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Poésie classique
Cristale : L'esquisse
 Publié le 21/07/21  -  30 commentaires  -  1059 caractères  -  709 lectures    Autres textes du même auteur


L'esquisse



Sa jambe longue et fine ébauche un petit pas
Et ses cheveux ambrés, flottant sur ses épaules,
Frissonnent sous le vent ; magnifiques appas
Pareils à la ramure ondulante des saules.

D’un pied de ballerine aussi léger que l’air,
Elle avance en silence effleurant la callune ;
On la croirait sculptée au cœur d’un ruisseau clair
Et le grain de sa peau, poudré d’éclats de lune.

Une lueur esquisse une courbe en profil,
Une autre suit le galbe ové de sa poitrine,
Et d’une ombre plus bas que le trait du nombril,
À peine perceptible, un duvet se dessine.

Et du bout de tes doigts tu soulignes ses yeux
Et son front, puis son cou, ses bras et ses mains blanches,
Estompes de l’index les seins blonds et soyeux
Et frôles les contours du cambré de ses hanches.

Un soir, tu la couchas aux marches de l’autel,
Sur un drap de papier ; l’Ondine belle et nue,
Se vêtant des douceurs de ton crayon pastel,
De la toile sortit et t’aima sous la nue.


 
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   poldutor   
2/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour
Belle poésie délicieusement érotique, de beaux vers décrivant avec délicatesse la géographie féminine.

"Une lueur esquisse une courbe en profil,
Une autre suit le galbe ové de sa poitrine,
Et d’une ombre plus bas que le trait du nombril,
À peine perceptible, un duvet se dessine."

"Et du bout de tes doigts tu soulignes ses yeux
Et son front, puis son cou, ses bras et ses mains blanches,
Estompes de l’index les seins blonds et soyeux
Et frôles les contours du cambré de ses hanches."

Qu' en termes galants ses choses là sont dites !

Merci pour ce moment doucement "caliente" !
Cordialement.
poldutor en E.L

   socque   
5/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Sur un sujet classique, voire rebattu, une fort belle forme classique, très à mon goût, qui me semble épouser admirablement ledit sujet. Je lis des vers harmonieux, balancés, sonores. Mon premier coup de cœur :
On la croirait sculptée au cœur d’un ruisseau clair
Tout simple mais tellement visuel, évocateur !
La ramure ondulante des saules, les seins blonds et soyeux, le drap de papier, ne sont pas dégueulasses non plus à mon avis.
Les rimes me semblent venir naturellement, sans esbroufe ni banalité. La bonne mesure.

Je crois que le troisième quatrain est mon préféré, peut-être à cause de son érotisme clairement mais élégamment affiché, peut-être parce que j'apprécie son mouvement, que je "vois" la lumière caresser en arrière-plan la silhouette suggérée...

C'est amusant, parce que je me suis sans m'en rendre compte identifiée à l'artiste responsable de l'œuvre qui s'anime, au point que j'y vois une femme. Comme rien grammaticalement ne me l'interdit, je décide que l'Ondine belle et nue se livre aux amours saphiques, et puis voilà. Chapeau bas à vous, pour cette écriture assurée et délicate qui illustre très bien un univers graphique !

   Myo   
7/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une belle communion entre l'artiste et son œuvre dans cette ébauche qui se peaufine au fil des vers.
Beaucoup de sensualité et de légèreté dans le toucher des pastels.
Une esquisse qui se dessine devant nos yeux et semble finalement prendre vie.

Un petit regret pour les 5 "et" en début de vers ( dont 3 dans le 4e quatrain )

Je pense que toutes les règles du classique sont respectées.

Merci du partage.

