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Humour/Détente
widjet : S.P.M
 Publié le 12/11/22  -  16 commentaires  -  26631 caractères  -  179 lectures    Autres textes du même auteur

Le jour où j'ai voulu faire du porno.


S.P.M


Cherche JH (20-25 ans) pour film X nouveau et ambitieux.

Contacter Stan au 06.20.77.03.44


D’habitude, ce genre d’annonce ne m’intéresse pas. Plutôt, ne me concerne pas. Du porno, non merci. Question d’amour-propre, d’ambition. Et de centimètres. Mais, après un an et demi de chômage actif, les principes, à force de s’appuyer dessus, finissent par céder. Ainsi, avec un peu d’autopersuasion, on en vient à considérer l’estime de soi comme un manque d’humilité et les concepts, étrangement, se métamorphosent en aveux de lâcheté.


C’est vrai, quoi : la théorie a la belle vie, elle.

Pas de loyer.

Pas de crédit.

Pas de mère juive.


Alors, la théorie n’a qu’à fermer sa gueule.


Et puis, je l’admets : les termes « nouveau et ambitieux » avaient piqué ma curiosité. J’ai donc téléphoné à ce Stan. Conversation brève et singulière. Lorsqu’il m’a communiqué son adresse – 17, rue des Boulets dans le XIe – j’ai ressenti un petit pincement côté gauche. Nostalgie. Avant de raccrocher, il m’a demandé si je n’étais pas allergique aux litchis. Je ne l’étais pas. Il a semblé satisfait de ma réponse et m’a fixé rendez-vous à 17 h 30.


Arrivé avec dix minutes d’avance, je suis resté en bas de l’immeuble à tirer sur mon joint tout en m’interrogeant sur les turpitudes de l’esprit, à ces moments de folie passagère et de résignation qui poussent parfois les êtres à commettre des actes inconsidérés comme lire du Christine Angot, manger du civet de lapin, proposer un ministère à Laurent Fabius.


Ou se lancer dans le hard.


Je connais bien ce quartier de Paris, j’y ai passé presque toute mon adolescence, non loin de la place de la Nation, haut lieu pour les boulistes anisés et chevronnés. De treize à dix-neuf ans, j’y ai vécu avec mon père, sa seconde femme et Julie, un paillasson canin (mi-yorkshire mi-shih tzu) dont il fallait toujours au préalable s’assurer de localiser la truffe avant de se laisser aller à des élans d’affection au risque d’y perdre son haleine et sa dignité. Je me souviens que mon paternel et son épouse vouaient à cet animal un attachement quasi mystique. Qu'on ne se méprenne pas, j'aime beaucoup les chiens. Mais je pense qu’on en fait trop sur eux, sur leur loyauté, leur dévouement, leur tendresse. Je trouve exagérée (et infondée) cette idée (admise par beaucoup) que leur soi-disant « humanité » serait supérieure à la nôtre. Je voudrais rappeler une chose, quand même. On parle toujours de la fidélité du chien vis-à-vis de l’homme sans jamais se poser la question suivante : le chien est-il fidèle au chien ?


Allez savoir, si ça se trouve, avec sa femelle, le chien est un gros enculé.


Dans ce quartier du XIe arrondissement, j’ai vécu des années conformes à la personne que je n’ai jamais cessé d’être, nonchalantes et lunaires. Ennuyeuses, en somme. Jusqu’au jour où, dans notre vieil immeuble du 260, boulevard Voltaire, débarqua Christine. Grande tige filiforme, yeux sombres, paupières et lèvres fardées, débardeur noir distendu, large treillis kaki et, autour du cou, une croix dorée façon Madonna période « Like a Virgin ». Autre signe distinctif : une délicieuse cicatrice sur l’arcade sourcilière. Christine emménagea avec ses parents, le jour de mes dix-sept ans. Happy birthday, Stéphane. En plus d’être ma voisine de palier, Christine allait dans mon lycée, Paul Valéry, situé boulevard Soult, un endroit qui a accueilli des élèves aussi notables que Martine Aubry et Smaïn, deux humoristes dont le plus talentueux est devenu maire de Lille.


Christine y fut scolarisée en milieu d’année. Christine. Pas très jolie, mais un charme indéniablement magnétique et dévastateur. Christine. Une tornade de seize ans qui vous ébouriffe tignasse et hormones. Sa réputation l’avait vite précédée, car notre nouvelle lycéenne avait été expulsée de deux établissements en moins de six mois. « Fréquentations douteuses et forte propension au sexe » (ou quelque chose d’avoisinant) auraient été mentionnées dans son dossier pour justifier son double renvoi. Dès son arrivée parmi nous, les fantasmes et les langues se délièrent vis-à-vis de celle qui fut baptisée « Chrissie, la nympho ». Je me rappelle que les rumeurs prétendaient qu’à onze ans, Christine avait déjà « vu le loup ». J’appris plus tard que sa performance n’avait, somme toute, qu’un mérite relatif ; au même âge, sa mère ayant, paraît-il, rencontré toute la meute. À première vue, Christine et moi n’avions rien en commun si ce n’est qu’elle avait tout d’une gourde (pleine d’eau de source riche en emmerdements, je l’appris par la suite) tandis que j’errais assoiffé dans un désert affectif sans fin. Et puis, un jour, nous avons échangé. Quelques mots dans un couloir. Puis, un numéro de téléphone. Et, enfin – le lendemain de ma « bravoure » et trois jours avant mon hospitalisation – notre salive.


