond en brandissant son pouce levé. Le nom de cet homme apparaît en bas de l’écran : Simon Baudet. Anonyme il y a un mois, il est une célébrité aujourd’hui. Simon est le précédent candidat de l’émission. Le mois dernier, il a remporté la somme de 300 000 €. Néanmoins, à l’épreuve de « LA MAIN À COUPER » et à l’instar d’Éliane Toussaint ce soir, Simon avait échoué. Le poing en fibre de verre cristallisée planté sur son poignet droit témoigne du sacrifice.


Éliane est sur le point de défaillir lorsque pénètre sur le plateau un vieil Asiatique en kimono blanc. Une véritable ovation accueille ce centenaire japonais qu’on ne présente plus. Maître Z. Les rumeurs répandent beaucoup de choses à son sujet comme le fait qu’il fut un ancien Yakusa reconverti. Un magazine à scandales a récemment relaté que Maître Z était un nostalgique des méthodes de torture traditionnellement appliquées par certains de ses ancêtres Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale**.

À la demande de l’animateur, le vieil homme s’approche de Lili pétrifiée qui parvient malgré tout à articuler quelques mots.


— N… on, pi… pi…

— Pipi ? fait Black. Ce n’est vraiment pas le moment, Lili.


Croassements dans le public.


— Pi… pitié, fait la petite femme en se tournant vers le centenaire. Ne faites pas… pas ça, s’il… s’il vous plaîîîîît.


Maître Z se tient face à la candidate. Éliane est haletante et traversée par des secousses incontrôlables. Le maître nippon, en revanche, reste stoïque. Ses yeux sont à peine ouverts, on pourrait presque croire qu’il somnole. Contrairement aux shows précédents, il ne porte pas son long étui doré accroché en bandoulière derrière le dos, ce même étui dans lequel son sabre est rangé. Cela ne manque pas d’étonner Black qui l’interroge :


— Maître Z, je ne voudrais pas vous paraître impoli, mais il me semble que vous avez oublié quelque chose.


L’animateur se tourne vers la foule comme pour chercher son assentiment qu’il obtient facilement. Sans dire un mot, le centenaire japonais pivote légèrement son cou en direction du présentateur qui renchérit :


— Êtes-vous certain qu’il ne vous manque rien, Maître ?


Gros plan sur le visage sans ride du vieux Japonais. Ses yeux bridés presque fermés semblent couver un feu intérieur, dévastateur. La caméra reste figée sur ce faciès pendant de longues secondes… jusqu’à ce que les lèvres du vieillard se mettent imperceptiblement à frémir.


Tout à coup, un flash. Une lumière. Brève. Fulgurante. Une sorte d’éclair suivi d’un bruit d’acier amplifié par les micros.


La scène qui vient de se dérouler à la vue de tous a été si rapide que personne, que ce soit sur le plateau ou dans les tribunes, ne s’est aperçu de rien. Pourtant, il vient de se passer quelque chose.


Soudain, une spectatrice se met à hurler.


Personne ne semble comprendre, pas même le caméraman qui ne sait plus où filmer. Dans la foule, le cri saccadé de la femme monte dans les aigus, devient strident : c’est un hurlement d’horreur.


Tandis que la caméra 1 cherche dans l’assistance sa provenance, la caméra 2 vient se braquer sur Maître Z qui n’a pas esquissé le moindre geste. Pourtant, chez cet homme imperturbable, une chose vient de changer. Son kimono. Ou plutôt sa couleur. Quelques secondes auparavant d’une blancheur immaculée, la tunique est désormais éclaboussée de rouge. Black lui-même est désorienté. Il regarde à tour de rôle l’Asiatique et la naine qui, la bouche bée, les yeux écarquillés et le teint cadavérique, semble tout aussi perdue. La direction du regard du présentateur dévie légèrement puis se fige.


Black esquisse un rictus sournois : il vient de comprendre.


Au même instant, la caméra 1 vient de retrouver dans le public la personne hystérique. Située sur la première rangée au balcon, c’est une femme obèse d’une trentaine d’années à la chevelure décolorée, vêtue d’un short vert bouteille et d’un T-shirt à l’effigie de l’ex-leader du Front National récemment élu Président de la République. Sur ses cuisses difformes repose une petite main rose aux doigts potelés. Dans cette main coupée, les phalanges se déplient légèrement comme si un marionnettiste invisible les manipulait à distance. Un mince filet de sang s’échappe de l’extrémité du poignet et vient couler le long de la jambe flasque de la trentenaire qui gueule de plus belle. Nullement impressionnée, une adolescente, seins nus, assise juste à côté d’elle, se saisit du membre ensanglanté qu’elle agite au-dessus de sa tête en guise de salutation.


— Coucou Papa ! Coucou Maman ! s’exclame la gamine face caméra.


La caméra principale revient sur le plateau et sur Éliane Toussaint. Lili aussi a réalisé ce qui est arrivé. Ce qui lui est arrivé. Elle fixe son bras amputé, les traits de sa figure déformés par l’épouvante. Sa bouche grande ouverte est incapable de produire le moindre son tandis que son corps est comme transpercé de courants électriques. Puis, ses yeux se révulsent, ses pupilles deviennent blanches et son corps rebondi bascule vers l’arrière :


Éliane Toussaint s’écroule.


Sur des écrans géants, la scène qui a échappé à tout le monde est rediffusée plusieurs fois. On peut voir Maître Z détacher sa ceinture, ouvrir son kimono, extraire de sa poche intérieure un long poignard à la lame effilée et d’un mouvement vertical passer sous le poignet de la joueuse. Le moment où la main est tranchée et se trouve propulsée dans les airs avant de disparaître dans les gradins est montré en vitesse minimum. Malgré le ralenti, la rapidité d’exécution du geste est stupéfiante.


