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Poésie libre
framato : Perdus
 Publié le 26/12/17  -  22 commentaires  -  1753 caractères  -  315 lectures    Autres textes du même auteur


Perdus



il y a
un vent de brumes
qui souffle dans les crânes
et qui n’efface rien
des souvenirs bitumes


des silences si longs
qu’ils enterrent les cœurs
et masquent les mensonges

il y a
les fleurs de soif et les drames de sel
ils fléchissent la haine
ces amants impudiques
qui guident les démons
aux marais de nos âmes

la musique du sang
les flammèches lucioles
le vol des chauves-souris
le soleil qui noircit
jusqu’aux ailes des anges
il perce les regrets
des noyés oubliés

il y a
l’éternité du vide
qui parsème de ronces
les illusions salies
la confiance griffée
des corps écartelés
et des lits bien trop blancs

la joie des innommables
qui se lèvent enfin
et des voies désertées
où s’égarent ces bulles
encore emprisonnées
dans la glace
d’un avenir figé

il y a
le lourd vol des corbeaux
bien au-dessus des ruines
encerclées de colère
et les peurs qui se nichent
au cœur des barricades

les espoirs qui foncent
dans les vitres du vide
et des miroirs
qui tombent à nos pieds
hirondelles inertes
ailes de nos mémoires


il y a
des désirs qui éclatent
dans l’ombre de nos croix
qui meurent sur nos lèvres
et crachent les noyaux
d’un printemps mortifié


il y a
le silence
du vent


il y a



tant de mondes où se perdre…


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   BeL13ver   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un poème sur la perdition, que l'auteur s'attache à évoquer comme concept liberticide afin de garder le contrôle des ouailles. Mais de manière subtile. Les premières strophes plantent un décor infernal, avec des choix forts de vocabulaire et un style noir. Mais la strophe "il y a / le silence / du vent" laisse entendre que toutes ces affirmations ne sont que... du vent.
Ainsi, il y a "tant de mondes où se perdre", donc, pourquoi pas se perdre dedans, affirme l'auteur.
Ce poème peut potentiellement se lire en boucle, de manière circulaire, d'où la richesse exceptionnelle du titre, car on s'y perdrait à s'y arrêter, pour l'éternité.

BeL13ver, en Espace Lecture

   Mokhtar   
9/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un poème...poétique. Quelle chance.
Le "il y a", inspiré sans doute d’Apollinaire, juxtapose sans nécessité de liens les thèmes éternels : souvenir, silence, joie, peur, espoir,désir...
La judicieuse présentation aérée permet au lecteur de reprendre son souffle, avant de se rendre de nouveau disponible en déviant les yeux.
Il s'agit là d'un texte de haute volée, de quelqu'un qui est, ou sera, un maitre de ces lieux. Du grand art.
J'ai scrupule à isoler une strophe. Il n'y a pas de faiblesses.
Essayons :
"il y a
l’éternité du vide
qui parsème de ronces
les illusions salies
la confiance griffée
des corps écartelés
et des lits bien trop blancs".

J'allais pinailler sur : "le silence du vent". Pour faire le critique.
Mais quand on entend le vent, on n'entend que lui. Et c'est alors comme le silence. Alors je me tais. On ne lutte pas contre le vent.

   Fowltus   
12/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Les 'il y a' m'apparaissent comme des locomotives un peu lourdes trainant le wagon qu'est la strophe.
Le décalage vers la droite des strophes où n'apparait pas ce 'il y a' est un moyen approximatif pour qu'il ne pullule pas.
Passé cela l'écriture n'est pas inintéressante mais je lui reproche une unicité de ton dans le sombre et ses déclinaisons.
Le lecteur que je suis finit par se perdre (rappel du titre) dans cette noirceur avec la voix de l'auteur, sans qu'une petite lumière au moins ne vienne le repêcher.
'les fleurs de soif et les drames de sel'
Je trouve poétiques les inversions du vers.
Fowltus en EL.

