Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie en prose
ANIMAL : Au théâtre de l’absence
 Publié le 01/07/20  -  16 commentaires  -  1378 caractères  -  190 lectures    Autres textes du même auteur

Quand l’amour devient trop.


Au théâtre de l’absence



D’ordinaire, on construit les prisons avec des pierres dures, des cailloux blessants et des gravats souillés, du ciment gris, des treillages de fer rouillés et laids, de la terre qu’on écrase et qui sèche et se fend sous le hachoir du temps.

Toi, tu m'enfermes en des murs bâtis de tes absences et chaque aube qui t'emporte arrache un peu de moi.
Mon souffle est suspendu à l’écho de tes pas, je me sens désœuvrée, fantôme abandonné arpentant les couloirs en l’attente du soir. Mon cœur qui bat sans joie me susurre à mi-voix les mots qu’on dit tout bas : je suis seule sans toi.

Pour conjurer le sort, j'élève des remparts autour de tes départs, des rires propres et frais, des velours, des dentelles, des frous-frous, des parfums et des murmures de soie. Mais tu ne les vois pas. Chaque jour, tu t’enfuis.

Aux heures du quotidien, j’use ma solitude et puis le soir s’en vient. Le ressac de la rue te dépose près de moi et le lustre complice illumine ton visage qui se penche sur moi et m’effleure d’un baiser, ranimant les émois de la fleur étiolée.

Demain, ne t’en va pas. Ma peau s’arrimera à l’ancre de tes bras, arceau qui unira au secret de l’alcôve mes lèvres au goût de rose, ton odeur de tabac et nos paupières closes, voile éphémère que l'on abaissera sur le théâtre de l'aurore, seuls, dans les coulisses de nos vies.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Pouet   
12/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

pas grand chose à dire concernant l'écriture et le rythme de ce poème en prose, très bien exécuté selon moi.

L'ensemble coule tout seul et se lit très agréablement.

Voilà, à part dire que j'ai aimé lire et que je pense que le texte mérite publication, je ne sais trop qu'ajouter.

Pouet

   Queribus   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Un très beau poème sur le thème de l'absence (provisoire), une situation que beaucoup doivent connaitre, le tout sous forme de versets fort bien écrits et de façon originale. De la poésie libre bien assurée (ce qui n'est pas évident). Le langage par ailleurs est simple et accessible à tout le monde avec de belles images poétiques.

Enfin , vous l'aurez compris, j'ai beaucoup apprécié. À très bientôt pour un écrit de ce calibre.

Bien à vous.

   Myo   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai lu l'exergue après avoir lu votre texte... et c'est la réflexion que je me suis faite à la fin de ma lecture, cet amour est trop...

Dans le 2e paragraphe, l'auteur accuse l'autre de son enfermement mais dans le 3e il élève à son tour d'autres remparts. Bien que ceux-ci semblent plus joyeux, ils n'en sont pas moins obstacle à tout épanouissement, à toute ouverture aux autres, à toute liberté.

Cet amour est passion, douleur. Celle qui attend souffre de l'absence mais imagine t'elle seulement combien parfois l'autre étouffe de devoir être "tout" pour elle et que c'est cette "obligation" qui le fait fuir.
Voilà pour ma vision du fond.

Pour la forme, des idées assez communes mais de belles images aussi, notamment ces remparts pour conjurer le sort, le ressac de la rue et cette métaphore du théâtre pour un huis-clos oppressant.

Merci du partage

En EL MYo

   Donaldo75   
19/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Eh bien, que voilà un poème en prose très réussi. La première phase amène l’analogie de manière remarquable – je veux dire que le lecteur ancre ce démarrage dans sa mémoire et il va lui imprimer la tonalité du poème pour ce qui suit – avec des images fortes, de l’évocation dans les mots et les adjectifs qualificatifs, bref tout ce qui donne à la poésie le pouvoir d’élever le propos. Ensuite, le poème donne toute la mesure du drame qui se joue, de la forme de renoncement que décrivent les vers. C’est fort, authentique, prenant.

Voilà une lecture dont je me souviendrai.

Bravo et merci pour le partage.

   Harvester   
1/7/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour,

Il est rare qu'un texte prenne vie lors de ma lecture. Ici c'est le cas.

Je pense que ce lamento de l'amante à l'amant a fait ressurgir en moi "La voix humaine" de Cocteau dans l'interprétation de Berthe Bovy.