Alors qu’au centre du plateau des brancardiers évacuent la joueuse inconsciente, il se passe un nouvel événement toujours au balcon, là où se trouvait la grosse dame. Cette même femme, ses bras graisseux encerclant son estomac distendu, vient de vomir. Elle est aussitôt imitée par sa voisine de gauche elle-même secondée par son époux. Rapidement, une réaction en chaîne se met en place et toute la rangée de spectateurs se met à dégurgiter. La tête penchée vers l’avant, des monceaux de vomissure brune tombent du haut des balustrades sur les gens du dessous. L’effet domino gagne progressivement le public qui se joint à un concert de bruits répugnants d’estomacs qui se soulèvent et de bouches qui rejettent toutes sortes de substances.


En voulant intervenir, un des agents de sécurité glisse sur une flaque de vomi. Sa tempe heurte une rambarde. Le garde est assommé. Profitant de l’opportunité, un membre du public, un jeune au crâne rasé, récupère le Glock du ceinturon de l’agent et se met à tirer aveuglément dans le tas. Bang Bang Bang ! Un enfant est touché dans le dos, un homme reçoit une balle dans la gorge tandis qu’un autre projectile vient transpercer l’œil d’une femme enceinte. Panique dans les tribunes. Hurlements. La foule se disperse, les gens se bousculent, se piétinent. La caméra tremble, l’image devient désordonnée. De nouvelles détonations retentissent. Le skinhead poursuit froidement son carnage. Bang Bang ! Deux autres personnes sont abattues et tombent comme des quilles. En haut, vers le premier niveau, une image montre un adolescent tétraplégique qui vient d’être poussé. Cramponné à son fauteuil, il dévale une série d’escaliers avant d’être brutalement stoppé par une barrière. La violence du choc fait basculer dans le vide l’handicapé qui vient s’empaler sur la tige métallique d’un parapluie ouvert d’une femme qui s’abritait des giboulées de vomi qui continuent de se déverser. Les intestins qui s’échappent de son ventre transpercé ressemblent à des couleuvres translucides et visqueuses.


Après plusieurs minutes apocalyptiques, le dément finit par être neutralisé. Un énorme trou au milieu de son front fumant, l’homme abattu par un garde gît au sol. De sa petite langue rosâtre, un caniche lampe la mare de sang qui entoure le cadavre de l’agresseur.


Brusquement, tout est coupé.

Plus de sons, plus d’images.

Le noir total.


En dessous de l’écran, le message suivant déroule :


Pour des raisons techniques, le programme a été interrompu… Reprise dans 15 minutes…


Nouvelles réclames et informations en tous genres : assurance gratuite contre l’inceste en échange du réabonnement chez l’opérateur Welkom, message de la CGT sur les 37 jours de grève planifiés sur le prochain trimestre, visite guidée et offerte de la centrale nucléaire démantelée de Fessenheim, concert post-mortem de Johnny Hallyday, la sortie de la biographie de l’ancienne hardeuse Clarice Margone intitulée « Marre de me faire démonter » et enfin l’énième diffusion de la chanson « Hymen Nature », tube intemporel de feu Michel Jackson revisité par les chœurs féminins de l’Église de scientologie de Fontenay-aux-Roses.


L’interruption se prolongeant, la chaîne envoie le clip de la star Élodie et son dernier succès « Love boomerang » (vendu à 19 millions d’exemplaires) avec les paroles en karaoké :


Si l’amour est un boomerang

Pourquoi tu reviens pas

Y faut plus qu’on s’tire la langue

Mais qu’on s’tombe dans les bras


Si l’amour est un boomerang

Alors, t’as plus le choix

C’est comme un Yin sans son Yang

Comme une pizza sans anchois


Si l’amour est un boomerang

Tu peux pas rester de bois

C’est plus fort que le Big Bang

Qu’une guerre au Nicaragua


Boom Boom !

Boom Boom !

Boomerang !


Vingt minutes plus tard, l’émission reprend son cours sous un nouveau tonnerre d’applaudissements. Vue plongeante sur les tribunes. Peu de sièges ont été désertés. Postés devant chaque issue, les colosses de la sécurité ont repris la pose, Ray-Ban noires, bras en croix et maxillaires ruminant un chewing-gum.


Au centre du plateau, Black se tient à côté d’Éliane. Lili, regard halluciné, arbore un sourire large et bizarrement figé. Le poignet droit enroulé dans un bandage, la candidate a l’air ailleurs. Elle dodeline de la tête, les yeux roulant dans leurs orbites toujours en proie à une sorte de béatitude. L’animateur, pupilles topaze braquées sur l’œil en verre de la caméra, s’exclame en pointant du doigt :


— Ami téléspectateur, j’espère que tu es encore là !


Il se retourne vers le public qu’il se met à haranguer :


— Avant d’entamer ce dernier défi, je vous demande d’encourager Lili !


Clap. Clap. Clap.


— Plus fort, voyons !


Clap. Clap. Clap. Clap. Clap. Clap.


— Sans oublier de féliciter nos médecins de génie qui ont remis notre championne sur pied… ou plutôt sur main !


Clap. Rires. Clap. Rires. Clap. Rires. Clap. Rires.


Black s’adresse à la candidate.


— Ça va drôlement mieux, on dirait, Lili ?


Hochements compulsifs et sourire extasié de la joueuse.


— Les calmants vous ont fait du bien.


Nouveaux acquiescements à répétition de la petite femme.


— Même un peu trop, rumine Christopher, la mâchoire serrée en jetant un regard noir à un homme situé à droite de la scène, vêtu d’une blouse aussi blanche que ses joues sont cramoisies et qui fait mine d’écrire sur son calepin.


Black se ressaisit. Dans un geste empreint de sensualité, il passe la main sur ses cheveux, retrousse ses lèvres et étale ses dents récurées.


— La bonne nouvelle, poursuit-il à l’encontre d’Éliane, est qu’actuellement votre main est dans une zone réfrigérée. Par conséquent, vous pourrez, grâce à une opération de quelques minutes, la récupérer sauf, bien entendu, si vous souhaitez un nouveau membre plus design comme notre précédent brillant candidat (nouveau gros plan sur Simon Baudet. L’homme, debout sur son siège, acclamé par la foule, embrasse sa main de cristal).