En EL Myo

   Lebarde   
11/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
A la lecture de ce joli poème classique je vois, peut être ai je tort, un peintre, un artiste au fil des vers, “esquisser”avec ses pinceaux, modeler et corriger “du bout de l’index » la silhouette de son superbe modèle qu’il fait vivre dans son décor ( sa toile)
Il en est follement amoureux, c’est évident, et l’entraînera « aux marches de l’autel ».
L’écriture est d’une sublime élégance, d’une délicate sensualité, d’une douce fluidité, avec des images suggestives, des mots choisis, un rythme langoureux, de belles rimes.
A priori pas de fautes de prosodie que je ne cherche pas et ne voudrais surtout pas trouver pour ne pas décevoir mon plaisir.
Bravo.
Tout est magnifique, je prends tout et ne peux isoler une strophe, un vers en particulier.
J’aime et suis sous le charme.

En EL

Lebarde

   Donaldo75   
11/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C’est de la belle poésie, bien travaillée, qui se lit avec plaisir tellement elle illustre bien le thème et rend au lecteur des images subtiles. Je ne sais pas s’il faut commenter plus avant sans tomber dans le commentaire composé et détaillé ; la précision de la rime, le champ lexical fouillé, le rythme, la fluidité des vers, tout ceci ne peut que forcer l’admiration des poètes amateurs qui comme moi s’essaient souvent au classique.

Bravo !

   Beaufond   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
C'est incroyable ! Du vers pur ! Quelle harmonie explétive des sons vient habiter ce poème dirigé digne et haut vers le lieu de son éternité. Jamais pareille splendeur n'a su tutoyer la perfection avec tant de brio. C'est infini mais posé ! Mon cœur, mon cœur, je sens battre mon cœur vers une course folle, est-ce l'âme du monde ? Est-ce l'Amour ? Est-ce mon rire ? Est-ce le vide ?

   papipoete   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
bonjour Cristale
je voudrais bien un jour, songer " c'est pas terrible... ", mais non, rien n'y fait !
Sous sa plume, l'auteure regarde naître sous le crayon d'un peintre, le portrait entier d'une femme, qui bouge et semble présenter au regard chaque partie de son corps, sous le meilleur angle pour que l'esquisse s'étende... Ainsi achevé, le dessin " couché sur un drap de papier " s'anima un soir, jusque dans les bras de son créateur !
NB comment voulez-vous ne pas chavirer face à ce film en noir et blanc, non en demi-teinte puisque l'on découvre " des seins blonds et soyeux "
Force est de constater que notre " maîtresse de là-bas ", manie le mot et l'image à merveille quel qu'en soit le sujet ; le modèle du peintre s'anime dès le départ et se laisse peu à peu coucher sur le vélin...
Comment aimer un passage particulier ? la seconde strophe peut-être ? avec ce grain de peau si particulier ?
le final en plus joue avec le fantastique, dans ce moment vaporeux que pourrait chanter London Grammar...
en vain, je ne trouve aucun hic, et ce classique qui coule aussi tranquille qu'un papillon sur l'eau ; c'est énervant !

   Miguel   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Des vers d'une délicieuse musicalité, qui sont pleins d'images fortes et suggestives ; il y a là quelque chose de l'érotisme de Baudelaire, rien que ça. On est dans le mythe de Pygmalion transposé à la peinture, et il y a le dénouement qu'on espérait. Encore une petite merveille. Bravo.

   wancyrs   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Cristale !

Tu es une vraie magicienne ! je ne t'ai pas souvent lu, mais l'escale en vaut son prix ! On découvre ton poème comme le dessinateur découvre son dessin. Et tu parles d'une esquisse ? Un vrai régal ! En quelques secondes ton texte m'a fait vivre de vives émotions, même brèves ; d'abord j'ai cru assister à une scène de ballerine, pour ensuite revenir sur le papier avec l'artiste afin de vivre avec lui étape par étape la "création" de cette être qui va l'aimer sous la nue.

Merci !

   Bellini   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Cristale,

Voilà c’est fait, je viens de déchirer trente ans de poésie, 126 poèmes, 1200 quatrains, une centaine de tercets et quelques autres formes qui me séduisent moins. Pourquoi garder ce que je croyais être une œuvre dans son état de complétude ?

