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Poésie classique
Cristale : Les manoirs de l'Iroise
 Publié le 09/04/17  -  24 commentaires  -  2097 caractères  -  376 lectures    Autres textes du même auteur

Sextine

Mon intérêt pour les formes fixes anciennes : sonnet, rondeau, ballade, pantoum, etc. m'a fait découvrir la « sextine », forme fixe complexe, dont l’invention est attribuée au troubadour Arnaut Daniel (1180-1210).

J'ai appliqué les règles de la sextine selon le « Nouveau traité de versification française » par Charles Le Goffic.


Les manoirs de l'Iroise



Votre ombre à mes côtés, cette lettre courtoise
Je la lis et relis le long des promenoirs.
Les bateaux des pêcheurs ondulent sur l'Iroise ;
Des mâts, les cormorans plongent dans l'eau turquoise
Où des magiciens cachent sous les flots noirs
Quelques gréements hantés comme de vieux manoirs.

J'aimerais retrouver le chemin des manoirs
Que nous foulions hier, votre façon courtoise
De me prendre le bras quand des orages noirs
Illuminaient d'éclairs l'arche des promenoirs.
En riant nous cherchions améthyste et turquoise
Dans les galets polis des bords de mer d'Iroise.

La Presqu'île abritait le ventre de l'Iroise
Dentelé de récifs, de ruines de manoirs,
Où brillait l'océan et sa robe turquoise.
J'ai le souvenir quand, de votre voix courtoise,
Vous me faisiez l'honneur dans l'air des promenoirs
De tenir mon chapeau, ma cape et mes gants noirs.

Nous regardions au loin sur les gros rochers noirs
S'écraser le ressac turbulent de l'Iroise ;
Le vent criait si fort ! Fuyant les promenoirs
Nous rêvions d'un abri sous les tours des manoirs ;
Votre main dans la mienne était tendre et courtoise
Quand vous m'avez offert une pierre turquoise.

Vous aimiez de mes yeux cette couleur turquoise
Qui brillait, disiez-vous, entre mes grands cils noirs.
Moi, j'aimais tout de vous ; la manière courtoise,
Cette délicatesse à me conter l'Iroise,
Les dunes et remparts, les murs d'anciens manoirs
Recouverts de lichens près des grands promenoirs.

L'écho résonne encore au dais des promenoirs
De vos sonnets charmants sur mon regard turquoise.
L'horizon vous éloigne un peu de ces manoirs
Et le ciel est moins bleu, les nuages plus noirs.
Reviendrez-vous un jour sur les eaux de l'Iroise
Déclarer votre flamme à la grâce courtoise ?

Courtoise est la tristesse au fond des promenoirs ;
L'Iroise dans son lit emporta la turquoise.
Noirs, mes rêves sans vous font de l'ombre aux manoirs.


 
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   David   
12/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Le poème me semble très correct, d'autant plus avec la difficulté de cette forme fixe, mais je dois avouer que je suis peu fan de l'Iroise, le mot, car je l'ai souvent croisé en lisant des poèmes. Plus prosaïquement, le jeu de rimes ne profitent pas à plein du fait qu'il repose sur la même voyelle, sur un son consonantique, ça fausse un peu l'impression de faux désordre, l'effet "escargot", que la forme aurait pu donner au poème.

   Proseuse   
13/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Bon, je ne suis, sans doute, pas franchement ,la lectrice qu 'il vous faut, je suis si rebelle que même en poésie, les règles des fois m' escagassent , ceci dit, je suis tout de même très admirative de votre travail et c' est en ce sens que je me suis décidée à mettre un petit commentaire ! votre poème est pour moi une énigme tout autant qu' une prouesse, mon seul souci est que la forme empiète largement ( pour moi) sur le fond .( je noterai donc ici plutôt la forme , pour le travail certain de prosodie )
Merci pour ce partage !

   lucilius   
17/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Malheureusement, je n'aime pas la composition de la sextine avec ses permutations d'ordre permanentes. Pourquoi ? Parce que je la trouve paresseuse à toujours utiliser les mêmes mots de fin.
Je reconnais néanmoins une belle aisance et une fluidité rendant plaisante la lecture de ce texte qui m'évoque les dernières chansons de geste davantage orientées sur l'amour et la courtoisie.

