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Humour/Détente
Xrys : Sa mission [concours]
 Publié le 27/11/09  -  25 commentaires  -  20662 caractères  -  133 lectures    Autres textes du même auteur

Elle est magicienne, cela suffira-t-il ?


Sa mission [concours]


Ce texte est une participation au concours n°10 : 4x4 (informations sur ce concours).



- Magicienne, je suis magicienne,

je suis née magicienne,

je mourrai magicienne,

je porte en moi la mémoire de mes sœurs disparues,

je sais l’histoire de mondes engloutis,

je connais l’ancienne Terre, berceau de l’humanité.


Elle scande cette litanie en spirale, cramponnée à ses évangiles pour mieux conjurer une réalité improbable. Ils sont deux, au milieu d'une étendue désertique, juchés sur la branche précaire d'un arbre inespéré.

Deux ? Et moi alors je ne compte pas ? Je revendique mon droit à la vie. Mais ma future maman m'a vraiment l'air folle à lier. On va jamais y arriver dans ces conditions. Et l'autre, il attend quoi, là pour la faire taire ? Il voit pas que ça urge ? Faut se bouger là, si on veut s'en sortir.


- Ma Dame, je ne voudrais pas vous importuner, mais il faudrait prendre une décision. On fait quoi maintenant ?


Ah ! Voilà une bonne question, encore un peu et ils vont se mettre à avoir des idées, rien n'est perdu finalement.


- On descend de ce foutu truc et on voit comment les trois peluches en bas réagissent ? continue le quadragénaire avec un œil inquiet sur la jeune femme.


Non mais c'est pas vrai ! Il est encore plus idiot que prévu celui-là, je savais que c'était un alcoolique, je ne croyais pas qu’il aurait aussi des tendances suicidaires !

Elle se glace de mépris et sa voix s'aiguise de déception :


- Avant d'agir, il convient d'abord d’évaluer la situation par une observation approfondie. Nous éviterons ainsi les solutions grotesques que vous semblez privilégier. Ce que vous appelez des peluches, ce sont des lions. Vous n'avez pas appris à vous documenter avant de partir en expédition ? Je conçois bien que vous soyez trop jeune et pas assez instruit pour connaître l'histoire de la Terre mais vous pourriez afficher un minimum de conscience professionnelle. Ces animaux sont des carnivores donc si nous nous précipitons, nous constituerons un déjeuner de choix et comble de malheur, nous risquons de détruire aussi un écosystème où en théorie nous ne devrions pas intervenir.

- Vous voulez dire qu'ils vont nous bouffer ? se gratte-t-il la tête.

- Exactement ! Il faut réfléchir un peu. Quand je vous ai engagé, je pensais que le grand monsieur Endy saurait faire face aux situations nouvelles, que son métier l'avait préparé à anticiper, à faire preuve d'imagination, à résoudre élégamment les problèmes.


Ce qu'elle peut être naïve malgré ses airs affranchis, croire que cet homme montrerait une quelconque adaptabilité, c'est vraiment méconnaître les processus comportementaux de base. Sous ses dehors anarcho-libertaires, il se révèle comme un pur produit de notre société. Même son alcoolisme et ses déviances sont prévisibles. Cela fait belle lurette qu'il a renoncé à toute forme de liberté individuelle. Mais qu'est-ce que je raconte moi ?


- Oh là tout doux, madame Lyz. Moi je suis Maître Assassin, alors mon métier c'est sûrement pas de servir de nounou à une sorcière, même rousse aux prunelles violettes.


Vu comme il l'envisage, le vieux, ce ne sont certes pas ses yeux ou ses cheveux qu'il examine.

Avant d’être femme, elle est magicienne et arbore les stigmates de l'Ordre, flamboiement de la chevelure, améthyste du regard. Le teint si pâle qu'il en paraît bleu raconte l'anémie que provoque l'étude des arcanes. Son physique acéré, à la pureté frémissante relate son histoire, amère et douce, odieuse et captivante.


- Quand même, Ma Dame, j'ai un beau palmarès, je figure parmi les vingt meilleurs assassins de la Guilde. Rappelez-vous, le gouverneur de Terra II, le chanteur pileux du bar des poètes, et je ne vous cite que ceux-là, par modestie.

- C'était il y a quinze ans, depuis vous vivez sur votre réputation, vos exploits récents ne méritent guère de distinction. On attend votre prochaine œuvre avec impatience, curiosité et à chaque fois vous décevez. L'originalité, la créativité, le grain de folie, le lyrisme se sont ternis qui ont déterminé vos succès, emporté l'adhésion des foules et enthousiasmé les amateurs de bons meurtres. Vous êtes une légende morte. J'aurais dû m'en douter quand je vous ai retrouvé dans ce bar minable de Terra III mais j'ai voulu croire que votre talent n'était qu'endormi.


N'importe quoi ! Tout le monde le sait que ce satellite sert de repaire aux marginaux, aux exclus du système, déchus de l'Ordre, de la Guilde, de la Nobilité, ou petit peuple qui n'a pas sa place ailleurs. Au début du Grand Exode, il a servi de bagne, maintenant s'y retrouve une faune qui ne peut s'épanouir que grâce aux petits trafics sur lesquels le Gouvernement Central ferme les yeux. Regarde-le ton héros : la quarantaine imbibée, l'œil injecté par le manque, les muscles fondus, les réflexes amoindris. Il n'a rien fait de ces dernières années, les succès de sa jeunesse l'ont paralysé ; peur de n'être plus à la hauteur, fierté exacerbée et perfectionnisme ont provoqué l’avortement de ses moindres tentatives. Victime consentante et acteur de ses naufrages, il préfère la renonciation à l'échec et rabâche ses souvenirs au fond de l'alcool qui lui rend l'éclat de sa gloire. Ses prouesses, il les a accomplies sans le vouloir, sans y songer ; depuis il réfléchit trop et le verbe, la pensée, étouffent ses velléités d'action. Cela porte un nom : procrastination et déjà la défaite annihile les esprits.

Dis plutôt que tes moyens réduits ne te permettaient pas de recruter quelqu'un de plus reluisant. Et, cette mission, entre l'envie de réussir et la peur de la saccager, tu as introduit presque consciemment cet élément-là, sur lequel tu savais pouvoir compter pour tout gâcher.

Tudieu, j'ai dû être psycho-machin-chose, moi dans une vie antérieure. J'comprends pas pourquoi je me retrouve ici.


