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Poésie libre
HadrienM : Éric Rohmer est mort
 Publié le 23/07/17  -  5 commentaires  -  1912 caractères  -  117 lectures    Autres textes du même auteur

Je suis libre par la nécessité solaire. (…)

Premier semestre 2017.


Éric Rohmer est mort



I

J’use le carnet allemand — j’ai le Rhin qui brûle entre mes doigts. J’ai la sueur grecque qui apparaît ; suis-je la nuit longue ? le rêve et la gorge ?
Je suis célèbre des douze travaux. On doute de mes romans, mais l’on aime mes névroses — tu sais moins que je suis poète. Je suis le prince et le marquis ; l’œuvre et le domaine ; le malentendu et la mer. Je dois manquer les heures pour adorer tes intentions.
Mes textes sont faibles. Ma vie est terrifiante car elle est le double des sanglots. Deux hommes dans ma voix : la rébellion et le rebours.

II

La vitrine est corrompue, et les draps sont ensanglantés. Ma nuit est terrible parce qu’elle n’a plus de sens — j’aimais le champagne sur tes reins, l’été odorant sur le tabac en feu ; les voitures incendiaires, la sueur et les mains géantes de rêve —.
Je veux bien aimer, mais qu’ai-je à dire ?
Tu n’es pas prêt de me voir.

III

Je suis allongé sur les bustes monstrueux. Je veux la boue hurlante. Les chants déchaînés. Laisse les chiennes (morales) mordre les amants solaires — qu’adviendra-t-il de la mort ? Les chants sont hypocrites ce soir — il fait bon dehors ; pourquoi restes-tu près des murs horribles et lacunaires du cloître ?

IV

Il y a ce voleur de lumière — peut-on écrire la mer consolatrice ?
Je peux mâtiner de fantastique les réverbères près de la mer. Je suis un peu fou — je peux aimer les nerfs cuits, les récits incompris, les pensées morales. Il n’y a de salut que celui des écritures aléatoires. Ces rencontres — rires chauds —, au bord des gouffres de l’âme. Tu marches sur la tête ! Tu rêves ! Tu n’es pas au bord de l’eau — impossibilité de parvenir au renoncement —, mais tu aimes le feu.


 
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   Brume   
7/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Belle expressivité qui réussit à poser un genre assez torturé; et je peux dire qu'elle donne de la présence au narrateur. Écorché et fascinant. Les images sont intéressantes, percutantes, et servent très bien et avec cohérence le climat pessimiste qui enveloppe le récit. La lectrice que je suis est plongée dans une histoire d'amour bancal, mais aussi dans l'esprit fou du narrateur.

Par contre le titre... Je ne connais pas ce réalisateur. Peut être ai-je vu un de ces films sans le savoir, mais je ne peux faire le lien entre le titre et le poème. Peut-être que les héros de ses films sont aussi torturés que le narrateur du poème.

   Grange   
10/7/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Commenté en E.L

"Les poètes manquent de pudeur à l'égard de leurs aventures : ils les exploitent."

Ceci pour coller à l'esprit de ce magnifique poème qu'il serait intéressant de déconstruire mot à mot comme ces jeux de construction multicolores de l'enfance.

"Eric Rohmer est mort et moi j'en veux encore" nous chante Clio mais là n'est pas le sujet.

Il n'y a d'ailleurs pour tout sujet que le sujet lui-même puisqu'il n'y a de salut que celui des écritures aléatoires. Rohmer avait une vocation inaccomplie d'écrivain mais ce fut un cinéaste brillant et hors de comparaison avec ses pairs de la Nouvelle Vague.

Ici — de même — je reconnais la plume rare capable d'emporter le lecteur et de lui donner à ressentir la nécessité d'être tel qu'en lui-même, mais autre.

Il nous faut éviter les chemins tortueux et ne pas céder à la tentation de lire Kleist ou Huysmans lorsque le pied bute sur un carnet allemand oublié sur une pierre ou sur la tentation d'être "à rebours"
Laissons Des Esseintes à ses pierreries serties dans la carapace. Laissons tout cela pour un ailleurs, pour la joie simple d'être ici à cet instant.


Merci de ce partage

   papipoete   
23/7/2017
bonjour HadrienM
Je lis vos lignes sans savoir où elles me mènent ; j'erre dans le dédale de vos pensées ; puis je sorts de ce labyrinthe, fier de l'avoir suivi jusqu'au bout mais serais incapable d'en dessiner le tracé !
J'étais en terre inconnue mais les paysages m'ont impressionné, et pour cela je ne regrette pas ma visite !
Il m'eût fallu un guide, une " Nathalie " pour m'expliquer ce que je voyais et appréciais même si je ne comprenais pas l'intention .
Bravo pour votre façon de manier la plume !

   PIZZICATO   
23/7/2017
Ces paragraphes sont peut-être des allusions à des films de Rohmer.
Mais comme je ne connais pratiquement pas les oeuvres de ce cinéaste, je ne suis pas en mesure de commenter ce texte.

Je m'abstiens donc.

   Pouet   
24/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

Je sais simplement que Rohmer était un réalisateur. C'est tout. Alors s'il y a des références, elles me sont largement passées au-dessus de la caboche.

Je ne connais donc pas Rohmer, je n'ai bien évidemment pas tout compris au texte ni aux intentions de l'auteur mais j'ai tout de même beaucoup apprécié ma lecture.

C'est incontestablement bien écrit et évocateur.

Il y a plein de beaux vers qui poussent un peu à la réflexion.

Je ne vais pas tout citer, il y en a trop, juste celui-ci:

"Deux hommes dans ma voix : la rébellion et le rebours. "

Je ne sais pas faire d'analyse de texte mais j'ai trouvé intéressante cette façon de personnifier la rébellion (la confiance, l'envie, le courage) et le rebours (le retour en arrière, l'hésitation, l'ambivalence). Bref j'y ai vu une vision assez juste, universelle.

Voilà, encore une fois je n'ai pas la capacité d'analyser ce texte mais il me laisse sur une belle impression et j'ai pris plaisir à le lire.


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