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Poésie classique
Bellini : Roulé dans l’herbe
 Publié le 15/09/20  -  24 commentaires  -  800 caractères  -  809 lectures    Autres textes du même auteur


Roulé dans l’herbe



J’ai vu des mariés planer sur un parvis,
Bombardés de riz brun par des catéchumènes
Vêtus d’un sac de jute et fiers, même ravis,
D’être enfin les tambours des galères humaines.

J’ai vu trinquer en l’air des verres bien servis,
Des grappes se répandre en bulles parfumées
Sous la croix que gardait un couple de nervis,
Déridés par le sniff de languides fumées.

Un gnome sybarite avec son balai bleu,
Son caravansérail de danses baladoires
Où Satan louvoyait parmi la queuleuleu,
Un planning à la main de bals expiatoires.

Dans une chambre froide, au milieu des valseurs,
J’ai vu de faux amants cuver dans leur haleine
Cette liqueur amère et triste des noceurs,
Un désir frelaté sous un grimage obscène.


 
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   Cristale   
31/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Que voici que voilà un bien joli langage !

J’aime quand les mots oubliés surgissent des dictionnaires comme ici, dans un discours moderne, surgissent des images délirantes semblant tout droit sorties de quelques cauchemars ou rêves fantasques.

Religion, drogue, politique, sexe, semblent se confondre en un seul tableau : un excellent quadriptyque où la qualité de la versification fait honneur aux règles qui la régissent.

Bravo à l’auteur(e) !
Cristale
en E.L.

   Angieblue   
3/9/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'adore! c'est démentiel, sarcastique et hallucinatoire.
Un sacré trip de poésie incisive et surréaliste!
Bravo aussi pour la recherche au niveau du vocabulaire qui est tout aussi dément et ensorcelant que le reste.
Et tout cela avec une maîtrise parfaite de la prosodie classique!

Mes passages préférés sont:

"D’être enfin les tambours des galères humaines."

"Un gnome sybarite avec son balai bleu"

"Déridés par le sniff de languides fumées."

"Un désir frelaté sous un grimage obscène"

Cela dénote aussi une vison bien sombre et désenchantée de l'humanité, et plus particulièrement dans la dernière strophe ainsi qu'au niveau du double sens contenu dans le titre.

Le style provocateur et surréaliste m'a également fait penser à des textes d'Hubert Félix Thiefaine.

En tout cas bravo! J'adore votre style!

   Miguel   
7/9/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Tout cela est bien loin de ma structure mentale et n'a guère de sens pour moi. Je ne comprends pas le vers 4 ; au reste, ce ne sont pas des catéchumènes qui jettent le riz. Je ne vois pas le rapport entre l'image de la croix et le sens des mots nervis ou snif, je ne suis pas sûr que cette orthographe de queuleuleu soit admise, les autres strophes me semblent bien enfumées et le texte se termine comme il a commencé, on n'y voit ni progression ni achèvement. Ce classique-là n'est pas le mien. Je souhaite à ce poème des lecteurs plus réceptifs.

Miguel, en EL

   socque   
8/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Intéressant, je trouve, ce contraste entre le vocabulaire décalé (les mariés qui planent, queue-leu-leu, gnome sybarite, même cet insolite riz brun jeté au mariage), les rimes soignées voire recherchées (bleu/queue-leu-leu, un vieux fantasme pour moi, jamais réussi à la caser), et l'impression générale de sordide qui ressort. Entre les catéchumènes vêtus d'un sac de jute, les nervis, les danses expiatoires, le sniff, j'ai pensé à une secte dont le gourou, gnome sybarite, se goberge, abrutit ses victimes en les droguant, est protégé par sa garde de fidèles nervis. Beau dernier vers, à mon avis.

J'ai apprécié l'énergie de ce poème qui rend vivante, angoissante, une histoire d'abus de pouvoir.