Le miroir que vous m’offrez ici, près de moi, se transforme dès votre absence en un portrait qui me vieillit comme celui de Dorian Gray. Votre source vive traverse mes berges indolentes, laissant derrière elle des graviers de désespérance aussi arides que les bulles de ma poétique. Relire Aristote ? À quoi bon ? Relire cet escroc opportuniste de Baudelaire, qui sut s’emparer d’un créneau disponible, celui de la Beauté du mal, après que Lamartine eût pris le ciel, Hugo la terre, et Musset la passion ? Oui, vous me désespérez, Cristale, vous ne partagez rien, vous ne laissez rien aux autres. Tout est en vous, Baudelaire, Lamartine, Hugo, Musset. Sur quoi écrire après vous ? Je ne me sens pas capable de poétiser les recettes de cuisine de ma femme. Alors quoi ? Vos caresses poétiques sont comme des baffes administrées sur la toile de ma finitude. Deux nouvelles rides viennent de creuser mon portrait. J’en viens à me réjouir d’un mois de tranquillité, le délai minimum avant les prochaines souffrances.

Si j’avais du courage je vous dirais adieu :)
Bellini

   Annick   
22/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Quand on lit ce poème, on n'a pas envie de le commenter, de le disséquer, surtout ne pas attenter à son intégrité.
Seulement le lire et le relire, s'imprégner de sa beauté, ne pas chercher d'où vient la magie. Se laisser porter par le mystère qui l'auréole.

Je suis entrée dans un sanctuaire et je me suis tue.

"D’un pied de ballerine aussi léger que l’air,
Elle avance en silence effleurant la callune ;
On la croirait sculptée au cœur d’un ruisseau clair
Et le grain de sa peau, poudré d’éclats de lune."

   pieralun   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Extrêmement joli et poétique.
«  et d’une ombre plus bas que le trait du nombril » pourrait avoir été écrit par Gainsbourg, pour le reste, je pense à Ophelia de Rimbaud je crois, celle qui flotte comme un grand lys à la surface de l’eau.
Non vraiment pas un mot ou une métaphore de trop, (peut être ové) mais c’est réellement très beau
Un grand bravo Cristale pour un commentaire et une appréciation au top, mais tellement sincère que c’est un plaisir de le faire.

   Davide   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cristale,

En plus de la délicatesse des vers – on le croirait écrit au pastel ! –, j'ai beaucoup apprécié la "progression" de ce poème : pas à pas, trait à trait, il se dessine sous nos yeux, prend forme, évolue, par touches successives, jusqu’au résultat final, plus vrai que nature ! L’idée a pris corps, mais au sens propre ; superbe dernier quatrain. Très bien trouvée aussi cette référence à l’ " Ondine", créature mythologique, qui, dans beaucoup de contes (des pays de l’est, notamment), cherche l’amour d’un humain pour devenir humaine, sortir enfin des eaux qui la condamnent à l’immortalité, du "cadre" dans lequel elle est enfermée (j’ai en tête l’opéra Rusalka, de Dvořák).

Oui, des vers vraiment ravissants :

"Sa jambe longue et fine ébauche un petit pas"
Sympa, l’utilisation du mot "ébauche" en clin d’œil, comme une mise en abyme de l’ébauche du peintre !

"Et frôles les contours du cambré de ses hanches"
Rien d’original en soi, mais déjà les doigts relayent les pastels, ouh là là, le portrait prend vie dans une exquise sensualité : des yeux, l’on dégringole en caresses jusqu’au cou, puis jusqu’aux hanches… puis…

"Se vêtant des douceurs de ton crayon pastel"
Après le sympathique jeu de mots/double sens en entame de la dernière strophe ("couchas (…) Sur du papier"), suite logique aux frôlements qui ont rudement excité la strophe précédente, l’image des vêtements pastel m’est apparue très… esthétique. Doux euphémisme, dirons-nous ; c’est qu’il faut faire attention de ne pas (trop) choquer son lectorat !