C’était il y a dix ans…


Après avoir monté les deux étages, je me suis retrouvé face à la porte. Elle était entrouverte. Du bout de l’index, j’ai poussé le battant et, après quelques secondes d’hésitation, j’ai pénétré à l’intérieur de l’appartement qui débouchait sur un couloir menant a priori à la pièce principale. Sur chaque paroi du mur, impeccablement alignées, des photos encadrées. Des pénis. Des pénis de toutes sortes. Un florilège de queues. Sous chaque cliché, on avait inscrit des mots ou plus précisément des noms. Exotique – Emilio, Zlatan, Boris, Jörgen, Chuck, Xiang – ou plus inventive – Whiskas, Gargantua, Zbouby, Courage (l’auteur avait rajouté en minuscule « j’ai toujours pris mon Courage à deux mains »), Gandalf, Davidoff… – chaque verge avait son identité. De par sa taille ahurissante, un sexe en érection, couleur ébène, veines gonflées – et prénommé Okambawa – a retenu mon attention jusqu’à ce qu’une voix au bout du couloir me fasse sursauter : « Quand tu auras fini de mater cet Anaconda tu pourras venir ! » Mon premier réflexe, je l’avoue, a été de décamper. Aujourd’hui encore j’ignore ce qui m’a retenu. Quoi qu'il en soit, je suis resté et, le pas fébrile, suis entré là où un gars avec un costume bleu marine et chemise blanche, les deux pieds posés sur le bureau et les mains croisées derrière la nuque, m’attendait. La pièce était presque vide ou plus exactement semblait avoir été vidée comme si le propriétaire des lieux était sur le point de déménager. Hormis le bureau, il ne restait qu’une chaise au dossier rembourré qui lui faisait face et, juste derrière, un meuble noir en formica dont le dessus était recouvert d’un large rectangle poussiéreux témoignant de la présence passée et probable d’un téléviseur.


– Bonjour, ai-je fait. La porte était…

– Ouverte, m’a interrompu le type en me faisant signe de m’approcher. Je sais, je sais.


L’homme m’a informé que chaque année et pendant une semaine, il laissait la porte entrebâillée. « Pour la surprise, l’imprévu », a-t-il ajouté, imperturbable.


– Je fais pareil avec Dyson, a-t-il dit. Cinq jours par an, je le laisse barboter sans bonnet.

– Dyson ?

– Ma bite s’appelle Dyson, a-t-il déclaré, le plus sérieux du monde.

– Sympa…

– C’est sûr, a continué Stan, sans émotion apparente, ça pose parfois des soucis. Cinq cambriolages – le dernier hier, comme tu vois – et sept gosses. « Shit happens », a-t-il conclu dans un haussement d’épaules.


Il a tendu sa main en direction de la chaise, m’invitant à m’asseoir, ce que j’ai fait non sans avoir brièvement hésité. Nous nous sommes jaugés un moment, sans rien dire. Je ne sais pas à quoi il s’attendait, lui, mais en ce qui me concerne, j’avais imaginé un vieux bedonnant, front moite et goitre balladurien, gourmette clinquante au poignet, chemise hawaïenne et regard lubrique. Force était de constater que je m’étais trompé sur toute la ligne. Avec son costard bien taillé, ses cheveux courts aux tempes grisonnantes et ses ongles récurés, Stan avait plutôt le look d’un quinqua propre sur lui tout droit sorti du ventre d’une société cotée au Nasdaq. Après ces instants d’observation mutuelle, l’homme croisa les bras et entra dans le vif du sujet.


– Les films X, t’en penses quoi ? me questionna-t-il avec la même gravité que s’il m’avait demandé mon avis sur la politique agricole commune.


Ce n’est pas un scoop : les films pornographiques ne reflètent en rien la réalité. Comme chacun sait, ils sont, en grande majorité, écrits, réalisés, produits par et pour les hommes. À ce titre, la façon dont la fellation est montrée en est une des preuves les plus éclatantes. À chaque fois, la scène montre une femme, allongée ou à genoux, enfournant un phallus conquérant, les yeux exorbités et s’étranglant à moitié comme si elle venait d’engloutir un mât de catamaran. Je me souviens d’une interview de la cinéaste Catherine Breillat qui déplorait qu’aucun metteur en scène ne rende justesse et justice à ce moment intense et si particulier, affirmant avec conviction qu’une femme en pleine « mise en bouche » détenait un pouvoir sans limites sur son partenaire mâle. En effet, dans la réalité, à l’instar du taureau transpercé de banderilles, le « malheureux » se retrouve à la totale merci de son matador sexuel. En conclusion, nous pouvons toujours déblatérer des « suce-moi salope », il n’empêche que pendant la fellation, le véritable esclave, c’est nous.

Au final, j’ai seulement dit à Stan que le porno était sans surprise, parfois involontairement comique et en définitive sans intérêt.


– L’histoire n’a aucune importance dans ces films-là, ai-je ajouté.


J’ai dû marquer des points avec cette dernière remarque car les yeux de Stan se sont allumés.


– Exact ! a-t-il fait d’un ton énergique. On va en finir avec les scénarios pourris. Terminé, tout ça ! Il est temps de dépoussiérer le genre, d’avoir plus d’ambition. De voir grand. On peut stimuler la libido du spectateur et exciter son intellect, tu crois pas, gamin ?


Je n’en savais fichtre rien, mais devant la soudaine détermination de l’homme, je n’ai pu m’empêcher de répondre avec une force qui me surprit moi-même :


– Carrément !


Stan a dû interpréter cet enthousiasme comme un accord tacite puisque d’emblée, il m’expliqua son projet.


– Un S.P.M, petit. Un Spy Porn Movie. Voilà ce que je te propose.


Spy Porn Movie. Rien que ça. Je ne voulais pas être médisant, mais faire un film de cul et d’espionnage était une idée au moins aussi incongrue qu’embaucher Gilbert Montagné en tant que voiturier. Machinalement, j’ai tourné la tête vers la porte qui menait au couloir, à la sortie. À la liberté. Je n’avais pas grand-chose à faire. Presque rien. Juste décliner l’offre poliment, me lever, pivoter à 90° et foutre le camp d’ici. Mais l’idée de retrouver la file d’attente du Pôle emploi de Nanterre, les reproches maternels folkloriques, avec le ventre vide et l’impôt sur les os, tout ça finalement a anéanti ma maigre tentative d’évasion. En définitive, je suis resté les fesses rivées sur cette chaise à sourire comme un idiot. Aux dires de Stan, le scénario était « à tiroirs multiples faits de doubles fonds avec des sous-intrigues complexes ». De prime abord, pourtant, le pitch était des plus basiques : un agent secret (interprété par moi) était envoyé par une organisation mystérieuse soviétique pour chercher et décrypter un code.


– Le génie du script, compléta Stan, le regard pétillant, c’est que derrière ce code se cache… un autre code.