   Donaldo75   
8/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’ai beaucoup aimé ce poème. Dès le début, le lecteur sent le travail – pas dans le sens laborieux du terme, du genre passer des heures à trouver la bonne idée – et l’inspiration du poète déclinée dans des vers au champ lexical fouillé presque à l’extrême. Et ces vers ont du rythme, du souffle, de l’allure et donnent une seconde jeunesse à la poésie classique. Le lecteur peut sentir la jouissance du poète à l’écriture de son opus, l’envie de s’amuser tout en composant un ensemble avec sérieux. Réussir à le communiquer à la lecture, ça s’appelle de l’impact.

Bravo !

   Cat   
15/9/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Waouh ! Je n'ai que de la plume leste et de qualité à me mettre sous les yeux aujourd'hui sur Oniris. Un pur bonheur !

Quelle maîtrise dans ce poème ! Je suis littéralement ''roulée dans l'herbe'' (comme d'autres dans la farine ;) et bouleversée par la syntaxe et le rythme imprimé à cette folle débandade d'orgie infâme.

Je n'ai certainement pas tout compris au propos, mais l'ambiance dans laquelle il baigne dégage du sulfureux, du pas trop net (à ne pas confondre avec le pâtre grec ;), ''liqueur amère et triste des noceurs, un désir frelaté sous un grimage obscène.''...

Il y a assurément un truc qui envoie du lourd, dans le style et dans la rime. Mais je n'ai pas, pour en parler, votre sens du décorticage, comme celui que vous affichez régulièrement dans vos commentaire. Ces commentaires qui font prendre du grade au site Oniris.

J'adore !

Merci Bellini
à vous relire, en poèmes, ou ailleurs.

   Corto   
15/9/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Je vois ici un embrouillamini à tendance hallucinatoire qui tarde à trouver son chemin.
Jouer avec les mots est une occupation comme une autre. Encore faut-il réussir à en faire partager l'enthousiasme.
Je rencontre ici: "catéchumènes" utilisé dans un sens ressemblant à un contresens.
. des "nervis" gardant la croix, valable pour la provocation.
. "Un gnome sybarite", OK çà peut s'imaginer.
. "Satan louvoyait parmi la queuleuleu", c'est celui que je visualise le mieux.
. J'aime assez la "liqueur amère et triste des noceurs".

Le tableau est-il au total convaincant ? Je n'en suis pas certain mais ce n'est pas ce qui compte apparemment.

La démarche ne m'a pas vraiment enthousiasmé.
Reste le jeu; oui pourquoi pas ?

   Malitorne   
15/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Roulé dans l’herbe… faut-il y voir une allusion à des fumées illicites ? C’est bien probable tant le poème ressemble à un délire du narrateur. Son « j’ai vu » sonne comme le leitmotiv d’une personne en proie à des hallucinations successives, toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres.
Un délire d’ailleurs pas très cool, les images sont plutôt sombres, inquiétantes, plane au-dessus de la mêlée l’ombre du diable. J’ai envie d’y voir quelque part une satire du mariage mais rien n’est moins sûr. À vrai dire l’explication on s’en fout, reste un texte bien tourné, dynamique, avec une petite critique tout de même. Les deux derniers vers manquent de liant, à voix haute ça accroche.

   Provencao   
15/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
" Un gnome sybarite avec son balai bleu,
Son caravansérail de danses baladoires
Où Satan louvoyait parmi la queuleuleu,
Un planning à la main de bals expiatoires."

Très très admirative de votre écrit, qui pourrait être catalogué de décortiqué ou compliqué ....

J'ai beaucoup aimé ce tour de passe-passe avec cette relation offerte entre vos mots choisis et les images presque fantastiques.

Des vérités livrées, crues, sans artifices, presque pharamineuses.

Bravo!
Au plaisir de vous lire
Cordialement

   sympa   
18/9/2020
Modéré par moi-même.

   Myo   
15/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Bellini,

La forme est un régal, un vocabulaire riche, une prosodie sans faille, un rythme régulier qui nous emporte sans difficulté.

Des contrastes percutants, entre la face visible mais hypocrite de la fête et l'envers du décor obscur où chacun se laisser guider par ses primitifs instincts ou par l'emprise du paraître et d'une doctrine écrasant tout libre arbitre.

