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Poésie classique
FrenchKiss : À un ami poète
 Publié le 10/05/19  -  24 commentaires  -  839 caractères  -  799 lectures    Autres textes du même auteur


À un ami poète



J’ai donné plus d’un rêve au silence des brunes,
À la lune orangée assise sur ta main ;
La grisaille des soirs, les heures importunes
Où les mots dorment nus dans l’encrier carmin.

Je pense à toi, damné pour des vers de poètes,
Aux rivages de sang figés dans ta prison,
Je veux lécher la boue au pied de tes conquêtes
Et regarder la brume éclairer l’horizon.

Crier jusqu’au désert les armes de tes crimes,
Les rendre à l’innocence, aux vœux de liberté,
Au nœud de cette corde où sont mortes tes rimes
Pour traverser la nuit d’un instant de beauté.

Cette peur, cet espoir, comme une délivrance,
Mêlent dans mes douleurs les souvenirs de nous,
Ta vie en son miroir avait figé l’enfance,
Qu’est-ce vivre si c’est toujours vivre à genoux ?


 
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   myndie   
15/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
« Tant de mystère dans tant d’éclat » (Mallarmé)

J’aime passionnément ce poème qui est tout simplement bouleversant.
Voilà bien sûr un thème classique, plutôt parnassien, dont on eût pu craindre le traitement poussiéreux et empreint de rigueur.
Il n’en est rien.
Certes, la forme est parfaite et l’alexandrin maîtrisé, qui insuffle au poème sa douce mouvance. (Je laisse ici le soin aux spécialistes es prosodie de décortiquer la vôtre).
Cependant nulle emphase, nul lyrisme ne viennent entacher la modernité du ton, la grâce et l’émotion embusquées au détours de vos vers.
Mélancolie, angoisse, souffrance, révolte en cri vibrant se nourrissent de la structure du poème et de sa puissance d’évocation visuelle, de ces images qui dévoilent le sensible, vivifient le monde mais en relèvent la cruauté, et au final touchent juste :

« La lune orangée assise sur ta main »

« Je veux lécher la boue au pied de tes conquêtes
Et regarder la brume éclairer l’horizon »

« Au nœud de cette corde où sont mortes tes rimes ».

Et comment ne pas voir également évoqué le thème du double (« Ta vie en son miroir »), tant l’on sait les miroirs propices à l’introspection, au voyage en soi ?

Ce poème est douloureux en ce qu’il éveille de plus intime, cette exigence tyrannique venue du dedans, ce surcroît d’âme mu par un souci de beauté, de perfection et de liberté… Mais que la douleur est délectable !

   Anje   
16/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Classique

Un ultime vers en trimètre que ferme un point d'interrogation achève ces quatrains en points de suspension du plus bel effet.

Durant sept jours, ils m'ont crié :
Tu a déclenché une guerre contre Allah !
Samedi, parce que tu es un Arabe !
Dimanche, et bien c'est parce que tu es de Ahvaz
Lundi, pour que tu te souviennes que tu es Iranien
Mardi, parce que tu te moques de la Révolution sacrée
Mercredi, n'as-tu pas élevé ta voix pour d'autres ?
Jeudi, tu es un poète et un barde
Vendredi : tu es un homme, n'est-ce pas suffisant pour mourir ?
Hashem Shaabani (1981/2014)

Mais il n'est sans doute pas le seul poète mort au bout d'une corde pour un bout de papier et quelques rimes. Et se ce poème ne s'adressait pas à lui, il pourrait s'adresser à tous les amis damnés pour des vers.

   Gabrielle   
20/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"Je pense à toi, damné pour des vers de poètes,
Aux rivages de sang figés dans ta prison,"

Un merveilleux hommage rendu qui exprime avec finesse la vie difficile des poètes qui, en quelquues vers, dépeignent le monde.

Aussi, le choix d'écrire avec des larmes de sang est-il un exercice périlleux, que le coeur cesserait de battre et que le monde s'arrêterait d'exister ?

Bien des sujets sont abordés, faisant appel à la conscience,
ravivant la flamme en chacun d'entre nous.

Merveilleux sont-ils, ces coeurs de poètes qui font vibrer le monde en quelques vers anodins.

Bien à vous.

Amitiés sincères.

   Vincente   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Dans les yeux du lecteur, le regard de l'auteur qui semble "regarder la brume éclairer l’horizon." de l'ami disparu. Ami intime ou ami emblématique, l'un comme l'autre entendra ces vers lui parler.