Il a ponctué sa phrase d’un clin d’œil complice à mon encontre, scellant pour de bon notre future collaboration. Désireux de me donner une contenance, j’ai opiné du chef en faisant un « ah ouais, quand même… ». Encouragé, mon interlocuteur a développé son récit où il était ensuite question de trafics de puces électroniques, de groupuscules écologistes (« à cause des retombées radioactives sur l’environnement », a dit Stan pour répondre à une question que je n’avais pourtant pas posée) et d’un couple de sœurs jumelles lesbiennes et sanguinaires (« adepte de la dague et de la drague », a-t-il glissé) lancé à ma poursuite.


Tandis qu’il exposait (avec une ferveur croissante) son histoire et ses rebondissements, mon œil a repéré une mouche qui faisait des loopings au-dessus de la tête de mon interlocuteur. J’ignore à quoi cela est dû, mais j’ai toujours une fâcheuse tendance à retenir des informations de peu d’importance ; ainsi, je me suis souvenu que la durée de vie moyenne d’une mouche était de dix-neuf jours. C’est un laps de temps très court, mais parfaitement optimisé quand on voit le pouvoir de nuisance de cet insecte. Cela m’a soudain fait penser à la fugacité de l’existence, à cette nécessité de profiter au mieux du temps précieux qui nous était imparti. Jusqu’à présent, la vie et moi avions des rapports de bon voisinage. Elle ne me prêtait guère d’attention et de mon côté, je ne la sollicitais jamais. Bref, la Vie, je la laissais faire sa vie. « Crois-moi, Stéphane, la Vie est une pute. » C’est mot pour mot ce que me répète Martial, mon oncle paternel, un homme incroyable. « La Vie est une pute. » Je n’ai aucune raison de douter de sa parole. Forcément, en tant qu’ancien proxénète, mon oncle sait de quoi il parle. Quoi qu'il en soit, j’ai continué de fixer la mouche voleter dans les airs jusqu’à ce que la voix de Stan m’extirpe de mon songe.


– Alors ? s’est-il exclamé. Sacrément tordu, non ?


Ayant perdu le fil de la conversation, je ne savais plus quoi répondre ni quel subterfuge employer pour sortir de ce piège que je m’étais moi-même tendu. Maintenant, l’homme s’agitait sur son siège et son visage au début stoïque était désormais gagné par des tics.


– En fait, ai-je commencé, je crois que…


L’homme a levé la main, collé sa paume à quelques centimètres de mon nez, les sourcils froncés.


– … C’est l’iguane qui pose problème ?

– Comment ça, l’iguane ?

– Oui, un iguane dans un pays froid comme la Russie, ça fait pas crédible, c’est ça ?

– Bah, je…


La mine renfrognée, Stan a eu l’air de réfléchir un moment, puis s’est mis à ricaner.


– Banco, fiston, t’as gagné, a-t-il dit en claquant des doigts. Je vais supprimer cette partie. T’es un futé, toi.


Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai remercié.


– Bref, a-t-il poursuivi, c’est à ce moment-là qu’arrive Pundek.


– Pundek ? C’est qui Pundek ?

– Un autre agent russe, a fait Stan, un pur produit de la Perestroïka. Un transfuge au passé trouble, défiguré en 1986 après l’accident nucléaire de Tchernobyl.

– Ah, merde, dis-je, sans raison.

– Pundek, c’est ton meilleur ami…

– Cool…

– … même s’il affirme être ton demi-frère…

– OK…

– … alors que ce n’est ni l’un ni l’autre…

– …

– En plus, il n’a que quatre doigts à chaque main.


Incompréhensible, son film. À côté, l’œuvre de David Lynch, c’est Barbapapa. Par correction, mais davantage par faiblesse, je suis resté sagement assis à fixer les lèvres de Stan qui remuaient à une vitesse accélérée. Désormais, il était impossible d’arrêter ce mec. Le front perlé de sueur et les yeux écarquillés, Stan était emporté par sa narration où furent évoqués pêle-mêle « une mine d’uranium », « des microfilms cousus sous la peau », ainsi qu’une vague affaire « d’échange de berceaux dans une maternité » et « d’un grand Noir qui se balade avec une scie sauteuse ».


Tout ça, c’était bien fait pour moi. C’était de ma faute. J’avais donné à cet homme de faux espoirs et par la suite, j’avais trop tergiversé en l’autorisant à me dérouler son scénario imbitable. Je me sentais incapable de faire machine arrière. Néanmoins, il fallait à tout prix mettre fin à ce malentendu délirant. J’ai pris une profonde inspiration, mais au moment où je m’apprêtais à parler, Stan m’a désarçonné avec :


– Sinon, t’as une bonne bite ?

– Par… Pardon ?

– On va aborder la scène de sexe, là.


Avec tout ça, j’en avais presque oublié qu’il s’agissait aussi d’un porno.


– Relax, dit-il, la taille, je m’en tape. Faut juste être réactif. Toujours prêt. Surtout avec elle.


Sur ces mots, Stan a plaqué une photographie sur le bureau. Sur le coup, quand j’ai posé mon regard sur le cliché, je n’ai pas réalisé. Mais, j’ai quand même senti un courant chaud, puis glacé me parcourir l’échine. J’ai cligné des paupières à plusieurs reprises, puis j’ai reposé les yeux sur la photo. Je n’en revenais pas.


– Christine, a dit l’homme. L’actrice principale. Pour le film, elle sera Jelena.


J’ai ouvert la bouche. Aucun son n’est sorti. Je l’ai refermée.


– Tu sais petit, a dit Stan, le sexe c’est comme la belote. Si t’as pas un bon partenaire, t’as intérêt d’avoir une bonne main.


Avec un sourire carnassier, il a renchéri :


– Fais-moi confiance, cette petite, c’est le must. Le « nique-plus-ultra ».


Et il a soldé son trait d’esprit d’un rire saccadé.