Le 2e quatrain me plait tout particulièrement ainsi que les 2 derniers vers.

Mais au delà de la forme, le fond signe un profond désenchantement face à la nature humaine.
Une vision terriblement pessimiste presque satanique.
Le prisme par lequel passe le regard du narrateur est bien triste ... et bien éloigné du mien ... Mais il faut oser changer de lunettes quelquefois.

Merci du partage

   papipoete   
16/9/2020
 a aimé ce texte 
Pas
bonsoir Bellini
Une noce qui démarre à l'église, avec tout le tra-lala de la cérémonie traditionnelle, dont ce riz lancé à la volée sur les mariés.
Pas vraiment une union célébrée par un prêtre ouvrier, plutôt par un suppôt de Mr Lefèvre, dans sa soutane noire, noire comme le péché qu'il faut conjurer ! Et malgré le chic des invités, les bulles aidant, ça va partir dans tous les sens, jusque dans la chambre froide où l'on s'adonnera à toutes sortes d'obscénités...
NB tout est, et peut arriver même chez les " bonnes " gens, et l'on se frotte les yeux pour s'assurer qu'on ne rêve pas ! Sodome et Gomore au bal du Diable...
Pour le commun des mortels ( comme moi ), mais pas " oie blanche " non plus, une telle scène me choquerait, ( je foutrais le camp ! ), quand sous d'autres latitudes...du côté d'Ibiza par exemple, ce serait sans doute du plus fun qui soit...
Pendant qu'on est dans la " dentelle ", j'entends encore un copain d'avant me dire ( alors qu'il se mariait ce jour-là ) tu sais la fille " machin ", je l'ai sautée juste avant de venir... dans la dentelle je vous dis !
En fait, le narrateur ne semble guère apprécier le " religieux ", en a le droit ! mais moult mariages auxquels je participai avec le Christ en guest star, ne ressemblèrent à cette séance pour le moins scabreuse !
Techniquement, le vocabulaire " savant " nuit à la compréhension du texte... oh, certes on arrive à comprendre en s'appuyant sur la phrase !
les alexandrins dans leur habit noir de cérémonie, se tiennent parfaitement au garde à vous, ne pêchent pas.

   Mokhtar   
16/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
HORREUR ! MALHEUR ! C’est la salsa du démon.

Et vivent les belles noces…

Quelques herbes désinhibitrices peut-être, ou bien quelques alcools, et nous voici dans le déjanté.

Le narrateur envoie sa boule iconoclaste dans le jeu de quilles des valeurs et traditions humaines. On le sent plus rigolard que vindicatif, mais le coup de torchon qui vise l’église et la religion (en premier lieu) puis le mariage, la conjugalité, les faux sentiments etc… est férocement acerbe. J’y vois une dénonciation de mœurs et coutumes vidés de leur sens profond, notamment spirituel, réduits à des rites mécaniques qui illusionnent et trichent.

Le happening est truculent. Le narrateur se repaît dans son réquisitoire agressif en forme de maelstrom tourbillonnant.

N’oublions pas toutefois qu’il s’agit de poésie, genre qui se prête à l’exacerbation lyrique des thèmes.

Le propos est servi par une écriture haute en couleur (terme pour éviter couillue), allant chercher des éléments de langage pertinents à apport culturel. La prosodie est sans faille, de haut niveau, avec un travail sur les rimes remarquables (même si bleuir le balai…).

Trois petites remarques cependant :
- J’aurais bien vu une « , » au lieu d’un « . » après fumées, pour que la troisième strophe soit moins orpheline de verbe en se rattachant au « j’ai vu » du cinquième vers.
- « main de bal » nécessite une relecture pour comprendre que c’est le planning qui concerne les bals.
- Satan n’est-il pas plutôt pourvoyeur de danses baladoires qu’organisateur de bals expiatoires ? Mais nous ne fréquentons peut-être pas les mêmes purgatoires.

Ces petites remarques n’étant faites que pour le plaisir de tester la sensibilité de l’épiderme de l’auteur.

Et n’entamant pas la haute valeur de ce texte que j’ai eu beaucoup de plaisir à trouver ici.

