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Poésie en prose
daphlanote : Le creuset du partir
 Publié le 16/12/15  -  13 commentaires  -  5985 caractères  -  110 lectures    Autres textes du même auteur

Tempus !


Le creuset du partir



– Que deviens-tu, toi ?
– Rien.

Seule attente l'atteinte et pèsent les regards.

– Toi ?
– Je rêve.
– Quand
C'est laconique au possible. Je. veux. Arrache chaque son. ..........Encore un peu et puis.

– Tout le temps.

So Long.
Au prochain tour de piste, j'aurai changé la page, retourné casaque et mordu la poussière. quelque fois. Mais passé la rivière, il reste le souvenir, le symbole et les secrets, un oreiller ou un bout de tissu. Quelques fils s'y traînent. Alors, ma main sur la sienne et l'illusion de l'avenir. Les lieux communs déviés depuis l'imagination. ou son absence, jusqu'au creuset du partir.
Escaliers. Montés quatre à quatre. Portes et poings écrasent. Les marques, imprimées sur nos murs vierges, délabrés de solitude. Bleu Klein, déclin l'identité, paroxysme.

.
Mais c'est vrai, tout n'était que silence. Une chose à la fois. Ni nos mains, ni nos regards. Ni même de mots. De lèvres. De corps. (Quinte gagnante, dans le désordre).


* * *


Des mois. Les années. Passe le temps et détourne la tempête. Celle qui n'a jamais lieu, la rupture. Pas d'elle ou de il, pas de sexe, utopie quand chaque membre s'en détache, parce qu'il faudra bien le perdre. Un jour.

– Que deviens-tu, toi ?
– Rien.

Silence. Même plus de regard, l'autre est aveugle. Non, non, pas de regard. Rien d'autre n'est ici ce que personne n'était. Rien que l'autre à l'enfer des hommes, rien que l'homme à l'enfer des autres.

– Toi ?
– Je rêve.
– Quand ?

Curiosité ternie, désépaissie du mystère qui précède l'attente. Celui-là sait. (Mon autre).

– Tout le temps.

Même plus les mains qui se croisent, plus de déception. Il n'y a qu'elle. Rien qu'elle. Cette rencontre à coincer entre deux bouquins, pour que les crénelures se barrent en silence.
La redondance nous envahit. L'habitude. À chaque nouveau départ se solde l'avenir : décompte. non par nom, accrochages au bout du rouleau. Utopie.

* * *


More et tant et plus. Mort au tombeau dégarni de l'absence. Souhaiter les bras alors qu'on repousse l'enveloppe. La conscience est là, bien cachée. Mais savoir. Oui, nous savons. Enfin. Je sais. Je prétends.

Questionner, question, questionneur et rôles dévolus. (Circonvolutions convexes). Immuables eux aussi, comme au sommeil des jours derniers.............Et puis plus rien. Vice en implant. Le train des habitudes, le rejet de la croissance et les eaux stagnantes.
Attention, je répète. Attention, certaines algues sont toxiques.

Et puis c'est elle. Elle. Cette impression de mouvement, fausse (l'est), plus de comment que savoir d'elle. Au poing de dire, de se dire. Au point d'en parler, parce que l'incompréhension monte en surface (peur, vraiment, de n'être plus.) On se rattache, raccroche le combiné-couple.
Et à chaque rencontre, je copie. Colle.
Échec........................................................ Où est l'Est ? Où est. Laid.

– Que deviens-tu, toi ?
– Rien.

Ces murmurent ici : tabou dévoilé, comme l'homme assujetti aux barrages de ses cordes vocales. [Je pensais qu'il était muet.] Il reprend.

– Toi ?
– Je rêve.
– Quand ?

On l'imagine, posé sur la vitre. Quelque part. (Mais respire). Un insecte au gré du vent : il faut laisser les entrailles aux loups. Et puis sursaute, dérisoire, comme scelle nos choix. Les ombres du partir.

– Tout le temps.

* * *


Alors temps mort. On résiste, l'attente est difficile. Suis-je prêt ou à merci ? Patience, simple manque de courage. S'imaginer ces vies à venir, ces tableaux colorés d'autres noms. Juste cet autre et son bras traçant les contours de visages neufs et rejetés, qui marque ces lèvres comme il soupire : là, juste là.