Il y a dix ans, avant que Christine ne m’embrasse, il m’a fallu faire mes preuves, montrer que j’en avais, que j’étais un vrai mec. En effet, cette diablesse n’était attirée que par les teigneux, visage déglingué, biceps tatoués et les épaules tapissées d’un cuir. Pour éveiller son intérêt, j’avais donc dû forcer ma nature réservée, affronter le péril et vaincre ma peur ; en d’autres termes, me frotter aux plus grands, aux plus costauds que moi, ce qui, dans l’enceinte du lycée, rendait le terrain de jeu assez vaste. Et dangereux. À Paul Valéry, en matière de mauvais garçons, Kader se posait là. Dix-sept ans. Un mètre quatre-vingt-cinq. Quatre-vingt-treize kilos. Une belle bête, mais con comme un chasseur. Disons qu’en termes de rapport de force, lui contre moi, c’était un peu Teddy Riner contre un far breton. Provoquer Kader impliquait de facto une audace aux confins de l’héroïsme doublée d’une inconscience morbide. Mais pour moi, pauvre imbécile amoureux, c’était le challenge suprême et surtout le seul moyen de taper dans l’œil de ma voisine. Un matin, après m’être assuré que Christine était dans les parages et qu’il y aurait suffisamment de monde pour lui raconter mon exploit, je me suis approché de Kader, lui ai tapoté sur l’épaule et, sans sommation, lui ai foutu une claque dans la gueule. Sur l’instant, sans doute abasourdi par cet acte gratuit (commis de surcroît par un gars musclé comme un peignoir de bain), il n’a pas réagi. Il a juste posé sur moi ses yeux de bovin et nous sommes restés face à face, muets pendant plusieurs secondes. Devant son absence de riposte, j’en suis venu à me demander si je l’avais réellement frappé. Alors, pour m’ôter le doute, je lui ai collé une autre baffe. Ce dont je me souviens encore, c’est la mine déconfite du garçon rouquin situé à ma gauche et le « il est dingue, lui » de sa copine, stupéfaite. Au moment où Kader a armé son bras, j’ai eu une pensée pour ma mère et pour Mark Knopfler, le seul véritable Dieu que je connaisse. Ensuite, plus rien. Le black-out. Je n’ai repris mes esprits qu’un quart d’heure plus tard avec en prime le nez encastré, deux dents cassées et une bouche de gibbon. Il n’empêche que le jour d’après, Christine m’a donné son numéro de portable.


J’aurais pu me contenter de ça. J’aurais me contenter de ça. Mais comme le dit le proverbe, le trop est l’ennemi du bien. Un des conseils de mon oncle Martial est de toujours tout remettre au lendemain. Pour lui, c’est la clé de la longévité. « En bon procrastinateur, clame-t-il souvent en me pinçant la joue, je compte mourir le plus tard possible. » Précepte qui, jusqu’à présent, s’avère être efficace. Aujourd’hui, le bougre a quatre-vingt-neuf ans et continue de faire l’amour avec la seule personne qui le comprenne vraiment. Lui-même.


En tout cas, il a suffi d’une pelle magistrale roulée sous l’abri bus du 351 pour me découvrir une témérité insoupçonnée et perdre la raison. Cela s’est passé au « Café Titon » dans la rue du même nom, où avec les copains nous nous retrouvions après les cours. J’étais dehors en train de fumer lorsque j’aperçus Kader, la terreur des terreurs, à l’intérieur, accoudé au comptoir avec un de ses sbires. On ne dira jamais assez combien l’amour est un sentiment stupide. Mais le baiser de Christine m’avait gonflé à bloc, je me sentais presque invincible ; alors, dopé par cette adrénaline, je suis rentré dans le café et le plus naturellement du monde, j’ai écrasé ma clope sur la main de Kader.


D’après les médecins de la Pitié-Salpêtrière, j’ai passé trois jours entiers dans le coma. À mon réveil, Christine m’avait quitté pour jeter son dévolu sur un autre crétin.


Et voilà qu’une décennie plus tard, je me retrouvais face à sa photo. La morveuse n’avait pas tellement changé. Même visage canaille outrageusement maquillé, même sourire à vous immoler par le feu. Et toujours la petite marque de fabrique, cette entaille au niveau du sourcil. Je ne sais pas si c’est l’éventualité de tourner une scène pornographique avec elle ou une espèce d’arrière-goût revanchard, mais pendant un instant, j’ai prêté plus d’attention à ce que réalisateur me baratinait.


– Dans ce passage, a commencé Stan, tu interroges Jelena à propos du code.

– Le premier code ou le second ? dis-je, étonné de m’en rappeler.

– Non, le troisième.

– Ah…

– Elle refuse de t’aider. C’est normal, elle est ouzbèke.

– Ouzbèk… ai-je répété en me donnant un air intelligent. Et… c’est important, ça ?


Le visage de Stan s’est assombri. Ma question parut le décevoir.


– Non, a-t-il fait, sèchement. C’est capital.


Il a soupiré, agacé, a attendu un peu avant de reprendre.


– Tu décides alors de changer de stratégie et tu lui offres des litchis. Ensemble, vous descendez le bocal entier. Cinquante litchis.


Cinquante litchis : un malade mental, ce type.

Stan s’est arrêté, s’est mis à plisser le front, comme s’il était contrarié.


– Tu m’as bien dit que tu aimais ça, les litchis, hein ?

– Oui, oui, mais cinquante…

– Super, a-t-il coupé, soulagé. En fait, ces fruits contiennent un sérum de vérité. Jelena est piégée. Elle te file le code.

– J’ai le code. Très bien, très bien… Et après, je fais quoi ?


Stan a fait la moue et a levé les yeux au ciel.


– À ton avis, garçon ? Après, tu l’encules.


Le silence qui a suivi m’a semblé durer des heures. Enfin, la mine réjouie, Stan s’est penché vers moi et de ce même ton paternaliste, il m’a demandé si, par hasard, j’avais encore des questions. J’ai dégluti avec difficulté et c’est à peine si j’ai reconnu ma voix lorsque j’ai dit :


– Euh… juste un truc… Pourquoi des litchis ?


Tout à coup, de façon inattendue, l’homme a frappé dans ses mains (sans remarquer le bond de dix centimètres que je venais de faire) et s’est exclamé :


– Ah, excellent point ! Je t’avais prévenu, cette histoire a plusieurs niveaux de lecture, il faut faire marcher ses méninges.


