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Poésie en prose
Donaldo75 : Le bitume
 Publié le 16/05/21  -  8 commentaires  -  1514 caractères  -  119 lectures    Autres textes du même auteur

Antisocial, tu perds ton sang-froid
Repense à toutes ces années de service
Antisocial, bientôt les années de sévices
Enfin le temps perdu qu'on ne rattrape plus
Qu'on ne rattrape plus.

(Bernie Bonvoisin - 1980)


Le bitume



Le macadam parisien explose de mille feux sous le soleil estival. Des jeunes à cheveux longs, des vieux aux tempes grises, s’étendent en ce mois de juin dans de longs cortèges sous le regard absent des gagneuses de l’Est quittant le boulevard au cas où les perdus déboulent l’air hagard. En attendant juillet et sa fête nationale et ses courses de vélo et ses jeux olympiques, les « sans-dents » de la capitale salissent le métro, gribouillent sur les murs que le tango des nantis c’est fini désormais, que c’était mieux avant et plein d’autres mots insensés pour magnifier le rétro.

Paris est une fête, disait hier un écrivain poivrot, un rebelle sans cause venu s’encanailler.
L’enfer c’est les autres, scandait antan un défunt philosophe plus Gorki que Gogol.

La danse s’annonce élastique entre des milliers d’ombres encartées de slogans et de phrases et les forces de l’ordre, celles d’un suzerain en mal de suffrages et devenu aveugle à force d’écouter les paroles sucrées de flatteurs inutiles. Commence alors un lent paso-doble au tempo ridicule, loin des salons argentés ou des stades surpeuplés, sans la musique sonore d’un orchestre militaire ou d’une chorale espagnole. Les taureaux contre les picadors, les cris contre les bruits, les pauvres contre les riches, les rouges contre les bleus, le sang et la fureur.

Qu’on soit le prince des Danois ou juste une pomme,
rien ne change la fin et la boucle du temps,
le bitume survit à tous les accidents.


 
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   socque   
24/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Quand j'ai lu ceci
les sans dents de la capitale salissent le métro
j'ai cru à un texte manichéen qui poserait en héros les contestataires et en ignobles goulus les nantis. Je m'apprêtais à soupirer.
Et puis le propos m'apparaît plus subtil, les vaillants manifestants se révèlent enferrés dans le
c’était mieux avant et pleins d’autres mots insensés pour magnifier le rétro.
Ah, là je dresse l'œil et j'ai du mérite parce que c'est pas facile.

Le troisième paragraphe me conforte dans cette impression que le poème renvoie dos à dos les adversaires, à courte vue les uns comme les autres. Alors oui, d'accord, mais ce serait quoi la solution ? Eh bien, sans vraiment parler de solution, disons que les trois derniers vers fournissent une échappée, une hauteur de vue à ras de bitume qui n'est pas pour me déplaire. Je trouve que c'est bien amené tout ça, je pense à une planche du comics en ligne xkcd que je me suis rappelée récemment :
https://xkcd.com/889/
Pour les non anglophones, traduction :
Zut ! J'ai effacé le fichier.
(Je suis une tortue.)
Ah non, il est là.
(Je suis une tortue.)
50 ans plus tard : (Je suis une tortue.)
Les tortues, mec, elles ont tout compris.

Bref, j'ai bien aimé.

   papipoete   
16/5/2021
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Donaldo
Paris s'éveille, sort d'une léthargie dans laquelle un ennemi pangolinois l'avait plongé. Et toute condition, toute couleur de peau propre ou sale se manifeste, en arpentant de la capitale le bitume.
ça bat le pavé des rues ; les gagneuses rejoignent leur chambre... pour dormir alors que leurs amants rasent les murs ; paris s'éveille... et si le soleil montre son nez, les boulevards fleuriront en jaune, ou bien en rouge et viendra le soir refroidir le bitume...
NB " antisocial " cette chanson qui " trusta " les premières places du hit, va bien à cette chronique dont l'auteur, nous déroule la trame sans que ce soit un drame ; non, simplement un jour presque ordinaire, non loin des ors de la présidence...
La première strophe qui pose le décor, nous fait monter à la Capitale, et moi le provincial, ne voudrait vraiment pas y habiter !

   Eclaircie   
16/5/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour, Don, je n'avais pas croisé ce poème en EL (à cause des défis, et autres, sans doute)
Je voulais chercher sur internet des infos concernant l'exergue et son auteur, je ne peux pas faire de copié/collé, tu m'en diras un peu plus, donc.