- Bon ne perdons pas notre temps en regrets stériles, poursuit-elle, et essayons d'avancer un peu. Nous voici égarés sur l'ancienne Terre. Je vais passer sous silence la malencontreuse erreur de pilotage qui nous a obligés à abandonner notre Véhicule Galactique Transplanétaire et utiliser le canot de sauvetage pour cet atterrissage de fortune.

- L'erreur de pilotage, je reconnais, je me suis trompé de bouton. Ça arrive, non ?


Oui, fréquemment quand on manœuvre avec une caisse d'alcool frelaté cachée sous le tableau de bord et qu'une soif intense et subite vous conduit à des contorsions peu en rapport avec votre corpulence.

Les yeux critiques affligent l'ancienne star de leur verdict bien plus tôt que les paroles. Dissonance du couple, eu égard aux idiosyncrasies respectives des protagonistes, la mission sera compromise avant la fin de leurs rations de survie.


- Je croyais qu'un Maître Assassin était aussi un pilote expérimenté, mais passons. Toutes les légendes font de cette planète un univers inaccessible et interdit et nous y voilà. Donc l'oracle avait raison.


Elle en avait tant rêvé. Terre, familière et mystérieuse, prévisible et déroutante, sa lumière en fulgurance douloureuse. Le désert brûlant et impassible ourdissait des tempêtes sèches qui soulèveraient des tourbillons de sable, piqueraient les yeux, aiguillonneraient les cœurs de flèches d'acier. Dans sa mémoire, les voix lancinantes du passé regrettaient les plages, les océans, les forêts et les eaux ruisselantes.

Voici mille ans qu'a eu lieu le Grand Exode, opération gigantesque menée de front sur plusieurs continents, en vue de la survie de l'humanité. Après l'avoir rendue hostile, air irrespirable, vapeurs acides, eau polluée et raréfiée, les hommes se sont débarrassés de la planète comme d'une vieille peau morte. Seuls les puissants furent sauvés, dans le désordre et l'arbitraire, ainsi va le monde et croît l'injustice. Secrète et fabuleuse, Terre hante les consciences, souvenir qui emprisonne, empoisonne le futur.


- J'vous signale que nous ne sommes pas les premiers à tenter d'y accéder, seulement personne n'en est jamais revenu. Et pour l'instant la chance ne semble pas de notre côté. Au fait, maintenant qu'on est arrivés, vous pourriez me dire ce qu'on est venus faire ici non ?

- On y est, c'est vite dit. Il n'était pas prévu que nous nous retrouvions n'importe où au hasard des libations d'un dégénéré à qui je n'aurais jamais dû laisser les commandes.


Là, elle n'a pas tort, il faut le reconnaître. Je revois encore sa rage quand elle l'a découvert ivre mort dans le poste de pilotage, affalé sur les commandes, à la recherche de ses bouteilles. Et de hurler :


- Il ne manquerait plus que le vaisseau s'abatte !


- Allez, on est deux dans le pétrin, c'est à deux qu'on s'en sortira. Faites-moi un peu confiance.


Si complexe est la mission, une broutille suffirait à la mettre en péril. Se confier à ce faux aventurier ? Partager le secret, aberration et folie. Et pourtant alléger le fardeau est si tentant, même avec lui qui n'en est pas digne. Les fils du passé s'enchevêtrent et le futur n'est que balbutiements. Où sont-elles, ses sœurs, comment arracher à leurs souvenirs les ressorts qui dénoueront les ténèbres ? Elle est fatiguée, si lasse de n'être qu'elle et de devoir engager par ses actes l'Ordre entier. Confesser enfin la culpabilité sourde, son indignité et sa souffrance. Et les images monstrueuses défilent encore, horreur sans nom perpétrée par des fanatiques sans âge dans des flots de sang croissant. Le sanctuaire s'est transformé en champ de carnage et elle n'a rien fait. Est-ce le hasard qui a présidé à sa survie, et lui a permis de se trouver aux côtés de la Mère, de recueillir dans un souffle le grand secret, d'être chargée de cette tâche qu'elle redoute de ne pas comprendre, de ne pas réussir. Elle n'était pas prête, insouciante et frivole, n'était qu'une apprentie au destin modeste. Elle se revoit juste avant l'assaut, inconsciente du danger :


- Il ne manquerait plus qu'ils trouvent le chemin du sanctuaire.


Cette crainte étouffée dans un rire, fut réalisée sur l'heure. À jamais révolues la joie, l'étude et la douceur, à jamais pour les autres ce sort auquel elle avait échappé par miracle sur le sacrifice des siennes, à jamais le remords d'avoir assisté à cela.

Elle ouvre les yeux et son regard hanté traverse Endy :


- C'est une longue histoire...

- Euh non, finalement je ne préfère pas savoir. Gardez-les, les secrets des magiciennes.


L'Ordre si terrifiant, nul ne peut en approcher les mystères sans risque. Les initiées malgré leur physique particulier si envoûtant provoquent souvent répulsion et haine, ces sorcières aux visées énigmatiques détiennent trop de puissance, exercent trop d'influence, il se murmure que le Gouvernement Central aurait lui-même lancé la chasse aux rouquines, cautionné la traque dont elles feraient l'objet. Alors il choisit l'ignorance indifférente.


- Dites, Ma Dame, il serait temps d'user de vos pouvoirs là, non ? Un petit tour et on en finit avec ces, comment vous dites déjà, lions, c'est cela ?


Frémissement de rage et désespoir contenu.


- Espèce d'âne ! Encore et toujours les mêmes préjugés, la magie, ce n'est pas des tours, c'est tellement différent : connaître, comprendre les éléments, les accorder, en jouer, harmoniser le monde jusqu'à la limpidité, imaginer sa musique. Impossible de l'utiliser sans en évaluer les conséquences, sans la faire résonner avec la planète.


Le danger serait trop grand, ce savoir qui lui brûlait l'âme glissait de ses mains malhabiles, elle avait conjuré des sorts autrement puissants mais les incertitudes déchiraient la doctrine. Et l'enfant, de quel prix devrait-il payer l'audace de sa mère ? Elle avait forgé les chaînes qui la paralysaient. Et subitement, elle se décide, un joueur qui pose sa dernière carte. L’instinct de survie balaie les réticences.


