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Poésie en prose
HadrienM : La Gradiva
 Publié le 18/12/16  -  10 commentaires  -  2811 caractères  -  208 lectures    Autres textes du même auteur

La Gradiva, mars 2016.

La Gradiva est une lettre que j'ai envoyée à une amie. Et sans doute une amante.


La Gradiva



(…)


L'œil hagard. La jupe est parfumée. Le Phare jaune. Les grimaces de la vie sans doute.

Ton songe est lumineux. J'ai le tort immense de m'embraser et d'adresser à tes yeux ma vie tout entière. J'y trouve un lot de fureurs et de mystères. Les souvenirs retentissent. Vrai. Mais les amours, les belles dryades, brillent ce soir. Il est trois heures !

Je suis un atypique brutal, un décalogue mensonger. Je sais jouer maintenant. Longtemps, j'ai craint l'amour, cet inattaquable galion ce triomphe discret. J'attachais à mon corps de solides cordes. J'avais le sentiment de la monotonie.

Mon élan vers toi me met enfin à nu. J'ai la pâleur modeste ; elle me fait vivre l'amour inquisiteur. Les heures sont des spectacles noirs. Les heures sont de la violence inattendue. L'art ivre, avec ses satyres d'argent, me précède. Mon imaginaire, ce chien, ne pense pas à la rupture de tes membres.

Je suis un débauché : une marchandise de tes yeux. Il est quelque étrangeté de t'aimer. L'amour est une épreuve. Une vaste futilité bien séduisante. Et ta loyauté une ombre très vraie. Tu me maintiens en vie. L'éternel aussi a un cœur !

J'exaspère les dieux de t'aimer ! J'avance dans l'obscurité ; je m'éprends de tes inquiétudes. L'imaginaire volontaire est fort. Vrai. Le froid et l'inconnu sont des chaleurs de l'amour. Le temps est exigeant mais le souvenir une sensation. Ce redoublement perceptible : une industrie du dedans.

J'entre désormais dans le cortège des mal-aimés. Les hommes se sacrifient à t'aimer. Les passants s'entretuent… puis t'aperçoivent. La nature gigantesque est précaire pourtant. Elle prend peur !

C'est un univers partial dans tes yeux. La cosmologie amour. Le libre amour est dramatique. Une ruine neuve. Un océan aléatoire à renouveler. Tout au plus des mots oubliés, des échos en jachère.

Rupture ! je vois un tunnel — j'ai le pied misérable mais il me quitte.
Rupture ! je vois une chimère
Rupture ! c'est un sentiment maudit
Rupture ! c'est une bohème

Rupture ! l'amour rupture.

J'achève le jugement des hommes dans mon verbe. J'achève celles qui ne sont plus de ce monde. J'achève les cadavres pourrissants.

J'achète ma peur en t'écrivant.

Mes mots sont une étrangère aux yeux bleus. Une Oranaise que l'on croise. On l'oublie et la regrette.

Je t'en prie. Ne fuis pas. N'abandonne pas ma parole.

Mon amour est bien ordinaire mais il est ma crise mon mensonge insolent ma tragédie mon rituel mon simulacre mon apparence le voile de ma mort mon univers intime et ma violence.

Ne joue pas avec moi. Ma scène perpétuelle. Ma Gradiva.

Ton serviteur, Hadrien.


 
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   papipoete   
7/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
prose
De belles lignes à l'écriture élégante à l'attention de Gravida qui bientôt va s'enfuir ; saura-t-elle entendre son aimé qui la supplie de ne pas l'abandonner ?
Encore quelques mots à crier, puis susurrer à son oreille, et vers vous elle retiendra ses pas ...

   Alcirion   
9/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

La question que je me pose, c'est quel résultat espérer en envoyant une lettre pareille à une femme ? J'ai hâte de savoir, lol !

Plus sérieusement, ce texte est un embrasement naïf et total qui ne laisse pas indifférent. L'aspect tourmenté fait penser aux premiers romantiques, la forme, plus moderne, à Lautréamont.

Une exaltation adolescente dont le style, très littéraire, compense l'aspect candide. Un désir d'absolu qui prend une forme délirante : le ton paraîtra juste aux tempéraments emportés, il semblera outré aux autres.

La façon de faire met sur la piste de l'auteur avant la signature. Il y a une certaine verve, mais peut-être gagnerais-tu à compacter le résultat obtenu, en gardant les meilleures idées et les meilleurs paradoxes, quitte à ajouter un matériel nouveau si tu veux garder la longueur.

Définir une structure plus stricte améliorerait sans doute la réception de ce texte, qui peut faire tourner la tête à une partie de tes lecteurs, et peut-être les décourager, tant les propositions rebondissent en tous sens.