– Que deviens-tu, toi ?
– Rien.

Et impossible. En fait et pour cause, on crève.

– Toi ?
– Je rêve.
– Quand ?

Presque. Rattacher le filet à la barque craquelée. Pas faute d'avoir essayé, mais l'attentisme ne paie pas. L'énergie, avalée par ce temps qui bat. Rabiboche et bouche contre dents. Lèvres et mai(n)s contre peau. Comme des durillons. Comme quand tu chantais Vian, parce que tu, parce que tu voulais pas crever avant d'avoir usé ma bouche avec ta bouche et.

– Tout le temps.

* * *


Le jour, on le provoque. La nuit, même isolée, n'est rien d'autre qu'un jour nouveau. Alors éclatent ces mots flanqués aux murs par l'éclat de nos voix, inexistantes.
Que devient-on ? Rien, jamais rien.
Ni dispute ni sourire, soit juste lasse et mornitude inhérente. S'est-on battus un jour ?

Enfin, après tout, qui sommes-nous ? Je ne sais pas. Pas plus que toi, l'autre. Ou est-ce moi, l'autre ? Cet autre qui t'empêche de vivre ? De te battre et d'exploser, de cracher ces syllabes qui t'obstruent la gorge ?

Et puis reste juste cette conversation immuable (je cite, ouvrez les guillemets).

– Que deviens-tu, toi ?
– Rien.

À croire que l'un sans l'autre. Sauter du coq à l'âne, comme de la conclusion aux arrêts.

– Toi ?
– Je rêve.
– Quand ?

Pause habituelle.
On entendrait presque le soupir, programmé. La partition se rode. Cinq ans. Juste ce temps, désormais quantifiable, comme lorsque nous, nous, comme… Quand étions-nous ? Quand étions-nous ensemble ?

– Tout le temps.





___________________________________________
Ce texte a été publié avec des mots protégés par PTS.


 
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   Mauron   
29/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Poésie très post moderne avec ses citations, ses parenthèses, ses mots mis en italiques ou entre accolades, ses accolades sans rien ou contenant des presque rien ou des signes de ponctuation. La promenade poétique que cela produit n'est pas sans charme, loin de là! Même si ces procédés de la "nouvelle poésie" peuvent avoir un côté parfois agaçant, peuvent être perçus comme un "nouveau maniérisme" de poètes universitaires post lacaniens, adorant les allusions plus ou moins savantes ou décalées... De ceux à qui "on ne le fait pas" (ceux qui ne se laissent pas prendre à la glu "lyrique", et pourtant!...). "Alors éclatent ces mots flanqués aux murs par l'éclat de nos voix, inexistantes." Belle image typique d'un "Ptyx" parmi d'autres. Ces mots sont là et n'y sont pas, leur éclats "flanqués aux murs" n'ont laissé nulle trace, sauf celle que le poème signale, et qui n'est qu'un (presque) rien... Post-mallarméen au possible.

Ici, ces murmures, ces digressions, ces citations, ces à quoi bon, ces ellipses, ces palinodies, ces torsions syntaxiques se justifient néanmoins et forment un tout assez cohérent du point de vue expressif. Ce n'est pas joyeux joyeux, mais cela parle de ce qui se parle sans qu'on ne le sache, sans qu'on ne le veuille, de ce qui se dit entre les mots qu'on prononce sans bien savoir ce que l'on dit.

Le refrain qui s'affirme peu à peu "tout le temps" et qui clôt les dernières parties du texte est assez fort et semble chaque fois "clouer le bec", si je puis dire, au poème.

Peut-être prendre garde à ne pas s'enfermer dans ce maniérisme, mais en saisir ce qui libère, les liens qui libèrent à l'intérieur...

   Robot   
16/12/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Qu'à t-il écrit là ?
Pour lui sans doute. Pour nous peut être... ou pas.
Des mots qui disent (probablement )
Sonorités ambiguës ambiguïtés sonores.
Revenir lire sur ses pas ou sur nos pas un jour...
ou pas encore jusqu'à demain.