Black enchaîne et annonce la troisième et dernière épreuve : LINGES OU MÉNINGES. La règle est, là aussi, des plus simples. Sur un tableau qui comporte quatre rangées de chiffres, il s’agit pour la joueuse de découvrir le chiffre manquant afin d’aligner une série logique (« Avec un indice important, précise Black à l’encontre de la candidate, le chiffre mystère est compris entre 1 et 5 »). Si la candidate trouve le bon chiffre, elle empochera la somme de 300 000 €. Dans le cas contraire, elle devra exécuter un strip-tease sur scène devant l’assistance (qui pourra, comme le rappelle Black, prendre des photos, filmer et diffuser les images via le Net)… avant d’être sodomisée par Junior, un jeune trisomique, mascotte de l’émission (un tonnerre d’applaudissements accueille le mongolien filmé en coulisses).


Le tableau apparaît sur l’écran :


Rangée 123128
Rangée 221228
Rangée 382122
Rangée 48131?***


— Êtes-vous prête, Lili ?


Éliane approuve toujours souriante, balançant sa tête de droite à gauche.


— Bon, poursuit Black qui jette des coups d’œil sur le côté, vous avez une minute pour nous communiquer le chiffre manquant. Et n’oubliez pas que la décision qui sera la vôtre est à vos risques et…


Le public, bien rodé, complète en braillant la suite du slogan. Le chronomètre tourne, les spectateurs hurlent des réponses incompréhensibles, mais malgré tout ce vacarme, Éliane Toussaint ne semble pas concernée par ce qui se passe. Elle plane et regarde autour d’elle, hébétée, tandis que ses lèvres ne se départissent pas de leur éternel rictus niais.


— Il vous reste trente secondes, Lili. Est-ce… est-ce que ça va ?


Moue approbative et silencieuse de la lilliputienne dont le corps rondelet se met de plus en plus à tanguer. L’animateur se rapproche de la candidate qu’il tente discrètement de soutenir.


Fin de la minute.


— Lili, fait Black les traits crispés, avez-vous la réponse ?


Gloussements juvéniles d’Éliane et début d’agacement du présentateur.


— Allons allons Lili, ressaisissez-vous, l’enjeu est important. Avez-vous la réponse, oui ou non ?

— Oui…

— Bien ! Alors quel est le chiffre mystère ?

— Oui… oui… oui…

— Alors ? rumine Black dont les joues sans couleur se mettent peu à peu à se colorer.

— Oui… oui… oui…

— Si vous ignorez la réponse, dites quelque chose au hasard !

— Un…

— Le 1 ?

— Deux…

— Le 2 ? Le chiffre 2 est votre réponse, Lily ?

— Trois… Quatre… Cinq…


Black peine à se contenir. Il attrape la joueuse par les épaules, la secoue avec énergie.


— Lili, dépêchez-vous, nous devons rendre l’antenne dans moins de trois minutes.

— Six… Sept… Huit…

— Lili, le temps presse…

— Christophe ? fait Éliane.

— Oui ?

— Je voulais vous dire…

— Je vous écoute, fait l’homme entre ses dents serrées.

— … maintenant que je vous vois de près, je trouve que vous êtes moche !


Éliane se met à pouffer de rire. Chose incroyable, le public aussi. La joueuse pointe du doigt l’animateur en gloussant.


— Vous avez trop une tête de monstre !


Éliane, complètement droguée, se tient les côtes, hilare. Black se tourne vers le public mort de rire. Même les cameramen et les agents de sécurité semblent de la partie et s’esclaffent à leur tour. Devant l’hilarité générale, le présentateur est soudain pris d’un accès de colère. Il saisit la candidate par le col de son chemisier et d’un bras la soulève. Les pieds de la naine battent dans l’air tandis que celle-ci, amusée, se met à répéter à tue-tête « Tête de monstre ! Tête de monstre ! Tête de monstre ! ».


— Taisez-vous, idiote !

— Oh, glousse Éliane en remuant de plus belle, sois poli avec moi… Monster !


Black ricane en regardant les petits pieds s’agiter.


— Ha voilà le gnome qui se rebelle ! fait l’animateur.


Éliane lui crache au visage. Black rigole. Elle le gifle. Christopher se marre encore. C’est alors que la petite candidate plante violemment ses ongles dans les joues du présentateur. Ses doigts grassouillets s’enfoncent à l’intérieur de la peau livide et extra-fine de Black qui pousse un cri atroce, un cri de bête blessée. Des filets d’un sang foncé, presque noir s’échappent des joues de l’animateur. En voyant cette substance poisseuse entre ses phalanges, Éliane affiche un air dégoûté avant de repartir dans une nouvelle rigolade. À son tour, la foule de spectateurs se met à reprendre en chœur « Monster ! Monster ! Monster ! ».


Black, désarçonné ne semble plus savoir quelle attitude adopter. Fou de douleur et de rage, il lâche sa prise. La joueuse s’écrase dans un bruit mat, mais cela ne déstabilise pas Lili qui se roule dans tous les sens, tambourine le sol de ses pieds miniatures, le visage écarlate, la bouche grande ouverte d'où s’échappe sans fin son rire incontrôlable mélangé à celui du public ; un rire mutant qui secoue les murs de l’enceinte tel un tsunami.


Pour Black, c’est l’ultime affront, l’humiliation suprême.


Un zoom avant braque le faciès de l’animateur. Le visage de Black subit une étrange et stupéfiante transformation. Ses iris jaunes se teintent progressivement de rouge, les veines de son cou se mettent à gonfler de façon démesurée. En foudroyant la caméra principale, dans un grondement sourd, il s’adresse au studio : « Gardez l’antenne. Je vous interdis de couper. »


Puis, se tournant vers la joueuse par terre en train de se tenir l’estomac, un rictus sadique déforme la bouche luisante de l’animateur-producteur. Black donne alors un coup de pied d’une violence inouïe dans le dos de la candidate. Rien à faire, Éliane se marre de plus belle.


