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Poésie libre
framato : Cinquante-trois secondes et quelques répliques
 Publié le 15/07/17  -  9 commentaires  -  4026 caractères  -  104 lectures    Autres textes du même auteur


Cinquante-trois secondes et quelques répliques



1

Ce matin, la terre a tremblé.
Ce n’était rien, presque, pas grand-chose.
Un tremblement riquiqui, que même le tram de 05:32 aurait pu mieux faire.
Les vitres ont à peine vibré.
Pas un seul verre ‒ dans l’armoire de chêne ‒ n’a tintinnabulé.
Les murs bleus de l’appartement ne se sont pas mis à frissonner de peur.
Goupil, le chat roux, n’a bougé qu’une oreille, tout vautré sur le radiateur à air pulsé.

J’étais assis sur le divan, sniffant à la fois la fumée bleue de sa cigarette mentholée et la vapeur sucrée de mon café au lait. J’aime le menthol, quand c’est elle qui le fume.

Je ne pensais à rien de précis quand la terre a frémi.
Un peu.
Un fifrelin de rien du tout.
Ça n’a pas fait de courant d’air.
Ça a juste chatouillé mes pieds posés au sol.
C’était quasi imperceptible, mais ma terre a tremblé.

Je crois bien que si ce truc n’avait pas fait Le Bruit,
Il serait passé aussi inaperçu que le reste de ma vie.

Cependant.
Et si.
Et si c’était juste à ce moment que la vie avait changé ?
Au moment précis où le chat s’est endormi.
Le Premier Bruit a dévalé comme un ouvreur en hiver, avant-coureur du reste.

Et si ça
Et si ça avait
Et si ça avait été
Et si ça avait cet été
Et si ça avait cet été en plus
Et si avait été plus fort cet été
Et si ça avait été plus fort quand le Second Bruit est sorti de la radio ?

Et si c’était lui qui avait tout cassé ?
Bien après la première secousse.

Et si juste après ça le Troisième Bruit était arrivé, naturellement, tout droit sorti de la télé ?

Et
Si
Ça
Nous
Avait
Blessé ?

Et si ça nous avait tués ?
Hein ?

2

Se mélanger aux labyrinthes, que l’on croyait éternels dans un éclair de fulgurances, penser aux soirs d’orages dans lesquels nous nous sommes abandonnés.

Se perdre en sa mémoire, refuser d’y croire, ne plus se rappeler.
Tuuut, tuuut, tuuut, pas de messagerie.

L’homme ‒ en était-il un vraiment ? ‒ fumait, accoudé à la table.

Son coude gauche
Posé en équilibre
Coincé
Entre bois et vide
Maintenait un carnet sur lequel
D’une écriture inquiète
Se traçaient à l’encre verte
Des éponges
Des pieuvres
Des ventouses fécondes
Des méduses
Quelques mots importants
(Au moment où tout tremblotait)
Des ratures
Des extraits de pensées
Du vide

3

Juste le son de plus rien après le bruit
Comme la pluie
Un son en goutte à goutte

4

Une rame de métro
Un restau
Une salle de concert
Un aéroport
Et puis plus rien

5

Il faudra de la patience
53 c’est long

6

J’ai mis les mains dans le cambouis
J’ai plaqué des paquets de gaze sur des plaies
Dans l’urgence, j’ai serré des garrots
Il y a eu des nécroses
Et des amputations
Des souffles agonisants
J’ai perdu trop de vie

7

L’homme a poussé le bouton
Je suis devenu sourd

8

Ne pas oublier : la position latérale de sécurité
Ne plus penser à ceux qui ne respirent plus

9

Tu souris je revis je suis entre tes doigts lumineux je revis reconstruit

11

Mais eux ?

12

S’il ne reste rien que le souvenir que deviendra-t-il de nous ? Continuer. Chanter. Rire. Sans se forcer. C’est ce qu’ils disent. Qu’adviendra-t-il de nous ?

13

Je sens l’orage, je suis les nuages noirs, le vent d’avant que le temps ne soit suspendu aux nouvelles. Je suis l’éclair, l’éclaircie, le chant

14

Ton sourire ton rire ta fossette toi toi toi tout de toi tout toi me construit cahin-caha tout toi rien que toi

15


 
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   Eccar   
1/7/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
J'ai aimé le tout début, en fait presque tout le numéro 1, avec quelques images auxquelles se raccrocher, la cigarette, le chat, le tram, l'armoire de chêne et les verres, ce verbe "tintinnabuler", un fifrelin de rien du tout, et elle que l'on devine, que l'on soupçonne être la clé... Mais voilà, le reste part je ne sais où, guerre, attentat, maladie, rupture... En tous cas, pour moi, grosse prise de tête et fatigue... J'ai décroché.
Désolé

Eccar

   Brume   
4/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Les nombres ne sont pas très utiles. Les grands espaces entre chaque strophes suffisent.

Et bien un poème dont on ne s'ennuie pas, mais alors vraiment pas. C'est très vivant et visuel à souhait. L'odorat aussi stimule le lecteur avec cette fumée au menthol. Et l'ouïe bien sûr.

