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Humour/Détente
widjet : Rupture de stock
 Publié le 14/05/08  -  15 commentaires  -  48118 caractères  -  39 lectures    Autres textes du même auteur

"Si on ne peut pas rire au paradis, je ne tiens pas à y aller"
Martin Luther King


Rupture de stock


Si on ne peut pas rire au paradis, je ne tiens pas à y aller

Martin Luther King


Note de l'auteur

Important !

L'auteur tient à préciser que ce texte n'a qu'un seul et unique but : divertir. En dépit du sujet (sensible) et des personnages principaux, cette nouvelle n'est en aucun cas une marque d'irrespect pour ces religions/croyances ou de ses représentants pour lesquels l'auteur a beaucoup de respect et de considération. Si en dépit de ce message préventif, ce texte devait heurter les sensibilités, l'auteur vous prie de croire que telles n'étaient nullement ses intentions et vous prie d'accepter ses plus sincères excuses



PART I


Marre d'entendre ces démons se foutre de ma gueule. Leurs rires stridents et leurs sarcasmes me vrillent les tympans et me fichent la migraine. Ils peuvent crâner eux. Ils ne sont pas prêts de perdre leur job, ces salauds. Ce n’est pas juste. Vraiment pas juste.


Marre de m'emmerder. Ma claque de ces patrons bedonnants et séniles qui me répètent à tue-tête « Rupture de stock, petit, rupture de stock ». Ils n’y croient plus, c'est tout. « Les anciens doivent être des exemples pour les nouveaux arrivants », m'a-t-on dit le premier jour de la formation. Belle connerie.


Marre de tourner en rond comme un fauve dans une cage. Plus qu’assez des collègues, ces fumistes pré-retraités qui jouissent de leur oisiveté, les doigts enchevêtrés dans leurs bouclettes grisonnantes et le visage aviné. « Ça va revenir » me disent-ils, ivres mort et vautrés sur leur nuage cotonneux. Crétins.


Dépité, je regarde mon carquois désespérément vide. Je n’ai pas l'air con, tiens. Je n’aurai jamais cru être au chômage aussi longtemps. Surtout ici. Je suis allé les voir ce matin, les gars de l’A.N.P.E.P (1). « La loi de l'offre et de la demande, petit » qu'ils m'ont dit ces incompétents pantouflards. « C'est super calme en ce moment, Angelo. Même chez nous » me confia un homologue et ami romain en ajoutant, la mine déconfite, qu’à la façon dont le monde tournait « la haine avait encore de beaux jours devant elle ».


Frustré et furieux à la fois, je me retourne vers mes collaborateurs grabataires en train de faire une partie de poker : « Cherchez bien, tas de feignasses... Il ne vous reste même pas UNE flèche ??? »


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PART II


Pendant ce temps dans la Heaven’s room située à l’étage au-dessus, Dieu, les yeux rivés sur son portable Dell Latitude D620 avait toutes les peines du monde à contenir sa colère divine en regardant les dernières statistiques qui s’affichaient sur son écran :


ProjetPériodeResponsable de projetIncidents1996-2006Incidents 1985-1995Delta%
Tu ne commettras point d'assassinat 1996-2006 Moïse 539 181 506 573 32 6086,05%
Tu ne commettras point d'adultère 1996-2006 Mahomet 133 995 433 119 560 355 14 435 07810,77%
Honore ton père et ta mère 1996-2006 Jésus 173 558 090 157 760 447 15 797 6439,14%
Tu n'auras pas d'autres dieux 1996-2006Abraham 6 991 773 7 154 339-162 566-2,33%
Tu ne déroberas point 1996-2006 Jean Baptiste 41 886 463 39 189 320 2 697 1436,44%



Enfoncés dans leurs sièges, les cinq responsables et prophètes se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés. Tous connaissaient l’orgueil suprême et la vanité démesurée de leur Supérieur hiérarchique qui bien évidemment savait combien l’échec cuisant de Ses projets réjouirait Satan, son frère maléfique. Ne l’ignorant pas non plus, les cinq devins se préparaient en ce moment même à essuyer cette terrible et intolérable humiliation.


- Qui commence ? lança Dieu en fusillant ses subordonnés de ses pupilles perçantes.


Sa question ne trouva qu’un silence religieux et pesant.


- Votre témérité vous honore, messieurs, ironisa le Seigneur.


Puis, désignant du doigt une personne au visage barbu, rosi et rondouillard vêtu d’un survêtement Nike et d’un polo Peugeot Roland Garros de Daniel Hechter, Il s’écria :


- Mahomet, nous vous écoutons.


L’homme sursauta et se leva d’un bond. S’épongeant le front à l’aide d’un mouchoir déjà trempé, il toussota pour s’éclaircir la voix avant de commencer :


- En dépit des actions mises en place et des efforts consentis pour réduire le nombre d’incidents, les performances sur le projet « Tu ne commettras pas d’adultère » ne sont pas satisfaisantes.

- Nous le savions ça, rétorqua L’Éternel de façon cinglante. Ce que nous souhaiterions apprendre est ce qui s’est passé et surtout ce que vous comptez faire pour y remédier.

- J’y viens, Maître, répondit Mahomet, le visage blanc comme un linge.


Les quatre autres sages, la tête basse, mais le corps en nage appréhendaient déjà leur prochain passage.


- En fait, reprit Mahomet, nous retrouvons souvent les mêmes causes, mais ce qui est nouveau est le récent bouleversement des agendas. En effet, cette décennie a vu se dérouler à des intervalles réguliers plusieurs événements majeurs qui ont fortement et négativement impacté les chiffres. En majorité des évènements sportifs.


- Expliquez vous, Abu-l-Qâsim Mouhammed Ibn `Abd Allâh Ibn’ `Abd Al-Mouttalib Ibn Hâshim’ (2), intervint Abraham.

- Très bien, répondit le prophète en déglutissant avec difficulté. Par exemple, les Coupes du Monde de football. En dix ans il y en a eu trois, ce qui n’est jamais arrivé dans les époques précédentes !

- Bon point, murmura timidement Moïse dans sa longue et blanche barbe.


Encouragé par son collègue et ami hébreu, Mahomet reprit son explication, le ton légèrement plus assuré.


- Vous n’ignorez pas qu’un match victorieux n’est pas sans effet sur le comportement masculin, a fortiori sur celui d’un amateur ou d’un (Mahomet passa furtivement la main devant sa bouche)… كلب (3)… de joueur de football.

- J’en conviens, fit l’Éternel en acquiesçant.

- Merci, Maître. Souvent, les vainqueurs accompagnés de leurs groupes de supporters finissent leurs soirées dans les bars, pubs et autres boîtes de nuit pour fêter la victoire. Ils dansent, boivent et font des rencontres assez facilement - les stars du ballon rond attirent la gent féminine - bref, ils s’amusent jusqu’à l’aube et se retrouvent le lendemain dans le lit d’une femme qui n’est pas la leur !

- Continuez, continuez, encouragea le Souverain Suprême.

- Bien, Maître. Par exemple, la Coupe du Monde 1998 organisée et remportée par l’équipe de France - un évènement sans précédent pour cette Nation peu habituée à de tels succès - en fait un des exemples les plus spectaculaires ! Le 12 juillet 1998 - jour du triomphe des Bleus - on a pu recenser un nombre de relations adultérines provoquées par plusieurs centaines d’hommes qui, au zénith de leur bonheur, n’ont pu ou voulu réfréner leurs pulsions sexuelles.

Tout cela pour dire, cher Maître et chers confrères, que parce qu’il est le sport le plus populaire au monde et un fort catalyseur d’allégresse collective générant des débordements de toutes sortes, le football fait beaucoup de mal aux ménages et à la noblesse des sentiments tels que la loyauté ou la confiance.


La salle était plongée dans un silence presque solennel. Tout le monde semblait très concerné par la théorie du prophète. Nettement plus à l’aise, Mahomet poursuivit :


- S’ajoutent enfin les autres manifestations sportives importantes qui ont défilé ces années à une allure de plus en plus soutenue : tous ces Jeux olympiques, tournois des VI Nations et autres championnats d’Europe sont autant d’occasions de célébrer la victoire ou de se consoler de la défaite dans les bras de ces jeunes femmes aux mœurs légères et, reconnaissons-le, souvent illégales.

