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Poésie classique
Cristale : L'arbre de papier
 Publié le 21/09/26  -  18 commentaires  -  1098 caractères  -  266 lectures    Autres textes du même auteur


L'arbre de papier



Les vantaux entrouverts, les rideaux vont au vent ;
Le couloir assombrit le contre-jour devant
Le seuil de chaque porte ;
Le geste lent, ils s’avancent vers moi
Leurs yeux brumeux trahissant quelque émoi ;
Me voient-ils ? Peu m’importe,

Je les connais si bien ces pas sur le plancher.
La lumière au plafond ne cesse de flancher ;
Dans l’ombre, le silence
Empli de voix tient d’étranges propos ;
Ainsi j’apprends que l’éternel repos
N’est qu’un moment d’absence.

En ce monde invisible, ils sont ce que je suis :
Une entité vivant l’instant que je poursuis
Sur les branches d’un arbre
De papier blanc, gardien du souvenir
De tous ces noms que j’aime réunir
Ailleurs que sous le marbre.

Entre rêve et sommeil, j’ai fermé les volets,
Éteint la vieille ampoule aux clignements follets.
Ô nuit ! Ma douce amie,
Me diras-tu de quel espace-temps
Ils m’ont tendu leurs bras doux et tremblants ?
Je m’y suis endormie.



 
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   LeChevalier   
21/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
On lit et on comprend : « la Maître[sse] est allé[e] puiser des pleurs au Styx » (Mallarmé). Le vers, cet « aboli bibelot d’inanité sonore » n’est ici que pure fiction, respectée par nature, sans s’en rendre compte, chaque enjambement est un sublime dédain jeté à la figure de la Fluidité. On enjambe tout : vers, module de strophe, strophe ; seule la césure est épargnée. Une préposition à la rime : sérieusement, qui fait ça ? Des phrases qui se terminent au premier vers de la strophe suivante… Et les vers ? De trois longueurs, ce qu’on ne fait jamais, encore moins de mélanger des alexandrins et des décasyllabes.

Il n'y a qu'une chose que je regrette : c'est qu'à l'exemple de GiL ce poème n'ait pas été présenté en libre, avec la mise en page qui s'impose.

« Des pleurs au Styx »… Oui, c'est un chant du 2 novembre venu trop tôt. La je se pose devant cet arbre généalogique et refuse d'aller soulever des dalles de marbre :

« Âme au si clair foyer tremblante de m’asseoir,
Pour revivre il suffit qu’à tes lèvres j’emprunte
Le souffle de mon nom murmuré tout un soir. » (toujours Mallarmé)

La je est en apparence seule dans cette maison, maison somme toute ouverte : volets, vantaux, portes, tout respire, tout bouge, tout laisse passer. Aux questionnements métaphysiques, qu'apporte l'absence, se joignent les recherches en physique quantique : « quel espace-temps ? »

Bref, un poème riche à lire et à relire, un poème étonnant et difficile à commenter.

   Provencao   
21/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cristale,

Tout se dit ici de la force de votre poésie dont le lien s’insère du rêve et du sommeil de l’entre deux mondes: celui des âmes bienveillantes et des forces de la nature.

De l'envoûtant au divin, il n’y a qu’un pas : la conscience du sacré.. Et le relais étoffé de votre poésie est encore là pour recouvrer l'altération au mystère de cet arbre de papier. On se nourrit de la sève de vos mots. Une force éminemment incantatoire de la poésie, régulatrice de nos craintes, de l'invisible, de ces pas sur le plancher, de cette entité...comme de nos passions où la bienveillance s'offre à coeur ouvert en vos mots .

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   rendu   
21/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour

Un très beau poème classique comme d'habitude chez l'auteur. Il ferait presque une suite à
La maison hantée de Boutet sauf qu'ici les âmes qui hantent l'esprit de l'auteur sont bien connues.
Une forme romantique que l'on ne voit plus guère sinon chez l'auteur.
Oui, l'éternel repos n'est qu'un moment d'absence, plus ou moins long.

