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Poésie libre
Gouelan : Personne
 Publié le 25/06/20  -  12 commentaires  -  585 caractères  -  234 lectures    Autres textes du même auteur

J'aurais presque aimé commencer ainsi :
"A pas de son
A pas d'image"
car Personne n'est presque rien.
Mais tout de même, si on l'écoute, son néant n'est qu'apparence.


Personne



N'a pas de son
N'a pas d’image
On le traverse
On l’invisible

S’efface

Pas d’étiquettes
Pas de tiroirs
Les cases le cognent
À angles bleus

Enfermé
À double cœur
Dans son carnet
Il conjugue le vent
À cloche-saison

À pas de feuilles
Sur les chemins noirs
Il s’invente

S’illumine

Le soleil ronce
Accroche la lune
À bout de ciel
Dans ses histoires

La peur frissonne
Quand les mots battent
Le silence

De Personne


 
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   Eclaircie   
9/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

L'exergue invite, incite à découvrir le poème.
Un poème délicat, délicatement composé avec des néologisme, nom commun employé comme verbe ("on l'invisible") mais aussi des passages laissant le doute ("Le soleil ronce" mot composé ? verbe roncer ?). Il propose au lecteur de bonnes et belles images.

Il me semble qu'il faut intégrer le titre au corps même su poème pour l'aborder. Bel effet.
Les deux verbes seul sur leurs lignes marquent la progression de ce "Personne" depuis l'ombre vers la lumière.

La lecture aurait été un peu différente avec la proposition énoncée en exergue, le mot "pas" pouvant être une négation mais aussi le non commun.
Intéressant texte.

Merci du partage, Éclaircie

   Harvester   
25/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Je ne sais si ce que j'interprète est voulu ou non par l'auteur/trice mais ce poème me donne envie d'incarner ce "Personne" en "Pessoa" comme l'auteur portugais Fernando Pessoa.

La personnalité de cet auteur hétéronyme pourrait fort bien s'accommoder de ce portrait selon moi.

Si mon ressenti m'égare ce n'est pas très grave j'aime bien ce poème.

merci de ce partage

   Myo   
25/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Personne.... c'est toujours quelqu'un qui mérite d'être connu... car il se fond dans la foule, il semble "ordinaire", sans aspérité, sans grands cris.
Mais chacun de ses mots a son importance, chacun de ses secrets partagés est un cadeau unique, et si on prend la peine d'apprendre à la connaître, on découvre la lumière...

Un poème épuré, qui va a l'essentiel, ou chaque mot compte.
Un poème qui lui ressemble.

Bravo!

   Donaldo75   
25/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Gouelan,

J’ai beaucoup aimé ce poème. Il scande la poésie dans des vers très courts. Et les images parviennent à l’oreille du lecteur puis rentrent dans son cerveau, ce que je trouve admirable vu le format des vers. Comme quoi, inutile d’en écrire des caisses pour évoquer, rendre la poésie vivante et parlante pour le lecteur.

Bravo !

Don

   Vincente   
26/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
L'invitation à considérer que notre "néant n'est qu'apparence" me plait beaucoup. Derrière ce regard en faux-fuyant se dessinerait une image et même un son au-delà de notre personne, je suis prêt à le croire, je "suis" donc ce "Personne".

Bien "vu" ce "on l'invisible" ! décidément alors que rien ne semble bien clair dans ce questionnement, on devine sous "l'invisible" "l'enfermement / À double cœur". Attractif tout comme ce vent qui se "conjugue à cloche-saison" ; comme un souffle de vie d'une linéarité contradictoire, rien ne serait donc limpide, même pas dans l'avance temporelle.

Le final m'a emporté :

" La peur frissonne
Quand les mots battent
Le silence

De Personne
"

L'ensemble se raconte avec une netteté du verbe s'opposant à la clarté d'un "invisible" que "l'on traverse" dans ce poème aux cinq "pas" de son inquiétude considérable. J'ai bien aimé ; c'est peut-être un peu nihiliste sans pourtant se l'avouer, ni le démontrer, c'est donc peut-être le côté qui me manquerait dans la prose de ces vers ; ils évoquent, semblent même pleurer de leur triste sort vaquant dans le néant qui les fuit…

   Pouet   
26/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Slt,

il ne s'agit donc pas du cyclope, a qu'un œil...

Une écriture très imagée et inventive, de très jolis passages ma foi comme par exemple:

"Il conjugue le vent
À cloche-saison"

"Le soleil ronce
Accroche la lune"
................


Le poème m'a fait penser à celui-ci (surtout au début et dans son intention):

La môme néant

Quoi qu'a dit ? - A dit rin.
Quoi qu'a fait ? - A fait rin.
A quoi qu'a pense ? - A pense à rin.
Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?
- A' xiste pas.


Jean Tardieu



Une lecture bien agréable, merci.

   papipoete   
29/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Gouelan
Il n'est rien, ni visible ni audible ; on peut le bousculer voire l'écraser, il ne réagit pas puisqu'il est personne ! On l'imagine baisser les yeux et rougir sans raison... puisqu'il n'est rien !
Même pas un " moins que rien ", une ombre sous la lune que le soleil accroche à bout de rai...
NB un poème figuratif où errent les mots comme litanie ; défilent alors les images invisibles...

