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Poésie libre
Davide : Fenêtres sur pacifique
 Publié le 28/11/19  -  20 commentaires  -  1041 caractères  -  434 lectures    Autres textes du même auteur

« Les yeux sont les fenêtres de l’âme. »
Georges Rodenbach

Retour à la vie.


Fenêtres sur pacifique



je suis un vieil enfant
un prince en déshérence
mes yeux n’ont plus de couleurs
ma peau s’est diluée lors d’un orage

dans mon château de sable
un fantôme
dégoupille mon cœur
détricote mes nuits
découronne mes rêves

le ressac de l’amertume
achève de remplir les douves écarlates

alors
je m’en retourne au jardin
courir après le temps
creuser quelques trous de mémoire
pour enterrer mes larmes
embaumer de fleurs de cosmos
les poussières de moi

entre les feuilles mornes
et les noires pensées
une petite fille
chante sur l’automne

sa chevelure mitrée d’or
est un soleil de mai
une auréole dansante

mains jointes
je cueille son rire en floraison
pour m’en verdir les doigts
m’en farder le visage
mansarder l’innocence

une pluie de lumière
submerge mon regard océan

demain
je ferai du toboggan
sur le plus beau des arcs-en-ciel


 
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   Gemini   
15/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le titre m'avait envoyé sur un roman de Marguerite Yourcenar avec Pacifique doté d'un P majuscule.
Je crains qu’ici la minuscule ne soit une erreur avec ce : "regard océan" de l'avant dernière strophe qui traduirait mieux le titre.

La poésie, elle, m'a beaucoup plu. Il y a des bons choix de verbes : "dégoupille, détricote, découronne", d'excellentes images (je ne les cite pas, il y en a trop), et même un petit jeu de mots charmant : "m'en verdir... m'en farder... mansarder".
J'ai bien aimé cette petite fille qui survient dans un texte qui, sans elle, aurait tourné nostalgie pesante. La fraîcheur de l'enfance qui vient s'opposer au vieil homme, l'éclabousse comme une fontaine de jouvence. Le régénère.
Transfert de force immatérielle, définition du sentiment.
Le tercet final a plusieurs lectures possibles (à cause du "demain").
J'en lis la plus optimiste.

Très plaisant.

   Corto   
17/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Superbe nostalgie.

Etre "un vieil enfant" et conclure que "demain je ferai du toboggan sur le plus beau des arcs-en-ciel", quel punch, quelle lucidité, quel optimisme !

Se regarder dans la glace et oser voir "mes yeux n’ont plus de couleurs" pour ensuite rebondir avec "je m’en retourne au jardin courir après le temps creuser quelques trous de mémoire pour enterrer mes larmes", quelle leçon de vie !

Chaque vers apporte une image superbe, dans un déroulement armé de volonté et de refus du regret.

Avec "une pluie de lumière submerge mon regard océan": on a envie de dire Bravo.

Et en relisant le titre, on dira que c'est vraiment bien pensé.

Félicitations aussi bien sur la forme que sur le fond.

   Lebarde   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Quel joli poème qui aborde avec un brin de tendresse, la nostalgie d'une personne âgée qui se prétend un peu finie mais qui fait preuve d'une énergie, d'une"pêche" magnifique et euphorisante.

Le lecteur est entraîné par le souffle de fraîcheur qui se dégage de ce poème optimiste.

Quant à l'écriture, bravo avec cette multitude d'images d'une finesse et d'une originalité déconcertantes et ces oxymores et associations déroutantes de mots superbement choisis:

"vieil enfant", " dans un château de sable un fantôme dégoupille mon coeur détricote mes nuits découronne mes rêves"

"creuser quelques trous de mémoire pour enterrer mes larmes",
"feuilles mornes" ( très subtil détournement de mots).

Et puis:

"je cueille son rire en floraison
pour m'en verdir les doigts
pour m'en farder le visage...."