L'attention, la sensibilité, la douleur, la désespérance, les regrets, le style adroit se partagent en communion pour rendre hommage à celui qui a tant compté, qui compte tant.

Mes vers préférés, superbes :
" La grisaille des soirs, les heures importunes
Où les mots dorment nus dans l’encrier carmin."

" Je veux lécher la boue au pied de tes conquêtes
Et regarder la brume éclairer l’horizon."

" Au nœud de cette corde où sont mortes tes rimes"

Il semble qu'un suicide ait figé la vie de l'ami au sortir de l'enfance, la sensation d'inachevé, terrible, ajoute encore à la tristesse qui s'épanche.

C'est superbement écrit, suggéré, impliqué. J'ai juste regretté d'accrocher sur le vers épilogue, rythme, formulation et explosion me sont parues en deçà de la qualité indiscutable de l'ensemble du texte.

   Davide   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour FrenchKiss,

Plus un poème me touche, plus il m'est difficile de le commenter...
J'ai pensé à Victor Hugo en première lecture, connaissant toute l'étendue et tout l'engagement de son art ; mais, bien vite, je me suis ravisé : le narrateur s'adresse au poète, non pas à un poète.

Tant de belles images pour tenter de "rendre à l'innocence", non pas seulement le poète, mais tout ce qui a jamais été écrit depuis la nuit des temps, imaginé, créé... pour rendre à la "beauté" ses droits d'auteur.
Les métaphores s'emparent du désespoir de cette "prison" de sang, comme de l'horreur de cette "corde" ; la poésie atténue quelque peu l'impensable, juste un peu, pour la rendre supportable.

Un petit plus pour cette antithèse (que seul un poète peut comprendre, ou devrais-je dire, ressentir) :
"Et regarder la brume éclairer l’horizon."

Seul le dernier vers m'a gêné dans la lecture :
"Qu’est-ce vivre si c’est toujours vivre à genoux ?"
Un trimètre, soit, mais je le trouve boiteux, peut-être en raison de la répétition de "vivre" et des consonnes fricatives désagréables à l'oreille : [v], [s], [ge].
Mais pour ce qu'il impose, pour ce qu'il évoque, je le trouve magnifique.

Merci FrenchKiss pour ce partage très touchant,

Davide

   Hananke   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour

Quel dommage que cet imbuvable ultime vers ! Même si l'on comprend
parfaitement ce que l'auteur veut nous dire, son énoncé le rend
incompréhensible.
Des poèmes courts, des sonnets, on en retient surtout
le dernier vers qui doit claquer comme une sentence :

Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain.
Et s'il n'en reste qu'un je serai celui-là.

Deux exemples du père chef.

Bon, il y a bien un brin d'hermétisme mais qui ne rebute pas,
au contraire, il nous force à pénétrer plus avant dans le texte.

Quel dommage : le funambule est tombé de son fil
à l'ultime instant.

   Castelmore   
11/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Frenchkiss

« Où les mots dorment nus dans l’encrier carmin »

Avant de sortir habiller de lumière, de musique, de joie, de peine ... en tenue de fête ou de deuil, les images venues du cœur du poète,,,

J’adore ce vers sa sonorité son équilibre son imaginaire !
Il symbolise mieux que tout autre, lu ici ou ailleurs, l’attente de l’écriture !

D’autres vers aussi me transportent:

« Au nœud de cette corde où sont mortes tes rimes
Pour traverser la nuit d’un instant de beauté. »

« Et regarder la brume éclairer l’horizon »
Deux hémistiches pour un oxymore fort poétique !

J’ai moins aimé l’image de
« Je veux lécher la boue au pied de tes conquêtes »

Et je me suis perdu dans le dernier quatrain, entre l’évocation par le narrateur de lui même -poète aussi ?- , de son ami, -sont-ils deux réellement ?- de l’enfance ... et malgré plusieurs lectures,

bris du sens pour mon petit cerveau et brisure du rythme dans le dernier vers, qui a ajouté à ma confusion...

Une très belle pièce classique au delà de mes incertitudes et inconforts de lecture !

