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Poésie en prose
Cat : Un monde [Sélection GL]
 Publié le 13/08/17  -  15 commentaires  -  1181 caractères  -  530 lectures    Autres textes du même auteur

Une imprenable citadelle sur pieds d'argile…


Un monde [Sélection GL]



J’ai fait de mon corps un monde. Imprenable citadelle d’oripeaux sur pieds d’argile, la tête qui éclate, branches à travers ciel enguirlandées de rayons d’ors et de lune, de baisers gourmands…

Au sol, un tapis d’amour épais noie le sombre des jours. Les murs résonnent du rire des amants morts avant d’avoir appris à aimer sans commune mesure.

Dans la chambre du fond dort encore l’enfant, paupières baissées et frémissantes. De sa peur d’abandon, goulu, il tète son pouce.

Suspendus aux fenêtres, entre les rangées de sanglots, des pavots illicites et le rouge indécent.

Sur le nacré des façades, un crépi ridé tend sa bouille ineffable, rapiécée par endroits.

Par la cheminée, des méandres de colère enfument les nuages, les corbeaux, d’un vol lourd, battent des ailes et rentrent chez eux.

En remparts, j’ai voulu des fleurs, belles et innombrables, des chants d’oiseaux harmonieux, et par les meurtrières étroites respirer l’azur.

Emmitouflées dans la douceur, des pensées pleines dévalent les songes sur des rondeurs accueillantes.

Dans les veines ourlées de bleu frissonne le sang…


 
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   papipoete   
24/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
prose
Un monde idéal est né dans ma tête ; même mon corps est un monde ! Et autour de moi, ce monde s'étale au sol, aux murs ; et la cheminée fume et enfume les nuages, pendant qu'à côté dans sa chambre l'enfant suce son pouce ...
NB dans ce " monde " fantastique, on entend des cris d'amour effrayants, mais " emmitouflées dans la douceur, des pensées pleines dévalent les songes sur des rondeurs accueillantes " .
Une écriture fine et lumineuse !
papipoète

   Marite   
28/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une belle prose poétique qui nous dévoile des images originales.
" un tapis d’amour épais noie le sombre des jours ... les rangées de sanglots ... un crépi ridé tend sa bouille ineffable, rapiécée par endroits ... des méandres de colère enfument les nuages ... respirer l’azur..." entre autres.
La cerise sur le gateau pour moi ce sont les deux phrases finales :
" Emmitouflées dans la douceur, des pensées pleines dévalent les songes sur des rondeurs accueillantes.
Dans les veines ourlées de bleu frissonne le sang..."

   Queribus   
30/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Une écriture originale, un style surprenant avec des mots et des expressions parfois un peu"précieux" mais en même temps très poétiques; le tout se laisse lire sans déplaisir; de plus, le poème n'est pas très long, donc on n'a pas le temps de se lasser. Un agréable moment passé à vous lire.

Bien à vous.

   Anomel   
13/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La toute première phrase du poème sonne comme une affirmation de Schopenhauer : "Le monde est ma représentation". L'autrice pose un paradigme à travers lequel sera perçu tout l'attirail poétique.

Il ya un effacement du "je" qui manifestement est le sujet construisant ou plutôt métamorphosant le monde. Ce "je" perçoit le monde, et pourtant, ne se manifeste que deux fois dans le poème "J'ai fait de mon corps un monde" et "En remparts, j'ai voulu des fleurs"

Ce que j'ai surtout aimé, ce sont les anacoluthes. De ce fait la rupture syntaxique montre bien que nous sommes passés du monde tangible aux perceptions poétiques du sujet lyrique.

Bref un beau petit poème...