Bien entendu dans le cas de cette pièce en un acte, il s'agit d'une conversation ou plutôt d'un monologue téléphonique où l'on sent un désespoir contenu mais sensible alors qu'ici nous sommes dans un autre registre mais cependant c'est une émotion du même ordre que je ressens.
Les femmes donnent tout d'elles-mêmes tandis que les hommes vont et viennent et ne sont que des passe-murailles dans la vie de leurs conquêtes. Une fois franchi le pont-levis et la place fermement investie ils repartent pour d'autres conquêtes. Pas nécessairement la conquête d'autres femmes mais la conquête du pouvoir, de l'amitié virile, de l'exploit individuel, enfin, ils partent.

L'image de l'enfermement et de la charge mentale du couple est très bien vu notamment lorsque la poétesse écrit :

"Toi, tu m'enfermes en des murs bâtis de tes absences et chaque aube qui t'emporte arrache un peu de moi."

Pour l'amant, la femme est le repos du guerrier, c'est le havre de paix où l'on jette armes et cuirasse au sol pour quelques heures avant de renaître en un corps nouveau, lavé de tout.
Les remparts érigés par la belle sont dérisoires, elle le sait, elle le ressent en elle, elle n'est pas dupe d'elle-même.

"Pour conjurer le sort, j'élève des remparts autour de tes départs, des rires propres et frais, des velours, des dentelles, des frous-frous, des parfums et des murmures de soie. Mais tu ne les vois pas. Chaque jour, tu t’enfuis."

Reste la supplique, "Demain, ne t'en va pas."

Ce n'est pas une injonction, c'est une hypothèse émise par le souffle puissant de celle qui aime, la guerrière dont la bouche est un carquois chargé de félicités.

"Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe." (Rimbaud)

Chaque homme est ce prince du Conte de Rimbaud qui ne conçoit la félicité qu'ultérieure et ne se satisfait jamais du présent qui lui est accordé. Les femmes sont dans le réel d'un quotidien qu'elles bâtissent avec tendresse et beaucoup d'humilité pour des hommes qui ne les comprennent guère.

Un poète a mis récemment ici-même en épigraphe Gainsbourg disant "L'amour physique est sans issue"

Je le crains fort.

Merci de ce partage. Vous écrivez vraiment bien.

   eskisse   
1/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Animal,

J'ai été sensible à ce poème sur la douleur, sensible aux énumérations qui disent l"intensité de cette douleur ou les astuces inventées pour lutter contre.
La troisième strophe est ma préférée :
Pour conjurer le sort, j'élève des remparts autour de tes départs, des rires propres et frais, des velours, des dentelles, des frous-frous, des parfums et des murmures de soie. Mais tu ne les vois pas. Chaque jour, tu t’enfuis.
J"aime moins la métaphore de la " fleur étiolée".
Mais le rythme se transforme en souffle, en expiration comme si le poète voulait par les mots, apaiser ou se libérer cette douleur qui l'emprisonne.
Merci

   Davide   
1/7/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour ANIMAL,

Ce poème en prose aborde le thème douloureux de la dépendance affective, une inquiétante maladie de l'amour (bien éloignée de celle que chantait un certain Henri Salvador !).

La narratrice vit sa vie par procuration, dans sa prison psychologique "mort-dorée", n'existant qu'à travers le regard aimant de son homme.

Sa complainte emprunte aux arabesques lyriques et à l'emphase sa douleur manifeste, mais sans doute un peu trop, dans le sillage d'un rythme ternaire (nombreux hexasyllabes...) poétique et lancinant. C'en est presque trop "précieux" pour être vrai...

"je suis seule sans toi."

Mais... n'est-ce pas évident ?

Pourtant, l'écriture passionnée, palpitante, fait gravement apparaître toutes les difficultés de cette femme éprise et emprise, enfer-mée dans sa profonde solitude comme dans un rêve d'amour insensé.

Ainsi, j'ai particulièrement aimé ce passage (en plus de la prégnance de la dernière strophe, où le désœuvrement amoureux touche à son paroxysme) :

"...chaque aube qui t'emporte arrache un peu de moi. Mon souffle est suspendu à l’écho de tes pas, je me sens désœuvrée, fantôme abandonné arpentant les couloirs en l’attente du soir."

   papipoete   
1/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour ANIMAL
Chaque matin quand tu pars, j'ai l'impression que c'est pour toujours ; sans toi la journée entière, j'ai l'impression d'être emprisonnée sans geôlier, à ne guetter que le bruit de ta clé dans la serrure.
Demain, je voudrais te retenir, avec mes bras, mes lèvres que tu aimais tant...
NB l'absence de l'autre qui vit encore mais aime-t-il ; la présence de celle qui attend mais ne vit plus... sans lui.
j'aime ce vers " le ressac de la rue te dépose près de moi... " et " la fleur étiolée ranimée d'un baiser... "
Une jolie prose pour conter de madame, des heures bien moroses.