Merci
Castelmore

Complément après re et re lecture...
Ce qui me semble créer l’impression de déséquilibre du dernier vers n’est pas son rythme,qui est relativement fréquent finalement, mais le fait que le verbe vivre présent deux fois à l’infinitif s’y prononce de deux façons différentes vivrE et vivr(e)À à cause de l'élision du e pour le second.

   senglar   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour FrenchKiss,


Je ne m'interroge pas sur la forme, je sais que ce sera parfait.

Je ne m'interroge pas sur l'allure, la couleur, ce sera cadencé, caparaçonné, coloré, au besoin chamarré.

Je ne m'interroge pas sur ma lecture, je sais que ce sera un ravissement... imagé.


Je m'interroge sur ce poète mort par pendaison :
"Ta vie en son miroir avait figé l'enfance"
Jusqu'à quel âge est-on un enfant ?
Ce poète est un contemporain de l'auteur. L'auteur a-t-il pu le côtoyer ?
Lire, méditer, habiter des vers, c'est déjà côtoyer.

Alors j'ai cherché et j'ai trouvé ceci :
"Durant sept jours ils m'ont crié :
...
Mardi, parce que tu te moques de la Révolution sacrée
...
Vendredi : tu es un homme, n'est-ce pas suffisant pour mourir ?"

Hachem Shaabani, poète iranien d'un peu plus de vingt ans, est mort pendu en 2014 sur ordre du président Rahani (Eh Oui ! un modéré celui-là...) parce qu'il avait osé rêver de liberté.

Combien de dictatures de par le monde ? Combien de misère ? Je remonte cependant le temps et je pense à Nerval (suicide), à Chénier (décapité), à Rimbaud (maladie), à Garcia Lorca (exécuté lâchement à la sauvette).
Pas gai tout ça mais la nécessité de ne pas oublier et de garder les yeux ouverts, écarquillés, des yeux inquiets...
"Qu'est-ce que vivre si c'est toujours vivre à genoux ?"


Senglar de Brabantie

   leni   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut FrenchKiss
Je ne connais rien en poésie je pense à m'accrocher aux images que je rencontre Je les mémorise et ensuite je les projette avec ma lanterne
magique dans une région de mon cerveau droit J'ai parfois la mémoire
qui flanche C'est l'âge sans doute J'aime les moments vrais et je déteste l’esbroufe Ce préambule pour te dire que dans ton poème je suis allé à la chasse aux images MERCI

la lune orangée assise sur ta main ;
les mots dorment nus dans l’encrier carmin.
regarder la brume éclairer l’horizon.

Au nœud de cette corde où sont mortes tes rimes

et le routard des mots atteint le point sublime dans ce vers
Qu’est-ce vivre si c’est toujours vivre à genoux ?

MERCI SUPERBE SUPERBE
LENI

j'ai du interrompre mon com j'y reviens
J'ai lu tous tes textes et j'y trouve un mode d'expression personnel
Pour percevoir tes écrits le lecteur doit s'investir et flirter avec son imaginaire Selon la disponibilité d'esprit du moment il peut s’arrêter
sur une aire d'autoroute et rêver Ce qui est de plus en plus rare à notre époque Tu me laisses parfois dans le doute Au début je pensais
que mon inculture en était responsable Je me mettais le doigt dans
l'oeil La poésie si elle existe est ce que les mots te créent dans l'esprit La poésie est interprétative C'est la raison pour laquelle elle ne sera jamais un slogan On ne dit pas des poèmes aux barricades
Tes écrits m'ont été très utiles car il m'ont amené à la réflexion
maintenant il y a ceux qui se prennent pour Je leur ai fait un bras
d'honneur dans "Il poétise" Reste toi même et donne moi toujours
cette simple envie de te lire Amitiés LENI

   papipoete   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonsoir FrenchKiss
J'ai pensé à toi ami, que tes bourreaux ont condamné à mort, pour le crime d'avoir écrit... des versets sataniques, ou bien pire des lettres d'amour !
J'ai pensé à toi ami, qui pus aimer Malala Yousafzai, une dangereuse criminelle avec cette arme redoutable... une plume !
NB notre poète " farceur " revient ici, avec une ode à ces gens qui ne veulent plus se traîner à genoux, face à des barbus, ou autre " peintre moustachu ", et dans un vocabulaire simple mais d'une certaine grandeur, ne nous laisse pas indifférent !
le 4e vers... quelle originalité ! et le dernier si fort !
des alexandrins en habit du dimanche, servent l'auteur à la perfection !

   sympa   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,

Il se dégage de votre poème-hommage une émotion et une sensibilité intenses .
Vos alexandrins sont magnifiques et parfaitement maîtrisés .
Dommage que le dernier vers aie cassé le rythme de ma lecture.
Mais l'ensemble de votre poésie est de si bonne facture , que j'en oublierais presque ce vers "mladroit".