   bipol   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
bonjour,

il y a beaucoup de beauté

dans vote écriture

j'ai beaucoup aimé la structure de votre texte

m’apparaissant comme des nuages qui passent et leur légèreté

j'ai beaucoup aimé vos images

j'ai adoré

   Arielle   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Tant de mondes où se perdre !
A chaque relecture j'éprouve l'impression de découvrir une nouvelle image sur laquelle m'attarder, une construction avec laquelle j'ai envie de jouer.
"Les fleurs de soif et les drames de sel ... aux marais de nos âmes" m'ont entraînée vers l'univers aride des sauniers.
" Le soleil qui noircit jusqu'aux ailes des anges" est une magnifique image dont le contre-jour est criant de vérité.
Bien sûr on ne peut pas parler de mondes rose et bleus quand les espoirs s'écrasent sur les vitres du vide mais en est-il autrement dans le monde où nous nous débattons ?
Construites autour de cet anaphore, "il y a", ces brassées d'images évitent de s'éparpiller et retrouvent grâce à ce lien la main du narrateur et son noir enchantement.
Une vraie poésie qui funambule entre le réel et l'imaginaire à la façon des toiles de Jérôme Bosch.

   Donaldo75   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut framato,

Bravo !
Ce poème a du souffle, la forme libre étant à cet égard très bien mise en avant. L'évocation dépasse les simples images. A aucun moment, je n'ai eu l'impression d'artifice, écueil pourtant souvent rencontré dans ce type de poème.

C'est très agréable à lire et à relire, et à relire encore.

Don

   Brume   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Framato

J'ai aimé me perdre dans cet univers noir mais aux images tellement belles et si expressives, visuelles, qu'elles donnent à votre poème une touche de couleur.

Chaque strophes semblent n'avoir aucun lien entre elles, ce qui leur permettent d'avoir chacune leur spécificité, et l'honneur d'avoir une richesse des mots qui est unique qu'à leur propre thème.

Chaque strophe a sa force, son histoire, son drame, sa blessure secrète, ses désillusions.

Images ou expression je trouve ce passage très beau mais aussi hermétique :
- "Il y a
les fleurs de soif et les drames de sel" - jolie trouvaille.

Petit bémol pour la présentation. Je trouve que cette forme n'ajoute rien de plus au fond.

   PIZZICATO   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
" il y a tant de mondes où se perdre… " Mais on ne se perd pas dans ce texte aux images superbes, très éloquentes sur toutes les situations qui peuvent parcourir une vie.

" des souvenirs bitumes "

"le soleil qui noircit
jusqu’aux ailes des anges
il perce les regrets
des noyés oubliés "

"dans la glace
d’un avenir figé " pour ne citer que celles-ci.

   papipoete   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour framato
Il y a des moments de joie et leurs souvenirs ; il y a ceux de tristesse et d'infortune et leurs douleurs imprimées ; il y a l'espoir et le mirage qu'ils cachent ...
Votre poème n'est pas une ode à la gaité, mais la couleur de votre plume est sans doute celle d'un instant où pas grand chose n'allait !
" il y a l'éternité du vide/qui parsème de ronces/les illusions salies " cette métaphore illustre bien le fond de votre réflexion ; ( qui j'espère est fictive, ou furtive )

   Ithaque   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J'imagine!
Un enfant, devenu adulte, a conservé en lui le jeu du souffleur de bulles . Jeu d'expression ,jeu de cache cache, jeu libérateur d'imaginaire, jeu de puissance permettant en un seul souffle de disséminer au vent les messages de son âme.
Se pourrait il, FRAMATO, que vous soyiez cet enfant souffleur?