Elle n'a plus d'âge, assise sur la branche de cet arbre, les paumes tournées vers le sol, les cheveux ébouriffés d'on ne sait quel souffle. Elle est la magie transcendée, divisée et une. Un frémissement imperceptible, une distorsion, une mélodie invisible et des mots s'élèvent, un air grave et mélodieux. Il vous plaque au sol pour vous faire toucher du bord de la pensée l'inconcevable, la vacuité, la vanité de l'homme. De-ci, de-là, des notes pures et cristallines en ondée semblent canaliser le flux, zébrures claires sur le gris, une bataille se livre. Le visage pâlit encore, se translucide, l'améthyste s'éclaircit, s'obscurcit au rythme des pulsations inaudibles, l'énergie se volute en flots mauves vers les cieux. La respiration se saccade, s'émacie au fil des minutes, des secondes.


Un hurlement. Brisure subite, exclusion, damnation, elle a reçu un choc en retour puissant, se heurte à un écran de noirceur et réintègre son corps en défaite douloureuse. Les traits tirés trahissent l'épuisement, valident la débâcle.


- Je n'y arrive pas.


Elle pleure, petite fille au jouet cassé.


- Ce n'est pas possible, voyons ! Que s'est-il passé ?

- Ce sont ces voix, ce mur, ces... contraintes...

- Contraintes ?

- Je ne sais pas, je ne sais plus, j'ai cru...


Elle avait à peine appréhendé, n'avait rien vu, rien distingué, l'univers semblait s'être rétréci ; demeuraient l'arbre, la branche, les lions. Il n'y aurait rien d'autre et pourtant tous les présages hurlaient "Ta mission", elle était convoquée par l'oracle ailleurs et il n'y avait pas d'ailleurs. Lui s'est rapproché et la console maladroitement, caressant les cheveux, murmurant des mots sans suite, de ceux qu'on offre quand on ne sait quoi dire.


- Vous allez essayer encore, vous verrez, vous allez réussir.

- Non, c'est impossible, je ne peux pas, la magie est - crispation des muscles, angoisse manifeste - la magie est impuissante.


Le chagrin se libère en flots salés, elle s'accroche à lui, ne pas tomber. Il reste gauche dans cette inversion des rôles et se raidit en souvenir d'une circonstance lointaine, de ce jour où sa main avait commencé à trembler pour ne plus s'arrêter. Comme elles étaient différentes et semblables à la fois, ces deux enfants, inaltérables rocs en apparence ; la moindre fêlure provoquait l'effritement et la dislocation. L'autre et la souvenance vivace, le sacrifice vain continuaient à l'obséder. Il n'avait eu d'autre choix que de lui donner la mort, le contrat ne pouvait se résilier, malgré ses interventions, ses suppliques. Alors il l'avait fait. Dans ce geste atroce, il mit toute la retenue, toute la douceur possibles et, accédant ainsi à l'humanité, abandonna son statut de Maître Assassin.


Bon, Miss faut arrêter de t'apitoyer là, les violons c'est très joli mais y a un temps pour tout.


- Je ne vous permets pas...


Yess, tu m'entends enfin. Bon ça tombe bien, y a quelques petites choses dont j'aimerais me plaindre.


- Ça ne va pas, Ma Dame, vous parlez toute seule maintenant ?

- Non, c'est... Je ne comprends pas, c'est ma fille, c'est elle qui...


Eh ça va pas non ? Une fille moi ! J'suis un garçon voyons, je pensais que ça au moins, tu le savais.


- Non pas un garçon, c'est monstrueux, ce n'est pas prévu par l'Ordre. C'est le chaos, la fin d'un monde, l'annonce de la terreur.


Endy la regarde avec appréhension, celle-là a vraiment l'air de perdre la tête, c'est dommage, une belle gosse comme elle, le choc sûrement.


- Allons, allons, calmez-vous, ça va aller, vous verrez, c'est normal de se trouver un peu déboussolée.


Foutaises, ils t'ont bien endoctrinée à l'Ordre quand même. Moi, j'm'en fous de leurs calculs, vous allez devoir partager la magie, les sorcières. Ça fait trop longtemps que ça dure vos bêtises, je serai le premier magicien, on va en faire de grandes choses...


- Tais-toi, tu ne peux pas exister, tu n'existeras pas, je ne t'entends plus, je ne veux plus t'entendre.


Ok j'me tais, chère maman, mais ne compte pas sur moi pour t'aider alors.


- Voilà, ça va mieux, non ? J’vais vous rendre votre sourire, j'ai un plan pour nous débarrasser des bestioles. On va les bombarder de fruits, ça les fera partir, non ?

- C'est idiot, il n'y a pas de fruit sur les saules pleureurs.

- Et ça, c'est quoi ?


Il brandit en triomphateur une sphère recouverte d'une épaisse couche de fibres ligneuses et brunes. Elle écarquille des prunelles d'abord incrédules puis consternées, et sa voix devient aiguë, empreinte d'hystérie :


- Ça ? C'est une noix de coco et on n'en trouve pas sur les saules pleureurs. D'ailleurs, il n'y a pas de saules pleureurs dans le désert, des lions non plus. J'en ai marre de toutes ces âneries. MARRE, vous m'entendez ?

- Allez, c'est rien, c'est pas grave.

- Si, c'est grave. Ça n'a pas de sens, rien n'a de sens depuis que nous sommes ici.

- C'est parce que vos données sont fausses. La Terre a changé depuis le Grand Exode, on est en 3797 là. Elle date de quand, votre dernière mise à jour ?

- Mise quoi ?

- Non, rien, laissez tomber, j'étais déconnecté. Bref si l'observation contredit la théorie, il faut adapter la théorie. Donc nous allons balancer des noix de coco à ces bestioles et voir ce qui se passe.

- C'est n'importe quoi, c'est comme si, je ne sais pas, moi, comme si le soleil était bleu. Il ne manquerait plus que ça...

- Il est bleu, le soleil.

- Ridicule !

- Regardez vous-même !


La lueur glacée de l'astre déverse son givre surnaturel sur le paysage sépulcral. Le sable luit de mille prunelles émeraude et malveillantes, l'air s'accable d'une attente maléfique. La magicienne chancelle sous l'impact et se reprend. Si sorcellerie il y a, elle luttera.


- Depuis quand ? Il y a cinq minutes, il était normal.

- Normal ? Je sais pas moi, il est de cette couleur depuis toujours, il me semble, je fais pas attention aux détails. Je suis pas très observateur vous savez.

- C'est justement le problème. J'affirme, moi que le soleil était jaune, que le sable semblait chaud, que la lumière aveuglait, et que le changement vient d'avoir lieu.


J'te donnerais bien une piste moi, mais tu ne m'entends plus.