   Luz   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour FrenchKiss,

J'ai beaucoup aimé.
Je pensais un peu à Rimbaud à la 3ème strophe. Peut-être que chaque strophe s'applique à un poète.
Le dernier vers, je me disais l'avoir déjà entendu quelque part, alors Internet m'a donné la citation suivante : «Je préfère mourir debout que vivre à genoux» ; c'est de" Charb", dessinateur de Charlie Hebdo assassiné en 2012 ; je ne sais pas s'il y a un rapport ?
En tout cas, merci pour ces très beaux vers.

Luz (mais pas l'autre dessinateur de Charlie Hebdo...)

   Stephane   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir FrenchKiss,

Je vais tenter de glisser un petit commentaire sur cette belle oeuvre à la versification classique "presque" irréprochable. Je dis "presque" entre guillemets et donc à mes risques et périls, sachant que techniquement tout est parfait, alors quoi !?... Eh bien, eh bien, mais qu'avez-vous fait du vers final !?! Un trimètre, il est vrai, que j'avoue abhorrer moi qui suit un adepte des césures bien conformes à l'hémistiche, même si j'écris très mal en classique, soit dit en passant. Ceci dit, il n'y a donc rien de fautif ici, techniquement parlant, pourtant je ne cesse de me heurter après chaque lecture de ce vers qui a toute l'apparence d'un vers bancal et qui ne l'est pas. C'est là toute ma frustration, car je demeure irrévocablement crispé à la lecture de ce vers, et je ne parlerais que de lui et disserterais des jours et des nuits entier(e)s si j'en avais le courage et... les compétences. Bref, je me suis demandé si la version suivante serait meilleure que la vôtre, à savoir : "Qu'est-ce vivre toujours si c'est vivre à genoux ?" Je trouve ce vers un peu plus fluide mais le sens varie un peu, ce qui dénature le propos. Je demeure pourtant persuadé qu'il y a quelque chose qui ne colle pas dans ce fichu vers final et ça me rend triste car les quinze premiers vers étaient d'une volupté et d'une somptuosité presque sans égales...

J'avoue avoir mis jusqu'ici uniquement l'accent sur ce qui m'a heurté alors que tout ce qui précède est sublime. Allons bon, ça doit être le propre de l'homme de faire des choses comme ça, et je n'ai pu déroger à la règle, bien que toute règle ait une exception.

Vous avez su décrire avec brio toutes les émotions que traverse le poète confronté à l'écriture et je ne répéterais pas ici ce qui a déjà été dit plus haut par d'autres commentateurs plus éclairés et expérimentés que moi. Mais tous les affres de la douleur sont là, rendus et bien rendus, jusqu'aux "rivages de sang figés dans ta prison" - pour reprendre vos propres termes - ce qui rend ce poème plus que vivant.

Ecrire est parfois une souffrance et cette souffrance est sublimée par le talent de l'artiste, vous !

Si ce dernier vers avait été à la hauteur de ses prédécesseurs, je vous aurais volontiers attribué la note quasi maximale de "Passionnément". Je vous attribue ici un "Beaucoup +" car cela m'a tout de même beaucoup beaucoup plus, et je vous en remercie.

Stéphane
(Poète du dernier vers, sinon rien ;-))

   Cristale   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour FrenchKiss,

Il n'est aucune maladresse en ce vers dernier composé sur le rythme ternaire, appelé "trimètre" car divisé en trois parties égales.
Division admettant diverses coupes dont celle où le "e" muet se trouve à la fin de la première période mais non de la deuxième.

Ainsi ce vers répond parfaitement aux règles du trimètre.

"Qu’est-ce vivre / si c’est toujours / vivre à genoux ?"

La discordance crée un effet de spirale exprimant le tourment et surprend sciemment le lecteur (au cas où les alexandrins l'auraient assoupi ^-^...) tout comme le dernier vers d'un sonnet doit surprendre le lecteur, le trimètre jouit du même privilège.


