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Poésie classique
Beaufond : Prélude
 Publié le 10/10/16  -  22 commentaires  -  1057 caractères  -  485 lectures    Autres textes du même auteur

Ouverture au recueil de poésie en cours d'écriture, "Les danses noires".


Prélude



Je ne sais plus pourquoi j'ai décidé de naître.
Tout n'était que néant, silence, obscurité
Et vide croupissant dans l'immobilité
Où rien ne s'exprimait au-delà de mon être.

Sans le moindre parfum, sans le moindre transport,
L'absence se figeait sur mon âme asservie…
Mais d'un coup ! j'ai troué des fenêtres de vie,
J'ai composé le temps, la lumière et la mort !

J'ai façonné le vent, le ciel et les prairies,
L'océan, les déserts, les monts et les forêts,
La nuit, la grâce, l'art, le souffle et les secrets,
— Et les danses sans fin des ténèbres fleuries !

Ces ténèbres en fleur qui dansent dans mes vers,
Qui parfument tout songe et parfument tout rêve,
Et qui dansent leur danse éternelle et sans trêve,
Je les accueille en moi pour leurs parfums amers.

Mais pourquoi ces chemins de flammes et de givre,
Si je n'y marche pas de mon être maudit ?
Je ne sais plus vraiment… mais un astre me dit :
Le poète ne peut se permettre de vivre.


 
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   Johannes   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce poème classique est très bien écrit.
Dès le début, c'est l'auteur qui façonne tout l'univers : le temps, la lumière, la mort, etc.
En fait, dès le commencement, il parle de sa création artistique qui compte plus pour lui que la vie réelle.
Les "ténèbres fleuries" me rappellent "Une rose dans les ténèbres" de Mallarmé. Réminiscence voulue ou inconsciente ? Je ne saurais dire, mais cela ne me gène nullement.
Le dernier vers : "le poète ne peut se permettre de vivre" me fait penser à une idée qui a souvent eu cours, en Allemagne en tout cas, selon laquelle l'artiste créateur est nécessairement en dehors de la vie.

   Donaldo75   
24/9/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Je suis mitigé sur ce poème.

Les (+):
* la forme, achevée, convient bien au propos;
* certains alexandrins claquent vraiment bien au niveau du rythme:
"J'ai façonné le vent, le ciel et les prairies,
L'océan, les déserts, les monts et les forêts,
La nuit, la grâce, l'art, le souffle et les secrets,"

Les (-):
* des répétitions (danse, par exemple). Le poème en est alourdi;
* des redondances, à l'instar de celle ci:
"Tout n'était que néant, silence, obscurité
Et vide croupissant dans l'immobilité"

Merci pour la lecture,

Donald

   Proseuse   
25/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J' ai bien aimé vous lire, pourtant, je vous perds dans les deux derniers quatrains qui pour moi, sont obscurs !
et puis cette chute ..
" le poète ne peut se permettre de vivre" ???
là, je suis perplexe !
ceci dit, même si il me reste des zones d' ombre, j' ai bien apprécié de vous lire
Merci

   Hananke   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Beaufond et content de vous revoir en écriture.

C'est un beau poème classique avec une belle réflexion
sur le fait de naître.

Quelques trucs sur la forme quand même :

Quatre fois le mot danses dans les quatrains 3 et 4, cela fait beaucoup.

Et le quatrain ultime également me pose problème, j'aurais aimé
une autre conclusion pour un thème original.

Pourquoi, mon Dieu, le poéte ne pourrait pas se permettre de vivre ?

Finalement, un bon texte mais qui pourrait être encore amélioré.

   Lulu   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Beaufond,

même remarque que d'autres concernant les répétitions. Je pense que vous pouvez les éviter sans problème.

En dehors de cela, j'ai trouvé votre poème très bien écrit.

Le premier vers semble un peu absurde à la première lecture, car décide-t-on de naître ? Mais on comprend rapidement qu'il s'agit d'une naissance singulière ; celle qui nous ouvre sur le champ de l'expression poétique.