S’ensuivit une explication interminable sur le travail d’écriture qu’il avait effectué, sur le choix et l’importance des mots, la musicalité du champ lexical et j’en passe…


– Dans le film, a précisé Stan, Jelena est aussi une espionne. Mais c’est une taupe, une traîtresse. Et une droguée du sexe. Bref, une salope dans les deux sens, si tu vois ce que je veux dire. Une « bitch », en anglais. Il fallait donc associer cette héroïne à quelque chose, lui trouver une symbolique, si tu veux, mais le faire de façon subtile.


Il a repris son souffle. À cet instant, son regard était habité, limite sociopathe.


– L’idée du litchi m’est venue comme ça ! (il a claqué des doigts). Tu vois, gamin, ce fruit ressemble à un testicule, il a pratiquement le même diamètre ! Et puis, il y a la tonalité entre les deux mots, la consonance est saisissante, écoute : « Litch », « Bitch », « Litch », « Bitch » « Litch », « Bitch » « Litch », « Bitch »… Qu’est-ce que t’en penses, fiston ?


J’ai pensé qu’il était urgent d’euthanasier des types comme Stan. Voilà à quoi j’ai pensé. Je le pense toujours, d’ailleurs. Mais, je me suis borné à hocher la tête et à me taire.

En définitive, le film ne comptait que deux passages pornographiques, celui avec Christine/Jelena et un autre plan, à savoir une partouze avec huit femmes ; cette seconde séquence étant, selon le réalisateur, la plus cruciale, car c’est elle qui donnait toute la signification et la saveur au titre de l’œuvre, clin d’œil et hommage vibrant à Ian Flemming et son célèbre espion britannique.


– Huit femmes, dit Stan d’un ton évident. Huit chattes. Octo-pussy.


Stan m’a informé après qu’il me faudrait photographier (et prénommer) ma verge afin qu’elle puisse rejoindre les autres membres de la collection encadrée dans le couloir de l’entrée. Il m’a fait part de deux trois ultimes détails, puis a cessé de parler. Il y a eu un autre silence encore plus embarrassant. L’homme s’est renfoncé dans son fauteuil et, les yeux plissés, m’a observé avec une intensité qui a renforcé mon malaise. D’un moment à l’autre, j’en étais persuadé, il allait ouvrir le tiroir de son bureau et me présenter le contrat. Le cœur battant, les mains humides, mais la langue collée au palais, j’attendais je ne sais quel miracle pour me sortir de ce pétrin. Les secondes passaient et ses pupilles plantées dans les miennes ne cillaient pas. J’étais sous son emprise et bien que l’idée me parût inconcevable, et même surréaliste, je savais au fond de moi que rien, et surtout pas moi, ne serait en mesure de s’opposer à la volonté de ce cinglé ; qu’il n’avait qu’à me tendre un stylo pour que je signe, tétanisé, mais impuissant, le document contractuel qui me couvrirait de honte, ferait marrer mon oncle Martial, mais provoquerait, à coup sûr, une attaque cérébrale et sépharade de ma mère.


Mais, la Providence a voulu qu’un bourdonnement rompe ce silence oppressant. Stan a sorti de sa poche un portable et a grogné un « Allô » à une personne inconnue à qui je dois aujourd’hui mon salut et ma reconnaissance éternels. À un moment donné, Stan a pivoté sur son fauteuil. Aux aguets, j’ai attendu qu’il me tourne complètement le dos pour saisir cette occasion unique et inespérée qui se présentait à moi.


Je me suis levé d’un coup et j’ai quitté la pièce en courant.


L’année suivante, lors d’une soirée pizza-DVD avec des copains, je suis tombé par accident sur un GQ Magazine dont j’ai feuilleté quelques pages. J’appris avec étonnement qu’à la cérémonie des Hot d’Or 2013, « Octo-pussy » d’un certain Stan Weber avait raflé le prix du meilleur film (devant « Penetrator », « Les Putes de l’Autoroute », « Carburation anale », « Fist & Furious » et « À trois sur Caroline ») et qu’on avait récompensé Christine dans la catégorie meilleure actrice.


Rançon du succès ou simple coïncidence : la même année, une enquête annonçait que la consommation de litchis sur le territoire français avait augmenté de 15 %.


 
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   Vilmon   
24/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
J’ai bien aimé l’humour de situation du récit, le contraste sensé/insensé des gestes que l’on peut commettre avec une logique qui ne suit pas un parcourt normal. Il y a quelques parties que j’ai trouvé un peu longues. On perd un peu le fil du récit que je trouve bien équilibré avec ces retours en arrière. Cependant, je ne suis pas certains si les termes à tendance sexuelle passeront l’approbation de publication. Le sujet concerne le porno et il est alors difficile d’éviter ces expressions érotiques. Ça m’a fait sourire et quelques situations incongrues m’ont fait rire.

   Messircule   
12/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Le début ne m'a pas convaincu. J'ai eu du mal à suivre le narrateur et plusieurs blagues rencontre un bide (auprès du public dans ma tête).

Mais je trouve que l'écriture et le rythme s'améliorent tout au long du texte. J'ai beaucoup aimé le personnage de Stan, sa folie, on se dit qu'il est débile et finalement hot d'or.

Merci pour ce texte !

   Anonyme   
12/11/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
Sacré Widjet :)

J’adore les blagues de comptoir. Par contre, tout ce remplissage, c’est comme si vous vouliez retarder votre tournée :) Je suppose que des punchlines comme celles à propos de Christine Angot, de Fabius, de Martine Aubry, de Montagné…, vous devez en collectionner tous les dimanches matins. Je vous souhaite le même succès que Jean-Marie Gourio.

Ma préférée : « Le chien est-il fidèle au chien ? Allez savoir, si ça se trouve, avec sa femelle, le chien est un gros enculé. » suivie de près par :
« - J’ai le code. Très bien, très bien… Et après, je fais quoi ?
- À ton avis, garçon ? Après, tu l’encules. »


Le pire, c’est que si vous supprimez ces deux phrases qui contiennent toute la force vitale de l’intrigue, ben votre récit s’écroule :) C’est dire si parfois un chef-d’œuvre est suspendu à un fil…

Par contre, vos digressions proustiennes à propos de Christine (« À première vue, Christine et moi n’avions rien de commun si ce n’est qu’elle avait tout d’une gourde (pleine d’eau de source riche en emmerdements, je l’appris par la suite) tandis que j’errais assoiffé dans un désert affectif sans fin. ») devraient facilement vous ouvrir les portes du Procope, teinter les pommettes de ces messieurs d’un rouge pompéien et provoquer leurs rires gras, aussi gras (les rires et les messieurs) que leurs fauteuils.