Ah oui ! Intéressant aussi, et ingénieux surtout, ce tutoiement (dès la quatrième strophe), qui nous positionne, nous lecteurs, autant dans l’exaltation de l’artiste que dans l’attente et l’étonnement de l’observateur… mais tous deux, ça c'est sûr, ont en commun d’être troublés par le charme et l’érotisme de cette scène presque surnaturelle ! Un très joli poème, en somme.

   Robot   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ce que je vais vous dire va paraître bien pâle à côté de cette superbe poésie classique qui donne par petites touches l'impression de l'évolution du travail d'un peintre.
Si le poème est classique, le récit se développe comme un ouvrage romantique.
Lamartine observant l'œuvre de Delacroix.

Une grande finesse de style et une fluidité d'écriture qui nous font traverser une irréalité devenue vivante.

   ferrandeix   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un poème d'une écriture témoignant d'un haut niveau sur le plan de l'élégance, du vocabulaire, de la syntaxe, mais aussi de la pensée. On comprend progressivement au fil du poème que la description ne concerne pas directement le sujet humain, mais sa représentation artistique sur une toile. Ce "second degré", cette évocation indirecte ajoute à la subtilité du poème. Le thème est celui du peintre et de la représentation qu'il réalise. On pense au mythe de Pygmalion sans que la référence soit citée... Belle sensualité d'ordre plastique, sans insistance. Le poème se termine par une évocation de l'Amour selon une forme très épurée.

Après un tel poème, j'aurais un peu honte de signaler quelques cacophonies et tours stylistiques quelque peu incongruent, alors je ne dirai rien.

   Eskisse   
21/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cristale,

Un très beau poème dont le tour de force est de glisser imperceptiblement du personnage peint à son créateur grâce à ce tutoiement qui arrive à la quatrième strophe, comme si le peintre et sa créature se fondaient. C 'est très fort.

Au plaisir

   GiL   
22/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Qu’est-ce que j’attends d’un poème vraiment classique ?
Une narration claire et rythmée, des vers limpides qui s’enchaînent naturellement, de belles rimes qui ponctuent le rythme sans se faire remarquer, un vocabulaire et des tournures soutenus sans afféterie, des images fortes mais simples ; bref, de la fluidité, de la densité, de la musicalité, de l’élégance. Et là, je suis servi !

Je ne commenterai pas les vers, qui sont parfaits.

La description des trois premiers quatrains est merveilleusement suggestive, le quatrième introduit la présence de l’artiste auquel s’adresse l’auteur : bien vu ! Enfin le dernier quatrain nous emporte dans un univers onirique où la chute, (presque) inattendue, revisite le mythe de Pygmalion.

Superbe poème !
Merci Cristale, j’en veux d’autres comme celui-là !

   Zeste   
22/7/2021
Les arts et les sciences sont d’essence céleste et par ricochet engagent par un langage universel de fait, une conversation, sorte de rapport intime de l’homme avec l’invisible. L’âme du poète étant suspendue à l’archet de Dieu. Et quel artiste que Dieu !
Voilà la réflexion que m’inspire la lecture de votre poème, les superlatifs et autres commentaires classiques seraient ici superflus !

   myndie   
22/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Cristale,

Voici, pour te dire toute mon admiration:

Que j’aime voir, chère écrivante
Ta plume de miel,
Comme une gaze affriolante,
Envoûter le ciel

De sa poésie sensuelle
Aux pastels si fins,
Aux reflets changeants de nuelle,
Onde sans confins!

Comme une dentelle, un flocon,
Ton exquise esquisse
Insuffle son rêve fécond
Aux coeurs d’Onirisse.

Je crois humer dans l’air l’effluve
Suave et brûlant,
Le feu dormant en son étuve,
D’un trouble galant.