   Curwwod   
20/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une vraie réussite que ce poème cyclique dont la technique est parfaitement maîtrisée tout en n'offusquant pas la dimension poétique qui s'exprime à travers un rythme très musical , des sonorités harmonieuses, de très subtiles images, le tout baignant dans une atmosphère, un climat doux amer qui m'enchantent.
je suis très heureux que vous ayez exhumé une de ces formes fixes anciennes bien trop souvent négligées car qualifiées de ringardes.
c'est un superbe poème, bravo.

   PIZZICATO   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Donner un vrai sens à une poésie en utilisant les mêmes mots rimés tout au long, je trouve que c'est une prouesse.
Le charme des images estompe les contraintes de la forme.
" Des mâts, les cormorans plongent dans l'eau turquoise
Où des magiciens cachent sous les flots noirs
Quelques gréements hantés comme de vieux manoirs." J'aime beaucoup celle-ci.

   leni   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Tout d'abord je rends hommage au travail de recherche de Cristale
La robe doit avoir la bonne taille A première lecture on boit la tasse dans toutes les rimes en oise La seconde disons plutôt la deuxième lecture permet d'imaginer combien on doit jongler pour respecter les conventions C'est à me rendre fou a la troisième lecture seules les
images importaient IL n'y avait plus que
les cormorans les manoirs l'honneur de tenir ma cape et mes gants
noirs votre main.. moi j'aimais tout de vous

ET cette finale de joalilier

Courtoise est la tristesse au fond des promenoirs ;
L'Iroise dans son lit emporta la turquoise.
Noirs, mes rêves sans vous font de l'ombre aux manoirs.

Superbe et j'ajoute cela a l'air aisé et ne sent pas le travail

Mon salut très amical MERCI

   socque   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je crois vraiment que ce n'est pas de votre faute si je ne suis pas envoûtée par cette histoire nostalgique d'amours languissantes le long des promenoirs, non loin de la turquoise mer d'Iroise ; j'y retrouve votre versification élégante, votre voix douce, murmurante et en même temps précise.

Mais, à cause des contraintes de la forme que vous avez choisie, tout cela me paraît quelque peu ressassant : les flots, gants, orages, rochers, cils, noirs, l'eau et le regard turquoise, les promenoirs avec leur arche et leur air, tout cela de façon, de manière courtoise dans des manoirs au bord de l'Iroise... Trop c'est trop. Trop long, déjà, et sur toute la longueur brassant la même atmosphère. Tout se passe en plein air et tout me paraît renfermé.

Alors, je le répète, pour moi votre talent n'est pas en cause, mais je me dis que cette forme de sextine impose tant de retours aux même rimes qu'il est bien difficile de sortir du sillon creusé ; pour moi, en l'occurrence, vous n'y parvenez pas suffisamment.

   Alexandre   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cristale... Une sextine qui aurait pu être écrite aux temps de l'Amour courtois mais qui garde tout son charme à notre époque SMS... Entre la plume d'oie et le Smartphone, faut-il choisir ? Si le fond n'a pas vraiment changé, j'avoue avoir un faible pour les belles manières d'antan.
Par ailleurs, les manoirs de l'Iroise ne pouvaient que me séduire et dieu sait que, auréolés de légendes, ils ne manquent pas dans le voisinage.
Six sizains + un tercet final, le tout sur deux rimes, il faut le faire et je ne m'en sens ni le courage ni la patience... mais vous l'avez parfaitement réussi et je vous en félicite.

Conclusion, un petit bijou de poésie classique finement ciselé comme vous en avez le secret.

Mille fois bravo et merci !

   Michel64   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bravo pour la maitrise de cette forme qui m'était inconnue. La contrainte est rude : 6 mots à la rime, définitivement au singulier ou au pluriel, plus les alexandrins aux césures impeccables.
Pour le fond, bravo aussi, car malgré la difficulté de l'exercice vous ne sacrifiez en rien la poésie, ce qui venant de vous ne m'étonne pas.

"J'aimerais retrouver le chemin des manoirs
Que nous foulions hier, votre façon courtoise
De me prendre le bras quand des orages noirs
Illuminaient d'éclairs l'arche des promenoirs."

J'adore

Bien sûr il ne faudrait pas trois paragraphes de plus, ça pourrait lasser.

