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Poésie libre
Gouelan : À petits pas de sable
 Publié le 22/09/19  -  11 commentaires  -  2414 caractères  -  221 lectures    Autres textes du même auteur

Impressions en longeant la plage d'Omaha Beach. Ce passé encore vivant sur les sites de la bataille de Normandie nous interpelle à chaque pas. Vacances et bataille s'emmêlent.

Hommage au courage des soldats des Forces alliées qui ont sacrifié leurs vies pour la liberté de nos peuples. Comme le grave dans nos cœurs la sculpture "Les Braves", d'Anilore Branon, posée sur la plage d'Omaha.


À petits pas de sable



À petits pas de vacances, la plage s’allonge immense à l’horizon, jusqu’aux falaises
Un bleu candide miroite l’océan, s’enroule aux vagues, aux rires d’enfants
L’eau d’une fraîcheur cristalline frissonne l’été
Un chien s’ébroue, jetant au vent des perles d’écume
Les mouettes gourmandes poursuivent leur ballet criard

De l’autre côté, la couleur du ciel aimante le regard
En touches de nuage, du bleu sombre au gris blanchâtre, la voûte s’illumine
Les feuilles des arbres gouttent de lumière obscure, donnant au paysage un goût de mirage

Les cloches de la chapelle scandent l’éternité
L’instant résonne, ralentit son envol


« Souviens-toi d’Omaha… »*


Un mât se dresse tout là-haut, par-dessus les cimes
Le drapeau étoilé flotte sur la pelouse criblée de croix blanches
L’image d’une prairie de ciel clouée face à la mer traverse la voile des nuages

Passe le songe, à petits pas de sable…

Le ciel penche ; la palette se mélange.
À quoi gris ?...
À quoi bleu ?...
Aquarelle de pluie.
De quelle couleur sera demain ?

Les pieds-nus crissent sur la dune
Le fil des pensées emmêle coquillages et barbelés, châteaux de sable et canons rouillés
La carapace d’un crabe gît sur une algue grenat

Un vélo en passant a dessiné une large trace
Sur ce ruban blond pâle, on devine l’empreinte du soleil, multipliée à l’infini

On imagine…
La roue du soleil joue à cache-cache, sème des indices, des grains de poésie, au rayon voyage…


« Souviens-toi d’Omaha
Et le soleil réchauffe parfois… »



Pour le disque solaire, l’océan ne fut sanglant qu’une étincelle de temps
Le temps d’un pas de danse au bal de l’horreur


« Souviens-toi d’Omaha
Et le soleil réchauffe parfois
Leurs vingt ans qui dorment aujourd’hui… »



Les marées laissent encore émerger la terrible bataille
Le port flottant rongé d’océan ancre les morceaux de l’Histoire à la mémoire des vivants
À petits pas de sel


« Souviens-toi d’Omaha
Et le soleil réchauffe parfois
Leurs vingt ans qui dorment aujourd’hui
Face à la mer en Normandie »




* Extrait du poème de Jean Goujon


 
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   ANIMAL   
2/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Plage d'aujourd'hui, plage d'hier... très bel hommage aux soldats venus mourir sur le sable d'un pays qui n'était pas le leur.

J'ai tout aimé dans ce poème. Le beau paysage d'été, l'air marin, les enfants et le chien, la lumière, le ciel, les arbres, la chapelle, tout commence comme une carte postale de vacances. Et puis, à petites touches discrètes, on bascule dans l'histoire qui a entaché à jamais ce sable de sang. C'est sobre et talentueux.

Quand à cette trouvaille d'intégrer dans le décor un vers supplémentaire du poème de J.Goujon jusqu'à ce qu'il se révèle dans son horrible signification, c'est simplement parfait.

Je ne saurai choisir un ou des passages en particulier à mettre en exergue car je devrais alors citer tout le poème.

Thème prenant, traitement impeccable, je suis séduite par cette visite à Omaha beach, "à petits pas de sable".

en EL

   papipoete   
4/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
libre
ici tout respire calme et félicité ; le soleil a rendez-vous avec la mer, les baigneurs se dorent sur la plage... où le sable était champ de bataille, où l'eau du rivage était pourpre de sang. Vous qui profitez de la vie, souvenez-vous ! entendez les cris de ces gars qui n'avaient pas 20 ans !
NB c'est si beau, tellement bien écrit, que votre poème put orner une plaque près d'Omaha, pour que l'on n'oublie jamais ce qu'ici, il se passa !
La première partie présente sobrement le décor, quand l'autre nous évoque ce déluge inhumain...
personnellement, j'ai du mal à accepter que sur cette grève, où l'on faucha tant de vie, on puisse jouer, rire, comme sur une autre plage de sable fin ! J'aurais bien vu un périmètre où l'on écrivit sur une pancarte " ici l'on mourut par milliers ; parlons bas s'il vous plaît "
Un poème très fort et si intelligent !
papipoète

   Vincente   
22/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
À partir d'un thème assez peu réjouissant, dur mais nécessaire, l'auteur nous embarque dans ses réflexions de promeneur estival sur ce lieu de mémoire incontournable. "L'hommage" est à saluer, louable, il est courageux, à son niveau, difficile en effet de lutter contre l'oubli et de trouver les bons mots.