Une petite réflexion quand même. De nos jours, les catéchumènes qui détiennent les tambours sont-ils ceux qui portent la robe de bure ? Et nos danses baladoires modernes n’ont elle pas trouvé chez les apôtres de la bien-pensance médiatisée et digitalisée des successeurs en robe de probité. Statistiquement, c’est là, à mon humble avis, qu’il y a le plus à faire en matière de sarcasmes. La calotte se meurt et n’est-il pas anachronique de tirer sur l’ambulance ?

En tout cas ce texte est vraiment jouissif. Sacré B…el quand même !

   Vincente   
16/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Eh bien le poète dans son élégante livrée est venu avouer ici une bien contrevenante expression. J'ai trouvé que ce paradoxe entre un phrasé savamment dosé et un ton enjouée mais dégradant ce qui représente pourtant la scène clé d'une vie, une sorte d'apogée et de vraie commencement de la vie d'adulte, est audacieuse, joliment dissidente, décalée et tout à fait décadente…

J'ai entendu le Champagne de Higelin me revenir en arrière-plan, décor en musique plein d'incongrues convocations dans ce moment réputé formidable… La comparaison n'a dégradé ni la teneur, ni la tenu de ce texte déchanteur ; là il manquait seulement la flamboyance de la musique de Higelin, parce que pour le reste le voyage se passe à la même hauteur ; d'autres parlerons de bassesses… mais pas moi ! Car je trouve cette remise en cause de la cérémonie qui, durant de nombreux siècles, a répandu/répondu à de cyniques arrangements dans bien des cas mérite d'être secouée et débarrassée de ses scories coutumières. N'est-ce pas une des manières de ré-envisager le mariage que de dénoncer ce qui en gâche la noblesse et le plaisir ?
Voilà un coup de pied dans la pièce montée qui ne manque pas d'audace et de crudité, de cruauté aussi envers ceux qui y ont cru…

La narration surnage alertement dans les vapeurs pâmées des invités, et dans l'encens des ordonnateurs appliqués, le rite y va de son bon gré, jusqu'à celles alcoolisées des "faux-amants", ces nouveaux mariés qui se donnent en spectacle, moment assez affligeant il faut bien le dire quand l'exténuation de fin soirée vient entacher la belle promesse de la nuit de noce qui attend dans son boudoir le bouquet final de la formidable journée…
Oui, c'est vrai, vu comme cela un mariage, ça pourrait donner la nausée… bon ça c'est quand on s'est tant fondu dans la belle histoire du jour de fête qu'on en finit tout retourné et que la gueule de bois boit tout son saoul encore le lendemain. Car d'autres mariages sont discrets ou pas, mais beaux et tout à fait charmants ; est-ce des exceptions ? Point de statistiques ici, on est en poésie et j'ai beaucoup aimé celle-ci. Sorte de coup de pied talentueux dans une fourmilière qui, elle, aurait intérêt à éviter ses débordements. Le poète, lui, a le droit de débordé, à bon escient…

Les petites touches à fleuret non moucheté que j'ai préférées :
"des mariés planer sur un parvis /… / Vêtus d'un sac de jute et fiers…"

"Un gnome sybarite avec son balai bleu,", où j'ai vu une sorte de diacre balancer son encensoir de fumée bleue.

"Où Satan louvoyait parmi la queuleuleu", excellente celle-là, imaginons la queue de Satan qui serpente entre les gens qui semblent à touche-touche, les caressant de son obscénité immiscée… il manque le son je vous dis !