Ta plume baudelairienne est un ravissement à nouveau.

Bien sûr, Baudelaire aurait écrit tout ça beaucoup mieux que moi.

Merci Cristale

   Cat   
22/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Songe éveillé d'une nuit d'été...

En premier plan, j'assiste à la naissance de Vénus sous les traits assurés et si doux de l'artiste.
Les touches se dessinent délicates et fines, révélant la beauté dans son plus simple appareil. Nature frémissante et sensuelle.

Zoom arrière.
Tableau dans le tableau, dans le silence ouaté de nuit d'un atelier habité de passion, m'apparaît l'artiste à son chevalet, yeux énamourés, désir crescendo, ourlant d'une grâce infinie la courbe d'une splendide nudité suscitant le désir en peaufinant le moindre duvet de « (son) crayon pastel ».

Je viens d'assister au coup de foudre de l'artiste pour l'esquisse qu'il est en train de faire naître sur « le drap de papier », et, magie de la plume qui imprime une aussi belle poésie, l’œuvre par l'appétit modelée, va se réveiller et sortir de la toile pour « l'aimer sous la nue ».

Et tout cela, sous les rimes, toutes aussi fines et nimbées d'érotisme de la Maître incontestée du romantisme chic et divin d'Oniris et d'ailleurs... Cristale.

Un pur régal à lire la nuit avant de s'endormir, ou bien le matin encore toute embrumée de sommeil...

Bravo, bravissimo, Maestro !
À te relire, toujours et encore aussi passionnée


Cat (ton 20ème commentaire, tout de même !^^)

PS : cinq plumes du premier coup !
Dis, t'en as pas marre à la fin ? :)))

   Damy   
22/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Exquise esquisse.

Je me joins à toutes les louanges auxquelles je ne saurais apporter d’éléments bien originaux si ce n’est, vois-tu, qu’avec les saules, le ruisseau, la callune, tu m’as transporté dans le milieu de ma jeunesse où, sur le bord d’un étang, j’ai souvent rêvé être accompagné par une ondine au duvet soyeux miraculeusement sortie de la surface de l’eau sur laquelle je l’avais dessinée.

Ton talent n’est pas que littéraire, il n’est pas que poétique, il relève de la magie.

   emilia   
22/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Tous les canons de l’érotisme romantique sont mis en œuvre dans cette sublime « esquisse » composée avec art et élégance comme à l’accoutumée…, en permettant au désir de s’éveiller et de voyager à l’instar de Baudelaire et son hymne à la sensualité devant les appas de la séduction. Le rythme musical soutenu par les allitérations dessine en délicatesse un portrait dont les formes ondulent sous les doigts de l’artiste en train de créer cette « ballerine-ondine » rendue si vivante, si présente, qu’elle semble « sortie de sa toile » et digne « d’être aimée sous la nue » par la magie de la poésie et son pouvoir imaginaire…

   Louis   
23/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
On assiste dans ce poème à la genèse d’un dessin d’art plastique, qui est aussi la genèse d’une femme et celle d’une œuvre poétique.

Une femme esquisse un mouvement :
« Sa jambe longue et fine ébauche un petit pas »
Elle « ébauche » un pas, dessine un élan vers une réalisation, dans la perspective d’un accomplissement ; elle avance vers elle-même, dans un processus qui la parachève, elle qui n’est encore qu’une esquisse féminine.
L’usage du verbe dans sa forme active : « ébauche », et non passive, pronominale ou impersonnelle, laisse entendre que le principe du mouvement se trouve en elle, dans sa « nature ». Elle qui, pourtant, s’avèrera une composition au « crayon pastel ».
Elle ne se présente pas comme une image figée, celle d’un corps inerte et sans vie.
Elle est en mouvement, elle « avance ».
Le premier vers est donc un premier pas. Le mouvement du poème se confond avec celui de son objet. Et cette jambe longue et fine apparaît comme une première lettre, comme ce « j » même initiant le mot. La mise en marche est aussi une mise en mots, la mise en route au rythme prosodique d’une poésie classique (quand bien même l’on ne trouvera aucun "enjambement" dans les strophes qui suivent)
Si l’« ébauche », et « l’esquisse » du titre renvoient au domaine "plastique" de l’art, le poème n’oublie pas qu’il est fait, lui, de mots.