   Ludi   
13/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cat,

Un beau texte baroque au décor foisonnant. On devine une fascination pour la métamorphose, où se côtoient la vie et la mort.
Citadelle imprenable… Un certain bonheur semble pourtant y avoir trouvé son chemin au milieu du sombre des jours et des sanglots. Sans ça le Bonheur n’est qu’un grand imbécile. Et si le bonheur ce n’était que pomponner un peu son mal de vivre ?
Chez toi tout est toujours dense, le tapis d’amour est épais, le rouge est indécent, le crépi est ridé, les fleurs sont des remparts, les meurtrières respirent l’azur… Chaque élément est un parcours de vie. Tu as ce don. C’est bien toi, Cat, que je viens de lire :)

Ludi
profane en ravalement du mal de vivre

   Robot   
13/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà bien un monde que la narratrice nous offre, mais veux-t-elle le faire partager ? Il semble si personnel, si particulier qu'il m'apparaît comme une sorte de secret à découvrir, tout juste dévoilé avec ses mystères enclos dans des mots qui cachent peut-être plus qu'ils ne montrent. Je vois derrière les expressions un domaine qui cherche plus à se préserver qu'à se révéler.

Une prose que j'ai parcouru avec plaisir et dont l'écriture est agréable à suivre.

   hersen   
13/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un monde dans un monde, le monde et son propre rempart.

j'ai aimé avoir un peu du tien, j'ai aimé les images et les couleurs.

j'aimé ton rempart;

j'ai aimé aussi, en entrant dans ce monde, passer te dire bonjour.

Merci de cette lecture.

   Louison   
13/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un monde où se mêlent force et fragilité, amour et mort, les méandres de colère,les rondeurs accueillantes, bref, un monde bien imagé par l'auteure.

Une lecture agréable, un monde qui est celui de la vie, j'aime beaucoup!

   Alexan   
14/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Comme c'est enchanteur, exaltant, évocateur et visuel ! Chaque phrase envoie des images et des couleurs envoûtantes.
Tu me sembles avoir un vrai talent pour allier des mots que l'on n'imaginerait pas forcément côte à côte, et ces improbables unions se révèlent si poétiques qu'elles scintillent sur la feuille et chantent dans les oreilles.
Et tout cela paraît tellement naturel, comme pulsionnel même,
intuitif en tout cas.
J'ai été pris d'une étonnante sensation d'harmonie à lire (et relire) ce poème.

   leni   
14/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte en images contrastées qui sont tes références discrètes c'est un écrit dense

ET quel décors

Au sol, un tapis d’amour épais noie le sombre des jours. Les murs résonnent du rire des amants morts avant d’avoir appris à aimer sans commune mesure

Emmitouflées dans la douceur, des pensées pleines dévalent les songes sur des rondeurs accueillantes.
TOUT en douceur Bravo Amitiés Leni

   plumette   
15/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cat,
que j'aime ce balancement entre le clair et le sombre qui semble être une de tes marques de fabrique!
la première et la dernière phrase sont déjà tout un monde, un monde magnifique bati avec les mots, inépuisable ressource que tu utilises avec talent pour emporter ton lecteur dans ton univers et le partager.

A te relire sûrement

Plumette

   Cat   
24/8/2017

   jfmoods   
26/8/2017
Le texte se présente comme un état des lieux intime.

La maison pourrait sembler ordinaire si elle n'était entourée de fortifications, comme pour soutenir un siège ("Imprenable citadelle", "remparts", "les meurtrières étroites").

On comprend mieux, dès lors, l'étonnante entame...

"J’ai fait de mon corps un monde."

Image même de l'autarcie, de l'auto-suffisance, la forteresse se dresse. La relation à l'univers extérieur est donc marquée par la distance à autrui, par l'idée d'une menace potentielle contre laquelle on doit se prémunir à tout prix.

Intrigué, le lecteur cherchera forcément à percer le mystère de ce cloisonnement.

