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Poésie néo-classique
Cristale : La robe d'organdi
 Publié le 27/10/13  -  14 commentaires  -  1242 caractères  -  307 lectures    Autres textes du même auteur

Poésie classique
Quatrains


La robe d'organdi



Le jour se déclinait en ombres étirées,
Le jardin ressemblait aux toiles de Renoir.
J’ai pris dans le placard mes bottines cirées,
Mon écharpe de soie et mon sac à main noir.

Dans la tiédeur du vent, le soir venait, paisible,
Le café sentait bon le pur arabica
Dans la tasse en Gien bleu, mais oui, c’était risible,
Qui ne sortait jamais du meuble en formica.

J’ai fermé les volets du salon, de la chambre,
La ville somnolait dans les bras d’un ciel clair
Comme il en est souvent à l’heure de septembre.
J’ai verrouillé la porte et gardé le bon air.

Sur ma couette en boutis, j’ai déposé ma robe
D’organdi, puis mes bas au moiré de satin,
Mes plus jolis dessous, neufs et blanc pur, qu’enrobe,
Dans un carton doré, un papier d’argent fin.

J’ai lissé mes cheveux à l’onde précieuse
D’un flacon « 1900 », gardé dans un tiroir,
J’ai parfumé ma peau d’une eau délicieuse :
« Chanel n°5 », devant mon grand miroir.

J’ai glissé sous ma robe un jupon de dentelle,
Et mes bas élégants, mes dessous virginaux.
J’ai fini mon café. Ils me trouveront belle
Sur mes draps brodés, froide, aux clochers matinaux.


 
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   socque   
13/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je voyais venir la conclusion depuis un moment (sinon, quel intérêt tous ces détails), mais cela ne m'a pas empêchée de trouver très réussis les deux derniers vers, dans leur sécheresse, leur désespérance calme.

Le mouvement du poème est bon pour moi (peut-être un tout petit poil lent), les choses sont dites nettement, dans les détails. J'aime beaucoup la rime très moderne "arabica"/"formica", mais je ne vois pas à quoi correspond cette histoire de tasse en Gien risible parce que d'habitude elle ne sort pas du meuble (enfin si, d'accord, c'est risible parce que la narratrice l'étrenne au moment où elle va mourir, seulement avec ce "mais oui" en plus, je trouve qu'on est dans la grosse cheville).
La rime "précieuse"/"délicieuse", que d'ailleurs j'ai utilisée tout récemment, me paraît regrettable car employant des mots proches du synonyme ; c'est vrai qu'elle est très tentante !

Quelques belles images, sinon, pour moi, les bras du ciel clair par exemple. Les rimes sont solides à mon avis et l'ensemble soigné, assuré. Du beau travail pour moi, bien que le poème soit un peu trop prosaïque à mon goût. Je vois bien le parti-pris, mais cette accumulation ménagère de bottines cirées, d'écharpe de soie, de sac à main noir, de volets, de porte qu'on verrouille, de couette en boutis, de dessous neufs, de carton doré, de papier d'argent, la citation de marques, le jupon de dentelle, la répétition des bas et des dessous, tout cela me paraît déséquilibrer à force le poème, faire oublier la gravité du propos. Je pense qu'il serait bon d'accorder un peu plus de place à la contemplation du soir, de la beauté du monde auquel la narratrice renonce, pour avoir un excellent poème.

   Robot   
14/10/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette poésie se termine par un choc pour moi inattendu. Je ne sais pas si en classique on accepte les abréviations numériques comme N°5 bien qu'il s'agisse d'une marque, l'équipe de correction nous le dira. Le texte est fluide et agréable. Robe et enrobe me paraissent un peu parentes pour des rimes (avis personnel) mais j'ai apprécié l'ensemble qui mérite une belle appréciation.

   Jano   
14/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une poésie au parfum délicieusement désuet. C'est une dame d'un autre temps qui décide de quitter la vie. Pourquoi ? On n'en saura rien. C'est justement tout l'attrait de ce mystérieux départ que d'enflammer l'imagination.
Je ne suis pas un expert de la prosodie classique mais tout ici me semble judicieusement mis en place. L'harmonie est présente du début à la fin.

   Ioledane   
15/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un joli poème plein de délicatesse et de sensibilité, aux vers assez fluides, où le pathos ne s’étale pas.

J’aime cette retenue, ainsi que les vers 1 et 10, imagés et élégants.

Quelques éléments de forme ont cependant gêné ma lecture :
- « mais oui, c’était risible » : cela fait vraiment trop « cheville » pour moi, un gros « couac » de lecture
- 2 hiatus indésirables : « doré, un » et « café. Ils »
- n’y a-t-il pas en principe une diérèse sur « couette » ?

ainsi que des incohérences apparentes :
- la tasse qui ne sort jamais du meuble mais sent bon l’arabica (sans doute est-elle sortie ce jour exceptionnellement, mais l’imparfait sur l’imparfait ne permet pas d’apporter cette précision et le sens de la lecture en est perturbé)
- la robe qui est déposée sur la couette en boutis, et sous laquelle on glisse un jupon – en s’apercevant seulement après coup qu’elle est subitement passée sur le corps de la narratrice.