Je ne pratique plus l’ironie. Ça pour dire que je suis heureux de m’être trouvé un compagnon d’écriture, que j’évoque ici comme la catharsis, la purgation de mes instincts stylistiques réprimés.
Je vais écrire à Boujenah, que finalement ses blagues me gonflent.

Bellini

   David   
12/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Widjet,

Le voyage l'emporte sur la destination. Je veux dire que ce qui m'a plu le plus dans cette histoire, c'est pas tant ce qu'elle raconte que ce qui se passe pendant qu'elle le fait. Il y a une telle différence entre l'histoire de ce gars qui va peut-être faire du porno, et puis en fait non, et la luxuriance d'humour, de subtilités, de mise en scène des propos que ça en est renversant.

Je veux noter les mentions identitaires : l'humour juif, le pénis noir, le Kader idiot et brutal. Ça fait passer en douceur une vision essentialiste de l'existence, complétement obtuse. J'ai apprécié l'histoire mais ça ne me fait pas gober tous ces raccourcis.

Je garde une part de mélancolie de cette lecture drôle, une intelligence qui se révolte dans un monde imaginaire qui pèse une tonne de connerie mi-superstitieuse, mi-réactionnaire.

   misumena   
12/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour, Widjet,
De retour sur Oniris, ça me fait plaisir de commencer mes lectures par une de vos nouvelles.
Allez, j'ai ri. J'ai bien aimé la folie de Stan, le scénario à la pornOSS 117 et la confrontation avec le malheureux narrateur. J'aime également les digressions "beaugossiennes" sur la jeunesse du narrateur. Ça m'a fait passer la pilule de ce qui m'agace toujours un peu dans vos écrits, les punchlines faciles (celles citées par David : Angot, Aubry, etc) et la concordance des temps souvent approximative, ha la la... Mais j'ai passé globalement un bon moment de lecture.
Si vous voulez, je vous parlerai de la sexualité des drosophiles, je suis certaine que cela augmentera votre empathie envers les mouches.
Misumena

   jeanphi   
12/11/2022
"S’ensuivit une explication interminable sur le travail d’écriture qu’il avait effectué, sur le choix et l’importance des mots, la musicalité du champ lexical et j’en passe…"
Juste dommage que les meilleurs blagues du texte figure parmi les rares à ne pas traiter directement du sujet !
Attention aux droits d'auteur, les frères Cohen n'en sont pas à leur coup d'essai.

Oserai-je remercier pour ce caustique condensé d'esprit (sulfureux) ?
Il me semble, à contrario du fiston dans le texte, avoir les moyens économiques de me tenir à distance maximal de ces fulgurances de génie !..

   Anonyme   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
On va vite évacuer les choses qui fâchent pour passer à la suite :

1. D’autres l’ont signalé. Les références à l’actualité, à des célébrités, actuelles ou passées, souvent passées, c’est particulièrement agaçant.
2. Bon, y a un truc de chouette quand même, c’est qu’on peut facilement savoir où tu places les choses dont t’es le plus fier et qu’on est prié d’admirer un moment avant de reprendre la route. Dans un paragraphe d’une phrase, comme dans un écrin. C’est absolument insupportable :-) Surtout quand le contenu de l’écrin est un peu décevant. Y a aussi la variante juste un poil plus discrète, lorsque tu places une phrase d’un seul mot en plein milieu d’un paragraphe. Ça doit être un TOC, j’imagine, quelque chose d’incontrôlable.
3. La conjugaison sur laquelle je reviendrai sans t’accabler inutilement

A partir du moment où tu causes de la période « Like a virgin » de Madona, tu ne t’adresses plus qu’à des vieux, mais puisque je fais partie de ces vieux et qu’un vieux, ça verse toujours une petite larme sur son bon vieux temps (pas celui de Madona, celui d’Oniris), ben oui, j’en verse quand même une petite.

"le lendemain de ma « bravoure » et trois jours avant mon hospitalisation"

Ça, j’aime bien. C’est drôle. Enfin, on se demande ce qui va se passer et on présume que ce sera drôle. Donc, on rit déjà, des fois qu’après on ne puisse plus.

« Shit happens »

Arghhh ! Cours, Fogo, cours !.. y en aura sûrement encore plein d’autres comme celui-là après.

"goitre balladurien"

Ah, mais oui, je m’étais pas gouré. C’est un poil plus récent que « Like a virgin », mais quand même, t’exagères. Bon, ok, promis, je relève plus rien après ça.

"l’homme croisa les bras"

Non, mais dis donc, on était pas dans le passé composé avant ça ? T’as fait une pause de trois mois entre les deux passages , non ? Bon, cela dit, t’as eu raison de pas relire ce que t’avais écrit avant ces trois mois, t’aurais perdu un peu de temps et quand l’inspiration revient, faut pas la laisser refroidir.

"embaucher Gilbert Montagné en tant que voiturier"

… euh, non, en fait rien, j’avais dit que je relèverais plus. Pardon, j’ai interrompu pour rien.

Le passage avec l’iguane, j’aime bien. C’est très drôle.

"J’ai ouvert la bouche. Aucun son n’est sorti. Je l’ai refermée."

Ça aussi, c’est très chouette.

"Devant son absence de riposte, j’en suis venu à me demander si je l’avais réellement frappé. Alors, pour m’ôter le doute, je lui ai collé une autre baffe."

Ça te fait plaisir si je te dis que je me suis bidonné ? Allez, va, je te fais plaisir. Mais c’est sincère, vraiment !

"j’ai eu une pensée pour ma mère et pour Mark Knopfler"

Nooooooooooonnnnn ! Merde ! D’accord, j’avais dit que je relèverais plus, mais là, franchement, qu’est-ce qui t’a pris de me bousiller tout ce passage durant lequel je me gondolais ?

Bon, j’oublie ça pour revenir à ce que je disais précédemment (« Enfin, on se demande ce qui va se passer et on présume que ce sera drôle. Donc, on rit déjà, des fois qu’après on ne puisse plus. »). Ça va, t’as rempli le contrat. C’était audacieux, mais le mérite n’en est que plus grand d’avoir rempli le contrat.