- Que suggérez-vous comme plan d’action, Mahomet ?


Le fondateur de l’Oumma prit une profonde inspiration et se risqua même à grimacer un sourire.


- Estimant qu’ils peuvent implicitement inciter le genre humain - et majoritairement les hommes - à la trahison conjugale, nous pourrions envisager de réduire, voire de supprimer les grands évènements sportifs mondiaux, dit-il.


Les quatre responsables de projet se regardèrent, stupéfaits par cette proposition aussi audacieuse que tendancieuse.


- Voilà une solution bien arbitraire, répondit Dieu d’une voix impériale. Le sport est avant tout une hygiène de vie doublée d’un plaisir. Une des rares et intelligentes inventions humaines. Mais, j’entends votre point qui mérite peut-être une réflexion plus poussée. Avez-vous autre chose qui explique ces mauvais résultats ?

- Oui, Maître, dit Mahomet dont les joues reprenaient des couleurs. Il y a un second facteur déterminant, mais qui, cette fois, ne s’applique qu’aux femmes : il s’agit de Clara Zetkin.


En entendant le nom de cette personne, Jésus, Abraham, Jean-Baptiste et Moïse ne purent s’empêcher de réprimer un soupir agacé en secouant la tête avec dépit. « Encore cette fichue féministe » pensaient-ils.

Clara Zetkin était une journaliste allemande née le 5 juillet 1857 qui fut surtout célèbre pour avoir été l’initiatrice de « La Journée de la Femme », tradition presque centenaire qui se déroule tous les ans, le 8 mars.


- Ces cinq dernières années, continua Mahomet, nous avons pu constater, preuve à l’appui, combien toutes les femmes du monde avaient détourné cette coutume pourtant salutaire. Notamment dans les grandes villes cosmopolites comme Londres, Hambourg ou Toronto où bon nombre d’épouses ont perverti ce privilège entachant leur fidélité, trompant leurs maris et conjoints en toute impunité. Si nous ne faisons pas preuve de fermeté et de rigueur quant à sa juste application, cette « Journée de la Femme » pourrait mettre en péril le serment d’allégeance que se font les époux devant Vous, cher Maître.

- Merci, fit Dieu, sensible malgré lui à la flagornerie de son disciple. Mais, n’oubliez pas que cette « Journée de la Femme » est une démonstration essentielle pour l’équilibre, la parité et surtout l’harmonie entre les sexes. À l’origine et comme vous l’avez justement souligné, cette pratique est bienfaisante. Néanmoins, le dérèglement voire la dépravation de cette convention peut être un risque non négligeable et à moyen terme pernicieux pour l’Humanité. C’est pourquoi, Mahomet, en tant que manager du projet « Tu ne commettras pas d’adultère », il est de votre responsabilité de rester vigilant à tout dérapage et d’y apporter les solutions les plus efficaces, mais aussi les plus raisonnables.

- Oui, Maître, dit le sage musulman en s’inclinant.


Le Tout-Puissant posa ensuite son regard sur un homme chétif aux joues creuses, au crâne recouvert d’un postiche et affublé d’une moustache qui semblait tout aussi factice.


- À vous, Abraham. Je dois dire que les statistiques de votre programme « Tu n’auras pas d’autres dieux » me laissent perplexe. Le projet a perdu environ 2 %. Comment faut-il l’interpréter ?

- C’est assez complexe, mon Seigneur, fit Abraham rouge de confusion et les mains tremblantes en train de fouiller dans ses papiers. Laissez-moi quelques secondes, je vous prie, afin que je reprenne mes notes.


Maîtrisant sa légère irritation, Dieu, le doigt tapotant nerveusement sur le clavier de son ordinateur portable, fixait sans sourciller son maigre employé qui, en proie à un début de panique, se dépêtrait avec ses feuillets étalés sur la table.


Il faut dire que c’est Lui-même qui avait particulièrement insisté que le projet « Tu n’auras pas d’autres dieux » soit mis dans les cinq grands chantiers du W.R.P (4). Cette décision irrévocable avait fait du bruit à la direction financière et suscité beaucoup d’incrédulité auprès du C.C.E (5). Il fallait reconnaître - et L’Éternel le savait mieux que quiconque puisqu’Il les avait rédigés de Sa main - qu’il existait bien des commandements autrement plus stratégiques que cette consigne surnaturelle et séraphique qui trahissait de façon flagrante Son incurable mégalomanie.


De plus, force était de constater que depuis presque vingt ans, la tendance était fortement irrégulière : après s’être ralliés à Lui, les êtres humains pouvaient d’une année sur l’autre et pour des motifs saugrenus se détourner du Roi du Ciel et de la Terre. Après L’avoir imploré à genoux dans tous les sanctuaires et autres lieux de cultes religieux, ces créatures ô combien inconstantes pouvaient subitement émettre des réserves quant à son existence ou - pire encore pour ce Créateur susceptible et nombriliste - trouver la foi auprès de nouvelles idoles. D’ailleurs, au cours de ces siècles passés, Dieu en avait vu un certain nombre de ces placebos fétichisés ! Le veau d’or d’antan avait été remplacé par des modèles plus modernes : de James Dean à l’emblématique Che Guevara en passant par le crasseux et l’héroïnomane Kurt Cobain, toutes ces médiocres représentations avaient occupé le cœur et l’esprit de ces hommes et ces femmes égoïstes Le dénaturant et Le reléguant, Lui, le Fondateur de l’Alpha et l’Omega et Bâtisseur de l’Univers, au stade d’un piètre et simple mortel. L’Éternel avait beau aimer et pardonner ces petits mammifères terrestres - Ses enfants - il demeurait toujours amer devant tant d’ingratitude.


N’osant regarder son patron en face, Abraham préféra chausser ses lunettes Afflelou à double foyer et, la tête plongée dans ses feuilles, lut son exposé à haute voix en essayant de surmonter l’angoisse qui lui nouait les intestins :


- Comme je vous le disais, cher Maître, ce projet ambitieux est d’une grande complexité. Si aujourd’hui hélas, et en dépit de nos initiatives pour réguler ces néfastes conséquences, l’Homme voue encore une adoration aussi démesurée que grotesque à certains de ses semblables, ce n’est pas tant ces effets de mode que nous savons éphémères et stériles qui ont provoqué ce désamour à Votre égard. Ce n’est pas non plus la montée des systèmes de pensées philosophiques très prisés ces temps-ci, comme le bouddhisme, qui doivent nous alarmer plus que de raison. Non, bien sûr que non. Maître vénéré et chers collègues, un danger autrement plus redoutable ne cesse depuis plusieurs décennies de croître, et ce, de façon inquiétante. Cette menace-là, que nous avons probablement négligée par le passé est aujourd’hui, grâce à nos dernières études, clairement identifiée. Ce danger a un nom : l’athéisme.


À cette annonce, un léger brouhaha se fit entendre derrière le fils de Terah, satisfait de son effet. Mais la réponse du Tout-Puissant lui ramena les pieds au Ciel :


- Abraham, gronda l’Éternel, cette information n’est pas nouvelle. Peut-être qu’en effet nous avions sous-estimé sa portée, mais cette doctrine peu reluisante existe depuis toujours. Je ne vous ai pas nommé Project manager et encore moins permis de multiplier votre descendance sur la terre de Canaan depuis le torrent d'Égypte jusqu'au grand fleuve d'Euphrate pour apprendre ce que je sais déjà. Vous me décevez amèrement.


Malgré l’outrageant affront qu’il venait de subir, Abraham trouva la force et l’audace de ne pas abandonner :


- Pardonnez mon insistance, Maître, mais la situation a considérablement changé depuis. Bien que les non-croyants soient minoritaires dans la plupart des pays, ils sont relativement nombreux en Europe de l'Ouest, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, dans d'anciens et actuels états communistes, et à un moindre degré, aux États-Unis. Il faut savoir que l’athéisme est particulièrement répandu parmi les scientifiques. D’ailleurs, je vous prie de me croire lorsque j’affirme qu’en 1914, James H. Leuba a constaté que sur 1000 spécialistes en sciences aux États-Unis, aléatoirement choisis, 58 % ont exprimé de l'incrédulité ou du doute sur… (Abraham hésita puis bafouilla craignant de provoquer la fureur dévastatrice de son supérieur)… Votre… Votre existence.