Le poème avance au rythme lent des alexandrins, sans précipitation, et s’attarde sur les longueurs, « longue jambe », au bas du corps, et, dans sa partie supérieure, les longs cheveux :
« ses cheveux ambrés, flottant sur ses épaules »
Cela commence par ce qui s’étend, s’étire, prend des longueurs.
On s’éploie dans les "grands traits" de ce qui d’abord s’esquisse et se révèle au regard.
Un mouvement immobile s’associe au premier pas d’une avancée, dans le « flottement » des cheveux qui « frissonnent sous le vent »
Le premier pas est aussi le premier des « appas », le premier charme de cette femme, la première sensualité, la première de ses grâces désirables. Le premier trait qui la révèle est aussi le premier attrait.
Ainsi ce qui s’étend dans les premiers vers du poème révèle encore ce vers quoi elle tend, cette femme des lignes et des traits, vers une plénitude de charme au comble du désir.

Ce personnage féminin qui naît sous nos yeux de lecteurs-spectateurs n’est pas isolé de la nature. Il s’inscrit en elle : ses cheveux frémissent dans le vent ; elle est en correspondance avec les arbres naturels : cheveux « pareils à la ramure ondulante des saules ».
Cette femme n’est pas une abstraction, puisqu’en situation dans un monde matériel et vivant, placée dans un contexte naturel.
La deuxième strophe appuie sur ce point, par plusieurs métaphores. Plus encore, elle la fait paraître comme une émanation de la nature, comme un concentré de ce qu’il y a de plus pur et de plus beau dans les éléments naturels.
Elle est associée à l’air par sa légèreté :

« D’un pied de ballerine aussi léger que l’air ».

Tel un elfe, elle paraît, d’un corps né de l’air et du vent.
En mouvement, elle avance « effleurant la callune ». Semblable à la fleur émanant d’une bruyère. Cet effleurement est tout autant un affleurement, une émergence. Création est-elle, de l’air et de la terre, de la flore. Et aussi de l’eau :

« On la croirait sculptée au cœur d’un ruisseau clair »

Diaphane, en elle se marient la limpidité de l’eau et la transparence de l’air.
Une jeune fille en fleur. Fille du vent. Aquarelle. Elfe autant qu’ondine, Sylphe autant que nymphe, composés des plus pures parties de ces éléments où ils résident.

Dans la troisième strophe, c’est de la lumière qu’elle semble tirer son origine.
Celle de la lune, déjà en fin de deuxième strophe :

« Et le grain de sa peau, poudré d’éclats de lune. »

Et puis :

« Une lueur esquisse une courbe en profil »

La lumière n’éclaire pas seulement, mais « esquisse », mais dessine les formes :

« Une autre suit le galbe ové de sa poitrine ».

Ce n’est pas seulement une mise en lumière, mais une réinvention des formes sous l’effet de la lumière :

« Et d’une ombre plus bas que le trait de son nombril,
À peine perceptible, un duvet se dessine.»


Si dans les trois premières strophes, le personnage féminin semble une création de la nature, une œuvre d’art créée par elle, en elle, d’où la femme esquissée tire ses formes et sa matière, elle s’avère dans les vers suivants, parachevée par un artiste humain : « tu »
« tu soulignes ses yeux » : l’artiste donne les dernières finitions, il vise à parfaire l’esquisse naturelle.
Il souligne les éléments corporels qui indiquent une intériorité : les yeux « miroirs de l’âme »
« Et son front » : partie du visage comme reflet des sentiments, de la volonté, de la personne.
« Puis son cou » : l’attention portée aux yeux, et au cou, rappelle la manière des toiles de Modigliani, ses portraits remarquables.
L’artiste l’humanise ; il la féminise.