PS : J'allais oublié le titre incongru et ambivalent, je ne m'y étais pas attardé, mais il a ses deux mots à dire puisqu'ils semblent signifier que si dans l'herbe l'on peut se rouler, on peut aussi enrouler ses perceptions dans certains pouvoirs hallucinogènes dont les deux "faux-amants" ont pu se charger en plus des autres adjuvants alcoolisés...

   archibald   
16/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je n'ai pas bien compris syntaxiquement le troisième quatrain qui est un long groupe nominal (« louvoyait » fait partie d'une subordonnée relative). S'il s'agit de prolonger la liste de compléments d'objet de « j'ai vu », il faudrait peut-être une virgule à la fin du deuxième quatrain, non ? Mais c'est un détail.
Quand le respect du classique côtoie la modernité du style, quand la préciosité du vocabulaire se met au service du prosaïsme des thèmes abordés, j'adhère. Il y a un certain maniérisme, je trouve, mais de la technique et du talent à n'en pas douter. Je reçois cela comme un poème assez visuel avec des images d'un grotesque quasi fellinien.
Ce texte, ainsi que les nombreux commentaires proposés par ce nouvel auteur n'est pas sans me rappeler un onirien a succès qui s'est effacé puis a réapparu à maintes reprises sous divers pseudos. Je ne sais si l'on voit à qui je pense. Si lui et Bellini ne sont pas la même personne c'est dommage, ils étaient faits pour s'entendre.

   dream   
16/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bellini, bonjour

Rien qu’avec le titre « Roulé dans l’herbe », on sait d'avance qu’on va avoir droit à quelque chose de très spécial.

Dans ce capharnaüm festif extrême et à l’hystérie récurrente, l’atmosphère électrique de cette noce, alcool et hallucinogènes aidant, les pires excès alternent avec les moments de liesse.
Mais surtout, par ce chaos frénétique et rageur d’une folle journée, l’auteur passe au karcher la religion et son institution du mariage en même temps que toutes les hypocrisies qui s’y rattachent.

C’est tout un télescopage d’ostentation frimeuse de faux-semblants, de coups tordus, du pouvoir fallacieux de l’alcool, de la drogue, du sexe et de la religion, dans lequel on erre misérablement parmi les tartuffes de ce monde.

« De toutes les choses de ce monde, le mariage est certainement la plus bouffonne ». Beaumarchais

Aussi, en dépit de ses apparences acides et surréalistes, je trouve que c’est un écrit très simple, tant par son style amphigourique parfois que dans ses propos caustiques, cruels et tragiques. Dans ce tourbillon d’images l’auteur, déchaîné, ne prétend pas donner de leçons, ni même détenir la vérité absolue, il choisit juste de montrer d’une façon moqueuse et décalée, avec l’humour qu’on lui connaît le tableau effrayant d’un monde pour lequel on aimerait bien ne pas croire à sa réalité.

Foutraque mais plaisant… Bravo à l’auteur !
dream

   Arsinor   
17/9/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai vu une sacrée comédie de mœurs et un mariage aussi faux que *L'Enterrement* de Paul Verlaine. La versification est très belle, recherchée. Eh oui, le mariage est une institution frelatée dans une société qui le dénigre au lieu de l'attendre. C'était sûrement une belle fête aux temps des paysans, du moins, j'aime à le croire. Que dire de plus puisque votre poème est si exhaustif ? Peut-être vous rappeler Pascal : le Je est haïssable. Était-il bien nécessaire de faire apparaître la figure du poète qui de toute façon est là pour décrire ? En tout cas, vous gagnez mon premier "passionnément" en poésie.

EDIT : j'oubliais le titre : oui, ils ont fumé de l'herbe et puisque j'ai lu le commentaire d'Angieblue, pour reprendre son mot, le tout est hallucinatoire.

   Louis   
17/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le poème présente une vision fantasmée : « J’ai vu ».

Il ne s’agit pas du témoignage d’une scène perçue, mais de la représentation d’une image métaphorique qui rend compte pourtant d’une réalité non immédiatement perçue.

Le poème projette la scène devant nos yeux de lecteurs, mais ne l’éclaire pas dans une vue d’ensemble. La lumière se focalise sur certains détails signifiants : les mariés sur un parvis, en l’air des verres bien servis, un gnome sybarite, de faux amants, et la lumière passe de l’un à l’autre, laisse le reste dans l’ombre. La scène est peinte, en quelque sorte, à la manière du génial Le Caravage dans ses dernières œuvres, en un clair-obscur où quelques traits saillants de lumière suffisent à rendre les personnages et la scène, sur un arrière-plan, non pas absent, mais noir.

