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Poésie classique
EricD : Le roitelet
 Publié le 01/03/18  -  19 commentaires  -  1757 caractères  -  279 lectures    Autres textes du même auteur

Entre le conte et la fable.


Le roitelet



Pour les endormir à l’aurore,
Un sage hibou narre encore
À ses petits, le bec rieur,
L’histoire, qu’on dit authentique,
De ce roitelet pathétique
Certain d’être supérieur :

« Il habitait une aubépine
En fleurs, forteresse et rapine
Qui fit clochard un muscardin
Car il abhorrait la roture.
Il promenait sur la nature
Des yeux tout remplis de dédain.

Il disait : je suis grand ; je prône
L’amour de moi puis de mon trône.
Suzerain de tous les oiseaux,
Les gros geais font leur tour de garde
Pour moi. Soudés par ma cocarde,
Les geais sont de féaux vassaux.

Seigneur, j’ai des terres censives
Que les taupes inoffensives
Me labourent chaque matin
(Travail digne d’un prolétaire !)
Et me payent en vers de terre
Dont je fais un joyeux festin.

Il était bruyant, minuscule,
Superbe jusqu’au ridicule.
Cet impérieux roitelet,
Grand provocateur d'escarmouches,
Suivi d'un escadron de mouches
Dans le sous-bois ainsi volait.

(La fin de l'histoire est prochaine.)
Un jour, en contemplant un chêne
Splendide et séculaire, il dit :
Mon trône est vraiment misérable
Auprès de ce tronc vénérable.
Là-haut, là-haut on resplendit !

Il s’envola jusqu’à son faîte
Sous la prunelle stupéfaite
D’un écureuil et d’un moineau.
Il en asservit l’avifaune
D’opéra, devenue aphone
Sous le joug de ce tyranneau.

Il bannit même la sittelle
Qui nichait là, car il fit d’elle
Une persona non grata ;
Et du lundi jusqu’au dimanche,
Il chantait, chantait sur sa branche...
L'autour le vit et l'emporta.


 
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   BeL13ver   
14/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
L'auteur s'amuse avec un texte qui a un peu du morceau de bravoure.
Entre fable et conte, il a fait le choix de ne pas choisir. Le style est alerte, mais certaines expressions trop contemporaines détonnent. Peut-être une comparaison avec la politique, mais pour cela, il manque la morale du fabuliste. Les octosyllabes donnent un style enlevé, drôle. La chute, à mon sens, manque en revanche complètement d'efficacité. Elle me paraît beaucoup trop brutale.
Il y a beaucoup de bonnes choses, mais certains éléments me paraissent soit naïfs, soit obscurs, et m'empêchent d'apprécier jusqu'au bout cette œuvre.

   Mokhtar   
6/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un bien bel exercice en périlleux octosyllabes, à la gloire posthume de ces roitelets qui pètent plus haut que leur cul.
Rappelant un peu « les deux coqs », cette fable est techniquement très adroitement menée.

Particulièrement influencé par son patronyme, notre agité se sent d’âme suzeraine (au moins), ce qui ouvre à l’auteur l’univers hiérarchique moyenâgeux qu’il exploite.

J’aime beaucoup le choix de vocabulaire (Muscardin, sittelle, tyranneau, censives, avifaune…) qui enrichit le texte de mots inusités mais parfaitement pertinents.

La parenthèse « (la fin de l’histoire est prochaine) » m’a fait beaucoup rire, car l’on sent l’auteur familier des limites d’attention du lecteur moyen internaute.

Les sizains sont adroitement troussés. J’aime particulièrement celui de la taupe.
Un peu moins celui des geais (pas aussi fluide, avec une répétition), mais qui traite du thème de la courtisanerie, qui ne pouvait être omis.

Le huit pieds convient parfaitement à l’historiette. Sa maitrise nécessite un savoir faire qui n’est qu’à la portée d’un versificateur aguerri et inspiré.