Le prophète hébraïque leva rapidement la tête et fut soulagé lorsque Dieu, d’un bref geste de la main, lui demanda de continuer, ce qu’il s’empressa de faire :


- Les mêmes études, répétées en 1996, ont donné un pourcentage semblable de 60.7 % ; ce nombre est de 93 % parmi les membres de la National Academy of Sciences. Les expressions de ce que j’appelle « l'incrédulité positive » ont monté de 52 % à 72 %.

- Je ne peux guère vous reprocher d’avoir travaillé sur le sujet, reconnut Dieu à l’encontre du sage.

- Et ce n’est pas fini ! s’obstina Abraham tout à coup grisé par le compliment déguisé du grand Souverain. Dans un sondage électoral de 2003 en France, 54 % de ceux ayant votés se sont identifiés comme fidèles, 33 % athées, 14 % agnostiques, et 26 % indifférents. En 2004, une étude du centre de recherches de Pew démontre qu'aux États-Unis, 12 % de personnes au-dessous de 30 ans et 6 % de personnes de plus de 30 ans pourraient être caractérisés comme non religieux.


Transpirant abondamment, Abraham semblait galvanisé par son exposé. Ses collègues, surpris par cet enthousiasme enfiévré observaient leur confrère suant à grosses gouttes et se cramponnant à ses notes avec une énergie effrayante. Tous admettaient qu’Abraham avait ardemment travaillé sur ce projet sachant l’importance qu’il revêtait aux yeux de l’autorité suprême. L’homme, qui mangeait et dormait peu, était constamment sous pression et ses nerfs mis à rudes épreuves pendant de longs mois étaient sur le point de lâcher d’un moment à l’autre.


- Et enfin, poursuivit Abraham les yeux exorbités, un autre sondage, celui de 2006 dans le journal norvégien Aftenposten , les habitants de la Syrie 1006 de la Norvège répondant à la question « en quoi croyez-vous ? » 29 % ont répondu que je crois en dieu ou déité, 23 % ont répondu « je crois en une puissance plus élevée, sans être certain de ce que c'est », 26 % ont répondu « je ne crois pas en dieu ou aux puissances plus élevées », et 22 % ont répondu « je suis dans le doute ». Vous vous rendez compte, Maître ?

- Reprenez votre souffle, mon frère, s’inquiéta Jean-Baptiste en lui tendant un verre d’eau pétillante. Mais Abraham, totalement habité désormais ne lui prêta aucune attention.

- Très bien, conclut le Seigneur un peu agacé. J’ai assez entendu de pourcentages. Merci Abraham. Jésus, c’est à vous.


Mais le prophète de l’Ancien Testament, personnage de la Torah et du Coran ne semblait pas avoir perçu l’ordre divin. Le corps parcouru de courants électriques, il continua de plus belle avec une ardeur diabolique :


- Maître, des centaines de sites Internet existent et circulent en se targuant avec une infâme vulgarité de leur rejet de croyance : http://www.atheisme.org/ ou http://Dieu-s’est-bien-foutu-de-notre gueule ou encore http://www.God.dans.ton.cul !

- J’ai dit, il suffit ! somma le Créateur très offensé en frappant du poing sur la table, faisant trembler les murs de la salle de réunion.

- Il ne faut pas tolérer cela, Maître, persista le messager en transe, l’athéisme est une abomination, une perversion de l’esprit !


Venus de nulle part, deux immenses molosses en combinaison de cuir Redskin avec un badge P.S (6) surgirent alors et attrapèrent le prophète à chaque bras avant de l’emmener hors de la pièce. Bien que traîné par les deux agents de sécurité, Abraham ne cessa pas de pousser des hurlements démentiels :


- Prenez garde, Maître, prenez garde tous ! Les athées sont des anges déchus, des démons, des… des… enculééééééssss !!!


Abraham fut chassé de la salle manu militari. Quelques secondes plus tard, le lieu de réunion redevint paisible. Tétanisés, Jésus, Moïse, Mahomet et Jean-Baptiste se remettaient petit à petit de leurs émotions. Obsédé par le poids de la mission qui lui avait été confiée, leur partenaire, frère et compagnon avait perdu la tête. Il avait disjoncté, « pété les plombs » comme disent les terriens.


Sans doute qu’après cet épisode surréaliste, l’idée de démissionner de cette illustre compagnie, sitôt le meeting achevé, leur avait traversé l’esprit, mais aucun des quatre ne s’en sentait vraiment le courage.


Si le fait de faire partie de l’équipe du Tout-Puissant et de travailler directement sous Ses ordres réservait son lot de stress, d’imprévus avec en prime l’éventualité de perdre la raison, il fallait également reconnaître que leur égocentrique de patron n’était pas avare et que les avantages qu’Il leur octroyait étaient à la hauteur de l’implication exigée : accès illimité et gratuit au buffet de luxe (Mahomet ne se lassait jamais des travers de porc au caramel et de la charcuterie napolitaine de premier choix), une carte de membre exclusif à la merveilleuse bibliothèque du Savoir Universel (Jean Baptiste eut tout le loisir de peaufiner ses connaissances des Évangiles et de s’émerveiller en étudiant la vie de ses parents Zacharie et Élisabeth, décédés l’an dernier pour la seconde fois) ou encore la possibilité d’exaucer une fois par mois un vœu pendant une heure (avec une jubilation enfantine, Jésus découvrit les joies du jet-ski pendant que Moïse réalisait mensuellement son rêve en chantant Everybody loves somebody en duo avec Dean Martin) ainsi que d’autres agréments assez réjouissants.

De plus, abandonner leur poste de Project manager qu’ils occupaient tous depuis environ quinze ans pour replonger dans les fastidieuses recherches d’emploi à l’A.N.P.E.P ne les enchantait guère. Certes, Jésus n’aurait pas trop de mal à retrouver son travail de charpentier, ni Jean-Baptiste son métier d’arrangeur de son et pourrait facilement réintégrer le staff technique pour les prochains concerts des Mi-teals (ce nouveau nom du groupe de rock anglais ayant été baptisé par John & George en attendant que Paul et Ringo se décident enfin à les rejoindre dans l’au-delà), de Jim Morrison ou de Franz Schubert. Pas de difficulté majeure non plus pour Moïse qui, avec sa femme Tsippora, pouvait reprendre la boucherie casher La viande Promise idéalement placée 11, Avenue des Blanches Ailes mais qui ne cessait de péricliter depuis qu’il l’avait laissée à son fainéant de frère Aaron.


Pendant que les quatre prophètes s’interrogeaient probablement sur leur devenir, Dieu, quant à lui pensait déjà à celui qui remplacerait Abraham qu’il allait licencier sitôt le meeting achevé. Celui… ou celle tant il est vrai que le Seigneur n’avait jamais véritablement songé à intégrer une femme dans son P.M.T (Program Management Team). Peut-être voyait-il là, l’occasion idéale d’instaurer de la diversité dans son groupe. En tout cas, ce n’était pas les prétendantes qui manquaient : Sara, Myriam, Esther, Hanna, Avigaïl…


- Messieurs, clama le Seigneur, maintenant que les choses sont rentrées dans l’ordre, terminons cette réunion si vous le voulez bien. Jésus, c’est votre tour.


Jésus était habillé à la dernière mode. Portant un costume gris clair deux boutons en pur coton de De Fursac par-dessus une chemise blanche petit col souple de même couleur que ses chaussures Derby en cuir, il était de loin le plus élégant de l’équipe. Il avait les cheveux très courts comme pour exorciser l’image insupportable de sa tignasse grunge qu’il s’était coltinée toutes ces années sur Terre. Son teint hâlé faisait ressortir ses yeux en amande d’un bleu pénétrant et les traits de son visage étaient d’une finesse exquise presque féminine.