SUPERBE

Et puis les deux derniers vers: MAGNIFIQUE


Quel plaisir de lire çà!! Merci

Lebarde

   plumette   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
vieil enfant abandonné ?
Qui remâche sa solitude , et n'arrive pas à chasser son fantôme?

Il lutte tout de même, puisqu'il creuse volontairement des trous de mémoire, et y cultive des fleurs de cosmos qui s'élancent vers le ciel

Le lecteur commence à se dire, qu'il y a de l'espoir; que l'envie de la vie n'est pas loin !

Puis magnifique hommage à la petite-fille qui débarque dans cette morosité , laquelle avec sa joie primesautière et sa spontanéité, ses cheveux d'or et son rire va permettre au vieil homme ( son grand-père?) de chevaucher un arc en ciel.

J'ai été très émue de ma lecture

   PIZZICATO   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Les outrages du temps, intraitable, qui déverse son plein d'amertume.
Heureusement, il y a cette petite fille qui " chante sur l'automne ".
Elle vient estomper les " noires pensées " et balayer les " feuilles mornes ".

Des images pour traduire la détresse devant le temps qui s'écoule, et d'autres pour exprimer la lumière dispensée par la petite fille.

Une belle poésie

   papipoete   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
bonsoir Davide
Dans ma tête, ça débobine le cinéma du temps de mes châteaux de sable, et le projectionniste arrête sur PAUSE, ( le fait-il exprès ? ) là où j'ai le plus mal à mon âme !
Alors je me fais le miens, en cinémascope et technicolor, avec parfois des blancs sur la pellicule, mais... je te revois petite fille " à la chevelure mitrée d'or " ; tu sautes à pieds-joints dans les flaques de mes larmes, et je ris ! c'est décidé, " demain je ferai du toboggan sur le plus beau des arcs-en-ciel !"
NB je ne lis pas ici du " papipoète " et son écriture naïve, évoquant enfance et petite chérie ; mais que c'est bellement évoqué ; ce " prince en déshérence ", se rappelant...
Tout est si joli et touchant ; en particulier " mains jointes je cueille... "
Le " libre " en poésie au service du BEAU, avec les mots pour le dire...

   apierre   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un beau poème aux images riches et touchantes.J' ai particulièrement aimé "les trous de mémoire pour y enterrer ses larmes "," les feuilles mornes " pas encore mortes !Les fleurs de cosmos sont aussi joliment introduites.
J ' ai moins apprécié la succession " m'en verdir"," m'en farder","mansarder " un peu lourde

   STEPHANIE90   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Davide,

c'est vraiment de très jolis vers.
Une touche d'espérance, un regard intérieur sur ce qui est ce jour et sera demain avec le regard de l'enfant.
J'ai aimé chaque partie de cette poésie qui relate bien la difficulté de la vie et aussi ce qui en fait la beauté. Ce qui nous permet de tenir et de continuer.

Merci pour ces "Fenêtres sur pacifique".
La forme libre est parfaitement respecté de même que la mise en page et le fond est parfaitement poétisé.
Je te rejoins sur cet arc-en-ciel de couleur pour une partie de toboggan.

Stéphanie

   Vincente   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Ce poème nous porte dans un mouvement irrésistible. Pareille à la houle, la narration se déroule dans les quatre temps de respiration d'une vague. La descente, le creux, la montée et le sommet. Dans le poème, on les ressent au travers de l'état mental du vieil homme qui innerve le récit, en, respectivement, une dépression, une éperdition, une élévation et une apogée. Les phases hautes et basses sont à la fois des mouvements, car ils intercèdent envers l'attente et l'imminence de la suite, et un figement du temps en suspendant l'instant, occurrence intenable à court terme, ils imposent ainsi le basculement puis l'avancée. Ce moment intermédiaire à l'étale se déclare dans le texte par : " le ressac de l'amertume / achève de remplir les douves écarlates ", et puis dans la superbe strophe finale

" demain
je ferai du toboggan
sur le plus beau des arcs-en-ciel
".