Une petite question me trotte dans la tête. Avec son roitelet, l’auteur pensait-il à quelqu’un en particulier ?

   papipoete   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
classique
l'histoire de cet oiseau, le roitelet, un des plus petits que l'on peut observer en France, est digne d'une fable ! De plus, narrée par un hibou à ses petits, voici qui ne manque pas d'originalité ! Il rêve l'oiselet d'être le plus grand, perché le plus haut, jusqu'à ce qu'un autour en fasse son repas !
NB en plus d'apprécier l'histoire, la subtilité de ses images, des vers savoureux " qui fit clochard un muscardin/car il abhorrait la roture " , la langue française est ici servie dans ses plus beaux atours, et l'on se sent fier d'en être humble utilisateur !
je vois une forme classique sans faute habillant ces octosyllabes !
papipoète

   Damy   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai beaucoup aimé: conte métaphorique où chacun reconnaîtra ses petits, sous forme de poème classique dont la prosodie me semble tout à fait respectée et le rythme des octosyllabes bien approprié.
On a finalement la fin que l'on mérite et le dernier vers m'a fait bien rire.

Un vrai plaisir de lecture
qui met de bonne humeur
le matin de bonne heure
Pas besoin de littérature

Merci
D.

   troupi   
1/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il y a des matins comme ça où une petite lecture vous met de bonne humeur.
Ce texte foisonne de clins d’œils (yeux ?) propres à décrocher un sourire à chaque instant.
Le rythme est alerte, le minuscule oiseau en véritable tyranneau occupe toute la place jusqu'au passage de l'autour qui trouve là un amuse-bec à son goût.
Merci pour cette fable amusante.

   Hananke   
1/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour

Belle fable que ce roitelet qui nous remémore un peu le boeuf
et la grenouille du toujours au goût du jour, monsieur de la Fontaine.
C'est bien écrit avec un vocabulaire riche et recherché.

On pourrait transposer ce texte dans notre vie de tous les jours
puisque nous en avons un , de roitelet, au plus haut sommet
de l'état.

Il m'a fallu reprendre mon dictionnaire pour quelques mots
que je ne connaissais pas.
Donc, au final, un joli conte riche d'enseignement.

   Anje   
1/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La fin brutale et cruelle de l'histoire ne fera peut-être pas bien dormir les petits hibous. Mais elle montre une bonne connaissance de la nature excellement mise en scène et servie par une prosodie parfaitement maîtrisée (me dit mon oreille). La richesse du vocabulaire aurait peut-être pu éviter la répétition de geais mais c'était compliqué et de toutes façons une brindille dans le joli nid qu'est ce conte. Même la pauvre sittelle torchepot pourrait vous remercier de l'honneur que vous faites à ces petits animaux.

   Queribus   
1/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Un petite merveille de perfection avec cette prosodie régulière et ces octosyllabes sans fautes; les plus grands pourraient en être jaloux; une seule petite remarque: le texte est peut-être un peu long mais , comme il se lit et se comprend facilement, ça passe. La chute est aussi peut-être un peu brutale vu la longueur du texte mais on peut aussi y voir un effet de style.

La fable du roitelet est fort connue mais elle est traitée ici de façon originale même si quelques mots qui demandent l'utilisation du dictionnaire (muscardin, censives, sittelle) mais tout ça n'est pas bien grave et tout le monde pourra profiter, une fois de plus) de la morale de l'histoire.

Bien à vous..

   Anonyme   
2/3/2018
Bonjour EricD... Plutôt fable que conte à mon avis, j'ai bien aimé votre roitelet dont beaucoup de nos contemporains devraient s'inspirer car à vouloir vivre au dessus de ses moyens... etc.

Deux détails m'ont toutefois interpellé :

Car il abhorrait la roture.
Il promenait sur la nature
Des yeux tout remplis de dédain.

Après roture j'aurais évité le point en poursuivant par... Et promenait sur la nature...

Second point un peu plus délicat... le vers suivant !

Et me payent en vers de terre...

A mon avis "payent" ne comporte qu'une syllabe et donc votre vers ... sept syllabes mais si vous utilisez "règlent" en lieu et place, le tour est joué !