Victor Hugo donna l'exemple :
"Là Caïus pleure, / Achab frémit, / Commode rêve"
"Borgia rit, / les vers de terre / armés de glaive"

L'alternance des sons ouverts et fermés donne l'équilibre rythmique des finales et rien à l'intérieur des vers ne vient choquer l'oreille, du moins pas la mienne : la parole est moderne, sa musique est lyrique

Quelques détails histoire de chipoter : "dans" vers 4 et 6 en début d'hémistiche, "cette" vers 10 et 12, "figés et figé" vers 6 et 15. Je sais que ce n'est pas rédhibitoire mais éviter les répétitions enrichissent un poème, sauf lorsqu'il s'agit d'appuyer sur un mot comme c'est le cas dans le vers final avec "vivre".

Un ensemble de vers qui respire la poésie, le chant lexical de l'auteur n'est plus à démontrer, ce poème confirme mes premières impressions.
J'aime cette écriture, cette encre comme une larme étirant doucement les mots sur des lignes suspendues dans le vide et ce poème, hommage émouvant, tout en retenue et pudeur affective.

Je plussoie doublement pour la prise de risque finale. Bravo !

Cristale

   BlaseSaintLuc   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
eh bien , l'encre ne sèche pas les larmes ,
le poète est mort ,mais pas la poésie ,

"La grisaille des soirs, les heures importunes
Où les mots dorment nus dans l’encrier carmin."

cela me fait penser aux vers de Jean Pierre Claris De Florian 1755/1794

"La vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;"etc...

votre poète livre ces poèmes au désert pour qu'avec le vent ses cendres ce mélangent .

j'ai bien plusieurs fins, mais le classique ne serait peut-être plus là


1/"La vie n'est que silence , si l'on vit à genoux."

2/"L'homme est sorti du silence, pour se mettre debout."

3/"Mais pourquoi vivre là, si c'est toujours à genoux "

je crois bien que la force de votre poésie supporte bien la votre (de fin)

la magie opère, un nom et peut être la résurrection...

   hersen   
11/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un bel hommage à un ami qui a su se servir de sa plume, pour crier.
Une ambiance si chargée de tristesse, que l'atmosphère en paraît très confinée.
Mais les nouvelles ne sont pas bonnes, un noeud à une corde. Alors, faut-il se taire, faut-il clamer, faut-il ressentir si fort ce besoin de dire ?

Je ne suis pas trop fan du dernier vers, je ne le trouve pas à la hauteur, ce sont des mots que j'ai déjà entendus et j'aurais préféré ne pas avoir cette impression.

   jfmoods   
11/5/2019
Ce poème est composé de 4 quatrains en alexandrins, à rimes croisées, suffisantes et riches, tour à tour féminines et masculines, assonantiques et vocaliques.

Il se présente comme un hommage vibrant (litote : "J’ai donné plus d’un rêve", apostrophe : "Je pense à toi", modalisation : "Je veux", hyperbole : "Crier jusqu’au désert") à celui qui, ayant pris la plume ("les mots", "l’encrier carmin", "tes rimes") et l'ayant relayée ("des vers de poètes"), en a payé le prix par l'incarcération ("damné", "rivages de sang figés", "ta prison", "les armes de tes crimes"), l'opprobre ("la boue") et la mort ("Au nœud de cette corde").

Confronté à la solitude du coeur ("au silence des brunes"), à la tristesse du quotidien ("La grisaille des soirs"), au poids de l'existence ("les heures importunes"), le narrateur, complice du poète ("les souvenirs de nous", "Ta vie en son miroir"), s'est vu offrir la vigueur d'un imaginaire ("la lune orangée assise sur ta main", "regarder la brume éclairer l’horizon"), le terreau fertile des idéaux ("tes conquêtes", "vœux de liberté", "traverser la nuit d’un instant de beauté", "espoir", "délivrance"), l'immense courage d'une révolte contre la dictature (question rhétorique de la chute : "Qu’est-ce vivre si c’est toujours vivre à genoux ?").

Merci pour ce partage !

   Malitorne   
12/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Pardonnez le commentaire d'un ignorant en poésie classique, exercice bien trop ardu pour moi. J'ai toujours considéré qu'une mise en forme rigoureuse, soumise à des règles contraignantes, bridait l'expression de la pensée. En cela j'admire les gens comme vous qui se jouent de ce carcan pour délivrer des messages forts et plaisants à lire.
J'ai néanmoins préféré le thème de la poésie, cette célébration de la liberté de parole qui peut entrainer la mort, à l'ensemble littéral. Je trouve parfois – ô sacrilège ! – le style un peu empesé, pas toujours très fluide dans son déroulé. Exemple le plus clair, ce dernier vers qui ne coule pas dans la bouche quand on le lit à voix haute.