Une poésie donc caravagesque, toute en lumière et noirceur, et qui recoupe le lumineux apollinien et l’obscur dionysiaque des conceptions nietzschéennes dont le texte semble fortement imprégné.

Lumière est donnée en premier à ce qui s’élève : le survol des « mariés » qui ‘’planent’’ « sur un parvis ». Ils s’élèvent au-dessus d’une foule laissée dans l’ombre. Ils planent, ils rêvent.
S’élèvent, resplendissants. On imagine la mariée toute en blanc, une joie lumineuse sur le visage. On imagine un amour, force affirmative de la vie, une valeur supérieure.
Mais le mariage va se révéler un mirage. Un vol au-dessus d’un nid de coucou.
Et très vite, ce qui s’élève est rattrapé, rabaissé, roulé à terre, roulé dans l’herbe.
La focale se déplace légèrement, dessous le couple planant, vers « les catéchumènes ». Ces enfants ironiquement de ‘’cœur’’, ne sont que « tambours » ; en eux résonnent toutes les galères, leur peau tendue se fait l’écho de toutes les bassesses, de tous les malheurs du monde.
Le couple est « bombardé », le terme est violent, qui dénote une animosité de l’acte sous son apparence festive et anodine ; assailli de grains de riz, non pas d’un blanc innocent, mais brun, le couple se prend en pleine figure, non pas les grains symboliques d’un bon augure, mais au contraire les signes de malheurs à venir. Qu’ils retombent donc sur terre, ces rêveurs, dans la vallée commune des larmes !
Le catéchumène est l’homme du ressentiment, au sens nietzschéen du terme. Son accoutrement, fait d’un « sac de jute », indique sa propension pour une vie austère, ascétique. Futur Savonarole, il est un contempteur de la vie, celui qui dit non à l’existence ici-bas, au nom d’une ‘’vraie vie’’ ailleurs, dans un au-delà, dans un « arrière-monde » halluciné, comme dirait Nietzche.
Et Nietzche dirait encore que derrière l’apparence du bel et heureux mariage, derrière l’aspect céleste et solaire du couple planant se cache quelque chose de plus inquiétant, derrière l’apollinien, se tient le dionysiaque.
Il n’est pas loin le dionysiaque, il fait son apparition dans le deuxième quatrain.

Passant de l’apollinien au dionysiaque, on passe du rêve à l’ivresse.
La fête bacchique bat son plein, dans les verres, qu’on élève aussi au-dessus de la foule au quotidien sobre ; on « trinque » dans les vœux de bonheur et de longue et belle vie.
Mais les « grappes » des raisins fermentés de Bacchus tombent elles aussi. Elles aussi sont répandues à terre, « écrasées sous la croix » et ses serviteurs violents, « les nervis ».
L’ivresse dionysiaque et son exaltation, son délire, son exubérance, l’ivresse, force vitale chaotique, est écrasée, non par le rêve apollinien, mais par l’effet de « languides fumées » stupéfiantes, narcotiques, celles de la sobriété, de la torpeur et de l’engourdissement, de l’hébétude et de l’abattement, engendrées par les illusions religieuses, l’opium du peuple chrétien surtout.

Ainsi la vie est rabaissée, « écrasée », dévaluée, niée dans ses rêves comme dans ses ivresses, par une morale exprimant une faible volonté de vivre, qui ne trouve que les « languides » vapeurs des croyances en un au-delà, dernières vapeurs d’un monde évaporé, pour perpétuer une vie a minima, juste le temps de gagner son salut sur cette terre, juste de quoi gagner son éternité dans l’au-delà.
Le troisième quatrain est encore la vision du dionysiaque au sein des bacchanales de la noce.
Dionysos, lié à la démesure, donc au difforme, semble prendre la figure du « gnome sybarite », gnome lubrique, homme de l’hybris, de l’excès de vie, qui se trouve métamorphosé en « Satan », rabaissé lui aussi au satanique, au monstrueux, effet encore des vapeurs toxiques chrétiennes sur les esprits, Satan non pas l’adversaire du christianisme, comme on pourrait croire, mais son suppôt, lui qui porte à la main « le planning (…) des bals expiatoires ».