Les expressions « à l’heure de septembre » et « aux clochers matinaux » ne me paraissent pas non plus des plus pertinentes, bien que poétiques.

Il me vient une suggestion pour remplacer cet horrible « oui mais, c’était risible » :

« Dans la tasse en Gien bleu, d’habitude invisible,
Oubliée au fin fond du meuble en formica »
ou « Dans le fond oublié du meuble en formica »
ou quelque chose du même acabit, qui permettrait du même coup d’enlever l’incohérence n°1.

   Hananke   
27/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

Ce joli poème présente un grand moment de calme avant
la tempête finale.
Une grande paix semble envahir le narrateur de ce texte comme
il doit en exister chez ceux décidés à passer à l'acte.
La préparation est bien rendue par l'envie de profiter pleinement
de ces derniers instants.
Dommage, pas de vers exceptionnels, une issue prévisible
mais au final un poème qui montre de belle façon
la solennité du moment.

   Anonyme   
27/10/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Cristale,

je m'étais juré de ne pas rester sur la mauvaise impression de votre précédent texte : " OÙ ? "
J'avais déplacé mon curseur un peu fort sur la gauche, "aveuglé" , comme je l'avais dit, "par une mousse classique exubérante".
Je ne cherche pas à me rattraper. Juste à saluer une forme de poésie classique/contemporaine que j'aimerais personnellement trouver plus souvent sur le site.

J'ai été séduit par votre poème, c'est peu de le dire. Je lui trouve même une sorte de perfection stylistique, dans le parti pris que vous avez adopté.
Rien n'est plus terrible qu'une tragédie qui se met en place dans la banalité du quotidien.
Cette lente mise en scène, où jusqu'au bout l'héroïne regroupe autour d'elle tout ce qui aurait dû faire son bonheur, on en devine l'échéance, et en même temps on a envie de voir défiler ces objets. On a envie de savoir... Je dis bien "savoir", pas " comprendre " , car vous auriez eu bien tort d'expliquer quoi que ce soit.
Alors oui, bravo à cette sobriété, cette élégance, qui viennent se fracasser sur la tragédie finale.

Juste un point ou deux sur la forme :

" Le jour se déclinait en ombres étirées" ... Je ne connais pas de forme pronominale au verbe "décliner" hormis lorsqu'on parle de grammaire latine ou autre, ou dans l'énoncé de sous-classes. Le jour "décline" . Peut-être avez-vous choisi volontairement cette forme pronominale, auquel cas ce parallèle avec la grammaire ou une sous-classification a du mal à trouver tout son sens.

" Le jardin ressemblait "... Il y a peut-être un verbe plus expressif à trouver.

" Dans la tasse en Gien bleu, mais oui, c’était risible" ... 100% d'accord sur l'idée. 100% d'accord sur l'interjection. Seule me gêne l'expression "mais oui".
Je prends tout le reste... et les deux derniers vers sont à tomber par terre. Ce "froide" , toute seule à l'hémistiche, donne des sueurs froides. Bravo, bravo, bravo.

Ludi

   HELLIAN   
27/10/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je ne ferai pas mon malin en traquant l'ultime détail prosodique imparfait. A ce propos tout a été dit supra, quoique, perso, rien ne m'ait gêné. Non, j'aime beaucoup la méticulosité du propos et même si, comme dit socque, on sans venir le coup, justement la mécanique n'en devient que plus inexorable. Mais ce qui me séduit le plus sans doute, c'est justement l'entreprise de séduction mise en œuvre par le personnage à destination de la mort tout autant que de ceux qui vont la découvrir. Il s'en dégage un érotisme frissonnant qui confère au poème, ce me semble sa véritable dimension. Un poil au dessous, je partage l’enthousiasme de Ludi. Bravo, bravo !

   PIZZICATO   
27/10/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
En première lecture je me suis laissé porter par cette description méthodique (que j'ai trouvée un peu longuette) avec des alexandrins de bonne facture. Et puis clac !! la gifle des deux derniers vers .

Alors, à la deuxième lecture vient nous bien faire remarquer l'utilité de tous ces détails; ils font partie peut-être du dernier bilan de la vie à ce moment précis.
Déjà la troisième strophe nous annonce la chute.
Et puis, on a envie de le relire...
J'ai moins apprécié " Chanel 5 "

   Miguel   
27/10/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau texte ; le contenu, le détail, la chute, et surtout les images et la mélodie des vers. Le "froide" à l'hémistiche, entre virgules, peu euphonique certes, a le mérite de frapper les sens et de créer un effet. Ce personnage mis en scène nous est donné à voir dans son action, et son désespoir éclate à la fin de manière saisissante. Mais je reviens sur ce qui m'a le plus charmé : la musicalité des vers.