— Même pas mal, fait-elle en lui tirant sa langue. Même pas mal, Monster !


Submergé par la fureur, l’animateur se met à rouer la joueuse de coups de pieds.


— Et ça, nabot, ça te fait toujours marrer ! Et ça ! Et ça !


Une avalanche de savates tombe de toutes parts sur le corps rondouillard de Lili dont on ne sait plus très bien si les cris sont produits par le rire ou la douleur. Travelling circulaire. Les tribunes sont au bord de l’implosion. Le public est divisé en deux camps : il y a ceux qui encouragent l’animateur en applaudissant au rythme de ses coups et ceux, outrés, qui se mettent à le siffler, l’injurier ou à lui jeter toutes sortes de projectiles, canettes de bière, pancartes, chaussures...


Ignorant la rafale d’objets qui lui tombe dessus, Black poursuit son lynchage.


— Je n’ai jamais pu saquer les nabots ! éructe-t-il, l’écume aux lèvres en écrasant les doigts dodus de la joueuse avec la pointe de son talon.


Puis, le présentateur saute à pieds joints sur la poitrine de la candidate, immobilise ses bras avec ses genoux et abat son poing sur le visage de la femme. Comme un forcené, il récidive à plusieurs reprises. Le micro renvoie l’ahanement de Black et le bruit sourd de chacune de ses frappes de mule. Au bout d’un moment, on entend un craquement d’os. Malgré sa figure tuméfiée, sa bouche ensanglantée et ses dents brisées, Éliane rigole… rigole… rigole…


L’hystérie générale a laissé place au chaos. L’image bouge dans tous les sens, une marée humaine envahit le plateau. Aboiements. Fracas métalliques. Le matériel est renversé, les cameramen sont agressés. Idem pour les gardes. Des coups de feu éclatent. Des corps tombent. Dans la cohue, un gros type se saisit d’une caméra et filme à l’épaule un autre homme dont les deux mains puissantes agrippent une batte de baseball. C’est Tony Hooker. Le basketteur fonce vers Black. Une partie du public restée dans les tribunes scande « Tony ! Tony ! Tony ! ».


— Laisse ma femme tranquille, enculé de ta mère ! rugit le champion en fonçant vers le présentateur.


Bien sûr, Christopher n’a rien entendu. Le regard possédé et les lèvres déformées par la cruauté, il n’en finit plus de cogner sur Lili qui a perdu connaissance. La batte vient fracasser la tête de l’animateur dont les deux pieds décollent littéralement du sol. Le corps de Black est projeté à deux mètres, le caméraman amateur a pu capturer son vol plané qu’il accompagne d’un « Nom de Dieu … ! »


Hooker ne semble pas en avoir terminé pour autant et se rue vers le présentateur étendu dont la poitrine se soulève en une série de spasmes. Le basketteur s’acharne et une déferlante de coups défonce le visage de la star de télévision. Des sciures de bois s’échappent de la batte meurtrière. Dans un rire dément, Hooker frappe… frappe… frappe encore. La boîte crânienne est pulvérisée, les yeux jaunes sortis de leurs orbites roulent sur le sol carrelé comme des calots gluants et des morceaux de cortex noir s’envolent tels des papillons de chair. Très vite, le visage de Black n’est plus qu’un magma de couleur sombre, une bouillie noirâtre.

Tout autour, une bagarre générale a éclaté entre les fans de l’animateur et leurs opposants. Des hommes, des femmes, des enfants s’affrontent à mains nues ou avec tout ce qui leur tombe sous la main, chaises, crans d’arrêt, barres de fer…


C’est à ce moment que du plafond jaillit une pluie de confettis tandis qu’une musique techno (le méga hit de David Bêta « Suck my beat ») emplit les baffles et que le générique de fin défile au milieu de l’écran…




* Pour la petite histoire, Frédéric François Jr. a repris l’intégralité du répertoire de son arrière-grand-père dont le fameux « Je t’aime à l’italienne » remasterisé en version « Bloodygangst’anarchodance ». Le jeune artiste est mort l’année dernière d’un infarctus dans un restaurant italien, la tête plongée dans ses linguines.


** notamment celle d’éplucher un corps – sans faire couler la moindre goutte de sang – avant de le plonger dans un bain de sel.


*** vous avez le droit de jouer, aussi !



Épilogue


• Le lendemain, le journal télévisé annonça que l’émission avait fait 19 morts.

• Éliane Toussaint restera dans le coma durant deux ans avant d’être débranchée accidentellement (1).

• Le champion NBA, Tony Hooker fut condamné pour le meurtre de Christopher Black puis exécuté, six mois plus tard, par injection létale (2).

• L’émission « Risques et périls » du 29 mars enregistra un audimat de 21 millions de téléspectateurs. Un record d’audience aujourd’hui encore inégalé (3).

• Créée en 1976, l’APPT (Association des Personnes de Petite Taille) attaqua la chaîne en procès (4). L’affaire est toujours en cours…



(1) Laissé sans surveillance par ses parents venus voir un proche, Joachim, cinq ans et demi, s’est pris les pieds dans le câble qui reliait la patiente à la machine.

(2) Devant l’insistance des sponsors et la chaîne Eurosport, une autorisation de sortie lui fut exceptionnellement accordée pour disputer, deux jours avant son exécution, la finale contre les Chicago Bulls (victoire des Spurs 77-69).

(3) Le programme fut supprimé avant d’être rediffusé, dix ans plus tard, dans une version plus « light ».

(4) À titre posthume, Éliane Toussaint fut élue présidente à vie.