- Je ne vais pas embellir le tableau, Maître, commença le Christ. Vous le voyez comme je le vois : les opérations visant à améliorer les résultats sur le projet « Honore ton père et ta mère » n’ont pas été couronnées de succès. En effet, tenir en grand honneur ses parents ne semble pas être au centre des préoccupations de leur descendance. J’en assume bien naturellement la pleine responsabilité.


Dieu soupira. Le Créateur était toujours particulièrement vigilant vis-à-vis du fils de Marie, jeune homme à la beauté insolente, brillant orateur mais baratineur hors pair. À dire vrai, Il ne lui a jamais pardonné d’avoir lobotomisé des millions de personnes en prétendant être Son fils ! Quel aplomb, quel culot, tout de même d’abuser de la crédulité des gens d’en bas qui avalent sans broncher des couleuvres aussi grosses puissent-elles être !


- Épargnez-nous ce genre de lamentations et venez-en au fait.

- Bien, Maître, dit l’homme de Nazareth en baissant la tête. Je commencerai donc par vous avouer, dans un souci d’intégrité et de transparence, qu’il est bien délicat de quantifier avec précision les incivilités dont les parents sont victimes, car cela dépend également du degré de sensibilité de chaque adulte ; propriété qui varie d’un individu à un autre. Mais en dépit de ses imperfections, l’étude que j’ai menée nous indique des tendances générales.

- Développez donc ! se permit d’intervenir Mahomet.


Jésus fit volte-face et fixa son collaborateur musulman sans sourciller, la mâchoire serrée et les traits crispés. Pour des motifs encore mystérieux, Mahomet et Jésus ne s’étaient jamais appréciés pour ne pas dire qu’ils se détestaient cordialement. Toujours à se provoquer ou à se contredire, ils ne ménageaient pas leurs efforts pour se nuire mutuellement à grands coups de questions sournoises et de remarques assassines. Bien des fois, le Seigneur avait dû intervenir pour mettre fin à leurs altercations infantiles et leurs puériles joutes verbales.


- Le manque de respect des enfants pour leurs parents n’a cessé de croître depuis dix ans, et ce, sur toute la surface de la planète, fit le fils de Marie. Ce phénomène est particulièrement significatif dans la tranche d’âge des 15-25 ans. Les affronts, les actes de désobéissance, les injures même à l’encontre de leurs géniteurs se sont de plus en plus banalisés, l’insolence de nos jours pour la jeunesse actuelle étant presque assimilée à une action héroïque. Et que dire de la violence, suite logique, implacable et galopante qui parachève dramatiquement cette effronterie blasphématoire vis-à-vis de leurs aînés ?

- Poursuivez, Jésus, fit Dieu en opinant du chef.

- On distingue quatre stades principaux de la dégradation du respect parental. Le premier stade, c’est le refus des règles instaurées par le père et la mère ce qui signifie que le règlement intérieur de la cellule familiale est contesté et de ce fait l’indiscipline grandit. Cela se manifeste par un comportement bruyant et de moins en moins civil ou policé. L’irrespect pour son père ou sa mère s’installe, la politesse s’efface. Les premières violences sont toujours verbales : les remarques déplacées fusent. Les effets induits sont les mêmes que ceux relevés par les études américaines : une augmentation des tensions, des situations très mal vécues par les parents, qui voient leur autorité individuelle, mais aussi leur identité personnelle remises en cause. La démoralisation gagne alors du terrain.


Le jeune et séduisant chrétien s’excusa et fit une courte pause. Il but quelques gorgées d’eau, déboutonna son col de chemise et retroussa ses manches. Une petite chaîne en or en forme de croix se mit à scintiller ; ce qui n’échappa pas à l’œil vif du Créateur qui pensa en son for intérieur qu’en dépit du châtiment barbare que les Romains lui avaient infligé, Jésus devait soit être peu revanchard soit carrément masochiste pour continuer de porter ce crucifix autour du cou. Dieu remarqua également les deux énormes montres Breitling aux maillons argentés que son employé portait à chaque poignet pour masquer les stigmates laissés ce jour historique et pour le moins douloureux.


- Au deuxième stade, poursuivit le bellâtre en prenant une pause de mannequin, la violence verbale tend à s’installer. On constate une volonté délibérée de mettre en question la « distance avec la rigueur parentale ». L’insolence produit une sorte de fêlure dans les apparences normales et un déni de légitimité. Elle érode et ruine les rites protecteurs de l’autorité : le comportement de l’enfant, ou de l’adolescent est plus insultant et plus ouvertement provocant. La frontière du permis et de l’interdit se délite.


À ce titre, voici un florilège non exhaustif des insultes les plus couramment utilisées dont sont victimes tous les parents du monde entier.

Le prophète s’approcha de son éminent patron et lui tendit une feuille de papier format A4 où on pouvait voir un tableau. C’est avec un mélange de stupeur et de consternation que Dieu découvrit ce qui était indiqué :


Injures parentales % d'utilisationProvenance majoritaire
Ta gueule 39% Tous pays
Tu me casses les couilles31% Europe
Embrasse mon cul27% États-Unis/Royaume-Uni
Va te faire enculer25% Tous pays
Sale pute20% France/États-Unis
Vieux dragon17% Asie
Gros pédé15% Espagne/Allemagne
Maudit sois-tu mécréant12% Pays arabes
Pauvre cocu11% Italie
Capitaliste de merde9% Russie



- Ces temps-ci, renchérit Jésus, les jeunes sont de plus en plus créatifs en matière d’insanités et de calomnies. À ce titre, les dernières grossièretés en date : « j’te chie dans la bouche », « brosse-toi l’fion » ou « grimpe sur ma teub » rencontrent un vif succès en France et notamment dans les départements de l’Essonne et de la Seine Saint-Denis.

- Grimpe sur quoi ? chuchota Moïse interloqué, auprès de Jean-Baptiste qui haussa les épaules en faisant la moue en signe d’ignorance.

- Venez-en au troisième stade, demanda l’Éternel accablé.

- Tout de suite. Au troisième stade apparaissent les menaces vis-à-vis des deux géniteurs dont certaines sont, hélas, mises à exécution le plus souvent de manière insidieuse comme le vol d’argent dans les porte-monnaie, les tentatives de chantage ou le vandalisme avec des voitures abîmées ou incendiées. Enfin, cela peut aller jusqu’à l’agression physique, le viol, le meurtre. C’est la quatrième et ultime étape.

- Vous insinuez, s’insurgea Mahomet scandalisé, que des adolescents seraient capables de violer et tuer ceux qui leur ont donné vie ?

- Je n’insinue rien, rétorqua violemment Jésus de Nazareth en fixant son adversaire, je l’affirme.


Puis se retournant à nouveau vers son Supérieur, il retrouva son calme :


- Fort heureusement, ces cas extrêmes restent en proportion très marginaux. Cela dit et même si une fois encore il est assez difficile d’avoir des mesures exactes, nous pouvons constater que les enfants, avant même d’avoir atteint leur majorité, portent de plus en plus souvent atteinte à l’intégrité physique de leurs chefs de famille. Hier encore, par exemple, un jeune garçon sri lankais de seize ans habitant dans un des quartiers riches de New York a donné un side-kick à sa mère qui avait refusé de lui acheter un I-Pod.

- Un ?

- Un side-kick. Enfin, un coup de pied pistonné latéral si vous préférez, Maître.

- Incroyable, souffla Jean-Baptiste stupéfait.

- Ce n’est pas tout. Comme la jeune femme ne daignait toujours pas accepter, son fils lui a assené un Spinning back-fist, une technique de coup de poing de revers retourné balancé. La maman qui souffre actuellement d’une fracture de la clavicule et qui a perdu trois dents est hospitalisée pour un mois.

- C’est… Hmmm… déconcertant, fit Dieu la mine déconfite, mais mis à part nous fournir ces précieuses explications, l’objectif de notre meeting est, si vous l’avez bien compris, de me proposer des actions pour enrayer ces dysfonctionnements et surmonter ces obstacles.