- N’empêche, on va leur balancer ces trucs-là, lumière bleue ou pas, Ma Dame.


Il soupèse la noix de coco, avec un peu de chance, s'il vise bien et met un peu d'élan, l'impact assommera l'un des fauves et les autres détaleront. Par malheur, sa main tremble toujours, le projectile atterrit juste devant la truffe du plus gros des lions. Il se redresse, musculature puissante, agite sa crinière imposante et ouvre une large gueule.


- Non mais ça va pas là-haut, vous pourriez éviter de nous jeter vos détritus !


Un moment de silence, Endy réagit le premier.


- Vous parlez ?

- Ben oui, évidemment, pourquoi ?

- Vous ne l'avez pas fait avant.

- C'est que je n’avais rien à dire. Ma femme ne parle pas, sinon ce serait le bazar, et le petit, il en aura le droit à sa majorité.

- Les lions ne parlent pas, les lions ne parlent pas, les lions ne parlent pas, récite-t-elle comme une prière.

- Si, Ma Dame, vous voyez bien. C’est une aubaine, laissez-moi faire, je vais parlementer.


Elle se tait, vaincue. Il prend la direction des opérations, ses qualités de négociateur vont se révéler.


- Bon, nous allons nous mettre d'accord.

- Rien n'est moins sûr, je suis intraitable.

- J'ai juste une question, une toute petite. Est-ce que nous pouvons descendre de cet arbre ?

- Bien sûr, je n'y vois aucun inconvénient.

- Vous ne nous attaquerez pas ?

- Ah si, évidemment.

- Mais vous dites qu'on peut descendre.

- Oui techniquement, vous pouvez. Nous ne vous boulotterons qu'après.

- On doit faire quoi pour que vous ne nous mangiez pas ?

- Rien, on a des ordres, vous descendez, on vous bouffe.

- Des ordres de qui ?

- Je ne sais pas moi, j'ai des ordres, je les applique, je ne pose pas de questions.

- Alors on ne peut pas descendre.

- Si, en principe, si.


La jeune femme a suivi cet entretien avec une fureur croissante, elle explose :


- Vous voyez bien que ça ne sert à rien. Vous palabrez avec un lion, du haut d'un saule pleureur, sous une lumière bleue, au milieu du désert, et vous voulez croire que vous allez parvenir à un résultat. On ne s'en sortira jamais, jamais, jamais. Il ne manquerait plus que la branche casse.


Un chant, un sifflement, un craquement, une aile de papillon se froisse, une fibre se rompt. C'est ici, sous leurs yeux brisés par le doute.


Triple idiote, elle l'a dit...


- Ma Dame, la branche... J'ai compris, c'est vous la responsable.


Tu y as mis le temps, vieux, mais c'est trop tard, trop tard et tout est à recommencer.

Elle était magicienne.


 
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   coquillette   
27/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour Xrys
Bon.
A la première lecture, très attentive, l'histoire ne m'a pas plu mais je me suis fendue la poire à la lecture des dialogues.
Il me semble que l'auteur a un réel talent en ce qui les concerne. La comédie, le rire, la légèreté sont ses armes et je les envie.
Néanmoins les soliloques m'ont un peu agacée et fait perdre le fil de l'histoire. Ce que j'ai surtout aimé ce sont les interactions entre les deux protagonistes.
Questions : en quoi deux déjeuners boulottés risquent de " détruire aussi un écosystème où en théorie nous ne devrions pas intervenir." du fait que même s'ils interviennent ils ne le feront pas assez longtemps.
J'ai beaucoup aimé le lion. je l'ai même adoré.
De "elle en a tant rêvé..."jusqu'à "empoisonne le futur" ; j'ai aimé le lyrisme, la poésie mais je n'ai pas aimé... parce que j'en ai ras le bol qu'on me culpabilise pour quelque chose dont - forcément j'ai ma part de responsabilité - mais je me soigne alors que les usines et les autres grandes puissances etc... etc... et même là en écrivant, je me sens coupable.
Après cela, je lis le passage qui commence par "si complexe est la mission..." et je me sens comme elle. Impuissante.
La suite est réjouissante.la noix de coco, le soleil bleu, les "contraintes", le lion. Superbe. "On a des ordres. Vous descendez on vous bouffe."
J'en ris encore, c'est très visuel.
La fin. Pas trop captée. Des éclaircissements seraient les bienvenus.
Un grand plaisir de lecture ! Une écriture fluide.
Excellente continuation.

   Lapsus   
27/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Cette magicienne ventriloque a des allures de Mère Supérieure des Bene Gesserit.
Pas mal pour une magicienne en perte de pouvoirs, elle prononce la phrase malheureuse et ça se réalise.
Le texte est plein d'humour et la situation s'avère aussi cocasse qu'inconfortable, dans un dialogue continu qui multiplie progressivement les voix.
Le plus clairvoyant et le plus caustique est encore le fruit masculin de ses entrailles, lui aussi mourra magicien.

   costic   
30/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
De l’humour, de la poésie: mon association favorite. Plusieurs passages savoureux. Saisissant morceau de contorsionnisme sur un saule coco. Un vrai moment de plaisir. J’ai adoré tous les personnages Seule la fin reste un peu confuse. Les contraintes ont vraiment un côté magique !
Merci et bravo !

   Anonyme   
28/11/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
Un texte dans lequel tout est intérieur. C'est souvent chez Xrys cette façon d'entrer dedans, un lieu, un ventre, une pensée et de n'en sortir que lorsque tout est vu, perçu, exploité. Un humour que je trouve toujours en bord de cynisme, ce côté vieille Angleterre dans le sourire qui caresse l'écriture de l'auteure. Des contraintes bien respectées (j'avoue que si elles ne l'avaient pas été j'aurais apprécié aussi ce texte). Mais disons-le clairement, ce qui me plait au plus haut point ici, c'est une façon assez unique de délivrer l'écriture, de la livrer :

"Il reste gauche dans cette inversion des rôles et se raidit en souvenir d'une circonstance lointaine, de ce jour où sa main avait commencé à trembler pour ne plus s'arrêter."

" Le désert brûlant et impassible ourdissait des tempêtes sèches qui soulèveraient des tourbillons de sable, piqueraient les yeux, aiguillonneraient les cœurs de flèches d'acier. Dans sa mémoire, les voix lancinantes du passé regrettaient les plages, les océans, les forêts et les eaux ruisselantes."

C'est à dire ? Sûrement le seul auteur sur le site à ma connaissance qui utilise un archet en guise de plume ou de clavier. Ce rythme long, doucement sifflé, émouvant. Plutôt unique.

