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Poésie classique
Cristale : Le dernier berceau
 Publié le 16/04/14  -  18 commentaires  -  888 caractères  -  497 lectures    Autres textes du même auteur

« Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer. »
– Antonin Artaud –

J'ai choisi d'écrire.


Le dernier berceau



Ce matin sans soleil, le berceau de bois clair
Ondoyait. Mes yeux lourds. Ciel de brume immobile.
Le berceau de bois clair, sous ma main malhabile,
Flottait. Roide. Impassible. Entre la flamme, et l’air.

Sur un drap de satin, le fruit blond de mon antre
Dormait. Regard éteint. Blême et silencieux.
Le fruit blond de mon antre et mon sang, précieux,
Gisait. La bouche close. Oh ! Douleur en mon ventre !

Un appel inaudible, au crépuscule froid,
Râlait. L’écho d’un cri. Rivière de silence.
Au crépuscule froid, la berceuse, en cadence,
Pleurait. Ce front glacé. Blanc. Baiser. Désarroi !

Le berceau s’éloignait. L’horizon, phare étrange,
Rougissait. Seuil béant. Abysse incandescent.
L’horizon, phare étrange, infernal, indécent,
Brûlait. Cendres vers Dieu. Larmes. Dors, dors mon Ange.


 
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   socque   
30/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Tout d'abord, je tiens à vous dire que, ignorant si votre poème est l'expression d'un deuil que vous ressentiriez, et dans la mesure où vous avez choisi de le présenter sur un site littéraire, c'est sous un angle littéraire que je le commenterai, non sous celui d'un éventuel témoignage, en vous priant de m'excuser si ma franchise vient exacerber une douleur.

Je ne sais pas si le choix de ce rythme saccadé, ces phrases nominales courtes, servent vraiment le poème. Je pense qu'ils expriment bien l'horreur, le désespoir brutal de la narratrice (je pense à une femme, bien que grammaticalement rien ne l'indique, à cause du "fruit blond de mon antre"), mais me paraissent trop systématiques pour ne pas faire procédé. Je pense qu'il aurait mieux valu en user avec plus de discrétion.
Sinon, j'ai l'impression que le champ lexical est parfois inadapté pour un texte qui, me semble-t-il, se veut un cri de douleur. "Désarroi", pour moi, ne va pas du tout dans la bouche d'un parent qui pleure la perte de son enfant, il est beaucoup trop littéraire et distancié. Idem pour l'abysse incandescent, le sang "précieux", le "drap de satin" : la touche presque mièvre qu'apportent à mon sens ces deux expressions vient pour moi comme une faute de goût.

Il n'en demeure pas moins qu'à mes yeux les vers sont fluides, naturels (à part l'excès de phrases nominales), et que le caractère comme halluciné du dernier quatrain, avec l'horizon "indécent", me parle. Un beau poème, au final, pour moi, mais auquel la forme classique apporte peut-être une distance inadaptée au sujet... Il est vrai que celui-ci est particulièrement difficile.

   Ioledane   
6/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce poème est saisissant. Sur la trame d'une prosodie classique irréprochable (me semble-t-il), se dévide le fil d'un drame que l'on ne souhaite à personne. Les phrases hachées, les rejets renforcent l'âpreté des images : "Ciel de brume immobile", "L'écho d'un cri. Rivière de silence", "L'horizon, phare étrange / Rougissait", "Cendres vers Dieu". La structure, identique d'un quatrain à l'autre, martèle la douleur lancinante.

J'ai moins aimé "le fruit blond de mon antre". Mais l'ensemble reste très percutant. Bravo.

   Condremon   
16/4/2014
J'ai choisi d'écrire.
Et moi j'ai choisi de vous lire, et de vous le dire.

   Damy   
17/4/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Vraiment très ému, jusqu'au bord des larmes, par le choix des mots si délicats, posés comme une mantille, et par l'expression hoquetant, suffocante, comme des sanglots de ces sentiments si douloureux et que la poésie transcende.
Merci, Cristale

   Anonyme   
16/4/2014
Bonjour Cristale

Face à votre douleur, qu'on imagine insupportable, que peut le commentateur, sinon témoigner de sa compassion.

   Hananke   
16/4/2014
Bonjour

Comme le dit socque, si ce poème est l'expression écrite
d'un deuil d'enfant, il est pour moi impossible à commenter.

La poésie sert d'exutoire pour l'auteur, dit-on, ce texte en est
une image très forte.

Mais malgré cela, ce style télégraphique ne me sied guère.
Bien sûr, nous sommes loin des longues plaintes romantiques
mais entre le style sms et les grandes tirades, il devrait y avoir
un juste milieu.

Bien à vous.

Hananké

   Robot   
16/4/2014
Que dire sur un tel poème du déchirement, sinon peut être en référer à Malherbe:

Mais elle était au monde , où les plus belles choses
ont le pire destin;
Et rose elle a vécu ce que vive les roses
L'espace d'un matin.
...
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles
On a beau la prier,
La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

"CONSOLATION A MONSIEUR DU PÉRIER sur la mort de sa fille."