   Angieblue   
1/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonsoir,

J'aime beaucoup le titre et le fait que la dernière phrase du poème reprenne cette métaphore du théâtre.

Il y a de belles images et de belles envolées lyriques.
Après, à mon goût, la soumission du narrateur est un peu trop excessive. Par exemple,
"Mon souffle est suspendu à l’écho de tes pas, je me sens désœuvrée, fantôme abandonné arpentant les couloirs en l’attente du soir"

"tu m'enfermes en des murs bâtis de tes absences".
C'est un prisonnier plus que consentant...

J'ai relevé quelques passages un peu trop banals, qui ne sont pas à la hauteur du reste d'un point de vue poétique.
" Mon cœur qui bat sans joie me susurre à mi-voix les mots qu’on dit tout bas : je suis seule sans toi."

Pas fan non plus de ce passage:
"Pour conjurer le sort, j'élève des remparts autour de tes départs, des rires propres et frais, des velours, des dentelles, des frous-frous, des parfums et des murmures de soie. Mais tu ne les vois pas. Chaque jour, tu t’enfuis."

J'aime juste les "murmures de soie".

J'ai préféré la fin avec "le ressac de la rue", "la fleur étiolée" qui se ranime, c'est plus original.

"arceau qui unira au secret de l’alcôve mes lèvres au goût de rose, ton odeur de tabac"
J'aime bien l'image de "l'arceau" pour qualifier les bras. Par contre, c'est peu commun que ce soit l'homme qui ait des lèvres au goût de rose...Enfin, on utilise plutôt cette image pour idéaliser la bien-aimée. Sinon ça ne me dérange pas l'odeur de cigarette chez la femme, ça fait réaliste, on redescend dans du concret.

Voilà, mon avis est plutôt mitigé car je ne suis pas trop fan de ce style où les sentiments sont trop exacerbés. C'est trop fleur bleue.

   Eclaircie   
2/7/2020
Bonjour Animal,

J'ai lu et relu cette prose en EL et n'ai pas su la commenter.

J'ai trouvé l'expression hautement poétique, mais c'est le fond qui m'a laissée interrogative.
En lisant au premier degré, cette narratrice souffre de l'absence journalière de son amour. De plus, pendant ces absences, elle est serait plutôt oisive ?
J'ai tenté de lire les indices d'une narratrice enfermée dans une 'folie" une "maladie", mais je n'ai pas trouvé.
J'ai tenté aussi de lire un amour "nocif", une dépendance affective néfaste, là non plus, pas vraiment d'indices.

Je n'évalue donc pas ou il me faudrait mettre deux notes : beaucoup pour la forme, pas pour le fond.

Merci du partage,
Éclaircie

Édit, en lisant les commentaires des autres, les indices sont dans le vocabulaire employé, sans doute, j'avoue ne pas avoir été, cependant convaincue.

   socque   
2/7/2020
Ma réaction spontanée à la lecture de votre texte : le féminisme a encore du pain sur la planche ! Je trouve affligeante cette narratrice qui se complaît dans le rôle de plante en pot ; mon avis sur votre texte en est forcément altéré, même si j'en reconnais les qualités d'écriture. Le style me paraît mièvre, mais c'est en parfaite adéquation avec le propos.

Me sentant incapable d'évaluer sereinement votre poésie en prose, je préfère m'abstenir.

   Cristale   
3/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Nous ne somme pas loin du "syndrome de Stockholm" dans cette prose où l'otage volontaire souffre plus qu'elle n'éprouve du plaisir dans cet amour passionnel.

Un texte vivant qui laisse entrevoir la scène où s'aiment et se déchirent les amants, mais la plus déchirée semble être l'actrice principale.
"des velours, des dentelles, des frous-frous, des parfums et des murmures de soie. Mais tu ne les vois pas. Chaque jour, tu t’enfuis."

Est-il rustre ou bien est-elle dépendante affectivement de lui ?
Peut-être est-il content le matin quand la porte se referme derrière lui, après tout, on ne sait rien de ce couple :)

Quelques rimes un peu en trop grand nombre ont gênée ma lecture au premier abord, je me suis demandé si cette édition n'avait pas été l'objet d'un premier écrit en vers, mais cela n'enlève rien à la joliesse de cette plume élégante.