L'auteur/narrateur a mis en scène de nombreux ingrédients et, avec une adresse certaine, les a modulés.

Il y a donc tout d'abord cette nécessité de parler de l'événement (ce qui fait que l'on se retrouve sur la plage de cette bataille vient d'une conscience responsable).

Il y a l'idée d'inscrire le moment narratif dans une promenade estivale, d'en faire l'axe principal, les horreurs passées n'affleurant que dans l'implicite, et puis dans quelques vers ("Le drapeau étoilé flotte sur la pelouse criblée de croix blanches /… / Pour le disque solaire, l’océan ne fut sanglant qu’une étincelle de temps /Le temps d’un pas de danse au bal de l’horreur /… / Les marées laissent encore émerger la terrible bataille / Le port flottant rongé d’océan ancre les morceaux de l’Histoire à la mémoire des vivants"), une pudeur qui écarte tout voyeurisme.

Il y a une délicatesse dans les images, elles arrivent depuis un regard attentionné et elles s'expriment dans des phrases/vers aux tournures inhabituelles mais très parlantes ; par exemple dans celles-ci : " L’eau d’une fraîcheur cristalline frissonne l’été" ou " Les feuilles des arbres gouttent de lumière obscure" ou " Le port flottant rongé d’océan ancre les morceaux de l’Histoire à la mémoire des vivants".

Il y a des vers très inspirés, par exemple " Un bleu candide miroite l’océan, s’enroule aux vagues, aux rires d’enfants" ou " Un chien s’ébroue, jetant au vent des perles d’écume" ou " Passe le songe, à petits pas de sable… / Le ciel penche ; la palette se mélange.". Très jolis les "petits pas de sable / … /pas de sel".

Et puis il y cette structure graphique ingénieuse. On y voit des vers et strophes ajustés qui produisent une rythmique assez lente, celle du promeneur rêveur, dont quelques-uns courts font saillir l'étonnement qui se questionne. (" À quoi gris ?... / À quoi bleu ?... / Aquarelle de pluie. / De quelle couleur sera demain ?". On y voit aussi un refrain-citation (très à propos) en italiques qui, graduellement, au fur et à mesure de la réflexion, va passer de un à quatre vers. L'on comprendra que, loin d'oublier pourquoi l'on est là, à nous lecteur plongé dans cet agréable texte, l'auteur entend rappeler que les hommes morts ici pour nous ne doivent pas être oubliés, en tant qu'êtres humains dévoués mais aussi pour la "leçon d'histoire" que l'on doit en retirer.

Tout ceci offre un ensemble très réussi, adroit, sensible, et, de façon presque improbable… très poétique !

   Annick   
22/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une belle poésie libre, ou une poésie en prose...

Je vous ai accompagné en pensée, "à petits pas de vacances" sur cette plage si particulière. J'ai aimé cette atmosphère irisée de lumière, baignée de fraîcheur.
Mais j'ai compris très vite que ce n'était pas un lieu de promenade comme les autres : toute chose témoigne d'un passé tragique : les cloches, un mât, le drapeau étoilé, les croix blanches, coquillages et barbelés, châteaux de sable et canons rouillés...

Vous avez introduit le poème de Jean Goujon, ligne par ligne, comme un souvenir qui se fait de plus en plus prégnant au fil des pas...

Puis vos deux vers, comme un climax :

"Pour le disque solaire, l’océan ne fut sanglant qu’une étincelle de temps
Le temps d’un pas de danse au bal de l’horreur"

J'aurais juste apprécié pour la lectrice que je suis et dont l'imaginaire galope à la lecture de ces vers, que vous approfondissiez ce moment particulier, comme une réalité augmentée, comme deux époques superposées, qui se confondent, et s'intercalent ...
J'aurais voulu de manière furtive, entendre le bruit assourdissant des fusils, le vrombissement des avions, voir les parachutes dans les nuages, en mer les bateaux qui accostent et déversent sur la plage les jeunes soldats qui bientôt courent et s'affaissent et puis la mer qui rougit...
Non pas une scène d'horreur nécessairement mais plutôt à la manière de Rimbaud " : "il a deux trous rouges au côté droit."
C'est cette dimension qui m'a manquée un peu. Mais c'est un choix de votre part et je le comprends.
Merci pour cet instant de mémoire recueillie.
Emouvant !