Le dernier quatrain semble être la vision crue d’une réalité, non plus la belle lumière apollinienne, celle du couple marié aimant et rêvant, non plus l’exubérante ivresse dionysiaque des noceurs, leurs éclats de vie et leur sexualité débridée, mais celle du « désir frelaté », d’amants qui ne le sont pas, d’amour véritable absent, de rapports humains faussés.
Derrière la belle apparence, et sous l’ivresse, quand il ne reste plus à « cuver » que « la liqueur amère et triste des noceurs », se dévoile que tout est faux-semblant, que tout est voile, et qu’une réalité bien triste et douloureuse se cache sous les masques et les « grimages obscènes », tout à fait ob-scènes, d’un monde carnavalesque.

Dionysos est aussi le dieu des masques. N’est-ce pas lui qui triomphe alors pour finir ? N’est-ce pas lui qui règne seul, sans Apollon, sans son double inversé ?

Le texte est fait de « visions », et ce qui est vu, ce sont des visions, des rêves, des mirages, des délires, des hallucinations. Ce qui est vu, ce sont des apparences sous la domination d’Apollon, de Dionysos, ou des vapeurs chrétiennes. Ce qui est vu, ce sont les illusions communes. Ce qui est vu, ce sont des voiles, des masques, des grimages qui cachent et empêchent de voir. Ce qui est vu, ce sont des masques qui dissimulent et révèlent en même temps.
Dans le jeu du clair-obscur, le texte en vient à noircir ce qui était clarté illusoire, et illuminer ce qui demeurait dans le noir.
Ce qui est vu par le locuteur est encore partagé dans le texte avec les lecteurs voyants, pour dissiper l’illusion.
C’est une vision fantasmée pourtant, que cette vision, une illusion aussi, mais une illusion tragique qui se sait illusion, à la fois joie de l’apparence et savoir de l’apparence qui se donne dans le poème, comme œuvre d’art.

Par sa forme, le poème se place sous l’apollinien, tout en mesure harmonique, dans le pur respect d’un ordre prosodique, laissant peu de place au dionysiaque, ( et l’on sait que pour Nietzsche, l’apollinien et le dionysiaque sont devenus deux forces créatrices de toute œuvre d’art), mais quant au fond du poème, le dionysiaque semble l’emporter, dans une indépendance, à nu, dégagé de la part apollinienne, comme semblerait l’attester le dernier quatrain.

Le poème délivre donc une vision tragique de la vie, mais teintée de pessimisme, de ce pessimisme que Nietzsche avait reproché à Schopenhauer, philosophe qu’il avait commencé par admirer, l’inoubliable auteur de cette affirmation, la plus pessimiste qui soit : « La vie oscille comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui ».

Merci Bellini pour ce poème de qualité.

   Yannblev   
17/9/2020
bonjour Bellini

Roulé dans l’herbe … Ou dans de l’herbe roulée ? c’est juste que là-dedans on voit pas mal de choses mais personnellement je n’ai pas réussi à trouver le joint qui me dirait le sens profond de ce qui reste un réquisitoire un tantinet foutraque où l’anticlérical radical et le non-conformiste patenté pourront ensemble bouffer du curé assis sur les dogmes.

Au demeurant la forme est soignée et rigoureuse, le vocabulaire n’est pas choisi à la légère. Ce n’est donc pas vraiment un cri jeté comme on pourrait le croire à la première lecture mais une diatribe parfaitement méditée par l’auteur qui s’est fait plaisir dans ce déboulonnage patiemment et laborieusement rédigé. Personnellement je pense que finalement ça nuit peut-être plus à l’idée que ça ne la sert… j’imagine ce qu’aurait pu donner une même diatribe jouant un peu plus la simplicité dans l’usage du langage.

   Bellini   
18/9/2020

   Davide   
18/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Bellini,

Vision hallucinée, distorsion cognitive, je ne sais si le narrateur se roule dans l'herbe ou se roule un joint d'herbe. Les deux sans doute.