J'ai été "emphasé" dans le vague à l'âme du vieil enfant, j'ai ainsi profité pleinement de son envolée finale. Alors remontant le cours poétique dans une gradation inverse, j'ai vu à la fois l'envers sentimental et la volonté impérieuse de contourner, de retourner l'insupportable déchéance, celle-là même dans laquelle je m'étais impliqué.
Cette volonté narrative affirmée est une des grandes qualités du poème.

Parmi les autres, plus ponctuellement, j'ai beaucoup aimé, les images, et les formulations suivantes :

" je suis un vieil enfant
un prince en déshérence
"

" dans mon château de sable
un fantôme
dégoupille mon cœur
détricote mes nuits
découronne mes rêves
"
Ce "château/âme " au prise avec le "fantôme/son passé " qui " dégoupille mon cœur/grenade " (un cœur au bord de l'explosion, et à la couleur d'un sang vieilli : image géniale !), etc… Superbe strophe, ma préférée avec la dernière.

" embaumer de fleurs de cosmos
les poussières de moi
"

" mansarder l'innocence ". Waouh !

C'est un poème au charme plein de réalisme, l'assimilation du malaise du vieil homme est sans échappatoire, dure, douloureuse, mais aussi d'un onirisme accompli, j'aurais envie de dire "forcené", tant il profite d'une désinhibition par rapport à la crue réalité.
Son "ambition" est généreuse, le narrateur y montre un chemin de régénérescence très inspiré.

   Eclaircie   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Davide

Je sais le soin que vous apportez à la lecture et au commentaire des autres, alors, je vais tenter de ne rien oublier en commentant votre présent poème.

Je ne suis pas toujours sûre de comprendre les thèmes évoqués dans les textes, surtout ceux où les images foisonnent. Dans ces "Fenêtres sur pacifique", je lis les derniers mois (jours, semaines ?) d'un vieil homme.
Évoqué avec une immense tendresse et un flot d'images originales et très adaptées.
J'aime retrouver votre vocabulaire soutenu, son arrangement travaillé.
J'aime aussi votre mise en page, judicieuse.
J'ai été surprise de trouver le mot "amertume" qui dénote avec la douceur ambiante.
Surprise aussi de "une petite fille chante SUR l'automne"


Mes passages préférés :
"courir après le temps
creuser quelques trous de mémoire"

"je cueille son rire en floraison
pour m’en verdir les doigts"

Et le magnifique final :
"demain
je ferai du toboggan
sur le plus beau des arcs-en-ciel"

Merci du partage,
Éclaircie

   Michel64   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un magnifique écrit.

Les peines et l'inexorable vieillesse, mais aussi la joie et la jeunesse qui pousse derrière.

Ce vieil enfant qui a déteint sous les orages et le temps.
Cette petite fille qui chante sur l'automne, qui se fiche de l'automne puisqu'elle est au printemps.
L'une qui nourrit l'autre de sa force de vie
(et l'autre qui nourrit l'une qui ne le sait pas encore).

Tout cela est dit avec juste ce qu'il faut de mots, bien choisis.

Mansarder l'innocence m'a moins parlé, quoique : Remettre un peu de cette innocence sous ses combles ?

Le titre m'échappe un peu mais qu'importe. Mon manque de culture littéraire sûrement.

Merci pour ce poème émouvant.

Michel64

   Robot   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une pleine utilisation de la poétique permise par la rédaction libre. De belles images compréhensibles, de l'émotion.

L'arrivée de la petite fille donne à ce récit un aspect de conte réaliste qui l'empêche de sombrer dans le pessimisme.

Ce passage est celui que je préfère.