T’as compris qu’il y a des choses qui me plaisent pas du tout, mais je me suis bien bidonné et ça, par les temps qui courent, ça vaut plus qu’un lingot d’or. Et il suffirait de supprimer tout ça et il te resterait quelque chose de très bien. Alors, j’ai envie de faire comme Louis, de ne garder que le meilleur en oubliant le pire et après quelques microsecondes de boulot, mon algorithme me sort un « Beaucoup ». Et puisque l’IA ne tient pas encore compte de tout, j’ajoute personnellement une flèche vers le haut pour récompenser la belle opération de marketing la veille de la parution. J’ai trouvé ça drôle, mignon, sympa. Ça, c’était une chouette opération de marketing. Vraiment réussie. J’en ai vu de moins drôles, et même pas drôles du tout, mais étrangement, réussies quand même. Va comprendre !

Et puis, mine de rien, c’est quand même sympa cette dérision, voire autodérision, cette réflexion sur ces types qui se creusent les méninges pour inventer des scénarios pourris ou trouver des symboles dans ce qu’ils ont écrit (quoi ? Mais non, je pense pas à moi. Qu’est-ce qui te fais dire ça ?).
Et il y aussi des mini-histoires dans l'histoire : la timidité du narrateur (même si ce passage est pour moi le plus faible, assez ennuyeux à vrai dire), sa perplexité devant un marché de l'emploi absurde.
Et enfin tout ça est donc parti d’un simple jeu de mots (Octo-pussy) ? D’où ça vient quand même des fois, l’inspiration.

Merci. Ça m’a fait du bien.

   Perle-Hingaud   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Désolée, je vais casser l’ambiance : je n’ai pas réussi à terminer le récit, j’ai survolé jusqu’à la fin. Trop long, beaucoup trop long, poussif, daté… Alors d’accord, tu as dit en forum que tu n’écrivais plus de nouvelles actuellement, mais en 10 ans, les choses changent, peut-être l’humour aussi, le rythme… Bref, je n’ai pas été amusée par cette histoire, mais d’autres le sont, tant mieux pour toi !

   Anonyme   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Il saute au yeux que l'auteur s'amuse beaucoup de ses facilités à faire des jeux de mots un brin potaches. De là à dire que cela suffit à faire une histoire d'un grand intérêt ?

Bin non ! Une fois dépassée la surprise de se retrouver dans un milieu osé, au milieu de tant de rêves inavoués (si, si, enfin, quelques-uns !), on finit par se demander jusqu'où va mener cette avalanche de clichés pipolesques.

Certes, on se surprend à sourire (je suis bon public des vannes à deux sous), mais aussi à se dire qu'il n'aurait pas fallu que la comédie dure plus longtemps. Gilbert Montagné était ma limite.

Bravo quand même pour le plaisir que vous semblez avoir pris à l'écriture.

Transmettez mes félicitations à Madame votre maman. Ses cornes de gazelles valaient mon Keiss Kuchen !

   papipoete   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour widjet
Bon, 26600 caractères ça fait de la lecture ! Je m'y suis collé par curiosité, savoir si le héros retournerait à l'A.N.P.E ou accepterait ces litchis dans ce scénario de film, où accessoirement il aurait à faire face ( ou de derrière ) à Christine ancienne copine de classe pas bêcheuse, devenue Reine du Hard ?
NB et contre toute attente le chômeur prend peur ! se demande comment se sortir de ce pornographique pétrin ! Et à la faveur d'un moment d'inattention du " producteur ", se sauve à toutes jambes !
Au milieu de bien des mots osés... et images cochonnes, on sourit par moments ( ne pas choisir G. Montagné comme voiturier et autres noms attribués à des phallus encadrés telle " La Joconde " )
Le final aussi est croustillant, quand notre " peureux " ayant refusé le rôle Star, découvre que le chef-d'oeuvre a reçu la palme d'or du X
Bon, pas un conte à lire au petit pour s'endormir; plutôt à glisser sur la table de chevet d'un évêque pédophile, avec un fouet pour se flageller de ses horribles pensées...
Je suis bien loin de mes fleurettes et autres mésanges, mais il faut savoir varier...

   Canuelle   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ce texte est tellement drôle! Et tellement travaillé! Perso, je suis adepte de cet humour totalement décalé servi sur un plateau de blagues excellentes, de politiquement pas correct et d'anti-héros lunaire!
Bravo Widjet!

   Jemabi   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Pas trop emballé par cette nouvelle. Tout en reconnaissant qu'elle se lit sans déplaisir, j'ai beaucoup de réserves, à commencer par le style d'écriture qui se veut moderne, dans un style proche du stand up et qui lasse assez vite. Le récit est sans surprises : puisque Christine apparaît en flash-back au début, on s'attend à la retrouver par la suite dans l'aventure porno. Et puis, à la façon dont c'est raconté, on se doute bien que le héros finira par se dégonfler (sans jeu de mot). Le personnage du producteur est improbable et le synopsis qu'il débite (là aussi sans jeu de mot) est indigent, alors pourquoi l'imposer au lecteur ? À part le souvenir du quartier et celui lié à celui de Christine, l'histoire paraît artificielle, et même quand l'amoureux transi s'attaque à plus grand que lui au lycée pour épater la belle, la situation paraît exagérée. S'il s'agit d'humour, il n'est pas léger et vous aurez compris que je n'y suis pas réceptif.

   Anonyme   
15/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Salut le W. ,

J'ai été faire un tour sur ton forum pour y flooder en essayant de ne pas lire tes explications, désolée donc si tu as abordé certains points que je vais aborder, je les lirai à posteriori.

Déjà, le titre est sympa, l'acronyme attise la curiosité, c'est catchy.

Ensuite, ton style est comme souvent assez fluide, la lecture est aisée, tu ponctues tes textes de détails anodins (c'est un peu ta marque de fabrique) qui rendent l'ensemble très visuel, cinématographique, l'impulsion qui en ressort est énergique (vigoureuse aurais-je dit si je voulais être coquine), tes 26K se lisent aisément, sans souffrir, même sur écran.