 
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   socque   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
La fin grand-guignol me plaît, j'aime bien le gore, mais je trouve que le dérapage précédent y prépare trop, l'affadit. Quand une spectatrice commence à vomir et que ça dégénère, cela n'a sûrement pas été prévu dans le déroulement du show. Or, à mon avis, tout est censé y être bien calibré et je m'étonne que quelque chose d'aussi anodin qu'un flot de vomi n'ait pas été prévu, une réaction rapide envisagée. Je crois que, si tout se passait réglé comme une horloge jusqu'au pétage de plomb final du présentateur et de tout le monde, le texte y gagnerait en force.
Sinon, bon, l'idée n'a rien de neuf mais elle est vraiment bien déclinée à mon avis, les épreuves originales et en même temps tout à fait logiques. Je me suis demandé un moment si Black, avec ses yeux qui rougissent, n'était pas le Diable qui allait révéler son identité... Vous n'êtes pas allé plus loin que l'allusion et je trouve ça bien.

Dans l'ensemble un texte réussi pour moi, avec un souci louable des détails (j'ai bien aimé les réactions du public, mais, comme j'ai dit, je pense que ce pourrait être intéressant de les garder cadrées, prévues dans l'émission avant l'explosion de la fin).
Au fait, la série de chiffres, elle a un sens ? Il y a une solution ?

ouverture en juin de Mc Dognald’s, le premier fast-food pour canidés : très bien trouvé !
"aboiements canins" : pour moi, c'est un pléonasme.
"le public qui se joint à un concert de bruits répugnants d’estomac qui se soulèvent et de bouches qui rejettent toutes sortes de substances" : je trouve ce bout de phrase lourd, avec ses trois relatives introduites par "qui".
"la tige métallique d’un parapluie ouvert d’une femme qui s’abritait des giboulées de vomi qui continuent de se déverser" : idem ; pour moi, les relatives imbriquées alourdissent une phrase.
"tout ce qui leur tombe sous la main, chaises, crans d’arrêt, barres de fer" : là, je n'y crois pas. Vu le contexte général de l'histoire, toute cette violence, je ne peux pas imaginer qu'on ne fouille pas les spectateurs à l'entrée.

   Pascal31   
30/11/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Il me semble avoir reconnu la patte d'un auteur bien connu d'Oniris... et je suis d'autant plus déçu par le résultat (que ce soit bien cet auteur ou un autre, d'ailleurs).
En effet, si le style est alerte et que l'écriture se laisse lire aisément, j'ai trouvé que le choix de l'auteur d'en mettre trois tonnes (frisant souvent avec le burlesque) n'était pas très judicieux.
Le sujet, s'il n'a rien de très original (j'ai pensé à "Running man", "le prix du danger"...), a le mérite d'être traité sur un ton 'horrifico-humoristique' qui peut plaire (j'ai souri plusieurs fois, parfois jaune, notamment dans les coupures publicitaires).
Le tout est bien écrit, malgré quelques petits détails (une étourderie ici : "(...) avant que Black (...) parvient à rétablir le calme." ou encore la confusion "quinquagénaire" pour la femme dont on apprend plus loin qu'elle n'a que 45 ans), mais rien de bien méchant.
Non, le vrai point noir du texte, celui qui a failli me faire lâcher prise, c'est le manque de crédibilité de l'ensemble. Certes, l'auteur a sciemment mis le paquet, forcé le trait à outrance, mais parfois, trop c'est trop...
La description des mourants, c'est trop. La séance de dégueulis commune, c'est trop. Les réactions démesurées des spectateurs, c'est trop. J'ai fini par me lasser...
L'épilogue, émaillé lui aussi de renvois en fin de texte (décidément une marque de fabrique, si l'auteur est bien celui auquel je pense...) est un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
En résumé, un récit que j'ai lu facilement, tantôt avec un sourire, tantôt avec une grimace de dégoût, mais dont le côté outrancier (qui, à mes yeux, décrédibilise totalement l'histoire) m'a rapidement fatigué. Dommage.

   Estelle   
19/12/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen -
L'entrée en matière me fait furieusement penser à la présentation du Jeu dans Running Man de King (les meufs évanouies, les effets, etc) même l'entrée en scène de Black fait entrée de Damon Killian.
En fait, je pense que c'en est relativement inspiré, jusque dans les mouvements de caméra narrés. Pas au point de crier au plagiat, attention, mais suffisamment pour voir que l'auteur a lu et vu The Running Man (ou Le prix du danger, dont il est inspiré - super film avec Lanvin!) et donc, moi en bonne fan, j'accroche direct à la narration qui m'est familière. Par contre ça tombe aussi directement dans les clichés qui ont fait le succès des susnommés : futur plus ou moins proche, violence omniprésente, grossièreté, vulgarité, voyeurisme, « Augmentation prochaine de la prime à la délation » climat d'insécurité, vénalité

- Fin des trente secondes, intervient l’animateur. Alors, Lili, qui parmi ces… hum… individus devrait mourir le premier ? => je virerai le « hum » qui peut laisser planer le doute non pas sur le choix du mot qui suit mais sur la culpabilité de Black à l'utiliser. Je laisserai les suspensions, ou remplacerai le « hum » par un « les » entre les deux suspensions

D’un geste de la main, Black invite le public au silence et celui-ci, comme soumis à sa volonté, lui obéit. => Voici un « comme » bien inutile. Ils sont soumis à sa volonté. Sinon ils ne se tairaient pas... si? Enfin en cohérence avec la suite (Empereur romain) il vaudrait mieux ne pas comparer mais affirmer.

Plan fixe sur le visage du transsexuel => quel transsexuel? J'ai du louper un truc.

Maître Z. => T'aurais pu trouver plus asiat comme surnom non? Genre Z San ;)

Deux fois sur quelques lignes est répété que les yeux de Maitre Z sont presque fermés, à mes yeux (haha) une redondance inutile qui alourdit un peu la narration.

Clap. Rires. Clap. Rires. Clap. Rires. Clap. Rires.
Black s’adresse à la candidate.
=> il serait agréable d'avoir un interligne entre les deux.