   Pouet   
16/12/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Revoir un amour cinq ans après et chercher à se dire. Quoi?

La forme, j'aime bien, plein de petits trucs à découvrir, de jeux de sonorités sympatoches. Il n'y a pas beaucoup de poèmes de ce style sur oniris et je le déplore.

Si je devais chercher à pinailler je dirais que "les ombres du partir" fait redondant avec le creuset de ce même partir. Un autre verbe peut-être? L'expression "sauter du coq à l'âne" ne me parle pas trop non plus avec son caractère trop commun mais certes évocateur...

Mais bon j'ai aimé lire (re) car il me semble qu'il avait déjà été publié ici celui-là non?

Au plaisir

   Anonyme   
16/12/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour daphlanote
Les premiers mots de votre texte m'ont fait penser a la mome neant de jean tardieu
Vous y ajoutez quelques repliques, tout aussi laconiques et reprenez ce dialogue comme un refrain
Dans les intervalles, vous digressez
Tout l'interet de ce texte reside dans le contraste entre le laconisme au ras des paquerttes du dialogue et le ton tres intello, limite snobinard des digressions
Il faut plusieurs lectures pour en sucer la substantifique moelle
Il y en a more et tant et plus (miam, miam)
C'est proprement jubilatoire et ca renouvelle l'offre de la section poesie de facon radicale
Merci daphlanote pour ce bon moment

   Coline-Dé   
16/12/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Oh quelle merveille !
Faire de la dentelle avec les mots, en laissant autant de trous, avec un fil ténu mais continu, je suis admirative ! Et puis c'est plein de contrastes, les mots sont choisis en fonction de leur sens, mais aussi de leurs harmoniques, ça fait aussi penser à une partition, bref, je salue une superbe écriture !

   Anonyme   
17/12/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Daphlanote,

Le titre est superbe et comprend déjà toute les contradictions que l'on retrouve au fil de cette belle prose.
Belle et moderne; mais aussi très visuelle et scénique : Par le choix des polices différentes, des espaces plus ou moins grands entre les phrases qui rapprochent, éloignent les personnages de ce dialogue, qui haussent et baissent le ton de leurs mots, laconiques, mais aussi de leurs pensées, de tout ce qu'ils ne se disent pas, avec une indication précise de leurs gestes de leurs attitudes, de leurs expressions de visage.

Un texte qui aborde les relations humaines, plus particulièrement les relations amoureuses et qui sait en éclairer toutes les subtilités.
Le choix des mots et leurs associations sont autant de doubles sens ( par exemple : "quelques fils, des corps, les crénelures se barrent en silence ")
Mais aussi d'associations d'idées, de sons (ainsi : "Bleu Klein, déclin l'identité", "Quinte gagnante, dans le désordre" venant après "retourné casaque", )

Bien sûr j'ai relevé " Rien que l'autre à l'enfer des hommes, rien que l'homme à l'enfer des autres."

Je n'ai juste pas saisi le sens du mots "main(n)s" avec son petit n entre parenthèse. Ou plutôt, là seulement je me suis posée la question du sens. Car je pense que la lecture et la relecture de ce poème doit l'éclairer de bien d'autres facettes.

Les dernières phrases sont très percutantes. Seul : tout le temps, ensemble : tout le temps, le même temps mais tellement différent. Ce "Tempus" en italique que l'on trouve en incipit.

Bravo, bravo et merci !

   Francis   
17/12/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Comme une photo déchirée, des morceaux du passé jonchent la mémoire désarticulée. Des interrogations laconiques rythment les impressions, le ressenti, le temps passé, le temps perdu. Des bulles d'écume remontent à la surface entre l'absence et la rencontre. J'ai aimé l'originalité de la plume, les lectures possibles que chaque phrase propose. Lu et relu avec plaisir. Merci.

   Anonyme   
17/12/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte pas évident à lire.

Des questions semblent posées comme un essai de diagnostic...de l'histoire d'un couple.
Comme si on posait la question de savoir comment atteindre à l'union, ou échapper à la solitude.
Ce que je trouve intéressant sur le fond c'est ce questionnement du pourquoi de l'usure ou de l'impossibilité. Dit autrement, c'est comme si on se posait la question de pourquoi ça n'a pas marché entre eux et même quand c'était le plus probable.