Ithaque

   silver   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans ce poème, m'y être perdue...
Mais n'était-ce pas justement l'intention de l'auteur? Qui, avec beaucoup de sensibilité et d'intelligence construit son poème tout entier comme une errance...
Par sa présentation d'abord, qui induit un éparpillement d'un monde à l'autre, par son champ lexical ensuite, qui, dès l'entame, nous plonge dans un univers illisible avec son vent de brumes soufflant dans les crânes. Puis chaque mot choisi pour chacune des strophes éploie et décline l'idée de cette errance où l'on avance perdants et se perdant...en l'absence de tout repère fiable, tâtonnement, enlisement, égarement, jusqu'au délitement au silence du vent.

Merci à vous pour ce partage

   Sodapop   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai particulièrement apprécié la construction de ce poème. le fait d'écrire chaque strophe en décalage, laisse une sensation de descente, vers la noirceur, les ténèbres mais aussi le romantisme.
Ce poème a quelque choses de Baudelairien dans le fond, et la forme me fait penser à la plume de Jim Morrison dans l'être qu'il était, le poète avant l'icone du rock.
Pour moi, ce poème est une belle alchimie entre le monde de la poésie et celui de la musique. Déjà car le rythme est très bien construit et coule à la lecture, mais aussi parce que je retrouve des bribes d'influences musicales, tel que Thiefaine (qui souffle dans les crâne) ou encore Brel (des corps écartelés). Je ne sais pas si c'est intentionnel mais en tout cas, cela ne me dérange pas, car malgré ces vers inspirés, l'auteur réussi très bien le pari de faire de ce poème quelque chose de très personnel, mais également offre au lecteur la liberté de se l'approprier. Bravo!

   framato   
27/12/2017

   Anonyme   
27/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Pas encore lu les explications, s’il y en a, du fil ouvert par l’auteur, car je voulais livrer ma 'sensation' avant… avant de me perdre dans les mondes perdus de Framato.

Sur le fond je trouve le questionnement que recèle ce poème plus que pertinent… tous ces mondes possibles sont en effet parfois seulement effleurés par notre intellect, ou notre intuition, nous laissant trop souvent aux prises avec un seul monde, le sensible, l’inextinguible des apparences…ou des souvenirs ou des espérances (toujours approximatives), tellement trompeuses (mais aussi indicatrices) qu’on ne s’en rend en général pas compte (que d'autres mondes existent, en fait un seul, mais beaucoup plus riche, ou profond ,ou dense, que le nôtre), sauf peut-être parfois, dans de rares moments de clairvoyance… au risque de passer pour un peu barjot, si par mégarde on s’avise de tenter de se confier de cette sorte d’illumination (de ne toucher qu’à peine le réel, et de l’avoir enfin effleuré, ce jour-là, cette heure-là).

Côté forme : une des forces de" ce poème est que chaque partie se suffit à elle-même, évoquant tout un monde de sensations, de préfigurations, d’à-peine vécus, de pressentis, que peut-être chacun a vécus, ressentis… justement, on ne sait pas, tout le monde ne peut pas en parler…

On fait l'impasse - car cela sollicite quelque chose en deçà, ou au-delà, de nous, de ce que nous croyions être, de ce que nous voudrions être – peut-être juste histoire de ne pas avoir d’emmerdes… et ne plus se prendre la tête avec ce qui cogne parfois plus ou moins fort dans nos cœurs sans trop savoir quoi, ni pourquoi cela se passe.

Je dirais : une aspiration à la réalité des mondes que notre conscience ne peut en général percevoir, enfin, quand je dis nous c’est moi, engoncé que je suis presque toujours dans les problématiques du quotidien qui m’enferrent en tristesse, en peurs et désespoirs mais aussi (hé oui :o) aussi) velléités d’amour et de paix…et parfois un petit matin clair...

Pour en revenir plus directement au poème et au poète, je ne sais si ses intentions étaient de nous faire douter, ou de nous rassurer au contraire, mais au fond je m’en fous, ce que je retiens c’est que cela a chatouillé une instance de moi qui voudrais ouvrir les yeux, désespérément.