Et donc, sans surprise aucune je reste sur ma faim.

La fin est plate, comparativement à ce qu'augure le reste, ça se termine trop rapidement, c'est limite expédié.

L'humour y est, mais gâche complètement les moments plus dramatiques. On se retrouve avec un texte qui fait un peu équivalent écrit d'un film d'épouvante de série B. Je pense qu'il manque quelque chose au niveau du dosage suspense/humour. Je pense et c'est étrange pour moi de dire ça, que le texte pourrait s'enrichir de 10 ou 15K caractères au moins sur la fin.

Si l'auteur souhaite garder le ton et l'image « runningmanesque » je pense également qu'il pourrait être intéressant de caricaturer Black différemment, pour obtenir un vilain pas gentil plus original.
Et c'est un peu ce que je reproche à la nouvelle dans sa globalité. Ça manque d'originalité, que ce soit dans le traitement ou dans l'histoire en elle-même, les touches d'humour, rien ne m'a vraiment marqué/fait marrer/fait peur. Pourtant je suis un public gagné d'avance, comme je le disais au début de mon commentaire, c'est ma came ce genre de textes. C'est plat. L'auteur ne s'est pas assez laissé aller, ou alors je suis trop à l'aise avec ce genre.

Une lecture en demi-teinte donc qui est partie de manière positivement fulgurante et me laisse au final assez dubitative.

La qualité d'écriture est bonne cependant, c'est fluide, le style est clairement inspiré mais ça manque de... quelque chose, d'émotion, de couleur, de... sincérité.

Les personnages sont à mes yeux trop clichés, les dialogues un peu poussifs par moments. Ça manque de naturel tout le long, mais c'est peut-être voulu.

Au plaisir.

   Margone_Muse   
1/1/2012
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bon, au moins, c'est un texte dont je me souviendrai longtemps.

Je ne peux qu'admirer la qualité d'écriture déjà, niveau forme, l'emission est super bien retranscrite. Le début m'a beaucoup fait penser au combat de boxe de Ninj'. L'ambiance est rendue à la perfection et je n'ai pas perdu cette impression durant tout le texte. J'étais vraiment devant une télé à la lecture de la nouvelle et non pas devant mon écran d'ordi. Bravo pour la performance.
(Ah si, quand même l'unique chose pas belle que moi j'ai vu (il y en a peut être d'autres mais j'étais tellement dedans...) c'est la répétition de "foule" la première fois qu'on voit le mec dont j'ai oublié le nom qui a une main en fribres de verre (?).)

Le fond, quand a lui, est sacrément osé, dérangeant au possible. C'est de la SF, bien sûr, mais dont les bases sont tellement celles de notre époque (humiliations sur les show télé amirécain ou jamonais par exemple, les paroles complètement insipides qui font de la chanson un méga-tube...) qu'on ne peut qu'espérer que la société n'ira pas jusque là. Ca fait froid dans le dos quand même.
C'est vraiment vraiment trash parfois (sodomie par la mascotte trisomique, assurance contre l'inceste, etc.) mais à aucun moment je ne me suis dit que c'était de mauvais goût ou que ça n'avait pas sa place. Quitte a faire un truc, autant le faire à fond (je ne suis pas trop adepte des demi-mesures) et la satyre est complète, travaillée dans le détail. Dans un sens, je ne sais pas trop pourquoi, cette émission pourrait être une parodie faite par les Inconnus, j'y ai pensé à deux-trois moments (pas forcément les plus trash).

J'étais partagée tout au long du récit : j'aime ou j'aime pas, j'aime ou j'aime pas. Je ne sais toujours pas mais comme j'ai dit l'écriture est franchement bien maitrisée, je ne me suis pas ennuyée une seconde et je suis admirative devant l'audace d'un tel texte.

Juste, pour finir, la réponse au troisième jeu, c'est 3 ? (la première rangée serait égale à 16 ; la seconde et la troisième à 15 et la dernière à nouveau à 16 ?) Et ne me dis pas que tu n'as pas la réponse hein !

Et bien moi qui me disais commencer l'année avec un petit Widjet, je la commence avec une petite bombe :)
Un texte qui ne laisse pas indifférent est déjà un bon texte.
Merci pour ce moment, quoi qu'il en soit.
Margone

   Anonyme   
1/1/2012
 a trouvé ce texte 
Bien -
Pour être honnête j’ai fini par lire en diagonale tant cette histoire m’a parue interminable, et sans vraie surprise.
Si l’écriture est fluide, la description de la société qui nous attend est trop poussée ce qui nous ôte tout effet de surprise ou d’étonnement (ex : le titre des manches du jeu comme « la main à couper » ne laisse deviner aucune autre issue) ; et puis tout va tellement loin que plus rien ne nous choque et cela enlève tout intérêt à l’histoire, même si certains passages m’ont amusé (le fastfood canin !) Ainsi même les notes de fin qui doivent servirent à faire rebondir l’histoire perdent de leur force.
A vouloir en faire trop, la projection méprisable de notre société ici décrite passe presque au second plan. Plus de nuance aurait servit à mon sens le récit.

   sadja   
2/1/2012
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Du grotesque, ridicule, peu de réelle méchanceté, renforce un jeu d'argent, de mutilation et de meurtre. Le tout gratuitement, motivation d'audience ou copie des jeux de gladiateurs. L'écriture rouge me dérange! Le tout est horrible, horriblement réaliste, contemporain. Bien vu!

   misumena   
2/1/2012
 a trouvé ce texte 
Moyen
Bonjour, Widjet,

Ha ben oui, c'est trash. Mais quitte à être trash jusqu'au bout, vous auriez pu assumer la scène de sodomie, mais plutôt par une bestiole, un verrat par exemple, c'est amusant, un verrat, ça a un pénis en tire-bouchon et ça peut même faire du dégât. Je suis hyper déçue.