   Myndie   
21/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cristale,

faisant fi de la forme (d'autres s'y attachent beaucoup mieux que moi), je ne veux retenir de ce magnifique poème que son atmosphère subtile, ces moments suspendus entre le souvenir, le songe et cet état de semi-conscience évoquant un passage vers l'au-delà.
Il est d'une richesse émotionnelle intense, ne cherchant jamais l'effusion, mais plein de cette émotion contenue qui m'a enveloppée au fil des vers comme une écharpe feutrée.
L'écriture est élégante et dégage une vraie force mélancolique.
Le décor (les vantaux, les rideaux, le plancher..) crée une ambiance crépusculaire et onirique à la fois.
Et cette idée de « l'arbre de papier blanc » est une magnifique trouvaille poétique. En faire le «gardien du souvenir » au lieu des tombes et des froides stèles funéraires, « Ailleurs que sous le marbre » donne tout son sens au poème. Et avec une rare élégance.
Ce poème délicat désamorce avec beaucoup de pudeur l'angoisse de la finitude. Les défunts ne sont pas loin, ils habitent le souvenir.
La chute est d'une grande douceur (« Je m’y suis endormie. ») et rend l'émotion apaisante.
Tu as réussi à faire ressentir le silence, le recueillement et le repli sur soi dans une bulle hors du temps avec une grâce infinie.

Je suis véritablement conquise.
Un passionnément +++ pour moi !

   Boutet   
21/9/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cristale

Et bien voilà, ce sont les âmes errantes de la maison hantée qui viennent vous visiter, vous avez donné une réponse à ma question. Très belle architecture romantique que cette forme poétique qu'Hugo, Lamartine employaient souvent dans leurs écrits.
Je comprends moins le titre : L'arbre de papier mais vous m'expliquerez, je n'en doute pas.

   Passant75   
21/9/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
La forme étant parfaite, je ne parlerai que de mon ressenti. Des bruits de pas toujours entendus sur le plancher, le silence toujours empli de voix, les gestes d’après restent semblables à ceux d’avant. Arbre généalogique ou pas, qu’importe, les feuilles sont des feuilles de papier, des noms y sont inscrits. L’absence n’est pas la disparition, le papier en conserve la présence. En fait, le poème cherche moins à faire revenir les morts qu’à montrer qu’ils ne sont pas tout à fait partis.

Si vous saviez à quel point cette idée de présence dans l’absence trouve un écho en moi. Vous ne présentez pas la mort comme une rupture absolue, mais comme une transformation de la présence. On ne perd jamais complètement ceux que l’on continue à porter en soi. Votre poème, Cristale, rappelle que les êtres disparaissent peut-être de nos yeux, mais pas nécessairement de notre monde intérieur. Tant qu’un nom demeure sur une feuille, qu’un geste revient en mémoire ou qu’une voix résonne dans le silence, leur présence continue autrement.

   jf2   
21/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Je vais faire un peu mon vilain petit canard.

La forme me paraît irréprochable avec une facilité de compréhension et une belle fluidité à la lecture.

J’ai cependant quelques réserves :

Le photographe amateur que je suis n'arrive pas à visualiser le contre-jour des vers :
Le couloir assombrit le contre-jour devant
Le seuil de chaque porte ;
D'ailleurs ces vers sont-ils utiles ?

Le poème décrit une sorte d'expérience de mort imminente.
C'est très bien fait mais plutôt convenu.

On retrouve les classiques du thème :
La lumière au bout du tunnel
Les parents et amis qui reviennent
Enfin tout le monde s'en va, ce sera pour une autre fois...

J’aurai aimé un peu plus d’originalité.

Une strophe exceptionnelle, la 3, avec ce papier blanc, on peut imaginer un arbre avec des feuilles sur lesquelles sont écrits les noms des êtres chers.

En revanche je trouve que la dernière strophe fait un peu épilogue de conte de fées et casse un peu l’atmosphère mystique.

   BlaseSaintLuc   
21/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le style ? Évidemment, l’auteure en est l’experte !
Il me semble pourtant voir çà et là quelques fautes de ponctuation...
La Camarde rôde, oui, chez moi aussi, c'est entendu ; nous nous arrangerons avec elle.
Le classique rend les choses sublimes, et, or nos petites personnes, il ne parle jamais de la noirceur du monde, de sa réalité, c'est mon seul regret, je crois que le poète doit être un témoin du vivant.
Mais je m'éloigne du texte, à l'instar de jf2 ,amateur photo, je ne comprends pas bien.
"Le couloir assombrit le contre-jour devant, le seuil de chaque porte ;"

Mais d'autres passages m'interpellent,
Je pense que le libre effraye autant l'auteur que moi le classique, est pourtant ce texte aurais trouvé son chemin en libre.
La beauté du texte est le style balayant tout devant eux, qu'importe le non-sens et l'abstrait.