Magicienne ? Oui. Musicienne ? Je ne le dirais pas comme ça, pas exactement musicienne. Précisément violoniste, spécialiste d'une écriture longue et sifflée, lancinante. Moi ça me touche et ça me plait.

   Electre   
28/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Pas certaine d'avoir tout compris. Mais j'ai bien rigolé alors ce n'est pas grave. Un peu la même impression (même si ce n'est pas du tout le même domaine, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.) que quand j'ai lu Terry Pratchett. La moitié des trucs me passe au-dessus de la tête mais je ris.
Les dialogues sont extrêmement drôles autant que les personnages sont loufoques. J'adhère complètement.

Merci beaucoup.

   Selenim   
29/11/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un texte étonnant car il jongle avec plus ou moins de réussite entre plusieurs genres.

J'ai été séduit au premier abord par la vivacité des dialogues. Même si le langage soutenu peu apparaitre un peu lourd parfois, il y a suffisamment d'humour et de renouvellement pour qu'on ne décroche pas.
En contrepartie, les pensées du jeune foetus sont passables car elles sont privées de la dose de légèreté qui animent les dialogues.

En parallèle, l'auteure nous invitent dans l'univers de ses protagonistes. Plus noir, plus froid, plus dramatique. Il y a là un grand écart avec la légèreté des dialogues. L'écriture se transforme, devient dure et plus élaborée ; les images sont d'un désespoir grinçant ou juste pures et poétiques.

Le problème c'est que l'on aperçoit juste les prémisses de ce background. L'auteur referme sa boite des petits sablés avant que l'on ait pu en croquer un deuxième. Frustrant.

Dans le dernier tiers, direction l'absurde. Tout devient foutraque et délicieusement décalé. On retrouve l'esprit qui animait les premières lignes. Vraiment amusant car bien mis en scène.

Une lecture plus qu'agréable qui laisse pourtant un arrière goût de frustration.

Selenim

   jaimme   
29/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Tragi-comique en définitive.
D'abord le moins: trop d'adjectifs par groupe de trois ou quatre. L'effet est agréable, mais un peu trop renouvelé.
Un "Véhicule Galactique Transplanétaire " c'est quoi? S'il est capable de se mouvoir d'un bout à l'autre de la galaxie, aller d'une planète à l'autre c'est un saut de puce. Bon c'est un détail.
Une erreur de bouton? Là je laisse de côté c'est un effet comique que j'accepte volontiers.
En revanche j'ai trouvé l'emprunt aux Bene Gesserit d'Herbert assez flagrant: ordre de femmes, fœtus qui parle et surtout interdiction de porter des mâles.
Mais je suis prêt à mettre cela de côté au regard du beau côté décalé de la nouvelle: une magie inconsciente, là c'est la pire chose possible. En effet l'inconscient humain n'est certainement pas ce qui peut régir l'ordre de choses. Enfin, espérons. Splendide idée donc.
Les contraintes du concours passent aisément dans la nouvelle sans lui donner de côté artificiel, bravo.
Au total, un début de lecture un peu laborieux, mais le reste est d'un très beau niveau.
merci Krys

jaimme

   Cassanda   
1/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Merci Xrys pour cette lecture qui m'a bien fait rire ! Ca me rappelle les livres de Terry Pratchett qui parfois restent obscurs à la compréhension mais me font mourir de rire (si, si ça peut arriver !) tant ils sont loufoques... Ici je retrouve cette même joie avec un foetus qui parle et aimerait bien qu'on l'entende, un alcoolique qui tente de faire bonne figure et une magicienne maladroite qui tient absolument à conserver tous ses principes. J'aime bien l'invention du saule coco et l'intervention du lion, même si je n'ai pas vraiment compris d'où il tenait ses ordres.
La fin est digne du reste de ta nouvelle, bien amusante ! Les contraintes, je ne les ai pas senties réellement à la lecture de ton texte, elles n'alourdissent rien. En bref, un traitement magistral !
Merci encore et bravo :)

   Eric-Paul   
2/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Un Régal !!!

Définitivement j'adore les animaux qui parlent !!!

   Menvussa   
2/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Bonjour Xrys.

Ça c'est un texte que j'aurais voulu écrire. Des lions qui parlent, une magicienne plus nulle que Merlin, des noix de coco sur un saule pleureur (y en a deux autres qui vont bientôt pleurer). Ça se lit et se relit. Déjanté à souhait, j'allais dire cuit à point mais les lions mangent cru.

Bravo

   Anonyme   
3/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
j'ai lu avec plaisir , trés vite , avec du rire dans les yeux . l'humour est toujours bienvenu ,et là , utilisé à bon escient . Je ne veux pas répéter ce que les autres critiques ont mis en avant : je suis d'accord avec presque toutes ! bravo !

   widjet   
4/12/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Un moment donné, il est écrit « Ça n'a pas de sens, rien n'a de sens depuis que nous sommes ici ».
Je suis bien en peine, je l’avoue (d’autant que je semble être le seul) à ne pas avoir compris grand-chose à cette nouvelle. Deux individus (dont une magicienne… enceinte ?) se sont crashés avec leur appareil et se trouve coincés en haut d’un arbre ? J’ai tout faux ?

Bref, je n’ai rien contre l’absurde, mais disons que là, j’ai été perturbé par ce chevauchement d’intervenant (surtout « la voix off » du narrateur et cette voix en italique, la voix du fœtus qui de par ses pouvoirs magiques parle par le biais de la bouche de sa mère). Tout au long du récit, je me suis demandé « où veut –elle en venir et qu’est-ce que ça raconte ? ». Le final est arrivé… et je suis resté un peu con.

Pour ma part, cette confusion (mais je reconnais que la construction ne devait pas être facile) qui m’a gagné tout du long m’a rendu un peu hermétique au caractère humoristique mis à part le dialogue final avec les lions qui lui correspond bien à cet humour répétitif que j’affectionne.

Sur la forme, j’ai également été un peu désarçonné par le caractère poétique, assez enlevé même de certains passages (certes, il est question de magie et d’intemporalité), d’autres parties plus sombres et « mystiques » (les parties un peu verbeuses et nébuleuses comme « L'Ordre si terrifiant, nul ne peut en approcher les mystères sans risque. Les initiées malgré leur physique particulier si envoûtant provoquent souvent répulsion et haine, ces sorcières aux visées énigmatiques détiennent trop de puissance, exercent trop d'influence, il se murmure que le Gouvernement Central » etc… font très « Harry Potterien », genre l’Ordre du Phenix, l’Oracle à dit que blablabla…) et la nature profonde de ce texte résolument léger de par ces dialogues qui tranchent et cet esprit un peu foutraque.
Bref, tout ceci rend le texte assez surprenant, bancal aussi et finalement asser inclassable (et je pense que c’est le but).