Le jeune divin entendit le prophète arabe ricaner discrètement derrière son dos. S’efforçant de ne pas paraître déstabilisé par la remarque du Tout-Puissant, il répondit :


- Je le sais bien, Maître et j’ai déjà mis en place une méthode qui commence à peine à porter ses fruits, mais qui, j’en suis persuadé va pleinement vous satisfaire.

- Ah, et quelle est-elle ?


Jésus prit son temps pour clamer haut et fort sa trouvaille révolutionnaire. Le messager chrétien jubilait d’avance à l’idée d’époustoufler son patron et de faire rager son envieux collaborateur Mahomet.


- Il s’agit de l’arme ultime contre l’irrespect parental, mais également contre l’incivilité en général.

- Qu’attendez-vous pour nous informer ! s’impatienta Moïse.


Jésus pavoisa et fit encore durer le suspense :


- C’est un ensemble de réglementations que nous avons transmises par télépathie au gouvernement de Tony Blair. Nous en sommes encore au stade du pilote, car nous ne l’avons qu’imaginé en 2001 et implémenté en 2003, mais je dois dire que les premiers effets sont plus que satisfaisants. J’ai appelé cela les Antisocial Behaviour Orders ou Asbo. Croyez-moi cela dépasse de loin la simple infamie verbale faite à un parent. J’ai vu les choses en grand, Maître. C’est un projet ambitieux et visionnaire qui va ramener la sérénité et la docilité non seulement dans les foyers, mais également au sein de chaque nation.

- Donnez-nous plus de détails sur ces… Asbo, demanda Dieu, intrigué malgré lui par les propos de son employé christique.

- Ce sont des condamnations prononcées par des juges civils à la demande des institutions locales - municipalité, école, organisme HLM - qui sanctionnent des actes à la limite de la délinquance tels que les graffitis, larcins, tapage nocturne, dégradations… Ces mesures peuvent être prises contre tout individu âgé de plus de 10 ans, accusé d'« inquiéter, tracasser ou harceler » son entourage : une définition très large donc. Elles se traduisent par une suite d'injonctions ou de règles spécifiquement adaptées au cas de l'accusé comme l’interdiction de fréquenter tel lieu, de sortir après une certaine heure, d'écouter de la musique trop forte, de proférer des injures, d'utiliser un téléphone portable, de recevoir plus de deux personnes chez soi…

- Très bien ! lâcha le Seigneur.

- De plus, poursuivit le responsable euphorique, plébiscitées par les politiciens comme par les sondages, ces injonctions se multiplient dans tout le Royaume-Uni, où leur nombre a doublé depuis deux ans à savoir plus de 3000 aujourd'hui. Avec de grandes disparités régionales : si elles sont pratiquement ignorées dans certaines villes, elles sont en revanche distribuées à tour de bras dans d'autres comme à Manchester, qualifiée par les médias britanniques de « capitale mondiale des Asbo ». Confrontée à un taux de délinquance particulièrement élevé, la municipalité dirigée par une majorité travailliste a décidé de déclarer la guerre aux sauvageons.

- Parfait !

- N’est-ce pas, Maître ? Et si cela fonctionne, j’envisage d’étendre plus largement le périmètre de ces directives comme l’interdiction d’uriner ou de déféquer dans la rue, de fumer des joints, de rire trop bruyamment, de danser dans la rue seul ou accompagné, d’être assis ou de dormir par terre, de marcher pieds nus…

- Hmmm… N’exagérons rien, fit Dieu la mine plus dubitative.

- … de faire des bulles avec une quelconque pâte à mâcher, de jouer aux ballons près des vitrines, de se promener avec des chiens non tenus en laisse…

- Allons, Jésus, il ne faudrait pas…

- … de lacérer les troncs d’arbres ou les bancs de coups de canifs, de boire dans des récipients en verre, de porter des piercings, d’être mal rasé ou mal peigné, de s’embrasser publiquement, de…


Le téléphone se mit à sonner renvoyant un son strident qui fit tressauter tout le monde et interrompant du même coup la récitation délirante du prophète de Nazareth. D’un geste sec et autoritaire, le Seigneur prit le combiné et reconnut le timbre fluet de sa secrétaire :


- Que se passe-t-il, Dona ?


Les quatre mages pouvaient entendre la voix aigrelette de l’assistante qui sortait de l’appareil téléphonique et constater parallèlement l’expression de plus en plus exaspérée sur le visage de leur dirigeant :


- Comment ça, Angelo fout le bordel dans le département ?... Mais, il veut quoi au juste ?… Mais vous lui avez dit qu’on était en rupture de st… Bon ben alors ?... Hein ?... Dans ce cas, qu’il se les fabrique lui-même ces foutues flèches !... Il m’a pris pour qui, ce petit con ?


Et Dieu raccrocha violemment.


-------------------------------------------------------------


PART III


Alléluia ! Ils m’en ont dégoté une ! Ils m’ont trouvé une flèche !

Il faut dire que je n’ai rien lâché. Je les ai bien harcelés ces feignasses. Je me suis même offert le luxe, moi Angelo Blanco, de déranger le patron des patrons en plein milieu de Son illustre réunion avec Ses chefs de projets !

Certes l’impertinence dont j’ai fait preuve n’est pas restée sans conséquence sur mon avenir professionnel, mais c’était le prix à payer pour continuer d’exercer mon divin métier. Mon intervention m’a donc coûté un mois d’interdiction de voler et une réduction de 100 flèches roses - les flèches de l’amour romantique - et 50 flèches rouges - celles de la passion - sur le prochain et je suppose très lointain approvisionnement.


M’en fous. C’était soit ça, soit je leur collai ma démission à travers la figure. Et puis de toute manière, quand je vois le bourbier dans lequel se sont enlisés les humains, j’ai le pressentiment que les futurs ravitaillements vont être de plus en plus espacés et de moins en moins prolifiques. En tout cas c’est ce que prétendent aussi les gars de la Supply Chain. Déjà le mois dernier, le département en charge du stock avait répertorié une chute de 25 % sur les matières premières comme le bois ou le métal. Des rumeurs alarmantes circulent sur la fermeture d’une de nos usines de munitions ainsi que sur la délocalisation d’une fabrique d’arbalètes dans une strate du firmament, financièrement plus avantageuse. Je le sens arriver le jour où pour faire des économies encore plus drastiques, on va nous demander de fabriquer nos propres armes et nos propres projectiles. Ça sent vraiment pas bon.


Qu’importe ! Pour le moment, j’ai ma flèche et c’est bien là l’essentiel. D’accord c’est une flèche blanche, la flèche de l’amour fraternel, mais c’est déjà pas mal. Je ne vais pas non plus faire la fine bouche dans le contexte actuel. Il en manque aussi de la fraternité sur cette foutue planète, non ? De toute façon, comme disait mon ancien manager, « ce n’est pas la couleur du projectile qui compte, c’est la manière dont on va s’en servir ». Cela me fait inévitablement penser à Raphaël, mon ex-collègue qui a pété un câble en dépensant bêtement toutes ces flèches rouge passion en quelques minutes le soir du 31 décembre 1999 : quelle hérésie ! D'un autre côté, je dois admettre que c’était assez jouissif de voir pendant la dernière soirée de l’année, la moitié de Paris copuler fiévreusement dans les rues, les parkings et jusque sur les tables des restaurants ! Un hommage assez hallucinant qu’a voulu rendre mon homologue angélique pour clôturer le millénaire avant d’accueillir le suivant. Il n’empêche que Raphaël a méchamment morflé. Après son orgiaque bavure, il a été muté chez Bacchus et sa bande d’alcooliques décérébrés. Ils l’ont fait picoler tous les jours pendant le reste de son stage… qui a duré deux ans ! Je l’ai croisé il y a peu de temps. Il était méconnaissable, le bougre. Un pochtron de première classe, le Raphaël. À 13 ans, c’est presque admirable.


