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Poésie néo-classique
EricD : Seul
 Publié le 23/03/18  -  10 commentaires  -  1078 caractères  -  257 lectures    Autres textes du même auteur

Au sans-abri qui loge sous le porche de l'église Saint-Fiacre, je dédie ces vers.


Seul



C'est un soir glacial, un soir de février.
Au fond d'un bon fauteuil, tranquille, on se prélasse.
— Chacun reste chez soi sans se faire prier
Quand la bise vous mord avec ses dents de glace.

Les voitures ont l'air d'un troupeau de moutons
Énormes, endormis sous la neige qui tombe.
On ne soupçonne plus les traces des piétons.
Nul passant dans la rue. Un silence de tombe.

Cependant, vers l'église, un faible ronflement
Monte, musique étrange et souffle pathétique,
Et, si l'on approchait, on verrait vaguement
Qu'un homme, un pauvre, une ombre habite le portique.

Sous une hutte au toit fait de vieux matelas,
Mollement étendu sur des linges en loques,
Il dort ; il rêve... À quoi ? Lui seul le sait, hélas.
— Là-haut le firmament fait luire ses breloques.

L'heure grelotte ; un chat s'enfuit ; la neige pleut.
D'un réverbère tombe une clarté vermeille.
Le ciel rapièce par endroits son linceul bleu,
Et lui, peut-être saoul, indifférent, sommeille.


 
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   Queribus   
14/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Que dire devant une telle merveille: tout est là, la technique poétique quasi sans failles (pas moyen de trouver de moindre hiatus, etc); cependant et toutefois je ne suis suis pas sûr que matelas et hélas riment, de plus pleut et bleu ne riment pas mais tout ceci n'est que broutille par rapport à la qualité globale du texte.

Quant au fonds, pas besoin de dessin, tout est dit avec simplicité et réalisme; on pense à certains poètes du XIX me siècle, comme quoi les mêmes maux se retrouvent à toutes les époques.

Pour résumer, j'ai été ravi et enchanté de ma lecture de bon matin et j'hésite à vous mettre un passionnément en appréciation (ce que je n'ai jamais fait et considère réservé au Bon Dieu (des poètes, il va de soi); je mettrai donc beaucoup.

Cordialement.

   papipoete   
25/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
classique
Fait pas chaud dans ce salon, remonte-voir un peu le chauffage !
Dehors, il fait froid, je remonte ma couverture en loques et je je retourne dans mon rêve où il fait chaud, où j'ai une famille autour de moi, où ça sent bon dans la cuisine ! Je veux dormir pour ne pas voir passer les gens devant moi, emmitouflés et pressés ...
NB il y a des " hiver 54 " chaque année, et sous les porches on ronfle, près des portiques montent des accents pathétiques ...
De beaux vers, en particulier ceux du dernier quatrain " le ciel rapièce par endroits son linceul bleu " par exemple !
je ne vois pas d'entrave à la " forme classique ", mais les " purs et durs " chicaneront peut-être sur " tombe/tombe " ( pas moi ! )
papipoète
édit ; après coup, je vois les 2 mots " matelas/hélassss " qui ne passent pas en classique ! Pardonnez mon oubli ?

   Hananke   
23/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour

Un très beau texte, une grande sensibilité comme d'habitude.
J'aime bien les voitures en troupeau de moutons : jolie trouvaille.
C'est également très démonstratif.
Par contre, un léger bémol pour le dernier quatrain que je trouve
d'une construction un peu aléatoire avec cette conjonction mal placée
et cette neige qui pleut.
Mais, au final, un très joli texte.

   Francois   
23/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est un beau poème néoclassique, bien écrit, fluide.
Les deux premiers quatrains présentent le cadre, un décor d'hiver citadin... On découvre ensuite, peu à peu, ce clochard pathétique, cette ombre, campant sur des loques...

J'aime beaucoup le quatrain :

"Sous une hutte au toit fait de vieux matelas,
Mollement étendu sur des linges en loques,
Il dort ; il rêve... À quoi ? Lui seul le sait, hélas.
Là-haut le firmament fait luire ses breloques"

Un vers avec césure "hardie" :
"Le ciel rapièce par / endroits son linceul bleu"
mais cela ne me dérange pas.

Un texte sensible, sur un sujet grave.
Près de là où je travaille, je croise souvent de ces clochards, oubliés de tous, grelottant sur leurs cartons...

   Robot   
23/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Eccar,

Bien sûr j'ai apprécié le fond de ce poème qui nous décrit sans pathos une situation hélas de plus en plus fréquente. Quand je pense que certaines gens prétendent que les sans-abri le sont par choix de vie. Aprés, je me pose la question du "pourquoi" et du "que faire" face à cette misère, mais ces deux interrogations n'étaient pas l'objet ici.

Sur la construction, je vous fais part de petites réserves:

Les voitures comparées à des troupeaux de moutons ? j'avoue que pour moi l'image n'est pas évidente.

Si je n'ai rien à dire sur la rime tombe / tombe puisqu'il s'agit de deux mots différents, je regrette que le 3ème tombe au dernier quatrain n'ait pas été remplacé par un synonyme. Je pense par exemple que "d'un réverbère chute une clarté vermeille" aurait parfaitement convenu par exemple.

Merci pour ce texte qui nous rappelle que la misère existe pas loin de nous. D'autant que nous allons bientôt arriver à la période où les expulsions par police et huissiers vont bientôt être à nouveau possible.