Hélas pour moi, je n’ai pas réussi à me laisser (trans)porter par ce pouvoir-là. Navré.

Au plaisir de te relire.

W

   marogne   
4/12/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
J'ai été gêné plusieurs fois par l'utilisation en série d'adjectifs qui me semblaient plus choisis pour leur sonorité que pour qualifier ce à quoi il se rapportaient. Depuis Weyergans, mais c'est une des contraintes à ce que j'ai compris, faire parler les foetus devient un procédé assez fréquent. Je ne comprends jamais pourquoi dans ces cas là, souvent le langage choisi est agressif limite vulgaire.

J'ai bien aimé le début, et puis la musique du "Livre de la jungle" m'est revenue... les vautours chauves ne sont pas loin. Ensuite j'avoue m'être un peu perdue dans les circonvolutions de l'histoire, non que ce soit difficile à suivre - et au passage, d'un drogué de Star War, merci pour le clin d'oeil au n°3... - mais il y en a tout un tas qui ne sont qu'ébauchées, et on reste sur sa fin tout en doutant de la cohérence globale. Chacune pourrait faire le sujet - peut être - d'une nouvelle, mais juxtaposées ainsi elles en perdent leur intérêt.

Dernier clin d'oeil, couché avec la grippe A, je viens de lire le dernier Lanfeust, et la magicienne y est, avec sa chevelure flamboyante et ses formes .... et là, c'est la mer (première page) qui change de couleur. Ci'xi préfère le rouge.....

   jphil   
5/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour,

j'ai apprécié ce récit, à la fois drôle et poétique. L'écriture est recherchée, parfois un peu trop et les interventions du foetus sont trop explicites, ce dont tu es consciente puisqu'à deux reprises, tu l'amènes à "s'excuser" de ses élucubrations.
A la première lecture, j'avoue que je n'avais pas compris la chute, il m'a fallu relire pour percer le mystère, mais je savais déjà que j'étais un peu benêt donc je ne t'en veux pas pour ça !
Un bon moment de lecture en tout cas.
Bonne continuation.

   NICOLE   
6/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Déjanté, mais pas encore assez, voilà mon impression. J'ai le sentiment qu'on n'est pas loin, mais sans y être tout à fait.
J'ai du mal à m'expliquer, c'est comme si l'auteur s'était retenu, de peur de glisser vers le grand nimporte quoi...et du coup, je reste sur ma faim.
J'ai aimé : le lion qui n'a pas parlé avant parce qu'il n'avait rien à dire, la magicienne rousse, flamboyante et nulle, et le pilote de navette, alcoolique et distrait. Il y a de l'inventaire à la Prévert là dedans, et beaucoup de poésie.

   Ninjavert   
7/12/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
En arrivant à la fin du texte, j'ai été assez étonné en découvrant les commentaires.
Il m'arrive de ne pas être "d'accord" avec certains commentaires, parfois même d'être le seul à penser comme ça. Mais là, quand même, je m'interroge.
Du coup, je relis, on ne sait jamais, j'ai pu rater un truc important.

Mais non, ça doit venir de moi.

Alors j'essaie de comprendre ce qui ne m'a pas plu, ce qui m'a donné l'impression que ce texte aurait pu m'être beaucoup plus agréable...

L'histoire n'est pas claire. Ca peut être un choix, une volonté de l'auteur de brouiller les pistes ou de ne pas tout dire. Ici, je ne sais pas. On a plein d'informations, plein de morceaux de contexte, et pourtant rien n'est clair : une société qui paraît (pour l'auteur du moins) très structurée avec un ordre de magiciennes aux secrets fantastiques et mortels, un ordre d'assassins, un gouvernement central aux allures d'empire intergalactique, une Terre abandonnée par les hommes qui semble receler d'étranges mystères...

En bref : une impression que c'est trop construit, trop précis pour se contenter d'un simple prétexte à un "n'importe quoi" vaguement Pratchetien comme l'ont évoqué certains. Sauf que cet univers, on n'en apprend pas grand chose. Ca ne m'aurait pas dérangé si le reste de l'intrigue était clairement défini et précis mais là, comme on ne sait pas où on va, je me suis senti complètement paumé au milieu d'un univers dont je ne sais rien.

Sur la situation en elle-même, le fameux "sur un arbre perché", il m'a laissé un peu septique. J'ai été dérangé par l'ignorance totale dans laquelle on se trouve en tant que lecteur de la "mission" qui mène nos personnages sur Terre. Là encore, tu nous donnes plein d'indices qui laissent deviner un arrière plan super interessant : l'attaque massive sur l'ordre des magiciennes et leur quasi-extinction, la réputation des maîtres assassins et leur mode de fonctionnement, et plus particulièrement le parcours de nos deux personnages. Ils sont très charismatiques, très denses. On sent qu'ils ont un passé, un vécu, une histoire. Mais laquelle ? Tu l'évoques à mots tellements couverts qu'on ne peut qu'essayer de lire entre les lignes.
Pourquoi Endy est-il devenu un râté ? On effleure du doigt la mission qui l'aurait fait basculer : cette vie prise car il ne pouvait en être autrement. Quelle vie ? Pourquoi ?
Pourquoi notre magicienne est-elle dans cette situation ? Quels secrets si dangereux lui ont-été confiés ? Pourquoi et comment a-t-elle survécu à l'attaque ? Pourquoi cette dernière a-t-elle eu lieu ?
Qui est ce fils, qu'elle attend, et qu'elle ne laissera jamais s'expliquer alors qu'il semble détenir toutes les réponses ?

Trop d'interrogations laissées en suspens en ce qui me concerne. Une histoire incomplète ou nébuleuse peut fonctionner à mes yeux quand un message clair, porteur de sens, vient la contrebalancer. Quand un sens autre, supérieur, vient reléguer les péripéties du récit à un plan secondaire (je ne parlerai pas de "morale", plus de réflexion, de sens).