"entre les feuilles mornes
et les noires pensées
une petite fille
chante sur l’automne

sa chevelure mitrée d’or
est un soleil de mai
une auréole dansante

mains jointes
je cueille son rire en floraison
pour m’en verdir les doigts" …

Les trois vers de conclusion achèvent le poème sur une superbe image de renaissance optimiste.

   Alfin   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un poème tout en subtilités, en douceur. Merci pour les belles images inédites
"creuser quelques trous de mémoire
pour enterrer mes larmes" simplement sublime

"je cueille son rire en floraison
pour m’en verdir les doigts
m’en farder le visage
mansarder l’innocence"

Rien à dire de mieux, c'est à la fois consistant et vaporeux.
Merci et faites attention de ne pas tomber demain, les arc-en-ciel sont pas toujours très solides.

   krish   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Monsieur,
Il faut avoir un peu vécu pour tout entendre des autres. Il faut avoir conscience de vieillir pour s'observer cheminer vers un autre état.
De la première partie, se dégage une forme de tristesse, voire d'inquiétude face aux constats du vieillissement : Un regard un peu moins vif, une peau qui s'affine (je n'ai pas bien compris l'évocation de l'orage), un corps que l'on sent fragile (château de sable) et un cœur fatigué de ressentir, des nuits sans sommeil et les projets à long terme qui deviennent improbables...
Le "je" poétique exprime une forme de mélancolie voire de tristesse face à ce constat que je ne partage pas mais que je comprends.
Ce n'est qu'à partir du "alors", isolé, que j'ai commencé à vraiment aimer ce texte.
Ce mot marque une rupture émotionnelle et poétique.
S'enchaînent de très belles images pleines de vie, comme si le "je" poétique découvrait que la vie en soi, n'a peut-être pas de rapport direct avec l'âge du corps car nous pouvons ressentir les mêmes sensations à condition de rester ouverts à la vie qui nous entoure.
Quel meilleur endroit qu'un jardin ! Apprécier des saisons et le temps qui passe à travers le contact avec la nature, accepter de ne plus retenir certaines choses, retrouver la conscience de notre fragilité à travers une fleur dont le nom (en dehors du fait que c'est peut-être une des fleurs préférées du poète) rappelle notre appartenance à un tout.

S'ensuit la description d'une fillette qui danse. Deux êtres à deux périodes différentes de la vie. La jeune fille indifférente semble célébrer cet automne et éveille chez le vieil homme la nostalgie de l'enfance et la conscience de son propre déclin.

La dernière partie évoque le proche départ. La lumière, puis ce ciel où, une fois libérés de notre enveloppe, l'âme retrouve enfin la légèreté de la vie pour redevenir enfant. On y retrouverait presque une forme de réincarnation.

Si le "je" poétique c'est vous, je vous souhaite de magnifiques voyages à travers l'émerveillement face à toute forme de vie. Un des privilèges de l'âge ?

Merci pour le partage

   Pouet   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Slt,

"Fenêtres sur pacifique", au-delà de la géographie, comme une ouverture sur l'apaisement.

Un très beau poème ma foi, tendre et porté par des images inspirées.

Un poème tendre donc, nostalgique, un peu triste, mais plein d'espoir.

Une vie, un peu comme une vie.

L'enfance ne nous quitte pas, jamais. Enfin, je crois.

Quand les "âges" s'entremêlent... Je pense saisir, mais j'avoue ne pas être très doué en interprétation de poème, je pense saisir ou du moins effleurer une petite fille disparue et refaisant surface - l'écume de la mémoire - une petite princesse remettant le narrateur -peut-être à l'orée de l'ailleurs- sur la voie du "revivre", une voix comme un jeu, un écho du bonheur, une lumière intérieure, un chemin en couleur... (les trois derniers vers faisant pour moi réminiscence de l'enfance avec les Bisounours pratiquant -dans mes souvenirs- cette "activité")

Bravo en tout cas.