En tout cas, aujourd’hui est un grand jour pour moi ! Je suis à nouveau en activité et ça, c’est un bonheur immense. Je vais leur montrer à tous ces incapables qu’en dépit de cette longue période de disette, je n’ai rien perdu de mon talent et que ma dextérité légendaire est toujours intacte. Je n’ai pas été élu trois années consécutives « meilleur archer » par hasard ! Certains ont vraiment la mémoire courte quand même. Si de 1996 à 1999, l’amour a pu vaillamment concurrencer la haine dans les quatre coins du globe, j’y suis un peu pour quelque chose, bordel ! Maintenant si même les dieux sont ingrats…


Bon, il ne faut pas que je déconne. Surtout pas. Je dois bien réfléchir et utiliser ce seul et unique projectile à bon escient. J’ai un peu peur, c’est normal. Cinq ans que je n’ai pas décoché une flèche, toutes couleurs confondues. Une foutue éternité pour l’ange que je suis. Basta, fini de se lamenter, place à l’action. Quelle peut-être la meilleure cible ? Quelle pourrait être la plus belle réconciliation qu’on puisse offrir à ce monde en détresse et à ses habitants en plein désarroi ? Il y a tellement de haine en bas, tellement d’hostilités entre les peuples et les races, tellement de feux dans les regards, de venins dans les langues, de poisons dans les veines et les cœurs. Allez Angelo, c’est bien plus qu’une vulgaire flèche blanche ou fraternelle que tu t’apprêtes à envoyer. C’est un message fort, rédempteur, altruiste. Une façon de tendre une main secourable, charitable et chaleureuse comme on construit un pont pour relier deux rives. Plus que ça même. C’est une autre chance à courir, un nouvel espoir à raviver.


Ah tiens, celui-là en bas avec le visage crispé et le crâne dégarni. À travers les nuages, je le vois le brave homme. La tête prise entre ses mains, il a l’air préoccupé. C’est vrai qu’il vit des moments difficiles, lui, son pays, mais également ces autres nations qui se trouvent dans cette zone embrasée par les violences et imprégnée du sceau de la mort et de la désolation depuis la nuit des temps. Ça suffit les conneries, les mecs. Je vais mettre tout ça d’équerre une bonne fois pour toutes. Je dois réussir. Je vais réussir.


Mes doigts sont légèrement tremblants, mais je saisis mon arc préféré avec autorité. Je l’ai baptisé « Archibald » en souvenir de mon arrière grand-père qui fut un brillant menuisier dans sa vie terrestre. C’est lui qui, de ses mains expertes l’a fabriqué pour son jeune fils Solal. Conformément à la tradition et aux vœux paternels, Solal l’a transmis à son tour à mon grand-père. Au crépuscule de ses jours, le vieil ange le légua enfin à mon père.


Aujourd’hui, Archibald est en ma possession. Le nec plus ultra cet arc fait en essence de bois de moabi, un matériau de provenance africaine souple et élastique dont la résistance est excellente. La famille Blanco y a décoché ses plus belles flèches et honoré des cibles prestigieuses voire mythiques : Yoko Ono & John Lennon, Auguste Rodin et Camille Claudel, Humphrey Bogart et Lauren Bacall… et même celle controversée et tragique Paul Verlaine et Arthur Rimbaud !


Concentre-toi, bonhomme… Tu n’as droit qu’à une seule tentative… Une seule… Si tu te loupes, tu t’en voudras toute ta putain de vie céleste sans parler de tes collègues momifiés qui ne manqueront pas de te chambrer surtout après le foutoir que tu as fait… Allez Archie, faisons corps toi et moi comme à la belle époque des amoureux transis qu’on a révélés… Allez, en place… Pas trop raide sur les jambes… Bloque ta respiration… Ferme bien ton œil gauche… Tire légèrement la langue comme tu as habitude de faire... Voiiiiilà… C’est ça… Et… Et…


Et la flèche de la fraternité pourfendit l’air dans un bruit majestueux.


À des milliards d’années lumières plus bas, un homme au faciès émacié est assis face à son immense bureau. Ses pensées sont encore troublées par ce qu’il vient de lui arriver à l’instant. Alors qu’il s’apprêtait à relire son prochain discours, il ressentit une douleur fulgurante dans le dos pareille à un coup de poignard. Puis, l’intense brûlure a ensuite fait place à son effet inverse. L’homme eut la sensation qu’un épais liquide froid venait de son répandre à l’intérieur de son être. À présent son dos était juste un peu engourdi et parcouru de légers picotements. L’homme regarda le feuillet où étaient couchés des mots qu’il avait dictés avec précision et que son conseiller en communication avait peaufinés par la suite. Des mots acerbes, mordants parfois provocants. Il les fixait avec un mélange d’incrédulité et d’effarement comme s’il les découvrait pour la première fois, comme si c’était une main étrangère qui les avait écrits.


Il poussa un faible soupir, secoua alors la tête et chiffonna la feuille qu’il jeta dans la poubelle qui se trouvait à ses côtés. Son esprit était encore confus, mais étrangement son cœur était léger et baigné d’une grande douceur, d’un apaisement qu’il n’avait plus ressenti depuis longtemps, depuis cette guerre ancestrale, depuis qu’il avait dû reprendre précipitamment les rênes du pouvoir après l’hospitalisation de son prédécesseur.


Sans l’ombre d’une hésitation, il prit son combiné téléphonique et composa un numéro. L’homme se sentait de mieux en mieux à présent presque joyeux pour ainsi dire. La colère, l’amertume et la détermination avaient miraculeusement disparu. Seules la quiétude et une modeste euphorie régnaient en maître dans son corps autant qu’au tréfonds de son âme. Il regarda au-dehors et fixa avec une fierté attendrissante le drapeau blanc avec des bandes bleu ciel évoquant le châle rituel de prière qu’il mettait à l’aube de chaque jour. Ornée d’un hexagramme, cette étoffe magnifique attachée à une hampe dorée flottait au-dessus d’un bâtiment, défiant le vent avec la candeur et la même vaillance du pays qu’il représentait. L’homme demanda à être mis en relation avec une autre personne, une personne à qui il n’aurait jamais pensé pouvoir parler un jour. Lorsqu’on lui passa son interlocuteur, il toussota pour s’éclaircir la voix et prit le plus grand soin à prononcer cette phrase qui dans les jours suivants allait sans aucun doute entrer dans l’Histoire :


- Mahmoud Abbas, ici Ehud Olmert. Je souhaiterais vous parler de paix.


FIN


_______________________________________


(1) Agence Nationale Pour l’Emploi au Paradis

(2) Le nom complet de Mahomet

(3) Chien

(4) World Restructuration Program (soit le Programme de Restructuration du Monde)

(5) Comité Céleste d’Entreprise

(6) Paradise Security



 
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   strega   
14/5/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Alors attends widjet je cherche le mot... Ah voilà, c'est ça...

FAN-TAS-TI-QUE. Que veux-tu de plus ? Commençons par la note de départ, bien que signalant pour les rares qui en doutais ici, que tu faisais preuve de respect, elle est de trop. Que ce soit admis ou pas, cette nouvelle est une critique, non acide et non violente, mais critique malgré tout. Et là où c'est fort, et que ainsi personne ne peut te reprocher quoi que ce soit, c'est que ce sont toutes les religions monthéistes qui sont critiquées, ou si ce ne sont pas toutes, quand même les prédominantes dans le monde. Et c'est bien là où la critique est forte, justifiée, valable, respectueuse dans un sens. Parce qu'il n'y a pas d'échelle dans la croyance, la foi, ou la bêtise pour certain.

Le texte en lui-même est drôle, très bien écrit, pour le moins original ça c'est sûr ! Se lit très vite, très bien...etc etc

Et alors la fin, dio la fin ! C'est juste génial, c'est tout sauf "cucul la praline", c'est tout sauf mielleux et pseudo-fraternisant-vie-la-paix-dans-le-monde-amen-alléluia ! C'est encore une fois très juste, très drôle pourtant, empreint d'un espoir fou évidemment, et tout ça dans la plus grande simplicité, sans effet de style ou chemin détourné.

Je m'arrête, je pense que les autres vont continuer.