Peut être deux tout petits bémols (je ne peux pas m'en empêcher):

"En riant nous cherchions améthyste et turquoise" on aimerait mettre au pluriel ces pierres que l'on cherche, alors pourquoi pas :
"En riant nous cherchions le jaspe, la turquoise"
et
"L'Iroise dans son lit emporta la turquoise."
L'iroise est une mer il me semble. Peut-on parler de lit? N'y a t'il pas hiatus aussi? Peut-être, parmi cent autres :
"L'Iroise pour toujours envasa la turquoise"


Merci de m'avoir fait découvrir la sextine.
Au grand plaisir de vous relire.
Michel

   Anonyme   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Pas
Je crois bien que ces répétitions des mêmes mots ont eu raison de mon intérêt à la sextine. Pourtant quel travail.
À l'instar de socques, je dirai tout simplement que je n'ai pas accroché à cet art. Peut-être aussi que les mots, qui sont amenés à se répéter, doivent avoir un impact particulier, afin qu'ils n'arrivent pas à la fin du poème, mâchés, ruminés, et deviennent malgré eux, malgré vous, ennuyeux.
Il est clair que ça fait parti du jeu. Alors pourquoi pas, un exercice, qui fait marcher les méninges, c'est le cas de le dire.
Désolé Cristale, car vous connaissez l'intérêt que je porte sur vos écrits, mais là, courtoise, turquoise, noirs, manoirs, promenoirs, envahissent, au lieu d'agrémenter, une écriture que j'aurai préféré libre, sans ce carcan sextinien.
Ce n'est pas vous que je note, mais cette sextine qui ne m'a pas convaincu.

   Anonyme   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Contrairement à vos présupposés, j'ai été charmé par ce poème qui m'avait marqué lors de sa lecture en EL ( je ne comprends pas pourquoi je ne l'avais pas commenté puisque je l'avais lu à voix haute à mon épouse qui l'avait trouvé elle aussi très réussi)
Ce qui m'a vraiment captivé est la capacité de reprendre encore et toujours les mêmes mots - qui plus est en rime - sans pour autant fatiguer ou lasser le lecteur.
Je l'ai relu à plusieurs reprises pour m'assurer que l'ensemble était vraiment sans reproche et je vous adresse mes plus vives félicitations pour cet exercice rare et périlleux.

Je n'aime pas seulement la facture mais encore le sujet qui est bien mené.

Bravo j'ai adoré (je devrais dire nous avons adoré )

   Somnium   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Travail monumental avec cette extraordinaire sextine. Au-delà de l'exercice, très difficile en soi et assez rare pour être souligné, l'histoire qui nous est contée est d'une beauté presque irréelle. Les 4è et 5è strophes sont très élégantes, à l'instar de "Votre main dans la mienne était tendre et courtoise" et de "De vos sonnets charmants sur mon regard turquoise". De l'amour, de la tristesse, une douce mélancolie, tout y est, bravo !

   Ludi   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonsoir Cristale,

Je connais votre amour du classique, mais aussi le soin que vous apportez à vos propres textes dans le respect de cette forme. Je dois tout de suite vous dire que je ne suis pas le meilleur client pour juger vos textes classiques. J’ai lu de vous essentiellement des élégies et malheureusement je ne suis pas friand du genre. Mais je n’ai pas l’habitude d’entrer dans une boulangerie pour crier à la patronne que je déteste les croissants. Disons qu'après votre sympathique visite sur mon dernier texte (Ep2), il me semble normal de vous rendre la pareille, considérant la réciprocité comme le moteur principal du site.

Afin donc d’évacuer tout de suite cette manière élégiaque, je vais prendre quelques vers en exemple :
« Que nous foulions hier, votre façon courtoise
De me prendre le bras quand des orages noirs » ou

« Vous me faisiez l'honneur dans l'air des promenoirs
De tenir mon chapeau, ma cape et mes gants noirs. »

Ce style courtois a sans doute enflammé les salons du XVIIe ou XVIIIe siècle, mais sauf à avoir voulu pasticher le genre, j’ai un peu de mal aujourd’hui à suivre toutes ces politesses.

Pour le reste, je ne connaissais pas la sextine et j’en remercie Dieu, car elle est d’un ennui colossal. Quand je pense au boulot qu’elle a dû vous donner…
La répétition des rimes crée vite la lassitude, accentuée ici par le choix de l’unicité de la diphtongue finale dans les rimes féminines et masculines (oi). Mais était-ce vraiment conscient ? Cette assonance permanente plombe le poème, lui insuffle une mélodie soporifique.