Le « crayon pastel » ne trace pas seulement les formes, il les caresse. « Douceurs de ton crayon pastel »
Il « estompe », « frôle »…
Le "toucher" du crayon réinvente les formes.
« La caresse, écrivait justement J.P. Sartre dans L’Être et le Néant, n’est pas simple effleurement : elle est façonnement. En caressant autrui, je fais naître sa chair par ma caresse, sous mes doigts. La caresse est l’ensemble des cérémonies qui incarnent autrui »
Cérémonie de la caresse, dans le temple de la nature : « tu la couchas aux marches de l’autel »
Le corps se révèle par la caresse, naît par elle, renaît dans un printemps charnel,
Les mains dessinent et inventent le corps aimé, le corps si vif de se savoir désiré.
Tant de conscience à la pointe des gestes. En incandescence.
Les doigts esquissent l’imaginaire dans la chair touchée, par les caresses composée et recomposée.

Ainsi les caresses du crayon finissent-elles par donner chair à la femme désormais accomplie, tout épanouie.

La carnation s’est confondue avec l’incarnation.
« Un soir tu la couchas », et l’accouchas ; un soir « tu » lui donnas plus que des lignes et des surfaces : une profondeur incarnée ; et une âme sensible.
La fille de l’air, de l’eau, et de la terre, la fille des éléments naturels, reçoit de l’artiste-Prométhée le feu qui embrase sa chair. Elle acquiert par lui l’élément qui manquait à son aboutissement.

Mais l’artiste ne prend pas tout à fait cette autre figure mythique, celle de pygmalion.
Il ne réalise pas le fantasme masculin de modeler une jeune femme à l’exacte mesure de son désir amoureux. La femme qui naît sur le « papier » préexistait à la magie de son crayon ; elle est une création de la nature avant d’être celle de son art. Lui, l’artiste, a parachevé ce que la nature a créé, il a donné un accomplissement à ce que la nature a initié, il a sublimé le présent de la nature. L’art est compris ici, tel que le concevait Aristote, comme une "Mimésis", comme une imitation de la nature. Plus particulièrement, comme l’imitation de la force créatrice de la nature. Le véritable objet de la Mimésis s’avère un processus, un développement "poïétique" qui engendre de nombreux effets et transforme la réalité. Mimétique est l’acte lui-même plutôt que son résultat final, l’histoire ou le travail de la production plutôt que le produit fini.
On n’est donc pas tout à fait dans le fantasme de l’homme cherchant à engendrer une femme idéale toute à lui. La caresse de son crayon, toute de respect, n’est pas une possession.
Il ne peut y avoir, de plus, chez l’artiste, qu’un plaisir de la découverte de son œuvre, dont il est le premier spectateur ou le premier lecteur, car l’objet énigmatique, l’objet obscur de son propre désir le fascine, et qui s’intéresserait à ce qui n’aurait aucun mystère puisqu’il ne tiendrait son être que de sa propre création ? Or, bien loin de la banale constatation de conformité, le créateur est surpris et ravi par ce qu’il découvre alors même qu’il jouit d’en être l’auteur. L’artiste, en effet, ne sait pas à l’avance ce que sera son œuvre une fois achevée. Ce plaisir de la découverte, associé à celui de la poursuite des lignes esquissées par la nature sont aussi ce qui conditionne une relation sublimée à l’objet créé, permettant donc un rapport libre et non possessif avec cet objet.