Bref, un poème qui fait mouche, sans chichi

je vais conclure en citant une des parties

"il y a
les fleurs de soif et les drames de sel
ils fléchissent la haine
ces amants impudiques
qui guident les démons
aux marais de nos âmes"

que sont ces fleurs de soif et ces drames de sel…?

quelle est cette haine...fléchie…?

des portes restent ouvertes...à chacun de les pousser, ou pas, ces portes, ses portes...

   Ananas   
27/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Hello

Je me souviens la première version « il y a » qui selon moi péchait par excès d’anaphore...

Le retravail vers l’epure Pour un sens plus pointu est assez bluffant !

Merci pour cette belle gifle poétique et Joyeux Noël à toi et ta famille !!!

   Azedien   
27/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte mystique un peu hyperbolique, juste ce qu'il faut. J'ai aimé l'idée derrière les "cœurs enterrés" mais l'image garde un goût de déjà vu dans sa formulation.
J'ai regretté la fin explicitement suspensive qui fait tomber à plat le mordant de tout le reste du texte comme si les strophes précédentes n'avaient qu'un caractère anecdotique or ce ne semble pas être le cas ; le "silence du vent" me semble parfait comme conclusion, sans point, comme ça. Suspensif implicitement.

L'éternité du vide, les bulles glacées, les ruines cernées de colère, les cadavres des hirondelles, oui, oui, oui. Bien. Belle montée de tension.

Merci pour la lecture.

   emilia   
27/12/2017
Tout un inventaire de perditions en effet pour un voyage au cœur des ténèbres, « des cœurs enterrés aux mensonges masqués, les démons de nos âmes, le soleil qui noircit, les noyés oubliés, les illusions salies, la confiance griffée, les corps écartelés ; les voies désertées, les bulles égarées, l’avenir figé, les ruines et les barricades engendrées par la colère et la peur, les espoirs qui foncent dans les vitres du vide (une personnification surréaliste pertinente), les miroirs brisés de nos mémoires, l’ombre de nos croix qui meurent sur nos lèvres…, jusqu’au printemps lui-même mortifié, en présence d’un vent au souffle invisible et silencieux jouant sa mystérieuse partition… », tout un champ lexical riche en connotations négatives et dépréciatives mettant habilement en lumière la noirceur du monde, la face obscure de la conscience humaine et ses impasses…

   Lylah   
29/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Framato,

Ma lecture est allée crescendo de strophe en strophe...

Peu emballée par la première, je te l'avoue, j' ai été ensuite transportée par la qualité de ton écriture - pas de fioritures !- et la beauté des images qui fusent dans ces lignes.

Je n'en citerai pour exemple que

"le soleil qui noircit
jusqu’aux ailes des anges"

ou

"l’éternité du vide
qui parsème de ronces
les illusions salies"

et cette superbe dernière strophe avant la conclusion en forme d'apaisement (du moins, je crois...) :

"ll y a
des désirs qui éclatent
dans l’ombre de nos croix
qui meurent sur nos lèvres
et crachent les noyaux
d’un printemps mortifié"
(pointe de jalousie de ma part ... ;)

Bref, la force qui se dégage de l'ensemble de ton texte m'a enthousiasmée...
J'en redemande !

   inconnu1   
31/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je vais sans doute un peu dissoner avec mon un peu; mais après une première lecture où j'ai été plutôt conquis sur le choix des mots, je me suis interrogé sur ce qu'il y avait sous le bel emballage. Seulement un carton vide ou des surprises et je n'ai pas été convaincu que le carton soit plein mais je me trompe peut être. J'ai essayé de relire les strophes de trouver les métaphores, le idées qui se cachent derrière mais je n'y suis pas arrivé, alors je m'interroge. C'est toujours compliqué d'interpréter un poème, c'est aussi son intérêt. Je suis prêt bien sûr à être plus clément si vous m'aidez et de donner les clefs pour comprendre les idées et me convaincre que le choix des phrases n'a pas simplement été guidé par l'effet qu'ils pourraient avoir sur le lecteur : qui sont ces amants impudiques, ces noyés oubliés et que viennent -ils faire dans le poème.

