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Poésie libre
Concours : Une journée calme [concours]
 Publié le 26/11/18  -  11 commentaires  -  2948 caractères  -  123 lectures    Autres textes du même auteur

Toussaint 18.


Une journée calme [concours]



Ce texte est une participation au concours n°26 : Centenaire de l'Armistice 14/18
(informations sur ce concours).





Cette Toussaint s’étire.
Pourquoi est-ce paisible ?
La rumeur court d’une prochaine trêve.
Cette pause ? Un avant-goût du rêve ?

Toussaint dix-huit, un temps de glace.
Sous un ciel bleu comme en dimanche
novembre sans brouillard
ressemble à un printemps.

Pèse l’angoisse des journées calmes
plutôt rares dans les tranchées.
Attendre ce n’est pas mieux.
Ce bleu, cette sérénité !
Le silence m’empêche de dormir,
je n’ose pas fermer les yeux.

Albert joue avec son rat
qui grignote du pain rassis.
Moi, j’aurais préféré un chien.
Mais on n’a pas le droit !
Un chat ce serait bien.
Ici ils améliorent l’ordinaire du poilu.
Même si c’est défendu.
Midi, on mange encore froid.

Faudrait que j’aie vraiment faim pour boulotter du chat !
Les surmulots j’aime pas trop ça !
S’ils vivent là prétend Albert
alors nous pouvons durer,
gagner la guerre
contre les poux
jusqu’à cette trêve annoncée
depuis la fin de ce mois d’août.

Il ne cause pas beaucoup Albert.
Un sage, il réfléchit.
Il lit, il écrit.
« Dis, Albert, tu crois que nous sommes des rats ? »
Il pèse ses mots :
« Les rats eux, ils peuvent baiser…
Regarde, les oiseaux reviennent ! »
Un geai picore dans la terre remuée.
Au-delà des buttes moineaux et mésanges se chamaillent ;
c’est une autre bataille !

Chez moi j’ai des volailles…
Chez moi… Ma femme, ma fille…
Si loin, si loin.
Quatre mois sans échanges.
Pas de nouvelles
ni des moissons, ni des semailles.
Ni des vendanges.
Serrer les poings !

Les boches en face ils ont une femme, des enfants !...
Est-ce qu’ils regardent les oiseaux ?
Est-ce qu’ils donnent à manger aux rats ?
« Albert, tu crois que la guerre finira bientôt ? »


« Albert ? »

… Il a gravi l’échelle et franchi les buttes.
Avec du pain de guerre il appâte les moineaux.
Une détonation. « Cours Albert… cours !… »
Culbute !
Le sergent hurle : « Qu’est-ce que ce con est allé faire là-haut ? »
Plus un oiseau. Le rat a regagné son trou.

Albert gisant. Pour lui c’est l’armistice.


Le dialogue du feu a repris…
Toujours la guerre… et les souffrances…
La trêve ! L’armistice ! Tous on les souhaite, personne n’y croit !
Toussaint dix-huit… presque une journée d’espérance.

J’ai oublié la couleur du ciel.

Demain, le jour des défunts.
Ici, chaque matin commence un jour des morts.


 
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   Anonyme   
9/11/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Je n'ai vraiment pas aimé ce texte, à l'exception de cette phrase: "J’ai oublié la couleur du ciel.". très poétique. Le reste par contre est banal, trop peu imagé pour moi. Des évocations classiques, sans recherche.

Sinon le reste me semble convenu: le copain qui meurt, l'évocation ironique de la mort, encore une fois, les batailles et l'attente. Je trouve enfin que le prétexte du concours est ici trop survolé...Bref, un poème qui ne convainc vraiment pas.

   Bidis   
11/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Original de penser aux civils et aux prisonniers. Eux aussi ont eu leur lot de souffrance. Ce texte a un souffle et un rythme engendré par une façon d'agencer les mots, les phrases, et par la force des images. Et les derniers me plaisent infiniment.

   Corto   
26/11/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Très beau texte qui évoque si bien le ressenti du soldat enfoui dans sa tranchée. Attendre comme toujours, mais une journée calme c'est suspect. Rêver qu'on pourrait manger, du chat ou du surmulot ce n'est jamais la joie.
Et puis le camarade Albert qui voit revenir des oiseaux: c'est la fête, il court pour leur offrir du pain. Bien sûr une balle le fauche et il se fait traiter de con.
Du beau travail, du réel, de l'émotion, de nombreuses évocations lointaines: "Pas de nouvelles ni des moissons, ni des semailles."

Belle construction avec la première phrase "Cette Toussaint s’étire" qui trouve écho dans le final: "Demain, le jour des défunts. Ici, chaque matin commence un jour des morts".
Merci et bravo.

   Francis   
26/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le calme avant la tempête, une parenthèse qui permet d'échapper à la folie. L'esprit du soldat S'accroche à la couleur du ciel, à ces oiseaux perdus dans ces décors d'apocalypse, à son village à l'arrière du front... Des lambeaux de vie qui font oublier la mort. Le dialogue entre ces deux poilus est dénué d'artifices. En face, les casques à pointe doivent avoir les mêmes préoccupations, le même ressenti. Ici, on se raccroche à des choses simples. La détonation vient briser ce calme apparent. La guerre rattrape les hommes. Le texte est bien construit. Sa simplicité touche le lecteur. Merci.