   Anonyme   
27/10/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cristale... Je vais commencer par ce qui m'a frappé d'emblée, le double hiatus "doré, un" puis "café. Ils".
A moins d'un amendement de dernière minute apporté à la prosodie classique, à mon avis ce texte n'est pas dans la bonne catégorie. Cela dit, ça n'enlève rien à sa qualité intrinsèque et ce cheminement vers une mort désirée est très bien amené ; j'ai une préférence pour les premier et dernier quatrains. Le formica et l'arabica ne me semblent pas très poétique mais la rime oblige.
Un plus pour le, froide, entre virgules du dernier vers.
J'attendrai, pour y accoler une appréciation, des éclaircissements sur ce que je considère, peut-être à tort, comme une double entorse à la prosodie qui régit l'écriture classique.

Edit... Je vois que l'on s'est concerté en coulisses car le poème est passé de Classique à Néo-Classique. Dura lex, sed lex ! Je suis vraiment navré Cristale mais je pense que vous comprenez mes objections qui ne vous étaient pas, bien entendu, directement adressées.

   David   
5/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Cristale,

Il y a quelque chose d'étrange à la lecture, dans l'atmosphère de ce poème. J'ai eu du mal à me le représenter alors je vais laisser la trace de mes impressions : je ne doute pas qu'il s'agit d'une narratrice mais dans la formulation et même dans le mouvement du poème, le féminin m'a semblé plus présent que la femme proprement dit, et j'ai eu cette pensée : un travesti n'aurait pas été trahis par les mots du poème, ces personne utilisent les mêmes apparats que ceux évoqués pour mettre en scène leur féminité.

L'important, c'était ce soupçon "d'inversion" qui m'est venu, il ne tient pas qu'au personnage mais à la scène elle-même. C'est un striptease inversé, le personnage revêt "ses plus beaux atours" pour se coucher, on peut supposer qu'elle est nue aux tous premiers vers.

Il y a une autre "inversion" avec la mort qui est évoquée à la fin, et même cet adjectif de "virginaux" peu avant celui de "froide". Un striptease renvoie un symbole de fertilité il me semble, même si c'est aussi une évocation de l'extase, du plaisir, bref, c'est un symbole de vie. L'extase n'est pas absente, la narratrice semble bien mettre en scène quelque chose de proche, tout autant préliminaire mais d'autre chose que ce qui viendrait le plus naturellement à l'esprit.

C'est une sensualité un peu angoissante qui ressort au final, à contre courant, à contre emploi, pour une lecture assez singulière.

   Anonyme   
17/11/2013
Une poésie tout en images ! Je revois Seraphine, Seraphine Louis et sa fin tragique...
Dommage qu'on pressente la fin dès le début du troisième quatrain mais j'ai beaucoup apprécié l'atmosphère rendue.

   OKelsyn   
3/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
En lisant ce texte j'avais envie de le lire et de le relire encore à voix haute, et c'est ce que j'ai fait. Les mots sont bien choisis, ils sonnent à l'oreille, il y a presque une musicalité pour moi.

Une musique qu'on écouterait attentivement, les jambes croisées, à l'image des rimes.

C'est délicat et féminin.

La première phrase m'a directement portée par son image :

"Le jour se déclinait en ombres étirées, [...]"

je retiens une image que je trouve belle aussi :

"La ville somnolait dans les bras d'un ciel clair"

Je pense que ce poème mériterait presque une suite. Il contient peut-être juste ce qu'il faut après tout, et laisse la place à l'imagination.

   jfmoods   
4/9/2016
I) Une séductrice sur le départ

1) Le raffinement du vêtement

Une certaine élégance se dégage de la mise en perspective des éléments vestimentaires soigneusement sélectionnés par la locutrice ("bottines cirées", "écharpe", "sac à main noir", "robe d'organdi", "bas au moiré de satin", "plus jolis dessous", "sous ma robe un jupon de dentelle", "bas élégants", "dessous virginaux").

2) Des touches de sensualité

La vue ("toiles de Renoir", "tasse en Gien bleu"), le goût ("café" x 2, "le pur arabica"), l'odorat ("flacon 1900", "Chanel n°5", diérèses : "onde précieuse", "eau délicieuse"), le toucher ("la tiédeur du vent", "J'ai lissé mes cheveux") imprègnent l'atmosphère. L'absence notable de bruit suggère que le moment à venir est solennel.

II) Le grand départ

1) Une clôture

Le cadre spatial fait cheminer le lecteur d'un côté à l'autre de la maison ("Le jardin", "La ville"), orientant une obturation progressive de la perspective ("fermé les volets du salon, de la chambre", "verrouillé la porte") jusqu'à l'espace intime ("sur ma couette en boutis", "devant mon grand miroir", "sur mes draps brodés").

2) Des indices révélateurs du véritable enjeu du poème

La qualité de la tasse ("Gien bleu") intrigue. Elle se doit d'entourer un moment exceptionnel. Or, la locutrice n'est pas en société, mais seule. Le présentatif ("c'était risible") laisse planer l'ombre d'un cabotinage : celui d'avoir voluptueusement cédé à la tentation grandiose, théâtrale, de l'empoisonnement romantique.

Merci pour ce partage !


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