Or là, si un tel message existe, je n'y ai rien compris. Pas faute d'essayer, malheureusement. Cette magie, qui semble évoluer et ne plus fonctionner comme elle le devrait. Cette femme, si forte un instant avant qui d'un coup, se retrouve au rang de looseuse patentée, privée de tous ces moyens. Ce looseur, Endy, qu'on croit un instant capable de les sauver... mais non. Et ce fils, dont au final, on ne saura rien de son origine ni de ses pouvoirs.

"Tout est à recommencer." Quoi donc ? Comment ? Par qui ? Partager la magie avec les hommes ? Ca va changer quelque chose ? A quoi ?

Bref, j'ai une tonne de questions et beau relire le texte : beaucoup trop peu de réponses.

Sur l'écriture j'ai été partagé. Certaines phrases, très belles, oniriques à souhait. Mais d'autres qui m'ont semblées surfaites, artificiellement enrichies. Globalement malgré une indéniable qualité d'écriture, j'aurai trouvé le texte plus fluide s'il avait été un peu plus épuré, un peu plus focalisé sur l'essentiel. Mais ne pas comprendre grand-chose à l'histoire a probablement rajouté à ce sentiment de confusion.

Pour finir, j'ai été un peu gêné par le contraste entre le ton de certains protagonistes et le ton fluctuant de l'histoire, d'un moment à l'autre. On passe du dramatique au rigolo, du sérieux au foutage de gueule, et j'ai été un peu perturbé car au final, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Déstabiliser le lecteur peut être une bonne chose, mais ici je n'en ai pas vu la finalité.

Au final, cette nouvelle me laisse un curieux goût dans la bouche : entre l'inachevé et l'incompris. Avec, au vu de la plupart des autres commentaires, l'impression d'avoir vraiment râté quelque chose...

Désolé et, pour ma part, dommage... (je vais aller fureter sur les forums en quête d'explications sur le texte)

Merci en tout cas pour ce texte Xrys, j'y ai malgré tout trouvé beaucoup de choses très bien et notamment un univers qu'on devine riche, construit et complet.

Ninj'

   Xrys   
7/12/2009

   colibam   
9/12/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Un sentiment plutôt mitigé sur ce texte.

D'un côté, de réelles qualités d'expression, une certaine légèreté et un humour dans le traitement ; J'ai apprécié le côté loufoque de la situation : « palabres avec des lions, du haut d'un saule pleureur, sous une lumière bleu, au milieu du désert ». Ça, c'est plutôt chouette et bienvenu.
Certains passages sont ourlés d'une poésie ravissante, exotique, visuelle. Il y a quelque chose de séduisant dans le parfum de ton encre, un arôme que je n'arrive pas à définir mais qui possède une force d'attraction réelle teintée de clair-obscur (pour le coup, c'est moi qui suit dans la pénombre).
Je n'ai absolument pas senti le poids des contraintes dans tes mots.

But... ben, je ne suis malheureusement pas parvenu à rentrer dans l'histoire, dont je n'ai d'ailleurs guère saisi le sens. J'ai ri et pensé à certaines BD de SF mais il manque au final un fil (peut-être n'ai-je tout simplement pas su le saisir) ou une vraie bascule vers l'absurde.

Cela étant, le simple fait de trouver ce texte étrange et décalé est bon signe. Il n'y a d'ailleurs peut-être pas d'autre but à chercher derrière tout cela.

Bon, n'étant pas censé lire les explications avant de pointer sur "envoyer", je clique et m'en vais lire les commentaires et le lien.

   Val   
9/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé, parce-que c'est déconcertant comme les rapports hommes/femmes, et visiblement ces histoires là ne sont pas prêtes de s'arranger ni dans le futur ni jamais si l'on se fie à ton histoire... et quelques part, tant mieux ^^
Il y a un p'tit côté Han Solo Princesse Leia dans tes héros, le vieux contrebandier de l'espace et la Princesse (enfin sorcière là, mais Princesse un peu chiante hein... comme, presque, toutes les filles^^)
Bref, comme tout bouge et que l'on ne sait jamais de quoi demain sera fait, bin j'ai aimé Xrys, d'une manière globale, dirais-je, même si j'ai toujours une "tite réserve sur ton style parfois trop ampoulé pour moi (elle arbore les stigmates de l'ordre ou déjà la défaite annihile les esprits) qui rend tes phrases lourdes et confuses parfois, comme si tu voulais absolument prouver à quelqu'un quel vocabulaire extraordinaire tu a...
tu l'a c'est évident, tu n'aurais pas besoin d'en faire tant, c'est déjà profond, intelligent... tu a les bougies, la soie, le vin millésimé, n'ajoute pas d'encens, moi cela m'enfume un peu trop, et me fait tousser ^^

   florilange   
11/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai bien aimé l'histoire dans l'ensemble. Les changements de ton ne m'ont pas gênée, le manque d'explications non +, c'est ainsi que l'auteur a voulu son histoire. Imaginaire riche, séduisant.
J'aime assez le style surtout dans les dialogues. Je n'ai pas hurlé de rire mais souvent souri.
Une lecture agréable & jamais ennuyeuse en tout cas. Merci,
Florilange.

   jamesbebeart   
14/12/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Voilà un texte qui me laisse plutôt perplexe ; j'ai eu du mal à suivre toutes ces péripéties avec de trop nombreux dialogues-c'est mon ressenti- Toutefois c'est bien écrit et les intentions de l'auteur sont louables. C'est peut-être aussi un problème de génération qui fait que je m'intéresse modérément à ces histoires "sidérales".

   Anonyme   
16/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Salut ma belle.

Il m'a fallu le temps pour te commenter, c'est parce que je reste mitigée.

D'un côté, je retrouve ton style qui me plait et qui est assumé, malgré parfois quelques lourdeurs au niveau des adjectifs ou de la poétisation de ton style finalement...
J'aime beaucoup les soliloques fœtaux, je trouve qu'ils instaurent une forme de brutalité, mais aussi une forme de douceur au récit qui me plaisent.

De l'autre côté, j'ai une forme d'absurde non totalement assumée, justement, par opposition au style, qui me perturbe.
L'humour, bienvenu mais pas vraiment clair parce que perdu dans le dédale narratif.

Narration qui se perd parfois, ou en tous cas m'a perdue parfois dans le fil de l'histoire.
En fait, le choix de l'auteur de volontairement rendre le texte opaque est parfois, selon moi ne te vexe pas, une idée un peu chelou (cfr Zao, qui l'aurait pas comprit ce texte non plus).

Donc, à mes yeux, originalité tue parfois l'originalité et dans ce texte c'est le cas.

