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Poésie en prose
Concours : La nuit se tient en sentinelle [concours]
 Publié le 30/11/18  -  10 commentaires  -  917 caractères  -  199 lectures    Autres textes du même auteur

"Et les zouaves de bondir,
Alors le clairon s'arrête,
Sa dernière tâche est faite,
Il achève de mourir."
P. Déroulède.


La nuit se tient en sentinelle [concours]



Ce texte est une participation au concours n°26 : Centenaire de l'Armistice 14/18
(informations sur ce concours).





Aujourd'hui pas de glas.
Tous ceux qui clamsent sont morts hier, pas un mort en ce jour de gloire mais des cohortes de fantômes enfants talés qui n'en croient pas leurs oreilles non manquantes.
Tout est suture dans les lits du dortoir où cicatrisent, où compressent, la bissectrice de la face et la balafre du profil qu'un sommeil agité ronge comme un rat ou une pelletée de grenades...
Tous les clairons sonnent pour les creux aux reptiles de boyaux, pour les amoncellements de manques et de désarroi dont les silhouettes camarades rentreront tremblantes et têtes folles sur leur Dada. Un œillet à la boutonnière.
Au cœur un coquelicot.


 
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   Anonyme   
12/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé ce texte. Cette fausse désinvolture et sa profonde ironie face à ce massacre et ses conséquences.
C'est bien écrit, vif et les deux dernières phrases donnent la mesure de l'absurde de l'événement.
Un bon moment de lecture.

   Eki   
30/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte court, douloureux dont les mots tracent leurs sillons dans le coeur de la lectrice que je suis.

On sonde l'effroyable et chaque mot est une balle ou une blessure.

La violence est sous-jacente entre ce vécu et ces non dits que les survivants rapportent au fond d'eux.

Le titre est aussi très beau.

   rosebud   
30/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
ce très beau poème est encore plus exacerbé par l'absurde crétinissime incipit de Déroulède qui n'en faisait pas d'autre.
De fantastiques trouvailles pour un texte en 3 lignes et demi, c'est une performance. Les tranchées, les boyaux, les bandes Velpeau s'entortillent en un mélange cauchemardesque. On aimerait s'en tirer à peu près indemne, comme devaient espérer les "fantômes enfants talés" .

"Tu n'en reviendras pas, toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise; et toi non plus,
Tu n'en reviendras pas, vieux joueur de manille"
ARAGON

   TheDreamer   
30/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte de la sonorité qui dit le silence après le chaos. La vie qui reprend comme un réveil après un sommeil lourd de fracas et de cris, mais qui fait voir dans ce silence la souffrance dans le sommeil des hommes.

   papipoete   
30/11/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
bonjour
On ne meurt plus au front en ce jour, mais les fantômes des soldats hantent ce dortoir, parmi sutures et balafres ; pendant ce temps-là, la nuit monte la garde ...
NB un tableau surréaliste de la guerre ... après la guerre, alors que le vacarme s'est tu !

   PIZZICATO   
30/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
" Tous ceux qui clamsent sont morts hier, pas un mort en ce jour de gloire "
Oui. Les autorités militaires auraient trouvé << honteux>> qu'il y eût des tués le jour de l"Armistice. Alors tous les derniers tués ont été déclarés morts le 10 novembre...

Un tableau des affres de cette guerre, rendu avec des images expressives.
"Tout est suture
" où cicatrisent, où compressent, la bissectrice de la face et la balafre "

" Au cœur un coquelicot. "

   LylianR   
30/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce qui m'a interpellé, c'est la référence à Dada, ce mouvement est né d'un profond rejet de la guerre. Il aspirait à une autre civilisation faite de joie de vivre et de spontanéité. Le langage même est déconstruit, ce que vous faites dans votre poème. Il en sort des images fortes, abstraites et concrètes à la fois.

D'habitude, j'ai du mal à apprécier ce type de poème souvent hermétique mais le vôtre a fait naître en moi des images précises et tout à fait évocatrices de l'horreur de la guerre.

"Tout est suture dans les lits du dortoir où cicatrisent, où compressent, la bissectrice de la face et la balafre du profil..."

"Tous les clairons sonnent pour les creux aux reptiles de boyaux..."

   lucilius   
1/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Concis et puissant. Des images fortes et, pour reprendre un slogan invariable de Paris Match : "Le poids des mots, le choc des photos".

   plumette   
1/12/2018
Plusieurs lectures pour imprégner de ce court texte surréaliste.
Des bouts de phrases qui me parlent, seulement des bouts, si bien que l'effet retombe presque immédiatement pour moi.
La référence à Dada avec l'image de la fin assez burlesque m'a bien plus.

Plumette

   jfmoods   
2/12/2018
I) La victoire en chantant

L'armistice est déclaré ("Tous les clairons sonnent") et la propagande bat son plein pour évacuer les ombres disgrâcieuses, encombrantes, du tableau ("Aujourd'hui pas de glas", "Tous ceux qui clamsent sont morts hier, pas un mort en ce jour de gloire").

II) Les survivants

Les hommes qui rentrent indemnes de cette guerre sont semblables à des morts-vivants ("des cohortes de fantômes"), aux miraculés d'une énorme baston ("enfants talés qui n'en croient pas leurs oreilles non manquantes").

Les autres, les blessés, les défigurés, devront, jusqu'à leur mort, porter dans leur corps ("Tout est suture dans les lits du dortoir où cicatrisent, où compressent, la bissectrice de la face et la balafre du profil") et dans leur âme (comparaison : "un sommeil agité ronge comme un rat ou une pelletée de grenades...") les terribles stigmates de ce qu'ils ont traversé.

III) Une génération sacrifiée

La guerre a dévasté tous ces hommes (les creux aux reptiles de boyaux, [...] les amoncellements de manques et de désarroi") qui, nombreux, se perdront dans le tourbillon frénétique des années 20 ("les silhouettes camarades rentreront tremblantes et têtes folles sur leur Dada"), donnant les signes extérieurs du bonheur, mais à jamais marqués par l'épreuve ("Un œillet à la boutonnière. / Au cœur un coquelicot."). L'allégorie du titre ("La nuit se tient en sentinelle") confirme cette interprétation.

Le contexte ici évoqué fait immanquablement penser au roman de Pierre Lemaître intitulé "Au revoir là-haut".

Le style du poème (phrases courtes nominales, longues phrases verbales assorties d'une ou plusieurs subordonnées, disparition de certaines virgules pour densifier le flux, penchant affirmé pour la métaphore, ton volontiers sarcastique) signale une plume bien connue du forum.

Merci pour ce partage !


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