J'ai trouvé cela intéressant à lire, et trouvé beaux certains passages, comme :
"J'ai façonné le vent, le ciel, les prairies,
L'océan, les déserts, les monts et les forêts,
La nuit, la grâce, l'art, le souffle et les secrets,
- Et les danses sans fin des ténèbres fleuries !"

Bonne continuation.

   leni   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
salut Beaufond
Content de te revoir
Ce joli poème est créé sur un beau crescendo
MAIS d'un coup!et en suite UN QUATRAIN

'ai façonné le vent, le ciel et les prairies,
L'océan, les déserts, les monts et les forêts,
La nuit, la grâce, l'art, le souffle et les secrets,
— Et les danses sans fin des ténèbres fleuries !
Il est superbement imagé sonore Relis à haute voix c'est une petite merveille
Et comme dans beaucoup de tes poèmes tu pars flirter en mélancolie avec comme un regret


Le poète ne peut se permettre de vivre.

merci pour ce poème ciselé avec talent
SALUT cordial à toi LENI

   Anonyme   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Beaufond

En vous lisant j’ai la certitude de na pas être poète car je me sens bien sur terre. J’ai l’impression d’entendre le vers de Baudelaire « Exilé sur le sol au milieu des huées ». Votre poème est plaisant, néanmoins un bémol qui a déjà été relevé, trop de répétitions.
Je pense aussi que je premier vers est incohérent, on ne choisit pas de naître.

EDIT : En vous relisant j’ai compris le premier vers, mais j’ai peine à croire de ne pas savoir la raison de l’écriture.
Cependant , certaines répétitions sont bien vues mais comme toujours en ce cas, on trébuche sur des redondances ( premier quatrain) et des pléonasmes.
J’adorerais ce vers : « Et qui dansent leur danse éternelle et sans trêve » sauf que «et sans trêve » n’est là que pour la rime, tout est dit avec éternelle et les ténèbres dansent déjà sans fin au dernier vers du quatrain précédent.

Malgré tout je revois ma note à la hausse car le troisième quatrain est superbe.

Cordialement.

   Anonyme   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Eh oui ! Le poète est maudit.
- J'étais si bien dans la non-existence (de poète), avant de connaître cette passion d'écrire.
Il a fallut que ma main se fasse plume et mon" sang d'encre".
J'ai décrit la nature et chaque sentiment, avec en toile de fond, la mort, toujours.
Mais ce temps où j'écris, je ne le passe à vivre.
Est-ce du temps perdu? -

Le terme parfum ou parfument, est excessivement répété.
Pour le reste, tout le reste : une splendeur.

   Annick   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une belle écriture et une vraie poésie émanent de ces vers.
Les répétitions créent une sorte de vertige et un rythme lancinant.

(Juste un détail : remplacer le verbe danser dans le quatrième quatrain, au premier vers par un autre verbe, "Ces ténèbres en fleur qui dansent dans mes vers," car on retrouve deux fois ce mot dans le troisième vers, même si le second est un substantif "Et qui dansent leur danse éternelle et sans trêve". Surtout qu'on a aussi ce mot dans le 3e quatrain, au quatrième vers : "— Et les danses sans fin des ténèbres fleuries" ! Même chose pour les mots "parfument" et "parfums") Mais garder les répétitions, juste les réduire, car elles portent le sens.

Le poète se fait ici créateur, sans doute grâce à son imagination :
"J'ai façonné le vent, le ciel et les prairies,
L'océan, les déserts, les monts et les forêts,
La nuit, la grâce, l'art, le souffle et les secrets,
— Et les danses sans fin des ténèbres fleuries !"

Il est mélancolique :
"Ces ténèbres en fleur qui dansent dans mes vers,
Qui parfument tout songe et parfument tout rêve,
Et qui dansent leur danse éternelle et sans trêve,
Je les accueille en moi pour leurs parfums amers."

On retrouve ici l'idée du poète maudit, peut-être parce création rime avec souffrance :
"Mais pourquoi ces chemins de flammes et de givre,
Si je n'y marche pas de mon être maudit ?
Je ne sais plus vraiment… mais un astre me dit :
Le poète ne peut se permettre de vivre."

Merci pour ce beau partage.