En ce qui concerne le fond, rien de neuf sous le soleil... C'est bien fait, certes (mention spéciale à la page de publicités, qui elle, m'a fait rire), mais c'est facile. Pourquoi alors suis-je venue lire ce texte alors que je ne commente plus grand chose ces temps-ci et que j'étais suffisamment prévenue par le forum et la note d'Oniris ? Parce que ça me semblait bien correspondre au remplissage de mon temps de cerveau disponible (je lis et commente pendant que je m'escrime sur le Vista du bureau, à qui je ferais bien subir quelques avanies du style "Risques et périls", vomi compris). A propos de cerveau, est-ce parce que l'âme de Christopher Black est noire que son cortex l'est aussi, ou est-ce dû à un mauvais retour veineux ?

Côté style, ça se lit. La finesse n'est pas de mise, compte tenu du sujet... mais ça aurait pu se faire. Il y a un précédent extraordinaire : "Le jardin des supplices", d'Octave Mirbeau. L'horreur y est servie par une écriture d'une grande finesse, et par le contraste entre la beauté du jardin et l'ignominie des tortures. C'est seulement une idée, puisque le parti pris de l'auteur était d'assumer totalement -et stylistiquement, je suppose- le sujet grand-guignol.

J'ai joué et propose deux réponses :
- si on tient compte de la somme des lignes, on a 17, 17, 18 et je propose donc 1 pour obtenir à nouveau 18.
- si on fait la somme des colonnes, j'opte pour la symétrie : 20-7-7-7- et pour obtenir 20, je propose 2.

   jaimme   
2/1/2012
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Ah, le comique... Ce qui fait rire l'un...
Bref, moi j'ai bien souri en tout cas. Pourquoi? Auto-analyse: parce je suis sensible au sujet. Je déteste, exècre, etc. les jeux (presque tous), reality-show et autres débilités que nous sert la télé. Pas de temps de cerveau à leur donner, merci.
Puisque je suis, d'emblée, favorable au sujet tel qu'il est dénoncé, i-e de la façon la plus trash possible (on peut faire pire, certainement) je me suis laissé faire. Il faut se laisser faire, c'est là le secret de l'humour.
J'ai déploré la facilité de la scène du vomi qui m'a fait penser au "sens de la vie" des Monty pythons" (le bonbon de trop) ou à une scène célèbre de "Matilda", film pour les enfants. Trop facile.
Le reste est bon car finalement plausible quand on regarde notre télé et qu'on imagine, crescendo, ce que cela pourrait donner. Plus encore les télévisions italiennes ou japonaise.
Le retour des jeux du cirque. Déjà vu ailleurs, depuis Running man", par exemple (tiré de Philip K. Dick quand même!).
Le choix du trash est très bon car ce n'est pas avec des pincettes que l'on peut dénoncer ce dont l'homme est capable. Oui, c'est cérdible.
Le style est simple et laisse la place à l'action. Simple ne veut pas dire mauvais. Cela se lit bien. Un Stephen King se lit bien, non?
C'est, au niveau de la catégorie, de la SF, et pour être plus précis, de l'anticipation: prendre un fait sociétal et essayer d'imaginer ce que cela pourrait donner dans le futur.
L'emploi du présent me semble une bonne idée, il participe de la volonté de mettre le lecteur au sein de l'action. Judicieux et très visuel.
La chanson: moui, pas convaincu de la nécessité d'en mettre autant, mais comme on est en temps réel, pourquoi pas.

Voila quelques remarques qui me viennent à l'esprit. Au niveau du détail, Widjet gère très bien. Je n'ai rien à dire.

à la prochaine!

   Iktomi   
2/1/2012
 a trouvé ce texte 
Faible
Cher widjet,

Je vais finir par croire que le délayage constitue l'essentiel de votre fonds de commerce et avec la meilleure volonté du monde je ne puis adhérer à cette démarche.

Il y a chez vous un entremêlement constant du narratif et du descriptif qui, en tant que lecteur, m'empêche de vous suivre au-delà d'un ou deux paragraphes.

Alors les infirmières plantureuses..., oui, bon, pourquoi pas, mais quel intérêt de nous révéler qu'il y en a une blanche, une noire et une jaune si ce n'est pas leur couleur qu'il importe de retenir de leur fugace apparition ?

Irrésistible attrait de l'anecdotique et du "à la manière de...", quand tu nous tiens !

Je vous conseille de vous reporter à "La guerre olympique " de Pierre Pelot, ... ça peut servir pour une prochaine fois.

   matcauth   
7/1/2012
 a trouvé ce texte 
Bien
bonjour,

j'ai retrouvé là ce que j'ai pensé être un texte destiné à être joué sur scène. alors, bien sûr, les effets spéciaux pour monter ce genre de pièce risqueraient de ruiner le metteur en scène.

Et c'est d'autant plus étrange que je me souviens d'un commentaire pour l'un de vos anciens textes où le lecteur avait le sentiment de voir se jouer une pièce de théâtre en lisant une de vos nouvelles.

Cette perspective, peut être différente, que j'ai ici me permet d'apprécier et de comprendre le côté "choc", "burlesque", "surenchère" de votre histoire.

Pour moi, pas question d'y voir seulement une critique acerbe, mais plutôt un miroir grossissant, grâce aux répliques, aux descriptions et même aux gestes des protagonistes.

J'ai donc aimé, compris votre message, aimé le style toujours parfait.

   Anonyme   
11/1/2012
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un "chaud" original et morbide à souhait.
C'est si bien écrit qu'on a presque honte de faire partie du public.
j'aime beaucoup les passages avec la lilliputienne

   David   
27/1/2012
 a trouvé ce texte 
Faible +
Bonjour Widjet,

Je craignais une fin du genre : "Christopher se réveilla en sursaut, au côté de sa femme Éliane, il entendit Tony, son tout jeune enfant, maugréer un peu dans sa chambre qui jouxtait la leur... ", le "lâcher prise", l'explosion de violence, le crescendo des provocations ressemblaient à un récit de cauchemar.