J'aurais pu aimer vraiment, mais toutes ces petites imperfections mises bout à bout me semblent bien trop importantes par rapport à tout ce que j'ai aimé à te lire.

Merci, je mitige, ta note sera le reflet de mon "mitigeage", désolée, tu sais que j'aime ton style X, bonne chance pour le concours.

   aldenor   
17/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Le début est bien drôle ; situation cocasse visionnée à trois niveaux. Trois personnages avec des personnalités et des points de vue bien tranchés.
Mais ensuite les personnalités sont moins tranchées :
Le fœtus et la mère se rejoignent dans leurs propos, créant des répétitions, en particulier dans leur jugement de « l’Assassin », « héros imbibé, etc… ». Et puis survient le revirement de rôles entre la magicienne et l’assassin. Et ce contraste entre les personnages se perdant, le mécanisme de l’humour ne fonctionne plus aussi bien.
Enfin, je trouve des zones d’ombre :
Partout où il est question de Grand Exode, de Grand Secret…
J’ai mis du temps à m’apercevoir que chaque fois que la magicienne craignait un événement, il se produisait. Une idée amusante qui gagnerait à être plus explicite.
Dans l’ensemble d’indéniables qualités d’écriture, mais quelques hic et un certain manque de clarté.

   Bidis   
18/12/2009
Mon commentaire rejoint celui que j’ai fait pour la nouvelle d’Estelle. Encore que pour sa nouvelle, j’ai eu un début de compréhension. Ici, RIEN. Je n’ai RIEN compris.
Et comme pour Estelle, je reviendrai relire à la lumière des explications de l’auteur.

   Meleagre   
18/12/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Je rejoins les commentaires e Wiidjet et Ninjavert.
Moi non plus, à la 1e lecture, je n'ai pas compris grand chose : seulement qu'une sorcière (qui a une grande mission à accomplir) et un assassin (qui lui sert d'escorte) se retrouvent naufragés dans le désert, sur un arbre, et menacés par des lions ; que la terre a été abandonnée lors d'un Grand Exode il y a très longtemps, et que les humains rescapés ont fondé une civilisation intergalactique.
Mais c'est tout. Et je n'aime pas avoir à lire des explications pour comprendre un texte : pour moi, un texte doit se suffire à lui-même. Pourquoi cette mission est-elle si importante ? Pourquoi la sorcière doit-elle revenir sur terre ? Qu'est-ce qui a déclenché cette catastrophe, la mort des "soeurs" de la magicienne ?
"Le sanctuaire s'est transformé en champ de carnage et elle n'a rien fait. Est-ce le hasard qui a présidé à sa survie, et lui a permis de se trouver aux côtés de la Mère, de recueillir dans un souffle le grand secret, d'être chargée de cette tâche qu'elle redoute de ne pas comprendre, de ne pas réussir." : trop d'informations, trop floues, dans une seule phrase. Il aurait peut-être fallu la couper en plusieurs phrases, pour séparer et développer les différentes étapes de la catastrophe.
De même pour "À jamais révolues la joie, l'étude et la douceur, à jamais pour les autres ce sort auquel elle avait échappé par miracle sur le sacrifice des siennes, à jamais le remords d'avoir assisté à cela." Trop flou, assez maladroit (j'aurais préféré "grâce au sacrifice...")
De même pour "Il reste gauche dans cette inversion des rôles et se raidit en souvenir d'une circonstance lointaine, de ce jour où sa main avait commencé à trembler pour ne plus s'arrêter. Comme elles étaient différentes et semblables à la fois, ces deux enfants, inaltérables rocs en apparence ." La phrase ne se comprend qu'à la lumière des explications de l'auteur... Le lecteur, sans cette clé, peut se demander longtemps qui sont "ces deux enfants", de quel jour parle l'assassin...
Ce trop grand flou m'a empêché d'être sensible à l'humour, à part le dialogue absurde entre le lion et l'assassin à la fin du texte.

Mais autre chose m'a empêché de bien comprendre ce texte : c'est le style, parfois maladroit, avec des phrases parfois embrouillées, peu claires, voire incohérentes. J'en ai relevé quelques exemples lors d'une 2e lecture :

"Ces animaux sont des carnivores donc si nous nous précipitons, nous constituerons un déjeuner de choix et comble de malheur, nous risquons de détruire aussi un écosystème où en théorie nous ne devrions pas intervenir" : pour éviter un excès d'asyndètes, il faudrait mettre des "." ou des ";"

"Les initiées malgré leur physique particulier si envoûtant provoquent souvent répulsion et haine, ces sorcières aux visées énigmatiques détiennent trop de puissance, exercent trop d'influence, il se murmure que le Gouvernement Central aurait lui-même lancé la chasse aux rouquines, cautionné la traque dont elles feraient bientôt l'objet." : là encore, une phrase trop longue qui donne trop d'informations. Il faudrait mettre un "." ou un ";" avant "ces sorcières" et avant "il se murmure".

"L'originalité, la créativité, le grain de folie, le lyrisme se sont ternis qui ont déterminé vos succès, emporté l'adhésion des foules et enthousiasmé les amateurs de bons meurtres." L'antécédent "l'originalité, la créativité, le grain de folie, le lyrisme" est séparé de la relative par le verbe "se sont ternis" : cela alourdit la phrase déjà chargés par les accumulations.

"Cela porte un nom : procrastination et déjà la défaite annihile les esprits". J'aurais bien mis un "." après "procrastination".

"Et, cette mission, entre l'envie de réussir et la peur de la saccager, tu as introduit presque consciemment cet élément-là, sur lequel tu savais pouvoir compter pour tout gâcher" : on ne voit pas à quoi ce rapporte le nom "cette mission", ni "cet élément-là" ; la phrase est assez lourde et peu claire.

"Dissonance du couple, eu égard aux idiosyncrasies respectives des protagonistes, la mission sera compromise avant la fin de leurs rations de survie." J'ai du mal à comprendre la construction de la phrase : une phrase nominale ("dissonance du couple"), une proposition principale ("la mission sera compromise"...) en asyndète (ce qui est déjà osé), et un complément circonstanciel ("eu égard...") : on ne sait plus à quel partie de la phrase il se rattache.

"Si complexe est la mission, une broutille suffirait à la mettre en péril" : anacoluthe. On attendrait : "Si complexe est la mission qu'une broutille..."

Bref, l'idée de départ est originale, mais pas assez exploitée. Il manque trop de clés ; l'atmosphère est trop rapidement posée ; et l'expression est souvent trop maladroite.
Au plaisir de lire un autre texte.

 

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