Merci de m'éclairer

   Louis   
2/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Léo Ferré chantait « Il n’y a plus rien », ce poème déclare, lui, anaphoriquement : « il y a ».

« Il y a » : des réalités s’imposent encore, elles insistent, mais des réalités qui tendent vers leur perte, des réalités en perdition, des réalités qui tendent vers le rien.
Le poème suit la voie du vent, cette puissance qui emporte tout, et chaque strophe marque une étape dans un chemin de perdition, au terme duquel ne subsiste qu’un souffle lugubre dans le vide.

Cette perte se manifeste d’abord dans les crânes : « Il y a / un vent de brume / qui souffle dans les crânes ». Dans les têtes embrumées, un souffle emporte les idées, embrouille les pensées. Clarté et lucidité se perdent. Le brouillard envahit l’esprit, anéantit toute représentation, mais il « n’efface » pas tout, « il n’efface rien / des souvenirs bitumes ». Visqueux, tenaces, ineffaçables, les souvenirs couvrent encore une voie, un chemin passé. Une route bitumée de souvenirs, mais un présent volatilisé, un futur perdu. Reste tracée la voie d’où l’on vient, mais un manque de présence, mais un manque d’avenir.

En écho, les paroles disent : « des silences si longs ». En perte justement, les paroles, le langage ; et des cœurs enterrés sous les silences, en perte les cœurs aimants.
Brouillard, enterrement, voile ( « et masquent les mensonges ») : tout ce qui empêche la claire vision, celle des yeux comme celle de l’esprit. Une perte de vue. Et ce qui dérobe au regard est une mort, un « enterrement »
Il y a ce qui enterre, ce qui masque et voile, ce qui passe sous silence, il y a ce qui tend à faire qu’il n’y a plus, à tout rendre invisible, inaudible, inexistant.

La sensation de perte se poursuit :
« Il y a / les fleurs de soif et les drames de sel »
La « soif » est un autre nom du désir. Le désir embellit, il magnifie, « fleurit » son objet, son « eau », mais ces fleurs peuvent être des fleurs de sel, ou une eau imbuvable, un objet du désir qui ne répond pas vraiment au désir. Drame de l’inadéquation du désir à son objet.
S’enfoncent alors dans les « marais de nos âmes », s’embourbent les « démons » intérieurs. Perte par frustration, par refoulement.
Les « amants impudiques », ceux qui arborent l’objet de leur désir, même s’ils semblent immoraux, « ob-scènes », ne peuvent les assumer.
Les désirs se manifestent, mais pour leur perte.
L’amour déjà s’est transformé en haine, l’amour se renverse en son contraire, quand il est déçu, quand les fleurs se sont métamorphosées en sel.
Pour « fléchir » la haine, il convient alors de refouler le désir.
L’idée d’ « enterrement » de la strophe précédente se retrouve dans l’embourbement des marécages, de nouveau le manifeste tend à disparaître sous le silence.
Il ne subsiste de lui aucune parole, mais « une musique du sang », une vie encore, quelques flammes, « flammèches lucioles », et une noirceur trompeuse :
« Le soleil qui noircit
Jusqu’aux ailes des anges »
Ce qui est mis en lumière se trouve noirci par cette lumière même. Blancheur, pureté, innocence ( les « anges ») se perdent dans la noirceur que provoquent discrédits, dénigrements, dépréciations, quand ils se manifestent sous le « soleil ». Soleil de Satan.
La perte est de lumière, dans l’assombrissement, dans la disparition. Dans la nuit qui s’avance.