   Robot   
12/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un trés beau texte pour célébrer l'amitié et la poésie. Cet ami damné dont on suppose que la poésie fut injustement maudite.
Je pense à Victor Jara par exemple, à tous ces auteurs dont les mots ont bousculé les dictateurs au point d'être conduits en prison, d'être assassinés.

Il y a des émeraudes dans beaucoup de vers comme celui-ci :
"Où les mots dorment nus dans l’encrier carmin."

Je suis moins convaincu par le quatrain final, par ces deux derniers vers de chute dont la fluidité est moins légère et tranche sur tout ce qui précède même si le dernier respecte les règles du trimères il accroche surtout à l'oralité. (Les poèmes sont aussi construits pour être dits)

Il n'en reste pas moins un texte que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir et sur lequel je suis revenu plusieurs fois pour en goûter la forme et le fond.

Robot qui n'est pas qu'une mécanique et sait apprécier la beauté classique.

   Pouet   
12/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Slt,

je passe par ici ce soir rapido après avoir lu deux trois fois la bête.

Je n'ai pas lu les commentaires ni les explications forumesques, je viens juste avec ma bi.. et mon couteau.

C'est incontestablement du haut niveau mais au-delà de ça... J'ai vraiment bien aimé, sincèrement. Et je me devais de le signaler, même si mon com n'apportera rien à l'auteur.

Ce que j'ai aimé?

Le certain "mystère" qui se dégage des vers (ne pas trop en dire sur le poète en question me semble fort opportun) et aussi -n'ayant pas peur des mots- la sensibilité.

Ce que j'ai encore plus aimé c'est par exemple ce vers qui demeure à la lisière de ma compréhension, ce doux surréalisme qui vient chatouiller mes neuneurones.

"À la lune orangée assise sur ta main "

Et puis il y a du brillant aussi comme:

"Où les mots dorment nus dans l’encrier carmin"
"Je veux lécher la boue au pied de tes conquêtes"

De l'émouvant:

"Ta vie en son miroir avait figé l’enfance"

Non, je vais pas dire que j'ai kiffé ma race mais c'est pas loin.

Pouet, cul-de-jatte existentiel qui conchie la poésie classique.

   Miguel   
13/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Je suis partisan d'un peu plus de clarté, et j'ai dû aller lire les commentaires des autres lecteurs pour être sûr d'avoir bien compris. Ce n'est pas ce que je préfère. Il y a de beaux vers cependant, et l'on ne peut qu'être touché par le contenu du texte. Oppression et poésie n'ont jamais fait bon ménage, et ce fut toujours au détriment de la poésie.

   FrenchKiss   
15/5/2019

   inconnu1   
15/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Qui a dit que la richesse d'une poésie vient du choix des adjectifs qui doivent sublimer, préciser mais aussi étonner. Et la première strophe en est un parfait exemple : les heures importunes, les mots qui dorment nus... et cette lune (bon orangée n'est pas l'adjectif le moins commun pour la décrire) qui vient s'asseoir sur la main...
Comme d'autres le dernier vers m'a heurté car j'étais bercé par le rythme des césures en milieu d'alexandrin, du coup j'ai du m'y reprendre à plusieurs fois pour lire le dernier vers. On pourrait imaginer quelque chose comme "qu'est ce vivre toujours si c'est vivre à genoux"
Bien sûr le fond du poème apporte encore plus à l'émotion. Bravo

   Curwwod   
18/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Cela fait un moment que je voulais commenter ce texte magnifique dans la forme comme dans l'inspiration; M'y voila. Il y a là une atmosphère d'humble et de sincère dévotion à l'égard d'un homme, un poète, une voix, encore une fois martyrisée pour le message qu'elle répand. Les exemples en sont nombreux, de Machado à Néruda en passant par Eluard, pour ne citer qu'eux, qui méritent cette religiosite respectueuse dont l'image:
"Je veux lécher la boue au pied de tes conquêtes" est l'expression la plus frappante.
Le trimètre final ne me paraît nullement gêner la lecture, en revanche l'expression elle-même m'apparaît plus faible que le corps du poème.


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