   CharlesMark   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Les rimes sont si douces et bien menées, anodines, non sans être fortes, qu'elles passent tout naturellement, sans presque qu'on y prête attention. j'ai beaucoup aimé. Sans être grand spécialiste de poésie je n'avais pas vu cette musique, qui côtoie de très près la prose, en la dépassant, depuis certains poèmes de victor Hugo

le thème m'a saisi aussi dès les premières vers, une nouvelle genèse, le poète démiurge, qu'à la base je croyais vraiment être Dieu en pleine introspection (ce que je trouvais amusant). Le changement d'atmosphère au milieu de l'oeuvre est bien réussi, même si peut être la chute aurait pu être un peu plus soignée, le dernier verset me laissant sur ma faim

   Cristale   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Beaufond,
"Les danses noires" titre du recueil de l'auteur sont ici bien présentes.
Je reprendrais quelques uns de vos mots, qui m'avaient touchée sur un autre sujet, mais de façon plus positive concernant votre écrit 'rien ne dépasse de ce poème à la forme bien tenue ... La description est vieille d'un monde vieux, et le poème imite en cela assez bien le sujet qu'il traite.' Le poète torturé entre le plaisir et la douleur, le beau et le laid, mais laissez-moi vous dire que... j'en aime bien 'tous les vers avec la même sincérité.'

Voici pour moi les moments les plus forts :
"...
— Et les danses sans fin des ténèbres fleuries !

Ces ténèbres en fleur qui dansent dans mes vers,
Qui parfument tout songe et parfument tout rêve,
Et qui dansent leur danse éternelle et sans trêve,
Je les accueille en moi pour leurs parfums amers."

Ces répétitions de "danse" (nom) danse (verbe) parfum (nom) parfume (verbe), que je sais voulues, pour cause d'usage personnel, s'enchaînant d'un vers à l'autre appuient joliment le propos et les images comme un leitmotiv enivrant : le mouvement de la danse des ténèbres en fleur, les parfums oniriques et amers de l'éther fleuri...

Le rythme est superbe ici, entre autres :
"Et qui dansent leur danse éternelle et sans trêve,"

Je ne suis pas experte, ni en écriture, ni en commentaire, je peux seulement dire à l'auteur que son texte aurait mérité un peu plus d'ampleur et de profondeur mais que la poésie est là comme dans d'autres de ses écrits, la lecture à voix haute révèle avec bonheur le rythme et l'harmonie de l'ensemble.
Un bien joli et émouvant "Prélude".

Quant au vers final, la pensée appartient à l'auteur, je la comprends et la respecte.

Cristale

   Anonyme   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Beaufond... Jolie plume classique pour nous offrir une suite de quatrains de belle facture avec, en ce qui me concerne, une préférence pour celui-ci :

J'ai façonné le vent, le ciel et les prairies,
L'océan, les déserts, les monts et les forêts,
La nuit, la grâce, l'art, le souffle et les secrets,
— Et les danses sans fin des ténèbres fleuries !

Les répétitions sont là pour appuyer le trait et je n'y vois pas de mal, bien au contraire.
Reste la chute, et surtout le vers ultime, qui me laisse un peu sceptique mais que je ne conteste pas car c'est votre choix !
Merci...

   MissNeko   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Voici un très beau poème, bien écrit que j ai beaucoup apprécié de lire.
Je trouve juste un peu dommage les répétitions de mots.

A vous relire

   Ora   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai aimé vous lire et découvrir l'accueil que vous faites aux ténèbres, intégrées au même titre que la lumière et le temps. Par contre je reste perplexe sur la chute, pourquoi le poète ne peut-il se permettre de vivre, lui qui est à l'origine de tout ce foisonnement de vie? J'ai du passer à côté de quelque chose!

   Pouet   
10/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bsr,

Le premier vers, comme une "conscience pré-natale", j'avoue bien aimé cette idée et avoir déjà divagué dessus. J'aime bien le dernier vers aussi.

Sinon, entre les deux, je suis un peu moins emballé. La métrique est sans doute impeccable mais l'émotion passe un peu côté de moi.