   Davide   
29/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Gouelan,

Comme un "hôte" désigne à la fois celui qui reçoit et celui qu'il reçoit, je me suis senti d'abord lecteur et poète, invité à savourer cette fantaisie poétique délicieusement concoctée à mon intention comme à me l'imaginer, et à me la préparer moi-même, avec les différentes ingrédients qui me sont obligeamment proposés...

En effet, le titre est si troublant que je n'ai su comment entrer dans le poème, et s'il fallait y entrer... : "Personne" est-il quelqu'un (une personne, donc) ou n'est-il, finalement, personne ? Ou bien peut-être est-il une personne particulière (se nommant ainsi) ?

Mais voilà qu'après plusieurs lectures, il m'a semblé déceler que le poème jouait sur cette apparente contradiction (ou se jouait de cette contradiction) pour, quelque part, la transcender : une "personne" n'est peut-être finalement pas grand-chose, elle n'est qu'une absence, un agglomérat d'atomes vides ("on [la] traverse"...), d'histoires qui s'inventent, de petits jeux ("Il conjugue le vent"...), pour échapper au "silence" et à la "peur [qui] frisonne" à l'intérieur d'elle-même, où elle est recluse, "enfermé[e] / À double cœur".

De belles images émaillent ce petit libre, si bien que j'ai adoré, entre autres, cette strophe "funambulesque", haute... en couleur :

"Enfermé
À double cœur
Dans son carnet
Il conjugue le vent
À cloche-saison"

Un partage quelque peu déroutant, un peu trop "éthéré", mais bien sympathique. Et d'une belle inspiration. Merci !

   Louis   
1/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
« Personne » est à la fois un pronom, désignant une absence, et un substantif : une personne.
« Personne » se présente donc comme une absence personnifiée, une absence présente, peut-on dire par un oxymore.

Une personne, dans notre société du spectacle, tend à se confondre avec un personnage sur écran, qui associe audio et vidéo, le son et l’image, or le poème commence par une double négation, celle du son précisément, et celle de l’image.
Invisible, inaudible, c’est-à-dire aussi inapparent, tel est celui qui n’a pas même de nom ou de pronom personnel pour le désigner ; qui n’a pas même le statut d’un sujet :

« N’a pas de son
N’a pas d’image »

On passe à travers lui, à travers cet impersonnel, comme s’il était une vapeur inconsistante, on le « traverse », au sens où l’on ne s’arrête pas devant lui, on ne le remarque pas, on ne lui prête pas attention, on ne lui adresse pas la parole, ne le salue même pas.
« On l’invisible ».
L’adjectif « invisible » est transformé en verbe, qui indique une action, une action subie, un devenir. Il n’est pas invisible, mais rendu transparent ; il ne possède pas pour attribut essentiel l’invisibilité, mais un processus engendre un devenir-invisible.

Ce processus pourrait être l’indifférence. Quand on ne rencontre autour de soi, en effet, qu’indifférence, on ne se sent pas exister, on a l’impression de n’être rien, tant la relation à autrui, et la reconnaissance par autrui sont essentielles à la conscience de soi.
"L'homme devient un je au contact du tu. » : écrivait très justement le philosophe Martin Buber.
Bachelard, dans une introduction au livre de Martin Buber, Je et Tu, écrit pertinemment :
« Le temps des personnes est infiniment rare et vide au regard du temps des choses. Nous vivons endormis dans un Monde en sommeil. Mais qu’un Tu murmure à notre oreille, et c’est la saccade qui lance les personnes : le moi s’éveille par la grâce du toi. L’efficacité spirituelle de deux consciences simultanées, réunies dans la conscience de leur rencontre, échappe soudain à la causalité visqueuse et continue des choses. La rencontre nous crée : nous n’étions rien – ou rien que des choses – avant d’être réunis. »

Même si la citation est un peu longue, ce qu’écrit Bachelard ensuite, magnifiquement dit, mérite d’être rapporté :
« Au niveau même du langage, Martin Buber nous montre les deux sources de la parole qui sont, bien entendu, les deux sources de la pensée : les choses d’une part, les personnes d’autre part, le cela et le tu. Mais les milliers de sources murmurantes, qui nous viennent des choses, ne sont que des affluents de la source centrale qui nous vient du tu (…) Que m’importent les fleurs et les arbres, et le feu et la pierre, si je suis sans amour et sans foyer ! il faut être deux – ou, du moins hélas ! Il faut avoir été deux – pour comprendre un ciel bleu, pour nommer une aurore ! les choses infinies comme le ciel, la forêt et la lumière ne trouvent leur nom que dans un cœur aimant. Et le souffle des plaines, dans sa douceur et dans sa palpitation, est d’abord l’écho d’un soupir attendri. Ainsi l’âme humaine, riche d’un amour élu, anime les grandes choses et les petites. Elle tutoie l’univers dès qu’il a senti l’ivresse humaine du tu (…) et c’est ici qu’intervient la catégorie bubérienne la plus précieuse : la réciprocité. Cette réciprocité, on ne la trouve jamais clairement sur l’axe du je-cela. Elle n’apparaît vraiment que sur l’axe ou oscille, ou vibre le je-tu".