C'est à la fois tendre et halluciné, mais pas si halluciné que ça. Mais peu importe ces bruits qui transpercent les nuages noirs. C'est qu'il s'en passe des choses très intéressantes dans la vie, le coeur, et l'esprit en 53 secondes. L'impression d'être devant un film. La narration interne ou plutôt le monologue est vraiment riche, imaginatif et a de la profondeur.

Et quelle déclaration passionnée dans les derniers vers; un chant. Et un amusement pour la lectrice que je suis de la déclamer.

   SQUEEN   
15/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Moi, là, je vois les attentats terroristes et la vie qui ne sera plus jamais comme avant. Et puis un peu d'espoir, pas fou, juste un peu d'espoir.
La "souciance" avec laquelle nous devons vivre un peu plus, depuis peu. Au plaisir de vous relire,

   Alcirion   
15/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un peu dérouté par la forme au début : j'ai pensé à un récit, une nouvelle ou une prose poétique. En fait, le texte est cadré en libre à partir du vers qui se complète sur les six lignes suivantes : j'ai vraiment eu l'impression de passer à autre chose à ce moment là. Comme une rupture qui oriente vers une approche poétique qui ne se démentira plus jusqu'à la fin : habile.

Ensuite, il y a de belles images et de belles formules (le début du
2 est ma partie préférée). Les tronçons se racourcissent à partir du 3 et leur brièveté contribue à maintenir l'intensité dramatique jusqu'au terme du poème, ouvert puisque le 15 est vide et laisse le lecteur imaginer le pire ou le meilleur.

L'horreur est suggérée de façon habile par des mots techniques, médicaux (nécrose, amputation, garrot). On est au coeur de l'action dans une urgence, une incertitude qui ne sera finalement pas tranchée par l'auteur (malgré l'interrogation métaphysique du 12) - mais j'ai peut-être raté quelque chose.

Original et intéressant.

   Marie-Ange   
15/7/2017
 a aimé ce texte 
Pas
Plusieurs lectures, pour en arriver au même constat, je n'accroche, ni à la forme, ni au fond.

J'ai cherché le côté poétique en vain, sans succès car je me trouve à lire davantage une nouvelle qu'une poésie même dite "libre".

Je n'ai pas trouvé d'intérêt particulier à cet écrit, que j'ai découvert peu à peu comme ennuyeux. Les mots semblent comme "étirer" au maximum une situation, je dirai comme "l'essorer", pour en tirer tout le "suc", je n'arrive à être convaincu.

Il y a comme une certaine monotonie et platitude dans le déroulement de l'événement, ce simulacre sous-jacent me laisse perplexe.

   Arielle   
15/7/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je trouve assez troublante la date de publication de ce texte qui ne me semble pas due au hasard, intervenant le lendemain de l'hommage aux victimes de l'attentat de Nice.

L'évolution de ce " tremblement riquiqui" que le chat, lui-même ne paraît pas percevoir, cette évolution vers les différentes "répliques" sorties de la radio puis de la télé m'a immédiatement orientée vers autre chose qu'un tremblement de terre.
"Se perdre en sa mémoire, refuser d’y croire" c'est sans doute une réaction très humaine quand l'humanité de ces attaques nous parait justement impossible, inimaginable !
"J’ai mis les mains dans le cambouis" tenter de minimiser, de matérialiser la scène pour la dépouiller de son horreur !
Après, il y aura la difficile, la lente reconstruction des survivants
"Continuer. Chanter. Rire. Sans se forcer."
L'amour, sans doute indispensable pour renaître, cahin-caha ...

Cet ovni littéraire pourrait certainement être retravaillé, condensé pour devenir plus abordable mais garderait-il alors cette force, cette puissance que lui donne le jaillissement, l'enchaînement, apparemment incontrôlé, des faits qui se bousculent au cours de ces 53 secondes ?

   PIZZICATO   
15/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai passé un long moment sur ce texte, plusieurs lectures ; tenté de le comprendre au mieux dans le détail.
Ce qui m'a interpellé, c'est cette façon de relater des évènements horribles, attentats avec explosions successives, "répliques comme pour un tremblement de terre.
53 secondes développées avec des arrêts sur image.
Mais pourquoi ces 53 secondes ? A quoi correspondent-elles ?

Les paragraphes 2 et 6 sont angoissants.
Des zones d'ombre qui demeurent, pour moi, mais ce texte n'en est pas moins fascinant.

   Ananas   
16/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Hello framato,

Tremblement de terre, 53 secondes de tremblement, un battement de cil pour la magnitude 1 la fin d'un monde pour la magnitude 10...

J'aime cette poésie, par ce qu'elle laisse derrière elle cet arrière goût de schadefreude ...

Merci pour cet intéressant clignement d'yeux conjoints...

Merci pour le tremblement !

   hersen   
16/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai naturellement mon interprétation personnelle mais cela n'a, au final, pas une grande importance. Je me suis vue dans ces labyrinthes de questions, de douleur, de renouveau, tout ce qu'on peut mettre dans une secousse.
Diablement bien traité !

merci framato.


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