Mais l’effet pygmalion de la fin du poème signifie en effet que l’œuvre couchée sur le papier va devenir indépendante, extérieure à son auteur.
Il n’y a pas trop à craindre pour les personnages du poème qui ne connaîtraient pas, s’ils avaient à poursuivre leur vie de papier, les affres de ceux de Nabokov, et rien non plus pour l’auteure de ce beau poème, qui, si elle est en quelque sorte dépossédée de son œuvre avec cette publication, trouvera suffisamment de satisfaction dans la reconnaissance, par les commentaires suscités, de la qualité de sa création poétique.

   Vincente   
23/7/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
À croire que seul le regard soyeux de l'autrice a permis à l'esquisse jolie de s'accomplir en une superbe invitation artistique, tant l'advenue semble naturelle, évidemment parlante, harmonieuse, souple, émouvante, comme pétrie de justesse. Une certaine quintessence d'écriture poétique se propose là ; peut-être la plus "équilibrée" de l'autrice dans la maîtrise de tous les plans de sa poétique ; intention généreuse, narration discrète mais à la scénarisation efficace, aisance de la tenue formelle, douceur tonale, jusqu'à ce délicieux méta-final. Quelle très belle poésie !

Je parlais regard, je pensais au-delà de celui, premier, qui apprécie la scène "effective", à celui qui glisse, presque surfe entre les champs expressifs : celui d'une réalité toute réaliste, plaisante en elle-même (beau choix de "sujet" si je puis dire !), celui qui voyage entre l'ambiance, le support papier (celui du peintre, celui du poète écrivant) et la translation rêveuse – qui elle-même redessine et "réemploie" les différentes suggestions émotionnelles pour offrir au lecteur ce formidable creuset "sensationnel". Du bel art, oui, assurément du grand art.

   Nemo   
23/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Tout ce que je pourrais dire d'un aussi beau poème me semblerait d'une banalité affligeante.
Non, tout simplement, je suis muet d'admiration.

Merci Cristale.

   Cristale   
27/7/2021

   Yannblev   
27/7/2021
Bonjour Cristale,

La prosodie classique est impeccable et le dessin qui prend forme, formes, au rythme du récit sera a priori tout aussi classique et pareillement réussi.
L’esquisse est d'emblée déjà parfaite a priori.
A mon sens un peu de torride aurait sublimé cette idée d’un dessin merveilleux à venir… Il manque un peu de ces « Oiseaux déguisés » cher à Aragon. Ses secrets que le peintre expose ce sont des oiseaux déguisés, car, devant sa toile, a-t-il jamais peint ce qu’il voit ? et a fortiori ce que l’on voit …

Le dernier quatrain qui, dans tous les sens, signe l’œuvre est une vraie trouvaille.

Merci pour ce partage.

   Absolue   
27/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une créature surnaturelle apparaît sous les doigts de l'artiste... J'imagine un être délicat et sensuel qui surgit de la nature. Tout est lumière et transparence dans ce poème. Comme c'est doux aux sens et à l'oreille! Merci Cristale pour ce moment de grâce!

   Queribus   
30/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Que dire d'une telle perfection d'écriture à la prosodie et à la ponctuation impeccables avec un côté délicieusement baudelairien dans son érotisme délicat. J'ai aussi particulièrement apprécié le dernier quatrain qui vient comme une habile conclusion à l'ensemble qui précède. Votre écrit est parsemé de belles images poétiques qui se succèdent: "Sa jambe longue et fine ébauche un petit pas", ""magnifiques appâts pareils à la ramure ondulante des saules", ""d'un pied de ballerine aussi léger que l'air","On la croirait sculptée au cœur d'un ruisseau clair", etc.
En conclusion, tout est bon chez vous, y'a rien à jeter. On sent qu'il y a "du métier" et une longue pratique de la versification; ça n'est pas si courant que ça.

Bien à vous.

   EtienneNorvins   
25/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Merci pour cette très jolie version de Pygmalion ... ce qu'on ne saisit qu'à l'extrême fin - faisant oublier rétrospectivement les facilités maniéristes des 'magnifiques appas' ou du 'galbe ové' des 'seins blonds'.
Belle journée.


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