   Lulu   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Davide,

Quelle merveille en ces mots, cette lecture et toutes ces évocations que porte le poème !

J'ai été très sensible à ce texte dès la lecture de la première strophe. Le ton y est posé, tout comme l'esprit qui s'exprime au fil du poème dans un rythme que je trouve beau, léger, doux et très poétique.

Cette présence absence au travers d'un regard tourné vers soi "un fantôme / dégoupille mon coeur / détricote mes nuits / découronne mes rêves" et au-dehors, vers ce "jardin" qu'on peut se représenter de mille façons, tant qu'il porte le souvenir…

Ce poème est, en fait, magnifique. J'aime ce lyrisme qui donne à la poésie un accent de toujours, d'universalité et de contemplation douce du temps qui passe dans la beauté. "embaumer de fleurs de cosmos / les poussières de moi".

J'adore cette image livrée au passage, comme un cadeau du temps : "une petite fille / chante sur l'automne". L'épure de ces mots, et leur puissance évocatrice. Une bulle et un regard à la fois. Une merveille…

Vous semblez être le premier à me prouver que les majuscules n'apportent rien dans un poème. J'ai toujours ressenti le besoin de les trouver (ou les placer) au moins en début de phrase. Trouvant toujours étrange cette absence, mais je sais et comprends que cela tient (ou tenait), le plus souvent, à un flou qui semblait se rajouter à des textes que je trouvais hermétiques. Ici, le texte est clair, et d'une transparence qui ne manque pas de solliciter notre imaginaire. Alors, ponctuation ou pas, majuscules ou pas, qu'importe ! N'est-ce pas ?

Les images et le vocabulaire sont très riches et concourent largement à rendre le poème aussi beau et fort.

Je suis toutefois sceptique sur le choix du titre qui me semble à peine éloigné du poème. On peut l'interpréter de plusieurs façons, mais tout ce qui me vient à l'esprit ne me satisfait pas, comme si je ne trouvais pas de rapport direct, et que là, pour le coup, vous aviez choisi, non pas des fenêtres, mais un petit mur pour fermer l'accès à une compréhension plus complète.

Tous mes encouragements.

   emilia   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dès l’entame, une confidence nous révèle « je suis un vieil enfant/ un prince en déshérence… », un peu comme dans la chanson de Brel avec cette « enfance qui se dépose sur nos rides pour faire de nous de vieux enfants… »
Un fantôme destructeur (qui dégoupille/détricote/découronne les rêves du narrateur…) réveille l’amertume et les larmes qu’un jardin en lien avec la nature permet « d’enterrer » avec « les noires pensées » lorsque surgit le souvenir d’une petite fille à la chevelure d’or telle « une auréole dansante », fugitive image en mouvement ressuscitant la saison printanière (floraison/ verdir/farder de couleurs…) et la vie qui se « cueille » dans « l’innocence » d’une « pluie de lumière » qui pacifie et engage vers une vision rêvée, merveilleuse et réjouissante de demain où le narrateur fera du « toboggan sur le plus beau des arcs-en-ciel… ; merci à vous pour ce partage touchant et inspiré…

   Cristale   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Pareille poésie se fait symphonie au bal des sonnets, des rondeaux, des madrigaux et sous le dais de ma paume, le bec de ma plume libre trace les arabesques de sa plus belle révérence pour le poète.

J'aime les mots qui façonnent l'écrit comme un château de pensées en étirant son encre jusqu'au plus profond de l'âme.

Pas de majuscule, pas de ponctuation, des strophes aérées, une syntaxe avec ce petit quelque chose d'une broderie délicate qui réjouit mon esprit .

Les autres ont sans doute déjà tout, et bien, dit. Je reste sur mon impression sans alourdir mon commentaire de bla bla inutiles.

J'aime ce plus bel arc-en-ciel poétique.