A ça vient s’ajouter la difficulté d’éviter les idées ressassées, comme :
« Vous aimiez de mes yeux cette couleur turquoise » et plus loin
« De vos sonnets charmants sur mon regard turquoise. »

Et comme si ça n’était pas suffisant, le tercet final nous renvoie les six mots…
Je suis vraiment désolé, Cristale, mais cette élégance un peu datée, prise dans les filets de ces rimes récurrentes, mériterait pour moi un traitement plus moderne et des sonorités de rimes beaucoup plus contrastées.

Ludi
ni sextine ni sixtine

   Arielle   
10/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Je demeure pantoise devant le talent, la patience, et la minutie que demandent une telle broderie, Cristale.
Tant de rigueur et de docilité à la Règle me rappellent ces jeunes-filles d'autrefois s'usant les yeux à ajourer et chiffrer les draps de lin de leur trousseau.
J'ai un infini respect pour ce travail d'artiste dont j'admirais, hier encore, une magnifique parure de lit mais j'avoue que la noble raideur du lin me rebute un peu et que je me sens plus à l'aise dans les plis et faux plis de ma couette en coton ...

En revisitant, ainsi que vous le faites, les formes anciennes qui ont fait la gloire de notre poésie, vous nous invitez à vous suivre dans une sorte d’écomusée où chaque objet trône à la place qu’il avait dû occuper dans un passé plus ou moins lointain, pour un usage qu’on lui suppose avoir eu. L’idée est belle et utile à notre mémoire si évanescente. La nostalgie, la curiosité m’incitent volontiers à faire un tour dans ces villages si bien entretenus où des demoiselles en costume d’époque barattent le beurre ou battent le linge à l’ancienne mais je retourne vite dans le fouillis de mon propre jardin aux allées mangées de pissenlits qui me semble nettement plus vivant et moins compassé.

Pour en revenir à cette sextine si habilement tournée que vous nous offrez, si je veux être tout à fait sincère il faut bien que je reconnaisse m’être rapidement ennuyée, tournant en rond dans la spirale de ses rimes assonantes autour de ce [OI] martelé avec tant d’insistance et que je trouve d’une surprenante monotonie.
Les yeux turquoise de la narratrice, la courtoisie sans faille de son chevalier servant n’ont fait qu’accentuer, à force de répétitions, l’artificialité de cette forme classique que j’aurais tant aimé vous voir dépoussiérer avec un peu d’humour ou un soupçon d’inconvenance, peu importe, mais quelque chose de personnel qui aurait égayé ce superbe travail de bonne élève.

   papipoete   
10/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Cristale,
Votre promenade au bras de ce galant homme, nous approche, puis nous éloigne de la mer d'Iroise tel son sac et ressac . Votre écriture à celui qui occupe toutes vos pensées, est si courtoise que j'aimerais le temps de la lire, voyager au temps des bonnes manières, où l'on baisait la main des dames, et lui tenions de crainte que trébuchant contre un galet scélérat, elle pût choir ...
NB cette forme classique que je ne connais pas me parait trop hermétique avec la contrainte du corset des 3 rimes qu'il ne faut jamais desserrer ; cependant le final tercet clôt à merveille l'exigeante merveille !
Le tableau est ravissant et j'imagine notre poétesse, en crinoline et grand chapeau marchant gracieusement sur la plage .

   Vincendix   
10/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cristale,
C’est une bonne idée de varier les plaisirs, cette forme est originale à défaut d’être sublime. Les répétitions font un peu litanie mais je salue votre travail d’écriture, soigné et rigoureux comme d’habitude et je l’apprécie.
Naturellement le sujet ne peut que me plaire, sans être un « homme de la mer », je suis toujours émerveillé de découvrir cette énorme masse d’eau mouvante, j’éprouve un certain vertige à sa vue, comme celui que je ressens en admirant un ciel étoilé .
Vincent

   myndie   
10/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Cristale,

C’est un beau poème, magnifiquement écrit, très travaillé et qui, cependant, pour maîtrisé qu’il soit, n’a rien d’un joli tableau décoratif et creux.
Au contraire. Sous le travail, nul maniérisme vieillot, juste de la distinction.
Des vers musicalement de toute beauté, un ravissement pour les sens :
« Les bateaux des pêcheurs ondulent sur l'Iroise ;
Des mâts, les cormorans plongent dans l'eau turquoise
Où des magiciens cachent sous les flots noirs
Quelques gréements hantés comme de vieux manoirs.»