   Zeste   
21/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
L'écriture semble ramassée, automatique, dans l'urgence, comme si l'auteure avait peur de trahir son ressenti par des mots qui dépassent la pensée et que l'on se doit vite de coucher avant que ceux-ci ne perdent leur intensité par rapport à son fort intérieur.
Ce que je retiens surtout est que sous une certaine forme de communication l'on puisse rien que par le fait de la localisation du souvenir restituer un espace de la mémoire émotionnelle.
Une traversée de couloir, entre clair et obscur, les ventaux ouverts, les rideaux au vent...
Cela me parle! Superbe!!!

   Curwwod   
21/9/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
Une mise en page quelque peu surprenante pour un texte classique, pourtant ça marche et l'on peut lire la totalité du poème dans un bel élan, les rejets enjambements n'affectant guère la musicalité.
L'autrice est en communion avec les âmes éthérées ce tous ceux qui lui ont été chers et qui ont rejoint le royaume des ombres. On entre là dans une dimension fantastique puissamment et poétiquement créée, qui atteste que la communication avec l'au delà est non seulement possible mais fréquente "Je les connais si bien ces pas sur le plancher." "En ce monde invisible, ils sont ce que je suis : Une entité vivant l’instant que je poursuis Sur les branches d’un arbre De papier blanc, gardien du souvenir" Votre arbre de papier c'est votre arbre généalogique qui recèle tout ce que vos aïeux vous ont donné, et particulièrement le talent poétique
PS :Je l'ai écrit ailleurs : tant qu'un seul se souvient, la mort n'existe pas"

   GiL   
21/9/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
J’ai été séduit d’emblée par le courant d’air dans le premier vers. Quel étonnant poème, hermétique à première vue et tellement attachant ! LeChevalier a bien raison d’évoquer Mallarmé. Mais ici, à la deuxième (ou troisième ou quatrième) lecture les ténèbres commencent à s’éclairer. Tout est nuances, allusions, métaphores ; et l’arbre de papier, quelle jolie trouvaille !

J’ai publié jadis ici un sonnet intitulé L’appel du soir. Le poème de Cristale m’y a fatalement fait penser, il traite peu ou prou du même sujet mais... en beaucoup plus subtil ! Je m’incline : :-D
Que dire de la forme ? Osée et réussie. Tant par la structure de la strophe que par la multiplication des enjambements, parfois acrobatiques. C’est la première fois que je rencontre cette disposition de sizain (12/12/6/10/10/6) – serait-ce une formation cristalline ? – pas évidente à apprivoiser (d’où, aussi, mes multiples lectures) mais finalement pertinente ; le deuxième tercet avec ses deux décasyllabes m’apparaît comme un rebond du premier.

Bref, j’ai adoré : merci, Cristale.

   Polza   
21/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Ce n’est pas la première fois qu’il me semble remarquer l’apparition de volets dans votre poésie (« Les volets clos » par exemple).

Ce n’est pas un reproche, rassurez-vous, c’est juste une constatation peut-être sans importance. Tout comme (et je le dis avec prudence, sans aucune affirmation) je trouve votre poésie cathartique dans certains de vos poèmes, peut-être celui-là en fait-il partie…

Vous usez parfaitement des allitérations sans que cela n’y paraisse, comme dans le premier vers, où le V rappelle le souffle du vent tandis que le deuxième vers introduit une allitération en R…

La forme est on ne peut plus originale avec ces alexandrins, ces hexasyllabes et décasyllabes. J’ai bien aimé la prise de risque à sortir de vos sentiers battus avec ces quelques rejets ou enjambements (je ne me souviens jamais !).

Je n’ai pas le temps de faire un super commentaire qui vous apporterait quelque chose de très utile, mais 2 petites réflexions tout de même.

« Ô nuit ! Ma douce amie,
Me diras-tu de quel espace-temps
Ils m’ont tendu leurs bras doux et tremblants ?
Je m’y suis endormie. »

J’ai trouvé cette fin magnifique (le reste du poème ne l’est pas moins).

« N’est qu’un moment d’absence.

En ce monde invisible, ils sont ce que je suis :
Une entité vivant l’instant que je poursuis »

C’est mon bémol quant à ce poème, la succession « N’est/sont/suis » sur 2 vers à peine, j’aurais peut-être supprimé l’une des 3 conjugaisons de l’auxiliaire, mais c’est votre poème bien évidemment…ça vous coûte néanmoins un écriture très aboutie en attendant vos éventuelles explications qui pourront pourquoi pas me faire changer d'avis...