La narration n'est pas crédible à mon avis, et pourtant elle peut faire croire n'importe quoi je pense, mais là, je ne saurais dire ce qu'il manque, mais le moment où j'ai "décroché" peut-être.

C'est au deuxième jeu, clairement sexuel, le troisième aussi jouera là-dessus avec la "sanction", qui plonge le récit hors de toute réalité pour moi. Comme si je ne pouvais pas imaginer une société hors de valeurs minimum sur la question sexuel, même les plus hypocrites qu'on puisse imaginer, et même dans une société de consommation caricaturé à l’extrême, ça tombe dans la psychologie, ce n'est pas un "monde", c'est un cerveau en proie à ses fièvres.

Il y a néanmoins des passages jubilatoires, je retiens les vomis en chaine, Hooker s'acharnant sur Black, la chanson aussi qui vaut son pesant de cacahouète. C'est plutôt à la fin et c'est pour ça que je m'attendais à un contrecoup genre "réveil", ça sera plus original mais ça n'enlève pas mon impression "d'imposture" : c'est pas crédible, c'est un délire d'écriture, pas un "récit" avec une "vraie" porte ouverte sur un autre monde, comme je l'imagine au moins.

Le début est assez captivant et la fin original mais en dosant mieux la violence et le sexe ça aurait pu être plus horrible, c'est même trop gentil pour le lecteur de lui donner une porte de sortie de l'imaginaire avec ses excès là, j'ai l'impression.

   Sybelhe   
28/1/2012
Commentaire modéré

   herbb   
29/1/2012
Commentaire modéré

   LeopoldPartisan   
16/2/2012
 a trouvé ce texte 
Bien -
Plaisant et relativement captivant. Peut être quand même que cette plume qui se veut très acérée, se soit laisser aller un peu trop en roue libre dans un final un rien Tex Avery du gore.

C'est justement cette débauche de pseudo horreur qui fait sourire plus qu'elle n'inquiète.

J'aurai personnellemnt préféré en sortir, moins maculé de sang à la crème et nettement plus mal à l'aise. Sans doute mon petit côté pessimiste masochiste.

Niveau écriture et forme rien à dire sinon, comme d'hab pour ce auteur, c'est presque du travail de professionnel. Par l'histoire trop de caricature tue la caricature. Mais cela doit faire bien plaisir de faire ainsi souffrir ces personnages.

   jeanmarcel   
17/2/2012
 a trouvé ce texte 
Très bien
J’ai pris ce texte en pleine face avec beaucoup de plaisir et j’éprouve quelques difficultés pour le commenter avec sérieux.

Si le récit débute comme un roman de King, c’est vrai, il dérape vite du côté des Monty Python avec un soupçon d’Hara-Kiri et une pointe de sadisme version SAS.
Je me suis plongé avec ravissement dans cette énorme catalogue d’inventions géniales, cet Almanach Vermot plein à ras bord d’humour potache , une sorte de rédaction dézinguée qu’un élève surdoué rend à son vieux professeur de lettres pour lui faire prendre un infarctus foudroyant.
L’auteur s’en donne à cœur joie et se conduit en vilain garnement décidé à choquer les adultes un peu trop sages à son goût.
Certes il se prend quelquefois les pieds dans le fil conducteur de son émission fleuve mais il sait nous mener en bateau avec talent, il nous emmène là où il veut, nous dépose sur la rive opposée et nous achève avec des notes de bas de page délirantes.
Une performance que j’apprécie à sa juste valeur.

   Siebby   
17/2/2012
 a trouvé ce texte 
Bien -
Détonnant le widj', ce texte mérite une catégorie pour lui seul ! N'aime pas trop l'idée que ça rôde en science-fiction ! Fiction surréaliste aurait mieux collé et m'aurait moins agacé.

Tu m'as livré une fresque futuriste où les mauvais traits sont grossis à l'excès, à la limite de l'écoeurement. Oui, certains passages que l'on dirait outrancier, m'ont plus que rebutés. Ici, ta plume est acerbe et profonde, sans être critique. Par contre tu décris les faits avec une profondeur peu commune.

Affreux, c'est bien le terme. J'avoue que le titre de l'émission est bien trouvé. J'ai fait le lien avec une émisssion où un inconnu tient la vie d'un individu lambda, le Jeu de la Mort. Celle-ci centrée sur l'obéissance. Affligeant !

Je salue ton impudence, ton culot à secouer le lecteur de la sorte. L'efficacité de ta verve aussi. Néanmoins, je t'avoue mon dégoût de cet imaginaire "sensiblement" crédible, et je regrette son dépôt dans une catégorie que j'affectionne.

   aldenor   
12/3/2012
 a trouvé ce texte 
Bien +
Une idée forte au départ : cet effrayant jeu qui exacerbe les instincts du spectateur. Et qui n’est pas gratuite : j’y vois une dénonciation de certains phénomènes de société : medias sensationnalistes, comportements de groupes, friands du malheur des autres.
Le texte hésite cependant entre les genres : horreur ou humour noir. Ca m’a dérangé. Je n’ai pas pu me situer par rapport à l’intention de l’auteur.
S’il fallait en rire, je ne l’ai fait que sur le « Mc Dognald pour chiens » ! Sans savoir que penser des descriptions grand-guignolesques. Parce que voilà, s’il fallait en frémir, ça manque de retenue, c’est trop cru pour y croire…
En somme, je dirais : hautement imaginatif, mais outré.

Au niveau de l’écriture, c’est efficace, le texte est prenant, on lit d’une traite. N’empêche que ça semble un peu écrit à la hâte et j’ai relevé quelques déchets :
Avant que Black… « parvient » au lieu de « ne parvienne » a rétablir le calme…
Deux dents jaillir « hors » (pléonasme à supprimer) de la bouche de l’adolescent.
Eliane se décide à palper le maillot et : à y plonger et non « d’y » plonger la main.
… personnes qui « s’étale »…


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