A + EricD et encore Bravo !

Ps... Mon commentaire tient lieu d'appréciation mais vous l'aviez bien sûr compris.

Edit... Mon intervention concernant "payent" ne semble pas vraiment justifiée et, vous présentant mes excuses, je vous prie de ne pas en tenir compte.

   PIZZICATO   
1/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Petit par la taille mais d'un ego démesuré (tiens, ça me rappelle quelqu'un...) ce roitelet nous offre une fable dont le second degré est riche en exemples.

" il abhorrait la roture "
"Il promenait sur la nature
Des yeux tout remplis de dédain."
" Les geais sont de féaux vassaux."
Des seigneurs aux rois, des empereurs à notre société actuelle, le fond n'a pas pris une ride...

Une fable que j'ai bien aimée.

   TheDreamer   
2/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Poème en sizains octosyllabiques. Le choix de cette métrique confère au texte de l'allant.

Histoire pleine d'humour et de moquerie d'un roi de pacotille dont la chute prévisible et morale est très bien emmenée suivant en cela la dextérité d'écriture.

   jfmoods   
2/3/2018
Ce poème est composé de 8 sizains en octosyllabes, à rimes suivies et embrassées, suffisantes et riches. Dans chaque strophe, les vers 1, 2, 4, 5 sont à rimes féminines, les vers 3 et 6 sont à rimes masculines.

Curieux, ces guillemets qui s'ouvrent au vers 7... et ne se ferment pas !

Le suffixe péjoratif ("roitelet") convoque, d'emblée, l'image du vaniteux. Le contre-rejet ("je prône / L’amour de moi") et le rejet ("font leur tour de garde / Pour moi") appuient efficacement sur un vice rhédibitoire, un travers que rien ne saurait redresser.

Entouré d'une cour aux ordres ("Les gros geais", "les taupes inoffensives", "un escadron de mouches"), d'un public réduit à la sidération (métonymie : "la prunelle stupéfaite / D’un écureuil et d’un moineau"), se pavane un petit monarque auto-proclamé, autoritaire, dont nul ne doit contester l'ombrageuse tutelle (modalisation : "Certain d'être supérieur", terme à aspect dévalorisant : "la roture", hyperbole : "Suzerain de tous les oiseaux", métonymie : "Des yeux tout remplis de dédain", groupe nominal : "Grand provocateur d'escarmouches",
adjectifs qualificatifs : "Superbe", "impérieux", verbes : "abhorrait", "asservit", "bannit", champ lexical de la domination : "trône" x 2, "cocarde", "féaux vassaux", "Seigneur", "terres censives", "prolétaire", "joug", "tyranneau", "persona non grata").

Le roitelet assure son pouvoir par l'expropriation ("une aubépine / En fleurs, forteresse et rapine / Qui fit clochard un muscardin") et par l'exploitation d'autrui ("Me labourent chaque matin", "me payent en vers de terre").

Il impose, évidemment, à son environnement la redoutable férule de son chant (adjectif qualificatif : "bruyant", rejet et importance de la rime : "Il en asservit l’avifaune / D’opéra devenue aphone", anaphore : "chantait, chantait").

Tout le sel de la fable réside dans cette constatation drolatique : l'immense prétention de l'oiseau est inversement proportionnelle à sa taille (contre-vérité : "je suis grand", adjectif qualificatif à visée péjorative : "minuscule", rime significative : "ridicule"). Ce prodigieux décalage confine à la caricature, savoureuse, d'un défaut hélas trop humain : l'enflure démesurée de l'ego.

La chute, portée par la vigueur des passés simples ("L'autour le vit et l'emporta."), détruit, en un instant, l'édifice de poussière de la vanité.

Le roitelet est-il "pathétique", comme le postulait le vers 5 de cette fable ? Certes pas. Le lecteur jubile, ne s'émeut nullement du sort de celui qui, ivre de se donner à voir (anaphore : "Là-haut, là-haut", verbe à connotation éminemment élective : "on resplendit"), finit par tomber sur un bec.