   Vincente   
27/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai beaucoup aimé ce ton pour évoquer sans perdition les lieux communs de cette guerre terreuse et humaine, tellement humaine dans son inhumanité qu'elle en demeure terriblement détestable. Vous avez réussi à tenir le lecteur en bienveillance, avec une mise en situation simple et réaliste, sans forcer le geste, sans appuyer sur les plaies, juste en montrant la douleur par le filtre d'une relative candeur du narrateur.
Vous avez conçu un suspense rétroactif. Avant qu'Albert ne gravisse l'échelle, vous nous racontiez la pâleur de cette journée dépouillée de sa sale guerre. Je n'ai pas vu venir cette "folie" d'Albert, le paisible sage, ni sa fin tragique. Le texte jusqu'alors bien écrit et assez sympathique a basculé dans cette "culbute" et a pris une ampleur inattendue. Placer du suspense sans laisser poindre l'attente, ni le questionnement sous-jacent est une forte figure de style.
J'ai souvent du mal à entrer dans la poésie contrainte, tant pour l'écrire que pour la lire, mais je dois avouer que celle-ci a été pour moi une réjouissance

   plumette   
26/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une poésie libre, comme une petite nouvelle, concentrée sur ce jour de la Toussaint 2018.

l'attente, le ciel bleu, un rat apprivoisé, un compagnon d'infortune, des pensées pour les femmes restées là bas et pour ceux d'en face qui nous sont semblables.

Et puis la mort qui fauche l'espérance.

J'ai vraiment aimé le fond de récit, la forme ne m'a pas emportée complètement.

Je crois que le récit aurait pu s'arrêter à "Albert gisant, pour lui c'est l'armistice"


Plumette

   LylianR   
26/11/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Une évocation réaliste d'une journée comme les autres. Il y a des détails qui rendent les personnages attachants :
Il ne cause pas beaucoup Albert.
Un sage, il réfléchit.
Il lit, il écrit.
« Dis, Albert, tu crois que nous sommes des rats ? »

Mais je n'ai pas réellement trouvé de poésie dans ce texte.
L'évocation du rat, du chat, du surmulot et des oiseaux ne suffisent pas à rendre poétique l'univers de ce texte.

   PIZZICATO   
26/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé ce dialogue - imaginé - dans une tranchée.

L'auteur a choisi une écriture simple où la sensibilité de ces deux poilus s'exprime aussi.
De quoi d'autres pouvaient-ils parler que de leur vie d'avant.
Ici il y a autre chose. Tenter d'oublier les idées macabres et penser qu'à l'extérieur une vie continue.

Et puis, risquer - consciemment - sa vie pour aller nourrir des oiseaux cela mérite une attention particulière.

" Toussaint dix-huit, un temps de glace.
Sous un ciel bleu comme en dimanche
novembre sans brouillard
ressemble à un printemps." j'ai trouvé la poésie présente dans ce quatrain.

" Albert gisant. Pour lui c’est l’armistice. " j'aurais bien vu ce texte finir ici.

   papipoete   
26/11/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
ça discute entre 2 poilus, sur tout et rien ; sur cette Toussaint qui s'éternise et la vision d'un bon repas et ses effluves appétissants, plutôt que du surmulot aux pires moments ! La compagnie d'un chat, les oiseaux qui picorent entre les tranchées, la famille restée au pays, et les allemands, qu'est-ce qu'ils se disent en face ? ça rêvasse tellement à la liberté, qu'Albert est allé donner à manger aux oiseaux, épouvantail qu'une détonation a aussitôt couché ! Albert ? Albert !
NB la Toussaint durera jusqu'à demain encore, en présentant sur son catafalque Albert en paix ...
Que la plume de l'auteur est poétique, pour évoquer la vie de rat, au milieu des rats, où l'on se prend à sourire tendrement, au cours des conversations entre ces 2 poilus ( je pense à Forest Gump parlant à son copain Bubba de son projet de pêche à la crevette ... ) ;
De surcroît, le poème est une mini-saga, où l'on veut lire la suite de l'aventure, et aucun temps " mort " ne gêne le récit ; c'est prenant et passionnant !
Chaque strophe est remarquable " Albert, il cause pas beaucoup ... " " il a gravi l'échelle ... "
Ce récit m'a vraiment enthousiasmé !

   LenineBosquet   
26/11/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
mis à part les deux derniers vers, je ne perçois pas la poésie ici (ce qui ne veut pas dire qu'elle est absente, juste je ne la perçois pas).

Sur le forme, difficile d'évaluer un texte en libre sinon sur le rythme par la découpe des vers et des strophes et encore, la perception d'un rythme en libre... Je m'abstiens donc.

Sur le fond le texte est agréable, très visuel, on est dans cette tranchée avec Albert, les rats, le chat et les moineaux. Mais je vous le redis, je voulais lire une poésie alors je suis déçu.

   jfmoods   
2/12/2018
Ce poème est original par la variation des angles de perception qu'il propose (monologue intérieur, échanges au discours direct, narration omnisciente). Le procédé confère une épaisseur supplémentaire au texte.

Une situation d'attente douloureuse perdure avec ses thématiques spécifiques (la météo, la peur, la faim, le désir, la nature, la famille, le questionnement sur l'ennemi). La narration finit par tourner au tragique par besoin d'action. On passe ainsi de l'espoir ("Sous un ciel bleu comme en dimanche") à la désespérance ("J'ai oublié la couleur du ciel"), de l'armistice attendu ("La rumeur court d’une prochaine trêve. Cette pause ? Un avant-goût du rêve ?") à la reprise inexorable des hostilités ("Le dialogue du feu a repris"). Verra-t-on jamais le bout de cette guerre ?

Merci pour ce partage !


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