Moi aussi j'aime bien les parfums, les frous-frous, les dentelles, le velours et la soie. Na ! Mais pas les machos !

Merci Animal pour ce joli moment de lecture.

Cristale

   Louis   
6/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce poème décrit les effets d’un amour-passion, d’un amour fusionnel.
C’est une femme sous l’emprise de cette passion, qui s’exprime.
Comment la passion est-elle vécue ?

L’absence de l’amant dresse des murs de vide, dit-elle, des murs de manque autour d’elle ; des cloisons immatérielles, qui ne sont faites ni de « pierres dures » ni de « cailloux blessants », non plus de «ciments gris », de « treillages de fer », de « terre » séchée, sur lesquels se heurte pourtant son désir de vivre, tout aussi durement que s’il s’agissait de murs dressés dans ces matières ; des murs de rien tout aussi solides que des murs de toutes choses matérielles.

Ces barrières constituent un enfermement, dans lequel elle perd sa liberté :
« Tu m’enfermes en des murs bâtis de tes absences ».
Elle passe ses journées à tourner en rond dans un enclos cerné de vide, quand son esprit, lui, se trouve dans un trop-plein. L’absence de l’amant est en même temps sa présence obsédante à l’esprit. Prisonnière d’une attente, elle éprouve la douloureuse impatience de son arrivée, le soir.
Son désir passionnel étant exclusif, rien n’a d’intérêt, rien ne trouve d’importance pour elle en dehors de cette attente fixée sur le retour de l’amant.
Rien ne peut être entrepris dans l’espace cerné de manque, espace-temps d’une attente : « Je me sens désœuvrée » avoue-t-elle.
Toute indépendance est perdue. Toute autonomie.

Le manque ne constitue pas seulement le mur d’un emprisonnement, mais ce dont l’amour se nourrit. Cet amour s’exalte d’une absence, s’attise, s’exacerbe dans le manque.

Cet amour-passion est, bien sûr, fusionnel :
« et chaque aube qui t’emporte arrache un peu de moi ».
L’absence brise l’unité du couple. Elle est séparation de soi avec soi. Comme dans tout amour fusionnel, on croit être soi-même, illusoirement, dans une unité à l’autre, on se croit aliéné par l’éloignement de l’autre, vidé d’une part de soi-même, en son absence : « fantôme abandonné arpentant les couloirs », ego mutilé, privé d’une part de son être essentiel, de sa « moitié ».
Les murs de l’emprisonnement ne sont pas seulement extérieurs, mais aussi intérieurs, comme une séparation entre soi et soi.
Murs de tout ce vide entre les amants, à la dimension d’un éloignement, qui empêchent le rapprochement, l’unité fusionnelle.

Une fermeture pour elle, une ouverture pour lui : une dissymétrie caractérise ce couple.
Le départ de l’amant est vécu comme une « fuite », sa solitude comme un « abandon ».
Elle cherche à substituer d’autres murs aux murs de l’absence, murs de séduction qui retiennent : murs de « rires propres et frais », murs en tissus : « velours, dentelles, frous-frous » ; murs et «murmures ». Murs d’une dépendance réciproque.
Elle ne vit le couple que par l’enfermement. Les murs seraient inévitables, et ne pourraient être que déplacés, soit ils se resserrent sur elle, soit autour du couple. Seule une enceinte pourrait véritablement donner naissance au couple.
Celui-ci serait donc sur le modèle de la fermeture, et non de l’ouverture.
Fermeture sur soi, fermeture aux autres.

La vie ouverte sur les autres ne serait qu’un grand « théâtre », un jeu de rôles où ne se jouerait pas l’essentiel :
« voile éphémère que l’on abaissera sur le théâtre de l’aurore, seuls, dans les coulisses de nos vies »
Le monde des autres : un théâtre ; la vie avec les autres : une scène où se jouent des rôles, des apparences, des personnages, mais dans les « coulisses » ne se « joue » pas l’union, elle se réalise.
Dans l’être, derrière le rideau des apparences, se rêve l’indéfectible union des amants.
L’amour serait l’essentiel de la vie, le reste qu’un jeu social sans importance.

