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Réalisme/Historique
Zemrude : Chère Marguerite
 Publié le 27/03/12  -  4 commentaires  -  4348 caractères  -  42 lectures    Autres textes du même auteur

Les débuts d'une diva.


Chère Marguerite


Le danseur pirouette sur la diagonale de la scène.

Deux bancs de brume passent. Le danseur s'assied sur le second et s'envole avec vers les coulisses.

Le poète s'avance alors. Il tient quelques feuillets dans sa main. Il dit :


– La poésie…


Le comédien intervient aussitôt et, le poussant aux épaules, le vire à grands coups de genoux dans les cuisses. Le poète hurle.

Le comédien se place devant la rampe.

Avec de grands gestes, il harangue la foule des spectateurs.


– … Et nous, casseroles indécises qu’un exquis trombidion fait surgir des immortalités ophtalmiques, nous marcherons imberbes sur les voies des ondes somnifères…


Il se renverse légèrement, tend les deux bras vers le plafond, scande en gueulant :


– … tandis qu’à l’horizon flamboieront les orgies des ébènes cramoisies !


Les spectateurs ovationnent. Le comédien salue très bas.

Une spectatrice se penche vers son voisin.


– Des ébènes cramoisies… c'est comment ?


Il la toise avec commisération.


– C'est de la littérature !… Stendhal !


Le comédien s'en va.

Tout sourire et grâce le danseur reparaît, se pose en cinquième au centre de la scène. Il attend que le calme revienne, puis relevant fièrement la tête il clame :


– Maestro !… Musique !


Rien ne suit.

Il fait un pas en avant, répète plus fort :


– Maestro !… Musique !…


Timidement, au fond de la salle, quelqu'un entonne un solo de castagnettes. Derechef, le public se lève, manifeste.

Chut ! Chut ! Assez ! Taisez-vous ! Arrêtez ! Silence !

Il envahit les travées, encombre les passages.

Quelques basses sonores scandent : sortez-le ! Sortez-le !

Cependant que le solo prend de plus en plus d'ampleur et de fureur, soutenu par une montée de fureur égale chez les spectateurs. Quelques contraltos égrènent des chapelets de Ahi, Aïaïaï aïaïaï… peut-être hispanisants.

En contrepoint, le danseur frappe dans ses mains et cogne du talon sur les planches.

Du coup, un bataillon de sopranos bêlent à leur tour des Ahiii Aïeaïeaïe… dans les suraigus (heureusement il n'y a pas de chèvres dans la salle : elles auraient honte !). Et tout le monde se met à frapper dans les mains, ou cogner du talon sur le sol. Les hommes crient 'Ollé' ou 'Viva el toro' qu'ils ponctuent de sifflements et d'onomatopées diverses.

Le charivari tourne à la pagaïe.

C'est alors que quelqu'un croit comprendre. Sur ses lèvres, un sourire de complice averti, omniscient, plein de finesse et de discernement. Il se glisse entre les rangées, rejoint son fauteuil, s'y rassied.

Ses voisins l'ont vu. Se posent des questions. Dans la crainte de paraître plus stupides qu'ils ne supposent l'être, ils se taisent. L'imitent.

Bientôt suivis par d'autres.

Peu à peu la contagion gagne, les sièges se remplissent. De l'un à l'autre, derrière les mains, il se chuchote : subtil !… très subtil !…

Dans l'allée centrale et sur les côtés, ne restent plus à s'égosiller que les crétins qui ne comprennent jamais rien à rien, ceux qui voient infailliblement midi à quatorze heures et ne trouvent jamais d'eau en Méditerranée, ceux à qui il faut toujours tout expliquer en détail. Ici ou là, des gens charitables, discrètement, les tirent par la manche ou un pan de vêtement… rien n'y fait. Ils sont si bien dans leur euphorie ! Ils ne s'en laissent pas distraire, crient de plus belle.