   Lebarde   
22/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je suis revenu à plusieurs reprises sur ce poème en EL sans jamais me décider à mettre un commentaire.
J’y viens maintenant.

Il est des lieux où le silence, à défaut le « parler bas «  et le recueillement s’imposent. Pour avoir visité le site plusieurs fois, j’en garde le souvenir d’un calme absolu, où nul bruit en dehors du vent, de la mer et du bruissement des feuillages, n’est tenté de troubler l’atmosphère pesante et sereine qui enveloppe le promeneur.
S’il y a des usagers de la plage, ils sont peu nombreux et je crois me souvenir discrets.

Merci d’avoir aussi bien rendu cette atmosphère dans ce texte plein de délicatesse, de tact et de poésie.
Lebarde

   Donaldo75   
22/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut Gouelan,

J'ai adoré ce poème ! La poésie en prose, ce n'est pas du gâteau et là, tu as réussi le tour de force de mélanger l'hommage à un poème existant, en le référant, le visuel et l'évocation, le présent et le passé. Pour moi, c'est ça la poésie. En plus, à aucun moment ton poème ne semble raconter ou décrire, ce que malheureusement beaucoup de textes font trop souvent.

Je ne suis pas un aficionado du commentaire composé et préfère la synthèse à l'analyse détaillée; je ne vais pas en écrire des tonnes sur ce poème - tu sais d'ailleurs que j'aime particulièrement la variété de tes écrits - mais sache qu'il m'a énormément plus, que le lire et le relire est chaque fois un plaisir et une redécouverte.

Bravo !

Merci pour le moment de grace.

Don

   troupi   
23/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup la poésie qui se dégage de ce texte,
sa quiétude face aux souvenirs de l'horreur d'un jour.
Je trouve intéressant d'avoir inclus au poème des vers en italique de Jean Goujon.
J'aurais sûrement apprécié un peu moins de longueur.
"Le ciel penche ; la palette se mélange.
À quoi gris ?...
À quoi bleu ?...
Aquarelle de pluie." Ce petit passage par exemple ne me semble pas indispensable et quand je relis le poème en l'excluant je préfère.

"Pour le disque solaire, l’océan ne fut sanglant qu’une étincelle de temps
Le temps d’un pas de danse au bal de l’horreur"
Ça c'est excellent.

   patrickgibon   
27/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
un implacable retour de l'histoire et pourtant un souffle vital qui surmonte tout, des images magnifiques, on y est, on sent les embruns, on marche sur les coquillages, on laisse des pas humides enfoncés dans le sable en nouvelles traces éphémères de nos mémoires, déjà passée au crible du temps mais nous on reste encore vivant.

bel ouvrage!

   emilia   
28/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Avec un peu de retard, mais j’ai vraiment beaucoup aimé cette restitution d’un cadre paisible et de l’atmosphère rendue (l’espace, les couleurs, les éléments…) comme un film d’animation où les animaux présents se mêlent « aux rires d’enfants », cette saison estivale rythmée « à petits pas de vacances… », avec le son des cloches qui résonnent et qui déjà anticipe en lien avec cet oxymore « lumière obscure » le drame sanglant qui s’est déroulé sur ce lieu de mémoire : « la plage d’Omaha… » quand se dessine en filigrane un cimetière de « croix blanches » et que se dresse « le drapeau étoilé »… pour une pluie de larmes et de douleurs qui ont la couleur de l’horreur…
Les sonorités participent à cette restitution quand, de même que « les pieds-nus », les mots « crissent », avec en écho ce son (c) que l’on retrouve dans les mots coquillage/canons/carapace/crabe, de même que l’enchaînement gi/gue/gre…, lorsque l’auteure distille « ses grains de poésie » et lance cet appel au lecteur : « devine…, imagine… » en tressant pas à pas le poème du souvenir pour honorer la mémoire des jeunes disparus, en laissant résonner le son (an) lancinant comme un cri déchirant dans « la mémoire des vivants »… ; un grand merci à vous pour cet hommage si sensible…

   Ombhre   
18/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Gouelan,

Merci pour ce texte magnifique, cette poésie libre, libérée de tout sauf du souvenir et des images amenées à petits pas d'encre. Quelle trouvaille que d'avoir repris un poème de Jean Goujon et de lui répondre en échos, des échos qui se tressent et s'harmonisent, et touchent le lecteur au cœur.
Je l'ai relu plusieurs fois avant de me décider à le commenter. Et à chaque lecture la magie opère. Le mélange très bien dosé de rires d'enfant, de chiens qui s'ebrouent et de canons rouillés est parfait. Et la chute magistrale!

Inutile d'en dire plus, l'ensemble est juste magnifique.

Amicalement.
Ombhre

   Gouelan   
7/11/2019


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