Je m'abstiens de toute autre appréciation.

   leni   
16/4/2014
Emouvant La répétition premier- troisième vers est admirable pour exprimer....cette détresse Leni

   Anonyme   
16/4/2014
Bonsoir Cristale. L'incipit "J'ai choisi d'écrire" laisse présager une tragédie trop personnelle pour être commentée par le premier venu.
Pour ce qui est de la forme (ici sans grande importance), si la prosodie classique est parfaitement respectée, je n'aime pas ces vers trop hachés sans doute inspirés par la gravité du thème ici traité...

Bien à vous, Alexandre

   fugace   
16/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cristale,
Quand il ne reste plus rien, ou presque, il y a la feuille blanche pour recevoir notre détresse.
Votre poème a une vérité qui laisse le lecteur muet.

   Anonyme   
17/4/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,
Outre le fond qui bien entendu est boulversant, la forme que vous employez est magnifique. Emplie de pudeur.
Merci.

   Edgard   
17/4/2014
Bonjour
Le message est tellement bouleversant que l’on pourrait s’interdire de commenter la forme. Mais il s’agit d’un poème- d’une création littéraire- et présenté comme tel.
Je mets donc, avec peine, de côté la compassion, juste un moment. C’est un beau texte, mais le choix des champs lexicaux parfois met une distance ( le côté analyse des sentiments) avec l’émotion qu’il suffirait de suggérer.
Main malhabile, Désarroi, Abysse incandescent…impassible… indécent…
Pourquoi « roide »
Pourquoi l’imparfait, qui met aussi une distance, et pas le présent ?
Ceci dit, c’est trop difficile d’évaluer. Le fond emporte tout, et c’est beaucoup de courage d’écrire ce poème. Il fallait l’écrire, n’est-ce pas ?

   Miguel   
17/4/2014
On hésite à émettre des réserves sur ce texte, de peur de paraître insensible à ce qu'il exprime. Mais justement, ce cri de douleur aurait été plus achevé, pour moi du moins, sous une autre forme que ce rythme syncopé, ce procédé récurrent, envahissant, de phrases nominales, de flashes, qui a gêné d'autres lecteurs. Peut-être cette déstructuration syntaxique se veut-elle l'expression d'un effondrement total, d'une impossibilité de dire ... on peut le comprendre ainsi.

   Eclisse   
6/5/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cristale.

Pour ce qui me concerne, ce que j'aime à trouver dans la poésie, c'est l'émotion qu'elle provoque. Ici, c'est ventre noué qu'on fait lecture. Bravo.

   Cox   
12/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Trouver un texte ayant cette allure dans la catégorie classique m'a surpris. Mais en bien en fait. Je ne trouve pas que ce rythme desserve le poème; il donne à "ce grand niais d'alexandrin" une coloration plus personnelle, plus percutante, et plus moderne aussi je trouve, tout en conservant sa douce musique.

Rien à dire sur le fond, qui est bien traité, l'émotion est bien présente. Le résultat est original, efficace et touchant

   FABIO   
5/12/2014
 a aimé ce texte 
Un peu
Il se dégage beaucoup d'émotion de ce texte mais je n'accroche pas sur la structure, pour moi ca manque de souplesse mais les images sont poignantes.

   kamel   
24/4/2015
Bonjour Cristale

En choisissant l’écriture, vous arrivez mieux à dire ce que vous pensez en relatant cet évènement tragique du « dernier berceau », un titre au choix de son thème explique bien cette aventure mélancolique aux yeux des lecteurs, cette poésie classique est bien menée sur la forme mais son fond se fond dans un désespoir obscur et sans issu, d’autres vers s’écriront plus tard et suivront peut-être ce chemin dans ce que l’on appelle une « tragédie »
Merci Cristale

   jfmoods   
28/6/2016
Poème de quatre quatrains en alexandrins, à rimes embrassées, presque exclusivement riches, égalitairement réparties entre masculines et féminines.

Un même principe de construction gouverne les quatre strophes...

- la répétition du second hémistiche du vers 1 au premier hémistiche du vers 3 appuie sur l'effet de gradation à l'oeuvre dans le texte (du contenant enveloppant au contenu inerte, du présent dilapidé à l'avenir introuvable)
- les rejets des verbes à l'imparfait, aux vers 2 et 4, matérialisent la chute vertigineuse, obsédante, inexorable, des repères
- des phrases nominales, toujours aux vers 2 et 4, traduisent la détresse, la douloureuse impuissance d'une mère

Seul élément indépendant de cette mise en forme générale, l'impératif anaphorique qui clôt le poème ébauche, par la prise de parole, le lent et salvateur travail du deuil. La majuscule ("mon Ange") porte le poids incommensurable de l'amour maternel. Le titre du poème ("Le dernier berceau") laisse à penser que la femme ne sera plus en mesure de mettre au monde un autre enfant. Comme le laisse entendre l'entête, la charge est dévolue aux mots de tenter de combler le désarroi de cette perte traumatisante.

Merci pour ce partage !


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