Cristale

   Louis   
29/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le locuteur, en guise de présentation, se déclare être « un vieil enfant ». Un adulte donc qui a conservé en lui quelque chose de l’enfance ; non pas un adulte immature au comportement infantile, mais un individu qui n’a pas renoncé à certains traits caractéristiques de l’enfance, malgré les années écoulées. Non pas en lui de l’infantilisme, mais de l’enfantin.

Cette enfance est celle d’un « prince », pas celle d’un enfant-roi, ou d’un enfant tyrannique, mais celle du « prince » à la façon de Saint-Exupéry, un prince poète et rêveur. « Prince » est encore le nom de ce foyer d’où rayonnent la joie de vivre, l’innocence, la gaieté, l’insouciance, la création ludique et les sentiments nobles.
Prince « en déshérence » pourtant. Prince sans héritier, sans légataire de ses dons enchantés.

Sans l’héritage du petit prince, le vieil homme vit dans une morne grisaille, dans un monde sans éclat : « Mes yeux n’ont plus de couleur », yeux comme des lentilles oculaires susceptibles de colorier le monde et de l’enchanter, ou plutôt comme lentilles de l’imaginaire. Tout se déteint, et tout s’éteint sans le pouvoir rayonnant venu de l’enfance princière.
Le « vieil enfant » est de plus en plus « vieil », de moins en moins « enfant ».
L’évocation du « château de sable » accentue encore l’impression de perte des capacités d’enchantement et d’émerveillement de l’enfance.

Le vieil homme identifie son corps et son âme à un château de sable, subsistance des jeux et rêveries du petit prince : « mon château de sable ». Un constat s’impose : ce château a subi les intempéries de l’existence, non sans dommages : « ma peau s’est diluée lors d’un orage ». Et puis un autre : il est hanté, ce for intérieur, qui s’avère ‘’fort’’ affaibli. Un « fantôme », semblable à un démon malfaisant, y fait des ravages, par des arrachements, des coupures, des enlèvements, marqués par trois verbes de même préfixe « dé » : « dégoupiller » ; « détricoter » ; « découronner ». L’hôte du château ôte… il ne s’évanouit pas, il ne disparaît pas, il dépouille, dérobe, dépossède ; il fait disparaître les trésors du château.
Le fantôme, personnification d’un pouvoir néfaste, « dégoupille » le « cœur », Il ôte la goupille d’un cœur-grenade, mais sans le faire exploser, sans provoquer d’explosion émotionnelle. Pouvoir de frustration, il laisse le sentiment dans la tentation sans possibilité de s’épancher. Il flétrit le cœur qui reste sans éclat.
Dans son œuvre funeste, le fantôme encore « détricote » les « nuits» et « découronne » les « rêves ». Dans les nuits délabrées, ajourées, toujours plus blanches, les songes ne sont plus les rois. Et c’est le souverain du château qui perd alors son trône, qui se perd, dépossédé de lui-même par un fantôme aliénant. Le roi est vide, le roi est dénudé de ses rêves, il n’est plus le fils du prince rêveur, il devient lui aussi un être fantomatique dans un château désert, en ruines.

La construction de sable s’élève en bord de mer, mais la mer ici se fait « amertume », et dans son « ressac », noie les « douves » devenues « écarlates ». Comme si les flots de la mer étaient des flots de sang. Le vieux château saigne de mille blessures que lui inflige le temps, et l’œuvre d’un spectre malfaisant.

Alors ?
« Alors », subitement, par on ne sait quel prodige, quel étonnant ressort de la vie, quel mystérieux pouvoir de résilience, se produit un sursaut, un mouvement libérateur de ses fantômes.