"Les ténèbres fleuries", bien apprécié aussi j'oubliais.

Mais l'ensemble m’apparaît un brin grandiloquent, le trait est trop forcé.(" J'ai composé le temps, la lumière et la mort !" par exemple) Peut-être est-ce voulu, je ne sais pas, je le suppose...

La troisième strophe malgré la tournure citée plus haut me fait trop l'effet d'une énumération un peu facile. Puis reprendre "ces ténèbres en fleur" au début de la strophe suivante ne me plaît pas non plus.

Et puis bon "l'être maudit" me semble dispensable.

Enfin, les répétitions sont un poil agaçantes.

Bref, tout cela n'est qu'un avis bien personnel qui ne remet pas en cause les qualités de versificateur de l'auteur.

   mina   
11/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah le poète maudit ! Pourquoi n peut-il se permettre de vivre!mon interprétation de ce dernier vers serait que le poète ne peut se permettre de simplement vivre, tant il est sensible à la vie ...
La forme est classique certes et je ne suis pas experte mais c' est le genre de poème que j' aurais aimé écrire... mis à part le dernier vers, il y a quelque chose de Baudelairien. À vous relire.

   Vincendix   
11/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’aime la poésie classique, surtout quand les vers sont fluides et harmonieux. C’est le cas pour ce texte à part la répétition de DANSE et de QUI entre les 12ème et 15ème vers, cela me dérange un peu. Je pense qu’il est possible d’en supprimer ?

Un sujet qui, sans être original a un sens profond, une vie qui débute timidement, avec des hésitations puis prend son envol et survole le monde, avec la certitude de l’avoir façonné. Ce n’est pas de la prétention, chacun le fabrique à son goût, c’est SON monde.
Pour ma part, si je vous suis dans les quatre premiers quatrains, je change de chemin pour le dernier, je veux continuer à croire que je suis immortel, poète ou non.

   luciole   
12/10/2016
Une vision très romantique du rapport entre le poète et la vie.
On se croirait dans le voyage d'hiver, on voit également se dresser la silhouette du voyageur contemplant les nuages, de Caspar Friedrich.
De beaux vers, notamment ceux du troisième quatrain.
Quel souffle !

   Anonyme   
13/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Haut niveau d'écriture.
Sens limpide :
La vie était terne avant que survienne cette passion.
Un nouveau souffle, de nouvelles envies, de magnifiques rêves.
Alors, les volutes, les images, sont ceux d'un monde imaginaire.

La vie, la vraie, le poète l'ignore, au chevet de son scriban.
Mais vivre par procuration de la plume, est-ce vraiment vivre ?

Passionnant.
Phil.

   Anonyme   
15/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Magique, cette vocation qui naît, qui est puis accapare, en laissant au final planer le doute, par l'amère question :
à quoi cette passion aura-t-elle servi ?

   jfmoods   
24/2/2017
Je l'ai écrit ailleurs : je suis fasciné par l'intertextualité. Or, il m'est difficile de ne pas établir de connivence entre ce poème et un sonnet de Mallarmé intitulé "Le pitre châtié" (vers 7, ici : "... j'ai troué des fenêtres de vie", vers 4, là-bas : "J'ai troué dans le mur de toile une fenêtre."). S'agit-il d'une ressemblance factuelle, impromptue, de hasard, entre deux textes poétiques ou bien la parenté est-elle plus profonde ? Les deux textes, en tout cas, semblent évoluer dans le même champ de réflexion... Mais revenons plutôt à celui-ci.

Le poème est constitué de cinq quatrains en alexandrins, à rimes embrassées, suffisantes ou riches, jouant l'alternance des embrassements (rimes féminines / masculines).

Il s'agit d'un prélude. Charge lui est donc conférée de présenter l'ensemble du projet poétique, d'un recueil intitulé, de manière assez significative, "Les danses noires". C'est de l'autre côté, du côté obscur, dans la nuit impénétrée de l'âme que les mots s'agencent, s'agglomèrent, se font musique, se muant en ballet fascinant, en parenthèse enchantée.