Construite sur un jeu d'opposition, la seconde phrase du poème met en évidence la problématique qu'il soulève. D'un côté, la fragilité du rapport au sol, à la vie vécue (expression imagée : "aux pieds d'argile") ; de l'autre, une fertilité de l'esprit, une puissance de l'imaginaire et du désir (mouvement ascendant prodigieusement intense : "la tête qui éclate, branches à travers ciel enguirlandées de rayons d’ors et de lune, de baisers gourmands…") que confirmera la dernière phrase du poème ("Dans les veines ourlées de bleu frissonne le sang…").

Au fil de la visite de cette maison métaphorique, la perspective s'approfondit. Ainsi la perception de soi apparaît-elle dégradée (personnification peu amène : "Sur le nacré des façades, un crépi ridé tend sa bouille ineffable, rapiécée par endroits."). L'image du manque ("sa peur d'abandon", "les rangées de sanglots") appelle une fantasmatique du comblement, de la compensation ("un tapis d’amour épais noie le sombre des jours", "Les murs résonnent du rire des amants morts avant d’avoir appris à aimer sans commune mesure", "goulu, il tète son pouce", "des pavots illicites et le rouge indécent", "Emmitouflées dans la douceur, des pensées pleines dévalent les songes sur des rondeurs accueillantes."), voire de la saturation sensorielle ("j'ai voulu des fleurs, belles et innombrables, des chants d’oiseaux harmonieux... pour respirer l’azur.").

Talon d'Achille de la place forte, la cheminée est surveillée avec une extrême vigilance. Une vigoureuse ligne de défense anti-aérienne crache le feu (métaphore menaçante : "des méandres de colère enfument les nuages") contre un ennemi toujours à l'affût et toujours repoussé (animalisation : "les corbeaux, d’un vol lourd, battent des ailes et rentrent chez eux").

Merci pour ce partage !

   MFAYARD   
30/8/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bien que les deux textes n’aient rien de commun j’ai ressenti dès le premier vers (peut-être à cause de la citadelle) une filiation avec « les corbeaux » de Raphaëlle Lannadère que j’aime passionnément. Alors forcément…

   Louis   
30/8/2017
« L’expérience de soi s’accomplit dans l’invention d’un monde » : écrit un philosophe contemporain. C’est une telle expérience qui est le sujet de ce texte poétique, celle d’un monde à soi, celle d’un monde-soi inventé.
Le texte dans son entier explicite cette déclaration de départ : « J’ai fait de mon corps un monde. »

Le corps ne s’ « invente » pas, ne se fait pas, par une projection hors de soi, mais inversement, le monde est absorbé par le corps, non pas projeté, mais introjecté.
Ce « faire » est un acte de parole et aussi un acte de perception.

Le corps-monde est présenté comme une « imprenable citadelle » : un « fort » intérieur. Corps protecteur, rempart pour l’âme, il est le garant d’une indépendance et d’une sécurité.

Ce corps-monde est fait « d’oripeaux », mot dans lequel on entend l’or, et on entend la « peau ». Des vêtements font la peau du monde, surface corporelle qui brille de quelques ors. L’habillement du monde lui donne une apparence pour l’extérieur. Le monde a son étoffe, et son textile, et son texte.

Ce « fort » intérieur présente pourtant des fragilités, monté « sur pieds d’argile ». Sa base peu solide, ses fondations instables, il pourrait s’effondrer. « Imprenable citadelle », pourtant vulnérable !

Le corps-monde est-il une fermeture sur soi ?
« La tête qui éclate » dit la locutrice. Si le monde naturel s’incruste dans le corps, si le mouvement est celui d’un resserrement du monde sur le corps, un autre mouvement s’effectue d’ « éclatement » du corps vers le monde, de dilatation du corps sur le monde naturel.
« branches à travers ciel enguirlandées de rayons d’ors et de lune », poursuit-elle. Le corps-monde reste branché sur le monde naturel. Il ne constitue pas un monde clos sur lui-même, à l'abri de tout danger, mais ouvert, non seulement sur le monde naturel, mais aussi sur autrui : « de baisers gourmands ».
Ouverture-contact, par des « baisers ». Ouverture sensuelle, de la vision enchantée des rayons lumineux, ouverture tactile du bout des lèvres aux baisers gourmands. Vision et baiser se rejoignent dans leur double ouverture sensuelle, « Baiser montant aux yeux des mers avec lenteur » écrivait Rimbaud dans Le bateau ivre.