«La Presqu'île abritait le ventre de l'Iroise
Dentelé de récifs, de ruines de manoirs,  »

« Noirs mes rêves sans vous font de l’ombre aux manoirs ».

J’aime cette douce mélancolie qui baigne le récit pourtant bien familier de l’espoir déçu, de l’abandon, d’une blessure qui n’en finit pas de refleurir au gré des humeurs de l’Iroise.
C’est un poème splendide, autant par votre adresse à manier la règle prosodique (qui est tout sauf de la facilité), que par la délicatesse avec laquelle vous nous confiez cette plaie d’amour.

myndie

   Dupark   
10/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Le Finistère finira-t-il par se taire ?
Rien n'est moins sûr lorsque s'y trouve le manoir hanté par un Amour immense dont il fut le témoin et le complice.
"En suivant le sentier, vous contournerez le manoir sur la droite..."

Votre poème m'a ému, parce qu'il est doux, parce les images sont évocatrices et délicates, et parce qu'il m'a renvoyé à mes propres Amours perdues.
Il y a, c'est la loi du genre, la douceur du passé avec riant/tendre/charmants et la peine du présent avec ruines/lichens/hantés/noirs.
Il n'y a rien à jeter. L'exercice oulipien était difficile. Prendre la mer avec un handicap pareil, quelle idée !
Et vous l'avez fait. Vous n'avez pas sombré. Aucune avarie, pas la moindre dérive. Il faut aimer beaucoup pour y arriver.

Quelques fulgurances qui rendent jaloux (je parle de cette écriture que je n'ai pas) :
- "Quelques gréements hantés comme de vieux manoirs" (quand le prosateur de banlieue attend "Quelques vieux gréements hantés comme des manoirs") Magistral !
- "Moi, j'aimais tout de vous"
- "L'écho résonne encore au dais des promenoirs"

Il y a longtemps, alors que je pleurais un amour enfui, un ami s'est approché pour me consoler :
- Ça va passer. Une autre viendra.
- Mais laisse-moi. Vas-tu comprendre qu'un chagrin comme celui-là, aussi beau, je n'en connaîtrai peut-être jamais d'autre ?

Votre chagrin n'est pas beau. Il est sublime. Vous le sublimez.

   BeL13ver   
10/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Beaucoup de moments sublimes annoncés par la simplicité des deux premiers vers : "Votre ombre à mes côtés, cette lettre courtoise / Je la lis et la relis le long des promenoirs."
Pour une de vos premières sextines, l'exercice est très réussi.
Même si cela a pu être un exercice, on sent le plaisir que l'auteur a eu plaisir à le réaliser. Une œuvre qui transporte avec des rimes pourtant peu aisées à placer (turquoise, promenoirs) dans un texte élégant.
Bravo pour ce poème.

   jfmoods   
10/4/2017
La sextine, pièce virtuose à six entrées et deux rimes, se trouve ici au service d'une histoire intime révolue (imparfait des strophes 2 à 5 enclenché par le conditionnel présent : "J'aimerais") placée sous l'égide de la fin'amor ("votre façon courtoise / De me prendre le bras", "Vous me faisiez l'honneur... / De tenir mon chapeau, ma cape et mes gants", "Votre main dans la mienne était tendre et courtoise / Quand vous m'avez offert une pierre turquoise"). Le contenu addictif d'une lettre (verbe réduplicatif : "Je la lis et la relis") réactive la mémoire d'un décor côtier, bercé par les marées, propice à une ouverture fertile sur l'imaginaire (noms communs : "promenoirs", "magiciens", "orages", "éclairs", "récifs", "ruines", groupes nominaux : "gréements hantés", "gros rochers noirs", groupe verbal : "S'écraser le ressac turbulent", marqueur d'intensité : "Le vent criait si fort !").