Il y a donc, je pense, en toile de fond, de la conscience insuffisante...je ne sais pas bien comment exprimer cela...disons un sentiment de frustration de soi, et donc forcément de l'autre, si l'on attend de l'autre qu'il donne du sens à notre vie, ou une lumière 'éternelle'.

C'est compliqué, car à la fois nous ne pouvons pas nous suffire à nous-mêmes et nous ne pouvons pas non plus nous en remettre à l'autre.

Pour moi, c'est cela qui est suggéré par la structure très particulière du texte, cette hésitation entre y aller, s'ouvrir et d'une certaine façon se perdre, et ne pas y aller, rester muré en soi, se préserver peut-être du risque de l'écueil, de la rupture, ou simplement se rendre compte que la solitude est imparable, qu'il faut faire avec même à deux.

C'est un peu le drame de l'égo. Deux égos ne faisant pas un tout, mais souvent un malentendu.

Sur la structure du texte je n'ai pas beaucoup d'objet de comparaison...et j'ai l'impression de ne pas savoir l'apprécier à sa juste mesure, c'est pensé, très pensé…intellectuel, mais quand même ( oui c'était un peu péjoratif ;o) ) avec quelque part une vraie solitude qui s'exprime avec beaucoup de lucidité.

En résumé un poème riche de réflexion et une écriture assez impressionnante pour moi.

À vous relire.
c.

   Vincendix   
18/12/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
J’ai beaucoup de mal à décrypter ce genre de texte et je dois lire plusieurs fois pour découvrir la substance poétique.
J’ai trouvé quelques passages intéressants, d’autres un peu moins, le reste étant, à mon avis, inutile.
Des phrases curieuses: « seule attente l’atteinte » « déclin l’identité », « où est l’Est, où est. Laid »…. Enfin plus j’avance et plus « l’incompréhension monte en surface ».
On passe du coq à l’âne, du steeple-chase au bleu Klein, je me noie dans les eaux stagnantes de la rivière, j’ai le vertige dans les circonvolutions convexes…et puis ces murmurent ici ?

   Anonyme   
20/12/2015
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Bonsoir,

Pour moi, avant tout (je dis bien avant tout et je dis bien pour moi) la poésie, c'est d'abord de la musique.
Je ne peux donc être séduit, ni même intéressé par ce texte.

Le part pris de l'auteur à vouloir ponctuer çà et là son texte de passages incompréhensibles, qui échappent même aux règles élémentaires de la syntaxe, me laisse définitivement hors du chemin poétique qu'il emprunte.

On sent que l'auteur a travaillé et retravaillé son texte, que chaque paragraphe a été soigneusement réfléchi, mais il ne me reste de mes lectures qu'un sentiment de frustration mêlé à un brin d'agacement.

Finalement, malgré mes efforts, je ne me sens absolument pas concerné ni par le fond, ni par la forme.

   Ananas   
8/2/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je rêve d'un jour pouvoir produire ce genre de prose...
L'éternel recommencement, le partir, le revenir et tout ce qui va avec.
J'aime la musicalité des mots, le ping pong mental que je m'imagine en les lisant.
On sent un vrai travail sur la cohérence et sur le choix (pesé, repesé) des termes, des musiques, des pensées, des ponctuations... des échos et des correspondances riches qui font pour moi toute la beauté du texte. Il fait du bien. Il fait mal. Il se pose comme un acquit qui n'en serait pas un. Et ça j'aime bien.
Si je devais résumer en un mot, je tenterai profondeur (des sentiments, des attentes, des réalités).
Merci Daphlanote, je reviendrai à ce texte... Quand? Tout le temps...

   daphlanote   
2/4/2016

   bolderire   
13/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour, ce que j'aime chez toi c'est que tu écris pour toi avant tout!
Et sincèrement il faut écrire pour soi-même....n'en déplaise à certains...
Celui-ci aurait gagné à être plus concis sinon il y a de belles trouvailles, continue!
Bravo!


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