   Ramana   
21/9/2026
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aboutie
et
aime beaucoup
Ah ! De part ma connaissance imparfaite des règles classiques, je ne pensais pas qu'un tel poème pouvait comporter quatre métriques différentes ; en tous cas, je n'aurais pas osé ! La lecture m'a été d'emblée difficile, mais après avoir persisté à relire, j'ai trouvé, après tout, que ces "sautes" de rythme traduisaient assez bien cette alternance d'un monde à l'autre, entre les 12/6 et les 10/5. Une seule petite peccadille juste pour vous taquiner, l'enjambement entre les vers deux et trois me gêne un peu (préposition en fin de vers).
Sur le fond, je vous suis, ou je crois vous suivre ; la sensation que vous décrivez n'est pas une fiction psychologique, mais je la crois liée à la réalité tangible d'un monde subtil qui serait le pendant notre univers matériel. L'un et l'autre seraient en interaction constante, ce dont nous ne serions conscients qu'à certaines occasions.

   Lebarde   
21/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un poème sombre, d’une grande tristesse dans lequel « une entité vivant l’instant » mais pour « quel espace-temps » encore avant de les rejoindre, invite « ailleurs que sous le marbre », les défunts de « ce monde de l’invisible » dont « le papier blanc », « sur les branches d’un arbre », conserve les noms et le souvenir et que l’auteure « entre rêve et sommeil » perçoit quand « d’un geste lent ils s’avancent », que « leurs yeux brumeux trahissent quelque émoi » ou que « leur pas sur le plancher » fait « flancher la lumière au plafond »…
Un bien joli sujet servi par une écriture poétique, vaporeuse et onirique à souhait qui évoque avec mélancolie et romantisme le dialogue entre les âmes mais aussi la crainte de la mort et de l’au-delà.
Magnifique.
Concernant la forme vous avez osé des sizains doublement hétérométriques rares dont vous avez le secret et probablement l’exclusivité, c’est une réussite.

Comment ne pas être séduit par cette originale et audacieuse poésie.
C’est superbe ; Merci Cristale

   tome15545   
21/9/2026
Comme quoi, de très bons poètes peuvent parfois se tromper et passer tout à fait à côté de la justesse en enfreignant les règles de base de la versification. Ce poème a besoin d'une mise en musique et d'une interprétation précise pour avoir une chance d'exister : il est impossible de l'apprendre par cœur sans un travail rigoureux et certainement pénible, et l'apprentissage d'une forme qui, ce n'est pas un hasard, n'a jamais marqué l'histoire poétique. On n'écrit pas sur trois mètres mêlés de la sorte. Cela a été essayé, oublié, puis réessayé puis encore oublié. Sans doute peut-on se croire parmi les premiers lorsqu'on s'essaie à ces formes disgracieuses, mais on est en fait un énième à emprunter une impasse qu'il faudrait baliser davantage.
C'est dommage, parce que des qualités d'écriture sont là, le fond est touchant, mais je n'ai pas envie de participer à des applaudissements devant cette cacophonie.
Je préfère travailler à cette entreprise de balisage, et planter un panneau danger.

   Damy Cantarrieu   
22/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Les morts-vivants dans une évocation magistrale toute en finesse et en douceur. On ne pleure pas les morts, on les embrasse inconsciemment, ainsi se fait le deuil.
Le contre rythme original est très musical. Il ne heurte pas l'oreille, il la berce.

   Pussicat   
22/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Quand j’ai vu le nombre de commentaires postés alors que nous sommes au lendemain de votre publication, je me suis dit : ne pousse pas cette porte, il sera bien temps de les lire plus tard, demain, un jour ou l’autre… et je vois 5 plumes, et là je me suis redit : d’accord.

Je vais faire court : c’est très très très bien écrit mais... (ah, ce « mais » qui fait de l’ombre) je ne sais pas (un pas de côté assez lâche, je le reconnais) si je n’aurais pas préféré le lire en vers libre tellement votre écriture s’y prête – et quelle écriture !

Votre aisance à déployer une idée en une phrase dans une strophe corsetée en alexandrin / alexandrin / hexa / déca / déca / hexa est tout simplement, et je l’écris sans flagornerie Cristale, époustouflante de fluidité.

En ce monde invisible, ils sont ce que je suis :
Une entité vivant l’instant que je poursuis
Sur les branches d’un arbre
De papier blanc, gardien du souvenir
De tous ces noms que j’aime réunir
Ailleurs que sous le marbre.