   PIZZICATO   
23/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
" Et, si l'on approchait, on verrait vaguement
Qu'un homme, un pauvre, une ombre habite le portique ".

"vaguement", " une ombre ". Deux mots qui illustrent bien la déchéance dans laquelle lui et d'autres ont sombré.
On a tellement l'habitude de les voir qu'on ne les voit plus...

Vingt-et-unième ! Siècle de toutes les technologies, l'essor de la science, de la recherche et les autres choses, comme des gens qui ont faim et froid...

" Et lui, peut-être saoul, indifférent, sommeille."

Une écriture sobre, mais ce qu'il faut d'images pour montrer cette situation.

   Hiraeth   
23/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est positivement très bon. Il n'y a rien de trop.

J'aime beaucoup la comparaison moutonnière pour désigner les voitures garées en ville sous la neige, elle me fait penser au fameux vers d'Apollinaire "bergère ô Tour Eiffel" (en remplaçant les ponts par les voitures).

Métaphoriser les étoiles en breloques est très judicieux dans ce contexte, la rime avec loques rendant l'injustice de la condition du sans-abri encore plus saisissante (le luxe lui étant aussi inaccessible que le ciel, l'étalage du luxe scandaleux face à sa pauvreté), même si lui-même semble dormir plutôt paisiblement et n'en avoir cure... Mais gardons-nous de ne faire qu'esthétiser le réel ; il faut aussi tâcher de l'améliorer concrètement.

Le rythme du poème est très réussi, avec des phrases descriptives et très courtes qui plantent le décor d'un monde implacable. Les seuls passages au rythme un peu ailé, cassant la monotonie des autres strophes, sont ceux concernant le sans-abri. Je trouve que c'est bien fait.

   Marie-Ange   
24/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Pour une fois on n'est pas dans le pathétique, au moins c'est "appréciable", si je puis me permettre ; parce que cela donne sa vraie valeur à ce "Seul".

C'est écrit avec beaucoup de "respect", de sobriété.
Il nous est arrivé un hiver de signaler une personne qui depuis quelques jours, alors qu'il faisait très froid, dormait dans un taillis. Nous avons été plusieurs à faire cette démarche, le soir suivant nous n'avons pas constaté sa présence. Ce qui lui servait d'abri avait disparu. Mais ce n'est pas évident car certains veulent demeurer dans la rue, surtout lorsqu'ils ont des animaux.

La précarité touche les hommes comme les femmes, il en faut peu aujourd'hui pour connaître une telle situation. La misère s'installe de plus en plus. L'actualité le montre chaque jour davantage avec son lot de faits.

Je retiendrai plus particulièrement votre dernière strophe :

" L'heure grelotte ; un chat s'enfuit ; la neige pleut.
D'un réverbère tombe une clarté vermeille.
Le ciel rapièce par endroits son linceul bleu,
Et lui, peut-être saoul, indifférent, sommeille. "

   jfmoods   
24/3/2018
Composé de 5 quatrains, ce poème en alexandrins est à rimes croisées, suffisantes et riches, tour à tour masculines et féminines.

La rime, plus visuelle qu'auditive, du vers 15 ("hélas"), laisse à penser que le poète est admirateur de Racine.

Les deux premières strophes définissent le cadre spatio-temporel de l'évocation.

Au bien-être du dedans (complément de lieu : "Au fond d'un bon fauteuil", adjectif qualificatif : "tranquille", pronoms généralisant la perspective : "on se prélasse", "Chacun reste chez soi sans se faire prier") répond le froid intense du dehors (adjectif qualificatif : "un soir glacial", marqueur temporel : "un soir de février", allégorie : "la bise vous mord avec ses dents de glace").

L'extérieur, dont les conditions météorologiques altèrent la perception, véhicule un sentiment d'étrangeté (comparaison : "Les voitures ont l'air d'un troupeau de moutons / Énormes", animalisation : "endormis sous la neige qui tombe") et d'abandon (vue : "On ne soupçonne plus les traces des piétons", "Nul passant dans la rue", ouïe : "Un silence de tombe").

Avec l'ouïe qui reprend ses droits (groupe nominal : "musique étrange", rejet : "un faible ronflement / Monte"), la troisième strophe dirige le lecteur (complément de lieu : "vers l'église", subordonnée hypothétique ayant valeur de subordonnée de temps : "si l'on approchait, on verrait vaguement") vers un personnage fantomatique (gradation à rythme ternaire et croissant : "un homme, un pauvre, une ombre habite le portique") qui suscite, par avance, la pitié (métonymie : "souffle pathétique").

Face à une vie prometteuse (allégories : "Là-haut le firmament fait luire ses breloques", "Le ciel rapièce par endroits son linceul bleu", image du don : "D'un réverbère tombe une clarté vermeille"), mais qui offre si peu ("une hutte au toit fait de vieux matelas", "des linges en loques", allégorie : "L'heure grelotte"), l'homme, livré à lui-même (titre : "Seul", "Lui seul le sait"), fuit dans l'oubli ("peut-être saoul", "Il dort ; il rêve", "sommeille") sa condition misérable.

Merci pour ce partage !

   sympa   
26/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,
C'est un beau poème néoclassique décrivant une réalité malheureusement d'actualité .
L'ensemble est bien écrit, seul bémol, " la neige pleut " : j'aurais préféré il neige un peu.
Merci pour le partage !


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