Bravo et merci Widjet pour ce grand moment de littérature ! (oui oui, littérature)

   Anonyme   
14/5/2008
Bon, Widjet, comment dire, je suis un peu entre deux chaises par rapport à cette nouvelle ... (bouh, que j'aime pas dire ça, surtout après le super commentaire que j'ai eu de toi ce matin, mais bon ... les commentaires ça sert à rien si c'est rien que pour lisser les plumes hein).

Alors, disais-je, je reste avec une drôle d'impression.
J'adore l'idée, qui est bien exploitée. Peut-être même un peu trop d'ailleurs, et c'est là que ça me chiffonne je crois. Je m'explique : je trouve le passage du "conseil d'administration" un peu "trop", trop long, trop rempli , trop tiré par les cheveux, trop méticuleusement détaillé ... mais bien sûr, ce n'est que mon goût hein.
Pour moi, l'idée-force principale reste quand meme notre Angelo en mal de flèches, et le résultat fabuleux de son tir final. Ca c'est du tout bon, une chute superbe sans verser dans le mièvre, qui émeut sans faire d'effet de manches, j'adore. Mais bon dieu (oups, ça m'a échappé :-)), pourquoi avoir entrecoupé cela d'une aussi longue "parenthèse" (même si je vois bien que pour toi ce n'est pas une parenthèse) avec les rapports des différents chefs de projets ? Moi je me suis sentie un peu perdue là-dedans, comme quand on se balade et qu'il y a tellement de chemins qui se présentent qu'on ne sait plus par où aller ... en fait j'aurais préféré une voie plus directe vers l'idée finale, moins diluée.

Voilà Widjet, ma première impression après la lecture de ce texte. Un peu comme quand, dans une symphonie, on aime le premier mouvement, on trouve le second un peu léger et longuet, et on enfle d'émotion au troisième.

Néanmoins merci, comme à chaque fois, pour cette lecture qui reste toujours un moment de plaisir !

   Tchollos   
14/5/2008
Widjet, tu es atteint d'une grave maladie : l'imagination. Laisse-moi parodier Serge Lama en hurlant : tu es maladeeeeee! Ouf, ça fait du bien. En terme de style, c'est un de tes textes les plus "extrème". Inutile de rappeler que tu écris vraiment très bien. Ta force étant d'user d'images très fortes et très modernes. Ton préambule est essentiel à mes yeux car il ouvre la porte à toutes les fantaisies et place le lecteur en position confortable. Ton objectif est parfaitement rempli et dès ce moment toute critique devient superflue. Ceci dit, ce n'est pas mon texte préféré parmi tes oeuvres. Il me semble que tu te laisse parfois un peu étourdir par ton imagination. Je crois que dans ce cas précis, tu avais même justement "envie" de te laisser étourdir. Ta plume étant totalement relâchée, libérée de toutes barrières, elle aurait tendance à se laisser aller à quelques facilités. Je préfère les textes un peu plus "contrôlés" - tu vois ce que je veux dire? Plus courts. Même si ce texte démontre une fois de plus la qualité de ta plume, de ta culture ainsi que la grande modernité de ton imagination et de ta façon de penser, je reste convaincu que tu es plus efficace dans la rigueur et que la force de tes textes ne vient pas forcément du fourmillement d'idées mais de ta capacité à developper une intrigue solide.

   Bliss   
14/5/2008
 a trouvé ce texte 
Bien -
Bon...
Que dire de cette nouvelle??
Comme d'habitude, tu as énormément d'imagination, toujours une magnifique plume, toujours beaucoup d'humour, mais j'ai vraiment ramé pour tout lire, et faillit arrêter plusieurs fois en cours de route!
Contrairement à Strega, je le trouve plutôt difficile à lire, et comme Tinuviel, je le trouve "trop".
Trop long, trop complexe quand ca parle chiffres, trop style compte-rendu de réunion, debriefing, et pas assez divertissement.
La description de Jésus (et le paragraphe sur l'impolitesse, avec les nouvelles insultes "grimpe sur ma teub", ma quoi??) m'a fait mourir de rire, et la fin, forcément, très réussie, mais la partie II est trop "indigeste" à mon goût, trop longue et détaillée, je trouve qu'elle alourdit le texte et casse le rythme humoristique (je me comprends!).

Bon, je vais arrêter là la casse, tu restes toujours the first one dans mon top ten!

   belaid63   
15/5/2008
Non monsieur on ne peut pas rire de tout, non monsieur surtout quand on est orienté comme l'êtes.
ton préambule ne peut pas être un firewall, tu ne peut pas te cacher derrière ce genre de note. je m'étonnes qu'on ait laissé passer ce tissu d'insanités.
être juif est un choix, l'assumer c'est mieux, respecter les autres c'est encore mieux.
pas un mot sur moïse mais voyons!

(partie modérée)

tu as écrit:
"Il regarda au-dehors et fixa avec une fierté attendrissante le drapeau blanc avec des bandes bleu ciel évoquant le châle rituel de prière qu’il mettait à l’aube de chaque jour. Ornée d’un hexagramme, cette étoffe magnifique attachée à une hampe dorée flottait au-dessus d’un bâtiment, défiant le vent avec la candeur et la même vaillance du pays qu’il représentait"
ta sympathie sioniste est à peine dissimulée
tu aurait aussi pu écrire:

(partie modérée)

ta nouvelle me pousse à quitter ce site définitivement

   Anonyme   
6/9/2008
C'est un texte ludique, facétieux..
un texte pour rire
pour pleurer aussi...
Un petit amusement pour enfants du siècle..
Pas plus, pas moins.
Qui a dit que les enfants sont des grandes personnes ?

Ils posent encore des questions, croient aux contes de fée. On sourit de leur naïveté...
Qui on ?
La grande personne ?
Y en a-t-il vraiment ? :)

widjet, un enfant..
comme moi, car je le veux encore
comme vous, peut-être, sûrement...

   Ninjavert   
15/5/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Mais si mais si on peut rire de tout, bien sûr qu'on peut rire de tout.
Heureusement qu'on peut rire de tout... La seule chose est de ne pas le faire n'importe comment et je pense que Widget l'a fait ici de façon très intelligente.

Bien, concernant le texte :

J’ai beaucoup aimé. Il y a dans tout ce texte un subtil mélange d’irrespectueux respect, d’humour sérieux et de délires réalistes qui en font une grosse blague aux allures de conte philosophique.

C’est long. Je suis gourmand : quand c’est bon j’en redemande, mais faut que la longueur ait une finalité. (Ou pas, mais je pense qu’un peu, quand même).

Je fixe généralement la longueur maximale de mes textes à 40.000 caractères, et pour beaucoup c’est déjà trop long, ou en tout cas limite. Au-delà, tu restreins forcément ton lectorat et c’est dommage vu la qualité de l’ensemble.

Disons qu’à mon sens, le même texte avec la même force, le même humour, et le même message, pouvait tenir en 30 ou 40K caractères. Ici, on est presque à 60K (bon Oniris rajoute des caractères, le vrai en fait surement un peu moins) sans qu’il y ait une réelle nécessité de longueur au niveau de l’intrigue (minimaliste) ou du découpage (minimaliste aussi). Du coup, ça perd un peu de force, et c’est un risque de voir le lecteur décrocher.
D’autant que c’est une seule et unique scène qui s’éternise. Les changements d’orateurs ne renouvellent pas vraiment le décor ni l’action, donc tout le comité traîne un peu en longueur…

Sur le style… J’aime ton style Widget, je ne suis pas le seul, mais c’est dit. C’est fluide, c’est riche, c’est agréable. Tu uses habilement de stratagèmes comme le mélange des genres, ou l’ironie.
J’ai beaucoup ri avec le tableau des injures (« - Monte sur quoi ? ») ou encore le « C’est des enculééééééés ! » (< Au passage, il me semble qu’on doit éviter de doubler les consonnes quand on accentue une prononciation, c’est la voyelle qui dure (ou alors un « r » roulant, par exemple, mais pas un « s » final. C’est dit).
On sent que tu maîtrises ton style, que tu te fais plaisir en écrivant (plaisir partagé à la lecture) et le tout sent bon la finition et la relecture méticuleuse.