Pourtant, parmi ceux qui sont assis, quelques-uns remarquent l'évanouissement des castagnettes. Depuis quand, exactement ? L'interrogation circule. Sans réponse.

Le danseur s'est immobilisé.

Il fait une nouvelle pirouette, retombe un genou en terre, le buste et la tête pieusement inclinés.

C'est à ce moment qu'elle entre en scène, parée de colliers de fleurs. Sur les pointes des cornes, des coques de rubans multicolores dont les longs pans flottent autour des oreilles.

Elle trottine, allègre, contourne le danseur, lui lèche les cheveux, hésite peut-être à les brouter, puis va et vient le long de la rampe, de cour à jardin, de jardin à cour. Ses pis et sa queue ballottent à contretemps.

Le chahut dans la salle se modère et s'apaise enfin, jusqu'à s'éteindre tout à fait. Les derniers irréductibles se faufilent en douce vers leurs places.

Elle, s'arrête à jardin. Contemple un instant la foule devant elle. Allonge le cou, meugle crescendo une gamme chromatique ascendante.

Le public applaudit à tout rompre.


 
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   socque   
27/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je dois dire qu'après un texte précédent que j'ai pu lire de vous (la balade avec le dragon, pardonnez-moi, j'ai toujours du mal à retenir les titres), celui-ci me déçoit beaucoup. Autant j'avais apprécié la fraîche opacité, le dépaysement de la promenade, comme un glaçon à la mangue qu'on suçote avec ravissement, autant celui-ci clame ses intentions avec une telle violence qu'il me rebute.
Déjà, je reconnais que j'ai souvent du mal avec les textes dont le sujet est l'art, l'acte créateur : en gros, les textes qui parlent des textes et de leurs auteurs, ou de l'art et des artistes.
Ici, l'artiste apparaît me semble-t-il comme un faiseur prêt à arnaquer le bourgeois gogo et snob. Bon, pourquoi pas, mais pour autant le sujet ne me passionne pas, et ce qui me déplaît profondément c'est ce que je perçois comme la méchanceté de ce texte, la condamnation générale à la fois de l'artiste et de son public. Tout le monde est très bête, moquons-nous d'eux. Ce faisant, je trouve que vous tombez dans le travers que vous voulez dénoncer.

Non, je n'aime pas les textes qui mettent en scène un mépris universel. Du point de vue de l'écriture, je la trouve expressive, ce qui est une belle qualité. Quel dommage, à mon avis, que vous l'employiez à cette débauche d'ironie bien trop facile et lourde à mon goût ! (Exemple criant pour moi : "heureusement il n'y a pas de chèvres dans la salle : elles auraient honte !")

   toc-art   
27/3/2012
bonjour,

j'ai bien aimé ce petit texte qui dénonce avec humour certains travers du monde du spectacle d'une part, mais aussi, et c'est ce que j'aime bien, l'attitude du public, parfois. Bien sûr, le trait, sous une apparente bonhommie, est féroce et incisif comme se doit de l'être un dessin satirique par exemple, et l'on se sent forcément un peu visé mais justement, c'est ce que j'aime, moi, on ne rit pas seulement des autres, on rit aussi de soi-même et je trouve ça salutaire.

Pour le reste, l'écriture se fait oublier, ce qui est ma foi plutôt bon signe.

   Perle-Hingaud   
28/3/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte échevelé, sur un air décousu, syncopé, au rythme des entrées en scène et des lazzi. J'ai bien aimé ce texte satirique, léger mais acidulé. L'imaginaire est toujours aux commandes, la fantaisie également. On n'a pas le temps de s'ennuyer, juste celui de comprendre que l'auteur se moque -gentiment- de nous.

   Nachtzug   
8/4/2012
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Le ton est sympathique mais bientôt il apparaît presque "automatique" et tourne sur du vide. Le sujet n'est pas assez finement exploité, je trouve; on a l'impression que l'auteur a trouvé un ton et s'y complaît.


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