"Je me sers d'animaux pour instruire les hommes", écrivait La Fontaine. En s'excusant presque, au passage, d'avoir trop longuement sollicité l'attention de son lecteur ("La fin de l'histoire est prochaine.", vers 31), le poète mène à bien, par l'entremise d'un précepteur éloquent (le "sage hibou"), la visée pédagogique et didactique de l'illustre fabuliste.

Merci pour ce partage !

   Anonyme   
2/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai ressenti ce texte davantage comme une fable fort bien contée.
Les mots d'une grande justesse, nous conduisent à faire une lecture avenante.

Une démonstration des travers du règne animal, me voilà plongé au cœur de la nature, bien sûr toute comparaison avec la nature humaine est fortuite, cela va de soi...

Un poème très fluide, très rythmé, je suis quelque peu admiratif, votre "fable", est menée de main de maître. J'ai beaucoup apprécié ma lecture, le fond comme la forme, un vrai divertissement réjouissant.

   Hiraeth   
2/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je ne suis pas d'accord avec BeL13Vver, une fable n'a pas besoin d'avoir une morale explicite à la fin pour être efficace. Beaucoup de fables de La Fontaine n'en ont pas. Et de toute façon le récit a toujours sa logique propre, qui peut aller jusqu'à contredire l'énoncé de sa morale.

Ici on n'a que du récit. Et il n'y a rien à redire. Ce texte est une pure jouissance littéraire où brille la splendeur ludique de la langue française. La fin est brutale, mais efficace du fait même qu'elle est, d'une part brutale, de l'autre attendue : personne n'est dupe, tout le monde l'a devinée au cours de la lecture. C'est un jeu : le narrateur joue avec les attentes du lecteur, et retarde le plus possible la fin pour laisser plus de place au plaisir du récit.

Je m'imagine le hibou éclater de rire au dernier vers (d'ailleurs on pourrait faire de même en lisant le texte à voix haute), chose impossible si la chute avait été plus longue. La nature reprend ses droits à la fin avec brutalité, c'est à dire avec réalisme. Cela vaut aussi pour les petits : l'histoire est terminée, c'est l'heure réelle du coucher à présent !

   Francois   
2/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Le poème est très bien écrit, prosodie parfaite, rimes riches et originales, vocabulaire soigné... On sent qu'il y a un grand travail derrière, bravo !
C'est de plus une fable bien racontée, avec de l'humour, jusqu'à la chute finale et le surprenant dernier vers...

   David   
3/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour EricD,

Le personnage du poème m'a fait penser à celui de Don Quichotte, voire à une métaphore du poète en général, qui s'invente un monde autour de lui. Voire d'une nature très humaine. La lecture en est plus mélancolique du coup, car l'arrogance est-elle au personnage où à celui qui prend plaisir de se voir compter ce funeste destin...

   emilia   
5/3/2018
Une belle composition classique que cette fable qui pourrait s’intituler « l’autour et le roitelet », dans laquelle se dessine avec humour le portrait à charge d’un personnage pathétique, égocentrique, dédaigneux, bruyant, minuscule, superbe jusqu’au ridicule, provocateur, tyran qui asservit et bannit, seigneur qui exploite ses vassaux… et dont la leçon implicite de l’histoire serait : la vanité le perdra, surtout face à un rapport de force défavorable et un combat inégal entre le plus petit et le plus grand des oiseaux… ; une illustration agréable de cette belle tradition des fables édifiantes, aux morales proverbiales, à la portée symbolique et peut être politique…

   erratum   
1/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour, EricD !

J'ai bien aimé ce conte moralisateur qui rappelle La Fontaine...
Il est très bien écrit dans les règles de l'art et son côté fable pour enfants, bien que se terminant abruptement et tristement, lui donne une fraîcheur bien agréable...
Les sizains lui donnent l'effet d'une pause entre deux strophes qui permet au hibou narrateur de reprendre son souffle et de tenir les oisillons en haleine...
Amicalement, D.G.

   Kherza   
26/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très jolie fable excellemment écrite. Ça se lit tout seul. Merci!


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