Par contre, un sentiment m’a sournoisement étreint lors de certains passages, qui rejoint probablement le sentiment de longueur un peu excessive (ou plutôt inutile) : parfois c’est trop riche. Adverbes, adjectifs, tournures alambiquées et vocabulaire précieux… C’est un régal mais parfois y a un brin de « too much ».
Certaines phrases auraient mérité plus de peps, plus de punch. Quelques tournures plus directes, plus nerveuses, ici ou là selon le rythme de l’action. C’est un conseil précieux que m’a donné l’ami Tchollos en son temps et que je me permets de ressortir ici.

Attention, l’idée n’est pas de dénaturer ton style mais juste d’épurer un peu certains passages, pour les rendre plus fluides et mieux servir le rythme et le déroulement. A discuter dans le forum si je ne suis pas clair.

L’histoire, enfin. Elle m’a plu, bien sûr. J’ai aimé le côté brainstorming de la réunion. Pour quiconque bosse dans une société ou ce genre de meeting se produit (je ne sais pas si c’est ton cas, mais si non bravo c’est bien imité), l’ironie est doublement jubilatoire.
Au final tu annonces la couleur très tôt : cette histoire n’est qu’une grosse blague, censée faire rire. C’est réussi…. Mais du fait de la longueur, inégal. Rares sont les films comiques d’une heure trente qui conservent leur humour intact tout du long. On en comptera certains de Woody Allen. D’autres des Monty Pythons.
Mais c’est un challenge ardu, et ici tu étales trop la confiture pour que la tartine soit aussi bonne du début à la fin. J’étais parfois mort de rire, d’autres juste souriant, et parfois encore simplement absorbé par la lecture. Moins long, tu aurais pu concentrer le tout, comme un jus d’orange, et donner plus de constance et de force à ton humour.
Néanmoins, c’est très réussi et j’ai bien ri, sans jamais me dire il en fait trop.
(J’ai aussi bien aimé le petit côté American Psycho, où tu décris avec une méticulosité maladive l’apparence et la garde robe de chaque personnage.)

La chute est formidable. Tout en simplicité, pleine d’espoir et d’humanité… Peut être pas assez drôle justement, elle tranche vraiment avec tout le reste du récit. Mais là, c’est personnel et c’est aussi ce qui fait sa force.

Un excellent texte Widget, qui n’est entâché que de quelques coquilles ou maladresses…

Bravo, et surtout, merci :)

Ninj’

Lien vers le forum

   mimimouche   
15/5/2008
Un texte qui ne laisse pas indifférent avec d'excellents passages où on sent que l'auteur a pris un plaisir fou, porté par l'inspiration et une boulimie créatrice. Je rejoins certains autres commentateurs au sujet de quelques longueurs au niveau du "meeting" avec Dieu. Qu'importe, la fin est excellente, même si on peut la qualifier de "naïve", elle est au moins porteuse d'espoir(s).

Bravo pour tant d'imagination et de brio au niveau de la palette des styles utilisés. Bravo également pour avoir osé !

Quant à savoir si on peut ironiser sur un sujet aussi sensible, je plagierai un grand Monsieur, aujourd'hui disparu (Desproges) pour dire qu'effectivement on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui...

   aldenor   
15/5/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Je ne dirais pas que la partie centrale est longue ; elle est disproportionnée. La construction de la nouvelle en souffre. Il y’a deux sujets que je trouve non complémentaires. D’ailleurs des deux, la partie centrale est la plus originale et intéressante. Imaginons que la partie centrale soit supprimée et prenons isolément ce qui est sensé être le cœur du sujet, l’ange tireur de flèches : c’est sans grand intérêt.
Par contre le meeting des prophètes, c’est une idée géniale, traitée cependant de manière trop débridée à mon goût.

   Anonyme   
15/5/2008
Proprement jouissif ! Bravissimo !

D'abord, pour le côté nettement subversif de ce texte, à un moment où la subversion, chassée, balayée et de plus en plus bannie, devient une denrée de plus en plus rare, donc de plus en plus nécessaire !
Ensuite, parce que c'est bourré d'humour et de clins d'œil dans tous les coins.
Enfin, parce que les chapelets de références - notamment bibliques - témoignent d'une évidente culture et que ça fait du bien par où ça passe, surtout en ces temps de perditions chez les Danaïdes.

Dommage quand même que nous vivions une époque telle que l'auteur ait cru bon de devoir s'excuser par avance d'un froissement éventuel d'une quelconque sensibilité qui, en l'occurrence, ne pouvait être qu'une susceptibilité assez quelconque.

Dommage encore que la suite, lamentable, lui ait donné raison, très malheureusement.

Dommage, enfin, que la polémique naissante n'ait pas débouché sur un vrai débat de fond quant à l'espace désormais laissé à l'un des constituants les plus fondamentaux et les plus spécifiques de l'espèce humaine : la liberté d'expression.

Car ne nous y trompons pas : ce petit incident ne pourra que conforter les tenants de l'autocensure.
Nous ne sommes plus très loin de l'autodafé...

Ado, j'ai vécu Mai 68 comme une immense libération tous azimuts.
Tout à la joie de pouvoir explorer enfin ces espaces quasi illimités, j'ignorais qu'arrivé au faîte de l'âge mûr, j'aurais à connaître à nouveau les mouvements d'une foule poussée dans le dos vers le goulag du politiquement correct et du terrorisme intellectuel, bref, vers le totalitarisme.

Pauvres de nous...

   Olivier   
22/5/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Agréable à lire, pas orienté ni outrageant, merci.

   marogne   
3/6/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
je suis en décalage par rapport aux aues commentaires, je dois l'admettre ; cela ne m'a pas fair rire!

Au contraire, je trouve cette nouvelle d'un pessimisme absolu. Dès le départ on y est, l'amour n'est pas humain mais la conséquence mécanique de la réception d'une flèche , aucun génie, aucun libre arbitre .

Ca continue ensuite par cette litanie de péchés auxquels on ne propose que des remèdes qui vont pratiquement vers le pire, les interdictions, le flicage, ... preuve que l'homme ne peut pas s'améliorer en le voulant lui meme.

Et pour finir, une flèche qui peut faire espérer, mais dont on sait déjà l'inutilité - meme la puissance divine ici échoue.

Et enfin cette bande de doux dingues qui ne peut etre d'aucun secours; l'homme n'a pas d'espoir, les dieux sont morts, et comme le concluent les projects managers, il n'y a rien à faire!

......


Sur la forme je réitèrerais le commentaire sur la longueur de la partie centrale, mais en l'assortissant d'un dièse si le but (comme je l'ai ressenti) était d'insister sur l'inutilité, la vacuité. J'ai bien aimé les petites touches d'humour, grinçantes dans le contexte.

Triste, en conclusion, mais un bon texte, car il pousse à réfléchir, et son ambiguité est intéressante.....

   xuanvincent   
22/7/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai apprécié cette nouvelle, en dépit de sa relative longueur.

Le texte est bien écrit et les répliques, souvent inspirées de l'actualité, m'ont souvent amusée.

Un texte drôle, revisitant l'histoire des religions, où l'on découvre que Dieu ne considère pas Jésus comme étant son fils.

Le Paradis ne serait-il donc pas si différent de la Terre ? A moins que ce ne soit plutôt l'inverse ? Dieu, donc, une sorte de "super boss" pas commode avec ses employés célestes ?

L'usage des tableaux chiffrés et des liens invitant le lecteur à visiter des sites internet a retenu mon attention.

"Rupture de stock", j'ai apprécié ce titre.

Le retour du personnage du début de l'histoire, désireux de décocher une flèche, vient apporter un élément de surprise. Ce n'était donc pas un homme mais un ange !

On finit par une petite note d'espoir après ce tableau noir. Après le fiasco de la réunion céleste, l'ange sort de sa retraite et décoche sa flèche...

   fred   
30/7/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé.
Juste un poil long pour la publication sur internet.

   victhis0   
16/1/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
excellent ! j'ai bien ri...Un poil longuet mais c'est du chipot. Jubilatoire et suffisamment iconoclaste pour me plaire et ne pas bouder mon plaisir...
Youpi !

 

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