Le premier vers est un constat ("Je ne sais plus pourquoi j'ai décidé de naître"). Entame étonnante, déroutante, qui donne forcément envie de lire la suite. Car enfin : décide-t-on de naître ? Peut-on l'avoir décidé, à un moment donné ? Certes pas ! En tout cas, pas au sens propre du terme. C'est donc évidemment au sens figuré qu'il conviendra d'interpréter cette entame. Quelque chose, quelque chose qui passe par moi, dont je suis le truchement, le dépositaire, a imposé sa présence au monde. Les trois vers qui suivent, portés par le jeu antithétique des adverbes ("Tout" / "rien"), manifestent on ne peut plus clairement un manque premier, fondamental, à se réaliser (énumération de noms communs assortie d'un contre-rejet particulièrement significatif : "... néant, silence, obscurité / Et vide croupissant dans l'immobilité"), manque justifiant l'urgence absolue d'un bouleversement vital dans l'ordre commun des choses.

Les deux premiers vers de la seconde strophe, par la gradation hyperbolique ("Sans le moindre parfum, sans le moindre transport"), la personnification ("L'absence se figeait") et la métonymie ("mon âme asservie"), appuient encore, s'il en était besoin, sur l'enfermement obsédant de la perspective. La conjonction de coordination "Mais", comme venue de nulle part, déboule alors sans crier gare, avalisant un moment charnière de rupture (complément circonstanciel de manière : "d'un coup", violence de l'action entreprise : "j'ai troué"), ouvrant un sas salvateur sur l'ailleurs (métaphore : "des fenêtres de vie"). Deux verbes doués d'une inventivité souveraine sont convoqués ("J'ai composé", "J'ai façonné"). Ainsi passe-t-on de l'impuissance à être à la toute-puissance à concevoir (masse prodigieuse d'accumulations matérialisant la richesse du domaine intérieur : "le temps, la lumière et la mort", "le ciel et les prairies, L'océan, les déserts, les monts et les forêts, / La nuit, la grâce, l'art, le souffle et les secrets, / - Et les danses sans fin...", oxymores : "ténèbres fleuries", "ténèbres en fleur").

Au fil de la quatrième strophe, un jeu d'allitérations ("t", "d", "m") et d'assonances ("an", "a") épouse l'enchantement éprouvé face à la création, ex-nihilo, d'un univers intime. Les hyperboles ("tout rêve", "tout songe") signalent la portée irréductible du champ d'action dans l'espace, tandis que l'adjectif qualificatif ("éternelle") et le complément circonstanciel de manière ("sans trêve") attestent de sa pérennité dans le temps. Par la magie des mots, le dénuement le plus total, le plus abyssal, à fait place au comblement, à la plénitude absolue. Cependant, cette quatrième strophe s'achève sur une note un peu moins exaltée. En effet, le groupe nominal "leurs parfums amers" laisse planer le spectre d'une insatisfaction.

La cinquième strophe s'interroge, justement, sur cette insatisfaction, sur l'inconciliable entre le domaine de l'écriture poétique (métaphore : "ces chemins de flammes et de givre", métonymie soulignant la dichotomie de l'individu : "mon être maudit") et le prosaïsme de la vie vécue. Écrire, c'est toujours, à un moment donné, retomber, se coltiner le réel, oublier les mots, se fermer à la richesse d'un monde intérieur sombre, mystérieux, addictif. Est-ce ainsi qu'il faut comprendre la modalisation du dernier vers ("Le poète ne peut se permettre de vivre.") ? La vie nous arrache-t-elle, forcément, des lambeaux de ce qui gît en nous, toutes ces pages non écrites qui ne demanderaient qu'à naître ? Dans quelle mesure, quelle proportion, doit-on renoncer à une part substantielle de la vie vécue, traversée par l'échange, pour se sentir véritablement entrer en écriture ? Telle semble bien être la problématique qui traverse, hante, obsède cette dernière strophe.

Merci pour ce partage !

   Anonyme   
22/10/2016
Voilà un poème d'une belle fluidité dont le charme agit vers après vers.
Les répétitions ne me gênent en rien car elles s'inscrivent pleinement dans la continuité logique du texte.
Bravo et merci !


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