Je prends cette strophe en exemple mais j’aurais pu c/c tout le poème !

Et je vais même vous faire un aveu, je me sens très peu légitime à porter ici toute critique, il me suffit pour cela de choisir un vers, plouf, plouf, celui-ci par exemple : « Entre rêve et sommeil, j’ai fermé les volets, », tout y est !

Je comprends la mise en page centrée comme une visualisation de cet arbre de papier, toutefois avez-vous pensé à une version plus aérée, voire même déstructurée, avec espace, saut de ligne, blanc…

Je reviens sur l’ouverture « Les vantaux entrouverts, les rideaux vont au vent ; Le couloir assombrit le contre-jour devant » pour ses allitérations et sa rime qui m’ont enchantée.

Quant à la fermeture interrogatoire...

Ô nuit ! Ma douce amie,
Me diras-tu de quel espace-temps
Ils m’ont tendu leurs bras doux et tremblants ?
Je m’y suis endormie.

il est bon parfois de ne pas avoir, attendre, de réponse aux questions que l’on se pose.

C'est beau, délicat, un hommage au passé comme au présent, à la présence, aux souvenirs, aux êtres chers disparus qui habitent, animent une maison, à sa chair (si j'ai bien compris...) qui fleurit cet arbre de papier.

A bientôt de vous lire,

   David   
22/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cristale,

J'ai imaginé en lisant le poème un étrange personnage. C'est bien une narratrice, comme le signale à l'écrit le tout dernier E du poème. je n'ai pas imaginé une camarde, la mort elle-même, mais une sorte de cerbère, un personnage vraiment attaché, dans les vers, au passage de la vie au trépas. Un passage qui n'existerait pas, mais comparable à ce que peuvent raconter des religions et des mythes à ce sujet. Comme s'il fallait un espace entre la vie et la mort pour les penser. Ici, c'est simplement une maison, avec du bois, plancher, vantaux, volets. L'arbre lui-même n'est pas là, il n'est pas un arbre de bois, c'est un arbre généalogique, cette arbre de papier. Et donc la narratrice ne serait pas la mort, mais son clerc en quelque sorte, celle qui vient noter les noms des défunts sur les branches, et même celle qui vient juste noter la date du décès. Combien sont-elles, y a-t'il un autre étage pour les naissances ? Aux volets grands ouvert ? Une autre clerc ?

Je n'imaginais pas la mort personnifiée car la narratrice ne semble pas du tout omnisciente, elle ne sait pas grand chose, elle a juste son œuvre auprès de l'arbre. Je lui prête même un humour noire, avec son "Je m’y suis endormie."... jusqu'au prochain décès. Car elle ne semble vivre qu'entre l'obscurité et la lumière, et même comme c'est joliment mis en scène dans les vers, quand l'ombre l'emporte sur la lumière de la vie. Ainsi les ténèbres du couloir écrasent les rais du jour sous les portes, la lumière du plafond flanche contre l'ombre de la pièce. Est-ce encore de l'humour noire, ce :

"Ainsi j’apprends que l’éternel repos
N’est qu’un moment d’absence."

Les voix, que j'imagine comme les dernières pensées des défunts, ne se rendraient pas encore comptes... que ce moment est bien définitif. Pour eux c'est un "moment", pour la narratrice, c'est un "instant", "entre rêve et sommeil", comme si elle n'était jamais complétement là. Après tout, elle n'aurait que la date à noter.

La dernière strophe est jolie aussi, le peu de lumière dont bénéficiait les défunts est obturé, interrompu, et la suite ne semble pas du ressort de celle qui raconte. Pour elle, il n'y a plus que cette nuit qu'elle tutoie, qu'elle interroge sans attendre de réponse.

La forme donne un sorte de crénelage pas désagréable, une régularité un peu lugubre qui participe à l'ambiance, et les vers sont assez fluides, pas de diction trop prosodique à suivre, pas de diérèses.

J'aime bien un côté anecdotique de ce personnage, qui ne vit que pour un "instant", comme une pause, ce qui pour nous, "communs des mortels", durent un "moment", indéfiniment. Mais est-ce qu'elle serait jalouse de cette espace-temps ? Ça lui donne une humilité, une petite place dans le grand tout. Elle reste néanmoins "gardienne du souvenir", quelque chose de plus accessible, et c'est bien l'endroit pour l'écrire, oniriquement.


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