« s’efface » : dit ensuite l’auteur du poème.
‘’Il’’ disparaît. S’éclipse. Cette fois, il ne s’agit plus de la violence subie d’une indifférence, mais de la réaction à cette violence, délibérée, qui est dans l’effacement, la disparition.
Comme Kafka.
Une belle étude sur cet auteur remarquait :
« Confronté de toute part avec le pouvoir, Kafka s’entraînait à disparaître »
« Disparaître » n’est pas un acte de résignation, comme le montrera la suite du poème, un repli qui désespère et ne voit d’issue que dans la négation de soi-même ; disparaître est, au contraire, une affirmation qui répond à l’organisation générale du monde qui veut écraser tout ce qui ne se met pas au service de l’Ordre ; c’est le mouvement de passer en dessous, à côté, ailleurs que là où la Norme nous assigne.
« Disparaître est le mouvement le plus singulier – le mouvement même de la singularité. » écrit encore un commentateur de Kafka.
Et c’est effectivement cette singularité qu’exprime le poème dans les vers suivants :

« Pas d’étiquettes
Pas de tiroirs »

Rien pour le classer, pour le ranger dans un tiroir, dans une catégorie, sous une étiquette.
Imperceptible singularité : semblant n’appartenir à aucun genre, aucune espèce, et ne répondre à aucun archétype.

« Les cases le cognent
À angles bleus »

Extérieur à tout ce que la Norme assigne, à ce que l’Ordre organise : n’appartient à aucune case, disparaît entre elles. Douloureux «angles bleus » où il se cogne.
Enfermé dans un « carnet », non pas à double clefs, mais à double cœur, il s’incarne dans des mots que nul ne lit. Mots sans lecteur. Les mots pour personne sont les mots de personne. Double cœur, grande sensibilité, qui se heurte à un monde insensible.

L’inaperçu, l’inapparent, l’imperceptible… C’est par ce mouvement que passe paradoxalement la résistance à l’emprise… C’est le moyen de se soustraire à la violence, qui risque en permanence de faire participer à son injustice.
Invisibilité résistante, réfractaire, insoumise.
Mais cette soustraction au monde ne vise pas une pure négativité, mais une affirmation de soi, une « invention » :

« à pas de feuilles
Sur les chemins noirs
Il s’invente »
S’illumine »

Du fond de ce vide, en soustraction, la personne peut se déployer dans une authenticité créatrice, loin des images, des apparences, du spectacle auquel nous sommes tenus ; loin des normes et des prescriptions contraignantes.
Une lumière s’allume dans le vide, « s’illumine » ; dans un néant blanc, les chemins sont « noirs » et l’écriture dans les carnets, et les mots sont les moyens d’une construction de soi. Soi en devenir, entre l’Ordre et le néant, entre tout et rien.

« Dans ses histoires », dans ses écrits, l’univers se réinvente dans un nouveau regard, en même temps que « personne » se reconstruit du fond de son invisibilité, et « le soleil ronce / accroche la lune », dans le même temps que "personne" « s’illumine ».

Une réciprocité nouvelle se crée aussi, pour un « Je », pour un «Tu», pour une relation épanouie et lumineuse, comme l’indique l’image de l’union entre le soleil et la lune.
Un Je qui parle à un tu.
Une je sensible à un tu, et réciproquement.

Dans cette recréation, c’est la peur qui frissonne, c’est la peur qui prend peur, au contact des mots qui « battent le silence », ces mots qui l’emportent sur lui, mots-chemins d’un renouveau, mots poétiques hors-la-norme.
Quand « personne » s’affirme enfin comme une Personne authentique.

Merci Gouelan

   PPeronne   
1/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

j'aurais aimé que vous commenciez comme vous aviez envie de commencer... ça "me parle davantage".
Je ne suis pas très friand de l'écriture "tachiste", "impressionniste"... non pas qu'elle soit dépourvue de force, d'esthétique, d'harmonie, de musicalité, d'émotion(s) et de poésie... mais elle se prête moins au coeur de mes oreilles que de vers "plus longs"... quel que soit le genre.
Cela étant, j'ai lu et relu votre texte, et je dois convenir que la qualité de votre plume et la subtilité du propos ont eu raison de mes a priori gâtisants.

PPeronne

   Gouelan   
4/7/2020

   eskisse   
4/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Gouelan,

Je lis votre poème comme une incapacité pour le commun des mortels à voir la richesse d'un être auquel on n'attribue pas de qualités, d'identité puisque le pronom sujet il s'efface d'emblée.

Votre poème nous rend attachant cet être qu'on "invisible" et présente de très beaux passages : " les cases le cognent / à angles bleus" ou " enfermé / à double coeur/ dans son carnet / il conjugue le vent / a cloche saison" .

La réalité impalpable de ce " Personne" fait de lui un être des mots et de la légèreté. "

Il s'invente" à travers la nature et laisse comme signature le silence.
Il n'y a pas plus belle affirmation de soi.

Merci


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