Dans un dynamisme retrouvé, le locuteur se dirige vers un lieu privilégié et symbolique : « je m’en retourne au jardin ». Un petit éden, un espace serein éloigné des tourments d’un châtelain. Un espace qui n’en est pas un, un espace qui ne se situe pas seulement dans une nature extérieure au vieil homme, mais aussi dans une dimension intérieure, une dimension de l’esprit. Ce jardin, que chacun devrait cultiver…

S’engage une course, « une course après le temps ». Ce temps qui fuit, il s’agit de le rattraper, de l’empêcher d’emporter la vie avec lui, d’éviter qu’il emmène, au loin, un petit prince.
Celle lutte contre le temps est menée sur toutes les dimensions qui le caractérisent, le présent qui fuit sans cesse vers un lendemain, et aussi le passé : « creuser quelques trous de mémoire ».
Trouver ainsi l’oubli d’un passé trop lourd, d’un passé douloureux, car il s’agit, dans le « trou » de mémoire, d’y « enterrer » ses « larmes ». Oubli difficile, et si indispensable à la vie : « Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a toujours quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier» : écrivait Nietzsche. Il ne faudrait pas oublier d’oublier… Se souvenir des vertus de l’oubli…
Et « embaumer de fleurs de cosmos / les poussières de moi », ajoute l’auteur dans le poème.

Délivré du passé par l’oubli, le temps rattrapé dans sa course, alors devient possible la communion du « moi » et du « cosmos », du singulier et de l’universel, dans un temps suspendu, dans l’éternité d’un perpétuel aujourd’hui. Au jardin fleuri, le sentiment d’union avec la nature dans sa dimension cosmique soulage les tourments, redonne le goût de vivre, renforce la puissance vitale.

Une petite fille, à la « chevelure mitrée d’or » apparaît au vieil homme : une princesse, le pendant féminin du petit prince ; une sorte de vestale ( « mitrée d’or ») gardienne du feu sacré, du feu sacré de la vie.
La petite fille, fantasmatiquement, allégoriquement, marque le retour de l’enfance ; elle « chante sur l’automne », cette saison de l’existence, ce soir de la vie, mais ce n’est pas un chant funèbre, c’est un chant gai, qui annonce le retour d’un printemps, sa chevelure « est un soleil de mai », une renaissance, le retour de l’enfance chez le vieil homme ; le retour de l’esprit de l’enfance.

Dans une posture quasi religieuse face au sacré, « mains jointes », le vieil homme s’imprègne de l’apport de la petite fille : de son rire, de sa gaieté, de son innocence. Il redonne, avec cet apport, une jeunesse à son corps : « verdit ses doigts », « m’en farder le visage », et fait de ses yeux innocents des fenêtres mansardées par lesquelles voir le monde, de façon ré-enchantée, lui dont les yeux n’avaient plus « de couleurs ».
Le petit prince n’avait pas d’héritier, la petite princesse et vestale prend le relais, elle fait don, à l’homme vieilli, d’un regard nouveau sur le monde.

Un regard « océan ». Regard sur l’immensité ; non plus un regard étriqué sur les choses de la vie, mais un regard ample, et surtout un regard serein, pacifié, non tourmenté, « fenêtres sur pacifique » dit le titre. L’océan réunit les images à la fois de la vie ( de la mère, source de vie) et de la mort, c’est donc un regard serein sur la vie et sur la mort que l’homme réussit à acquérir, mais quasi miraculeusement.

Le retour de l’enfance, avec les capacités d’émerveillement et d’enchantement qui lui sont liées, se trouve confirmé par la dernière et belle image du poème : « demain/ je ferai du toboggan / sur le plus beau des arcs-en-ciel ».

Merci Davide pour ce beau poème.

   phoebus   
30/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Un personnage complexe, avec des interrogations à la fois douloureuses et remplies d'innocence montrant un rapport fusionnel que le narrateur entretient avec le visible.
Tout au long de raccourcis de phrase, surgissent d'étonnantes images participant à la construction d'une quête douloureuse et fraîche de soi. Comme si cette réalité parviendrait, passagèrement, à modifier l'ombre.
Il semble nous dire:: " J'ai eu une chance extraordinaire.".


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