Ensuite je lis cette prose un peu datée (les filles de l'Est sont au bois, jamais plus en avant sur le macadam, les jeunes aux cheveux longs, par contre les "sans-dents" me paraissent plus proches).
Par contre les jeu des mots sont intéressants. les allitérations de même.
Ensuite, il y a sans doute d'autres subtilités qui m'auront échappées.
La partie littérature, ça va, je vois, la partie politique, bien moins, tu nous diras, ou pas.
"Qu’on soit le prince des Danois ou juste une pomme," Parce qu'il est né en 68 ? Mais la pomme ? ma pomme ?

J'adore la dernière phrase.
Ensuite la VPA, là je ne sais pas dire, mais peu importe.

   Corto   
16/5/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ce poème en prose ne brille pas par son originalité.
J'ai plutôt l'impression de lire un premier jet où sont rassemblées les formules toutes faites qui ne demandent qu'à être traduites en un langage plus élaboré.

Le premier paragraphe est d'ailleurs un sommet de lieux communs qui sert de triste introduction.

"Paris est une fête"; "L’enfer c’est les autres" sentent bon son mai 68 et c'est rafraichissant.

Quelques formulations viennent ensuite troubler le conformisme: "lent paso-doble au tempo ridicule"; "Les taureaux contre les picadors, les cris contre les bruits": j'aime bien.

Les trois dernières lignes sonnent comme une morale, un peu ironique, un peu désabusée.

Au total ce texte aurait pu mieux affirmer le ressenti qu'il veut transmettre. Un peu plus de créativité aurait été nécessaire.

Merci du partage.

   ANIMAL   
16/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je trouve en cette prose une façon originale d'évoquer les heurts parfois violents et même sanglants entre manifestants et forces de l'ordre (j'ai du mal avec ce dernier terme, car par le choix du vocabulaire, le policier n’est plus une présence intégrée dans la ville pour maintenir la paix -gardien de la paix- mais un outil d’intervention, voire une force de frappe).

Jeu de cache-cache, taureaux contre picadors, mais parfois les taureaux viennent à bout du torero. Et si le "macadam parisien explose de mille feux" c'est peut-être bien celui des incendies de palettes et pas seulement l'éclat de l'astre de jour.

Cette danse de mort se joue sous les yeux -si j'ose dire- du bitume. Est-ce vraiment le banal revêtement de sol qui est évoqué ici ou une allégorie pour désigner les "neutres", qui regardent la bataille mais ne s'en mêlent pas et resteront pareils à eux-même, prêts à servir le vainqueur quel qu'il soit ?

Un texte intéressant qui comporte plusieurs niveaux de lecture.

   Cyrill   
17/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Donaldo

Un portrait de Paris qui semble emprunter à plusieurs époques.
Le regard est détaché, non exempt d'ironie il me semble.
En quelques lignes et de belles métaphores vous avez su prendre le pouls d'une ville, avec une interprétation toute personnelle (et c'est la valeur ajoutée).
J'ai apprécié les références à la danse, tango, paso-doble : très visuel !
"Qu’on soit le prince des Danois ou juste une pomme" on dirait qu'il y a là un joker de l'auteur mais pour moi ça me va, j'intègre sans problème.
Merci pour cette lecture réjouissante, Cyrill

   hersen   
17/5/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
"Le bitume survit à tous les accidents"
ça, c'est mon vers "passionnément"

Et avec un vers pareil, j'aurais aimé plus de poésie pour en arriver là.
Je comprends, bien sûr, la volonté de "carboner 14" le propos, entre les "sans-dents" et ah, Paris sera toujours Paris, avec ses fêtes pour noctambules, mais c'est justement de ce fait que le poème ne me parle pas suffisamment. peut-être aussi ne suis-je pas suffisamment citadine ?
Mais non, c'est idiot, c'est justement parce que je ne suis pas une citadine que j'aurais aimé un Paris plus profond, poétique au milieu de ses pancartes et de ses gribouillis sur les murs du métro.

Tout cela ne sert à rien, le bitume survit à tous les accidents.
mais l'homme ?
C'est la part de cynisme du texte. Mais je ne sais pas trop comment le prendre.

Un poème assez dé-paysan pour moi.

Pour conclure, un poème, oui, qui m'interroge, donc ça j'aime bien, mais auquel il manque trois poils de poésie toute pure. genre, du délire. :))

Merci cependant, je ne suis pas une ingrate !

   papymordoc   
16/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
une gifle poétique qui réveille et fait du bien. Bravo


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