Il y a aussi l’ « éternité » du vide.
Le vide « éternel » fait contraste avec les caractères temporels et provisoires des réalités.
Ce qui disparaît à la vue, l’invisible et l’insensible se trouvent absorbés par lui, le vide.
Ce vide qui « travaille » toute réalité.
En lui naît ce qui pique et blesse, « les ronces » et leurs piqûres qui trouent, percent, perforent l’existence, autant de bondes par où la réalité s’évacue, par où elle s’écoule, dans le temps, et dans le néant.
Ainsi les illusions se perdent, les belles illusions, les belles utopies, « salies », dénigrées, et la « confiance », « griffée » ; c’est tout le rapport amical à autrui qui s’en trouve compromis. Sans confiance, l’autre est une menace, un danger, un ennemi.
Les corps, eux, sont « écartelés », mis à l’ « écart » en un sens, et aussi déchirés, soumis à des forces et des tensions opposées, entre nature et interdits. Isolement, déchirement : perte d’unité.
Tout se perd, mais prolifèrent « les innommables ».
Ceux qui ne peuvent être nommés manquent de réalité, ils sont indéterminés, habités de vide et de négatif. Réfractaires au langage, parce qu’inqualifiables, ils n’entrent dans nulle logique humaine, et nulle éthique. Innommables, ceux-là qui ont perdu jusqu’à la possibilité d’une dénomination.
Alors que, sur les « voies désertées », « s’égarent ces bulles / encore emprisonnées / dans la glace / d’un avenir figé »
Les bulles dans la glace, plutôt révélatrices d’un passé, sont ici à l’inverse celles d’un avenir glacé, figé au point de ne pas pouvoir être changé, aussi irrémédiable qu’un passé.
L’espérance est morte avec les belles illusions salies ; le futur est vide d’un avenir radieux, vide de chaleur humaine, de confiance, de solidarité. Avenir perdu : le futur est semblable à un passé.

Mort et désolation caractérisent les pertes suivantes, avec le « lourd vol des corbeaux ». Règne un paysage dévasté, de « ruines ».
Quelques forces s’opposent encore à cette perdition, des « barricades » s’érigent, mais sans joie créatrice, juste habitées par la peur.
Perte d’espérance ; comme des insectes, les espoirs s’écrasent sur « les vitres du vide ».
Même la promesse d’un printemps n’est plus, « printemps mortifié ».
Ne subsiste que le froid, et puis le vent, ce souffle qui a tout emporté.

Ainsi, ce poème exprime la sensation d’une vie « en pure perte ».
On remarquera que le texte accorde très justement une pleine réalité à toutes les choses qui favorisent l’existence, l’amour, la confiance, l’amitié, la solidarité, les rêveries d’un monde meilleur ; par contre, ce qui défavorise la vie, l’affaiblit, ne permet pas de persévérer dans l’existence, le texte l’affecte, toujours avec grande justesse, de perte et de manque, de vide et de néant, d’imperfection.
C’est un beau poème, expression d’une « passion triste », affligé de la perte, moment de faiblesse qui néglige « la force majeure », comme l’appelle Clément Rosset, la joie tragique, malgré tout.

   Goelette   
3/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ces mots non perdus, que vous restituez avec tant de délicatesse et de puissance en même temps, sont magnifiques !

J'aime tant d'images que je ne peux toutes vous les citer, en voici juste quelques unes parmi mes préférées :
"le soleil qui noircit
Jusqu’aux ailes des anges"

" l’éternité du vide
qui parsème de ronces
les illusions salies
la confiance griffée"

et toute la strophe des "espoirs qui foncent"

   Marie-Ange   
4/1/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Je ne suis pas d'ordinaire très "fan" de ce genre de présentation,
mais là, je dois dire qu'elle souligne magistralement le discours
profond et émouvant de ce "Il y a".

C'est texte fluide, imagé, rythmé, qui prolonge une discussion.
Ma lecture m'a donné l'envie d'aller plus loin dans la réflexion
que vous ouvrez avec beaucoup d'intelligence et de subtilité.

De votre phrasé tout est à retenir, du début jusqu'à la fin, vous avez complètement retenu mon attention.

Je vous ai lu et relu ... superbe écrit


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