Par contre mon cochon, tu l'as écrit en quelle année ce texte ?
Les références humoristiques sont un peu vieillottes, non ?
"comme lire du Christine Angot"
"proposer un ministère à Laurent Fabius"
"Martine Aubry", "goitre balladurien", la voiture à Montagné, Barbapapa, pourquoi ne pas moderniser un peu l'ensemble pour qu'il colle à notre époque. Ce ne sont que quelques détails mineurs en quelques sortes, mais cela rend l'ensemble un peu hors du temps, enfin non, trop ancré en son temps. C'est pas désagréable en soi, mais d'après moi ça rétrécit l'universalité de la nouvelle.
Dans 15 ans, elle sera uniquement compréhensible pour les "vieux" et ceux qui se cultivent suffisamment pour saisir la référence. Qui entre nous, ne sont pas non plus forcément les meilleures pour la blague... d'autres sont infiniment mieux trouvées.

"Allez savoir, si ça se trouve, avec sa femelle, le chien est un gros enculé." => là tu m'as accrochée en fait. Avant cette phrase, j'étais sure de m'ennuyer.

Forte propension au sexe dans un carnet scolaire hum ? Je ne suis pas certaine que cela soit approprié.

Le nique-plus-ultra ? => ça c'est carrément nase même dans le contexte humoristique autodérisoire et dérisoire du milieu porno...

Bref.
Je ne vais pas dire que j'ai pas aimé, ce serait mentir, je me suis poilée, j'ai vraiment beaucoup apprécié le personnage de Stan (que je trouve infiniment plus riche que ton narrateur, je pense que tu peux en faire un récurrent de celui-là, je le vois parfaitement s'acclimater à toutes les nouvelles, genre en caméo), le phrasé par contre reste cohérent malgré les années, tu as géré les dialogues, je trouve, et l'exercice n'est pas évident. On tombe vite dans la pure caricature (on y est hein mais on reste dans la caricature agréable), sinon.

Voilà, j'espère que mon commentaire t'apportera quelque chose.
Sinon, quoi qu'il en soit, j'ai pris du plaisir à te lire, je sais que ce genre de détails t'importe, dont acte.

Au plaisir de te relire (sur quelque chose d'inédit peut-être ?)

   Malitorne   
15/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
C‘est une gageure de vouloir rire de l’industrie pornographique alors que celle-ci est actuellement sur la sellette, avec des sites fermés et des producteurs condamnés pour violences faites aux femmes. Heureusement vous ne prenez jamais le chemin du sordide et restez dans un registre potache qui côtoie l’absurde. Comme beaucoup d’autres lecteurs, ma préférence va de suite à Stan, personnage haut en couleur, pivot du récit, dont le discours délirant ne peut qu’amener le sourire. Dire que ce barje a remporté les Hot d’Or ! Par contre toute la partie Kader est lourdingue, longue et ennuyeuse. Vous pourriez-vous en passer sans nuire à la trame.
Dernière chose, c’est quoi ce racolage avant publication ? Franchement, vous n’avez pas besoin de ça pour être lu. De plus méfiance, je me suis récemment fait traiter de « mendiant » parce que j’exhortais à commenter les nouvelles.

   JohanSchneider   
16/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Mais oui, il a raison de proclamer son génie, l’auteur de cette nouvelle. Blague dans le coin, revenons sur terre : c’est tout de même un très, très bon texte. Une belle inventivité langagière et un sens des formules brèves et percutantes très affûté.
La meilleure partie du texte c’est l’évocation du passé, des 17 ans, du lycée, etc. Un peu comme si le reste du récit servait d’écrin à ces très belles lignes. Pour la baston avec Kader, je n’ai pas vraiment vu de ressemblance avec la fameuse scène du coup de boule, et puis qu’importe : se faire détruire par un plus balèze pour briller aux yeux d’une souris, ça fait partie du folklore de l’adolescence, c’est comme un rite de passage.
Toute la séquence dédiée au porno est hilarante. Elle pourrait passer pour caricaturale mais, trêve d’hypocrisie, on en a tous maté des films X et, par exemple, on sait très bien que quand les scénarii ne sont pas minces comme une feuille de Job, ce sont de véritables catalogues de foutaises sans queue (jeu de mots) ni tête. La réapparition de Christine courait le risque d’être un peu « téléphonée », mais en définitive ça passe bien. La réalité aura toujours plus d’imagination que la fiction, alors la fiction se défend comme elle peut. C’est de bonne guerre.
Le côté « daté » de certaines allusions ne m’a pas gêné, l’ironie est intemporelle et il suffit de remplacer Christine Angot par Virginie Despentes, le civet de lapin par un poke bowl, et Laurent Fabius par Cyril Hanouna. Dans le même ordre d’idées, on peut mettre Olivier Véran à la place de Martine Aubry et Dieudonné à celle de Smaïn. Par contre, pour trouver un équivalent contemporain au goitre balladurien, je sèche.

   placebo   
22/12/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Lecture hier, je fais d'après souvenirs.
La réclame était sympa. Salutations à ta maman. Et j'ai bien aimé le commentaire d'Ananas en forum, on devrait tous faire plus de réclames pour nos textes.
La lecture est facile. On ne s'ennuie pas, on est diverti, la langue est vivante.
Pour la question des références, en fait ça me rappelle de nouveau un des seuls livres sur l'écriture que j'ai lu, de Stephen King : il faut "kill your darlings" pour alléger le texte et l'emmener vers sa signification plus profonde.
Je trouve qu'il commence à faire un peu daté. Les références, dont certaines m'échappent, mais aussi la vision du porno, qui en 10 ans a quand même changé, le business s'est agrandi et ses zones d'ombre aussi. La grande majorité des pornos aujourd'hui n'ont aucun scenario. Je trouve assez justes les clichés (il ne dit pas comme cela) relevés par David.
Roulage de pelle le lendemain avec la bouche tuméfiée et les dents cassées, et c'est le paradis ? :)
Il faudra que je lise un de tes romans un jour,
placebo
Edit : quelque part dans ce texte, derrière le sexe et le judaisme, il y a l'amour du cinéma de ce Stan, et j'ai l'impression d'y retrouver l'auteur.
Re edit : pour moi SPM c'est Syndrome Pre-Menstruel, autre preuve que le monde a évolué :)


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