Merci pour ce partage !

   archibald   
10/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Manifestement, c’est plus fort que toi. Je parle du choix du sujet. Je t’ai suffisamment taquinée sur ce point, j’arrête ici. C’est ta marque de fabrique, et puis c’est assez charmant au fond…
De toute façon, l’essentiel est ailleurs. Avoir exhumé cette forme poétique est une idée enthousiasmante. Tu mets en valeur notre patrimoine littéraire et fais œuvre de pédagogie, ce n’est pas moi qui te le reprocherai.
Un travail de marqueterie, d’orfèvrerie, d’horlogerie qui me plait particulièrement car je crois qu’il n’y a pas d’art sans artisanat, qui est son premier pas.
J’ai une dilection particulière pour les contraintes formelles, celle-ci a été scrupuleusement respectée. Il y a quelque chose d’oulipien dans ces formes anciennes, comme quoi être moderne, ce n’est jamais que revenir à ce qui a été oublié.
Mais aussi, il faut y revenir en apportant autre chose de neuf. Un retour à la même place, mais en élargissant, comme la spirale de la sextine. Concrètement : de l'humour ? un ton décalé ? un sujet âpre ? un thème d'actualité ? un propos inattendu ? que sais-je encore…
Je viens de lire les précédents commentaires : il y a ceux qui louent ton talent, ta culture et ton savoir faire, et ils ont raison. Il y a ceux qui attendent de ta part un peu plus de modernité, et ils n'ont pas tort.


Quoi qu'il en soit, un très grand merci, et ce n’est pas une formule convenue.

   emilia   
11/4/2017
Un joli défi à relever que le respect des règles de cette sextine spiralée autour des six mots clés choisis par l’auteure sur le thème de l’amour courtois et d’un cœur en peine à l’ombre d’un nuage noir… ; une chanson de troubadour qui sait cultiver l’art de la nuance en déployant son « oriflamme » le long des promenoirs entourant les vieux manoirs sur fond de couleur turquoise vers la mer d’Iroise illustrant le blason de Dame Cristale et sa relation emblématique aux traditions reçues en héritage de sa chère Bretagne légendaire, pour lui rendre honneur et s’appliquer de tout son talent afin de mener à terme l’aventure poétique laissant résonner l’écho lyrique d’une lointaine harpe celtique ravivant les forces du passé pour mieux les sublimer avec délicatesse et élégance…

   Queribus   
12/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Cristale,

Tout d'abord un très grand bravo et toutes mes félicitations pour la qualité d'un écrit réputé peu facile (Je m'y suis essayé laborieusement et m'y suis cassé les dents); je connais donc le travail que demande un tel poème. D’ailleurs sur ce point de la qualité, votre texte fait l'unanimité des lecteurs et ce n'est que justice.

En ce qui concerne le fonds, j'ai, par contre, trouvé à l'ensemble un aspect trop rétro (le vouvoiement par exemple) avec des expressions et des images qui auraient ravi le public autrefois mais qui ne sont plus de mise aujourd’hui. Par ailleurs, un des dangers de la sextine, c'est la longueur et l'ennui; je n'ose penser à ce que penserait un jeune habitué à "la chanson à l'anglaise" et au rap devant un tel écrit. Je pense donc que votre écrit aurait sans doute gagné à "se moderniser" avec un ton plus de notre temps.

Ceci dit et je me répète, votre poème atteint une perfection qui force au respect et à l'admiration de tous les lecteurs et pourrait, d'une certaine façon, servir d'exemple pour la remise à la mode de la sextine (quelques auteurs modernes s'y sont lancés dont le chanteur Francis Lalanne; le poète catalan Joan Brossa, quant à lui, en a écrit une centaine mais son livre n'existe pas en langue française).

Encore une fois bravo et, pourquoi pas, de nouvelles sextines comme vous seule pouvait les faire.

Cordialement.

   stony   
14/5/2017
Bonjour Cristale,

Comme vous le savez sans doute, j'ai découvert votre poème en l'écoutant déclamé par Ludi (http://www.oniris.be/forum/vocatheque-t23961s380.html#forumpost318890).

J'ignore l'effet qu'il m'aurait fait si je l'avais découvert écrit. Indépendamment de la voix qui le déclame, peut-être est-il de cette sorte de textes conservant le secret de leurs sonorités tant qu'une voix n'a pas dévoilé la vie qu'ils contenaient pourtant.

Ayant remarqué ci-dessus l'avis mitigé de Ludi au sujet de ce texte, je serais curieux de connaître son avis à présent qu'il l'a extrait de sa gangue.

Pour moi, c'est superbe.


Oniris Copyright © 2007-2017