Dans ce corps-monde, construit comme une forteresse, s’étend un sol, s’élèvent des murs, se situent des chambres.
Pas de dureté et de nudité du « sol », il est recouvert d’un « tapis ». Sur le plancher où tout repose, une épaisseur textile fait un support de douceur, « tapis d’amour épais ». Tout s’élève dans l’intérieur fortifié sur un plancher d’amour, tout repose sur lui.

Ce tapis « noie le sombre des jours ». L’étoffe du monde se fait fluide, se fait océan, océan d’amour. Le « sombre » s’y noie, pour laisser place à la lumière. Dans cette forteresse, la lumière vient du sol profond, d’une profondeur des sentiments, d’une profondeur affective.
Les murs, eux, « résonnent du rire des amants morts avant d’avoir appris à aimer sans commune mesure ». L’écho des amants disparus survit. Les amants n’ont pas définitivement quitté la forteresse, les murs du monde ont encore des voix, des rires. Ils hantent encore la forteresse, eux qui sont morts de n’avoir pas su aimer suffisamment, de n’avoir pas su aimer passionnément, par-dessus tout, à la folie. La folie ou la mort, la démesure ou la mort.

Les murs émergent d’un océan affectif, ils manquent de cet amour illimité sur lequel ils s’élèvent. Il ne devrait y avoir qu’un sol, qu’une mer, les murs devraient se confondre avec le sol, mais iles murs s’élèvent.

Dans une chambre dort encore un enfant. C’est une « chambre du fond ». Au fond de ce soi-monde, qui évoque un passé lointain, dort encore un enfant, cet enfant que l’on a été. L’enfance n’est pas morte, dans ce monde-soi. Et l’enfant craintif a « une peur d’abandon »
C’est dire que cette peur infantile est inscrite dans le corps même de la locutrice. La forteresse reste faible face au passé.

Confirmation encore que le corps-monde n’est pas fermé sur lui-même, il ouvre sur l’extériorité par des « fenêtres ». À ces fenêtres sont suspendus, donc visibles, apparents, « des pavots illicites et le rouge indécent », « entre les rangées de sanglots ».
Sur le même plan, sont placés des « choses » et des actes, des expressions corporelles, (comme les sanglots et plus haut les baisers ; comme « respirer l’azur » avec « fleur » et « chants d’oiseaux harmonieux »)
«Les pavots illicites » comme « le rouge indécent » sont des expressions du corps tout autant que les sanglots. Ils expriment une souffrance, une douleur. Ils sont des marques de provocation et de transgression.
Ainsi choses et actes expressifs ne font qu’un. Les choses sont des expressions corporelles et ces expressions sont des choses. Si la locutrice a pu faire de son corps un monde, c’est que le monde déjà est corps, est chair. Dans la chair universelle du monde, un corps se distingue.

Le corps enfin est présenté, comme âgé, vieilli, marqué de rides, « un crépi ridé ». Vieilli ou soucieux.
Une colère, qui ne semble jamais éteinte, habite toujours le corps-forteresse. « Par la cheminée, des méandres de colère enfument les nuages », colère rendue, non pas une fulmination, mais par une fumigation.
Enfin, pour terminer, « Frissonne le sang ». Le sang ne se contente pas de « couler », il « frissonne », il tremble, il vibre. La vie est rendue par les vibrations, par une sensibilité.

C’est un portrait psychologique original de la locutrice qui transparaît dans ce texte, mais un portait réalisé dans la description d’un corps fait monde et forteresse.

Merci Cat pour ce texte beau, original, intéressant.


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