La locutrice formule aussi un vœu, une prière, exprime un appel, qui vise l’accomplissement de l’amour passionnel vécu.
Un appel à tout lâcher, à tout sacrifier, pour elle : « Demain, ne t’en va pas »
Pour une prison d’amour, entre ses bras en « arceau ». Elle, partie d’un cercle, d’une enceinte, qui les enclot ; elle, part de cette perfection autosuffisante, de cette totalité sans faille qu’indique l’image et la figure du cercle.
Si elle s’adresse à son amant, elle parle surtout d’elle-même, de ce qu’elle éprouve, dans une plainte, et de ce qu’elle souhaite, et de ce qu’elle rêve. L’accent n’est jamais mis sur l’amant ( de lui, on ne sait que sa quotidienne absence dans la journée, sa présence en soirée et dans la nuit, et « son odeur de tabac » !). Ce qui, en lui, la séduit, n’est jamais évoqué, ni son sourire ni ses yeux, ni sa tendresse, ses manières délicates ou sa fougue, ni son humour ou son intelligence. Dans cette passion, comme sans doute dans tout amour passion, il y a une part de narcissisme.
Son amant lui manque, mais on ne sait ce qui, en lui, manque.
Elle ne dit pas ce qui en lui serait désirable.
Si bien que ce n’est pas le désirable qui est cause du désir et de l’amour ; si bien que l’on peut soupçonner que le désir en elle se désire lui-même ; que c’est l’amour qui est désiré. Elle aime aimer, sans savoir exactement ce qu’elle aime. Elle aime l’amour plus qu’elle n’aime son amant. Elle voudrait déplacer le mur de son narcissisme un peu plus loin, jusqu’à y enfermer l’être aimé.

Jamais n’est évoqué non plus ce qui le retient, chaque jour, éloigné d’elle.
Elle ne rêve pas de ce qui pourrait le libérer du monde extérieur, pour venir s’attacher à elle.
Son départ, et son retour quotidien sont considérés comme des phénomènes naturels, comme l’aller et le retour des vagues de la mer, comme le mouvement régulier d’une marée : « le ressac de la rue te dépose près de moi ».
Elle ne considère pas son rôle social, ou sa psychologie.

Il doit renoncer à tout pour elle, elle doit être le seul être qui existe pour lui, doit être le tout de son existence. Un appel à une passion aussi dévorante de part et d’autre.
Il doit combler son attente. Répondre à ses rêves. Sa présence la réjouit, son absence la fait souffrir, cela seul importe.


Ce modèle de l’amour-passion romantique, qui est amour fusion, est bien connu.
On a beaucoup écrit sur lui.
Il est beaucoup décrié aujourd’hui, à juste titre.
Le poème nous place sans doute dans les débuts d’un amour. L’amour-passion n’est pas l’amour qui dure. Cette attente, chaque jour ne pourra durer très longtemps, si rien ne change. La prière à l’amant est aussi un appel à ce qu’un changement se produise.
Il y a un tragique de la situation, et un paradoxe : l’amour-passion est un désir qui s’exalte de l’absence, il a besoin d’elle pour s’entretenir, il aspire à la présence de l’être aimé, et risque pourtant de se perdre de cette présence.
L’amour authentique, durable, est celui qui se réjouit d’une présence.
On a reproché au modèle de la fusion romantique la disparition de l’un des deux partenaires dans cette union, la subjectivité de l’un devant se réduire à celle de l’autre pour réaliser l’idéal fusionnel.
Or, d’un point de vue socio-historique, on a assigné aux femmes, on les a élevées en ce sens, le rôle de « disparaître », le rôle de se sacrifier pour leur homme. L’idéal de partage dans la passion ne s’avère qu’une illusion, le masque d’une situation inégalitaire. Le désir d’engloutir l’autre, de se l’approprier pour mieux le posséder, se cache aussi parfois sous le voile de l’idéal fusionnel.
On a donc cherché à valoriser un autre « art d’aimer », dans un modèle non plus fusionnel, mais « fissionnel », qui empêche l’aliénation de l’un dans l’autre, qui évite la soumission, la dépendance de l’un, en général plutôt l’une, dans l’autre, qui rompt avec le rapport séculaire d’inégalité entre homme et femme, qui s'appuie sur le modèle d'une ouverture plutôt que d'une fermeture.

Merci animal pour ce texte poétique qui incite à poursuivre la recherche d’un art authentique d’aimer.

   ANIMAL   
6/7/2020

   IsaD   
30/7/2020
Modéré : commentaire non argumenté.

   Bossman   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Pas
En général, j'ai du mal avec les scènes d'amour des vieux films. J'ai dû faire un véritable effort pour lire jusqu'au bout. Qu'attend-elle donc, cette femme tragique, pour briser ses mielleuses chaînes ?


Oniris Copyright © 2007-2020