L'écriture m'a rapidement évoqué la "Symphonie fantastique" de Berlioz, "le songe d'une nuit Sabbat" (dernier mouvement), l'éclatement de rires démoniaques, danse frénétique où les substances psychotropes déforment la perception de la réalité.
(En passant, je me dis que notre chère Alice (celle du pays des merveilles) a dû bien se shooter avant de se rouler dans l'herbe avec la Dame de Cœur et le chat de Cheshire).

Ainsi, à travers le regard embrumé du narrateur, cette cérémonie de mariage devient hilarante de grotesque. Critique des traditions, humour noir, ironie, ou simple amusement dans les limbes de la poésie classique, "Roulé dans l'herbe" revisite le genre avec un certain brio et une rigueur méritante (et méritoire).

Pas de vers sucrés ici, mais une profusion d'acide et de salé. Soyons-en sûrs, l'auteur ne nous aura pas roulé dans la farine :)

   Dolybela   
20/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Houlala, pas envie de me marier de sitôt moi... c'était drôle et tout en douceur et en poésie tout le monde en prend pour son grade... un mélange entre un Rimbaud et quatre mariages et un enterrement. Et des accents baudelairiens, dans les amants, dans cette beauté maléfique. L'image des faux amants du dernier quatrain est épatante.
Mais. Mais les "j'ai vu " ("j'ai vu parfois ce que l'homme a cru voir"), c'est un peu facile, non ? Du déjà vu, si j'ose le jeu de mots. Un je poetique observateur, un je poetique témoin hors du mal. On ne se mouille pas trop et la sincérité n'a pas l'air au rendez-vous. Peut-être trop de recul, pas assez d'implication. Le lyrisme est manifeste, bien sûr, mais j'ai l'impression qu'il manque une certaine authenticité. J'espère bientôt vous relire.

   Lariviere   
21/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Un mariage vu par la chenille d'Alice aux pays des merveilles, il fallait le faire !

J'avoue que le rapport au titre et aux jetons (pochons) pour le paradis artificiel utlisés par le narrateur ne m'a pas sauté aux cellules grises à ma lecture en aveugle et sans les très bonnes interventions de l'auteur sur son fil d'explication, je m'en serais tenu à lire un texte déjanté certes mais sans faire le rapport avec des substances illicites... si je dis ça c'est que j'aurais aimé cette écriture et cette narration psychédélique même sans ce contexte un peu capillotracté du fumeur de hasch ou de têtes de weed, comme disent les anglosaxons ou les dealer de villetaneuse...

Plus sérieusement, sur l'écriture, j'ai beaucoup apprécié l'ensemble.

"J’ai vu des mariés planer sur un parvis,
Bombardés de riz brun par des catéchumènes"

J'apprécie beaucoup cette entame qui plante déjà bien le décor et le ton. Moins convaincu par la suite au niveau musical par ces "tambours des galères humaines", je ne saurais dire pourquoi, même si force est de constater que l'image parle très bien sur le fond et est même d'une subtilité intéressante.

J'aime beaucoup la troisième bouffée (stophe) où vraisemblablement le produit commence à faire un bel effet, à moins que ce ne fut la poésie de l'auteur et sa libre fantaisie :

"Un gnome sybarite avec son balai bleu,
Son caravansérail de danses baladoires
Où Satan louvoyait parmi la queuleuleu,
Un planning à la main de bals expiatoires."

J'ai vraiment aimé ce passage.

Sur la dernière strophe, je n'ai pas compris ce vers :

"Dans une chambre froide, au milieu des valseurs,"

Pourquoi dans une chambre froide ?...

Pour conclure, j'ai trouvé bon ce poème. La tenue des vers est bonne mais la teneur est encore meilleure sur l'ensemble, souvent très juste, jubilatoire aussi sur le fond, ou presque...

Je dirais que c'est quand même du bel ouvrage

Merci pour la lecture et bonne continuation !

   Anonyme   
21/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Du Ensor revisité façon Baudelaire, enfin c'est ainsi que je vois votre sonnet, que je ne peux donc qu'apprécier...


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