Une impression bien agréable, en tout cas, une vraie qualité d'écriture.

   Morgan   
18/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Beau style malgré les 'clichés' (j'ai rien contre quand il faut s'exprimer avec clarté).
En espérant que la personne destinataire a été à la hauteur de la missive.

   Brume   
18/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour HadrienM

D'accord c'est une lettre, mais qu'est-ce que c'est verbeux!
Je me pose la question si le poème était moins long j'aurais été peut-être plus touché.
Bon je ne me suis pas ennuyée pour autant, j'aime cette verve qui va en crescendo à partir de la 9ème strophe.

" Je suis un atypique brutal, un décalogue mensonger"
Je ne sais pas pourquoi mais j'aime ce passage, le coté bad peut-être. Bref.

La ponctuation ne nuit pas à la fluidité, elle accentue et offre différentes nuances à la tonalité, elle apporte une dynamique.
Il y a de la passion c'est clair, c'est vibrant d'amour, mais c'est too much, l'émotion est furieuse, je ne trouve pas le bon terme, la 11ème strophe en ait le parfait exemple:
"J'achève le jugement des hommes dans mon verbe." Etc.
c'est à un point que je me demande si cette lettre est bien adressée à une femme; mais l'incipit le dit.
Je suis assez mitigée.

   Robot   
18/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une lettre d'amour très littéraire. Mais si on exclut cet aspect il reste un beau texte, une prose bien composée.
Bémol: Les vers qui répètent la rupture gâche un peu le reste. Et la signature me paraît bien abrupte: il y manque une dernière expression passionnée.

   Pouet   
19/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

"La Gradiva est une nouvelle publiée en 1903 par l'écrivain allemand Wilhelm Jensen, qui connut une grande postérité au sein de la culture européenne, particulièrement auprès de Sigmund Freud et des surréalistes. Ce court roman raconte comment un archéologue allemand, Norbert Hanold, se procure un moulage en plâtre d'un bas-relief qu'il a beaucoup admiré dans un musée romain et, qu'ayant accroché celui-ci dans son bureau, il cherche à percer le mystère de la marche de la femme représentée sur la sculpture, qu'il surnomme Gradiva - en latin, « celle qui marche en avant », forme féminine du surnom Gradivus donné au dieu Mars."

Au moins j'aurais appris un truc. Peut-être même que je lirai ça à l'occasion, n'étant pas forcément fan du bon vieux Sigmund mais appréciant le surréalisme.

Je note dès les premières lignes la référence au recueil de Char avec "Fureurs et Mystères" sauf que chez lui c'est au singulier...

S'il y en a d'autres, des références, je suis passé à côté.

Sinon j'ai apprécié quelques tournures comme par exemple:

"J'ai la pâleur modeste ; elle me fait vivre l'amour inquisiteur. "

"Je suis un débauché : une marchandise de tes yeux."

"J'achète ma peur en t'écrivant."

(...)

Il y a d'autres passages un poil plus convenus à mon goût.

Dans l'ensemble j'ai bien apprécié cette lecture au sujet bien évidemment inépuisable mais suffisamment bien traité pour m'intéresser et me faire passer un bon moment.

Au plaisir.

   hersen   
19/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Tout ceci ne semble être qu'un jeu : ne joue pas avec moi.

mais il semble bien que ce soit l'auteur qui joue puisqu'il se décrit comme l'antithèse du séducteur : brutal; menteur; débauché; et il espère qu'elle "jouera" avec lui.

C'est plus, à mon avis, un texte qui décrit les affres de l'amour avec ses paradoxes et l'auteur semble prendre plaisir à les détailler; il s'étend davantage sur lui-même que sur l'objet de son amour, très en retrait du texte.

Le titre est évidemment bien trouvé en ce sens où Jensen décrit un archéologue qui tombe amoureux d'un bas-relief (magnifique il est vrai)

Le fait que le texte soit signé n'aide pas beaucoup pour faire un commentaire. Je pense que cela enlève beaucoup de la portée de ces mots car ça fait un peu piège. (nous retrouvons bien ici cette notion de jeu)

( de ce point de vue, je m'en étonne d'ailleurs : je pensais que l'anonymat était une règle sur Oniris)

Alors "celle qui marche" s'est-elle arrêtée ou s'est-elle mise à courir ?
:)

Sur la forme, je retrouve ici cette façon d'écrire qui veut dire 'je me fous de ce que vous pensez' sans le penser vraiment. Cela donne un
bric à brac délibéré que j'aime vraiment beaucoup, qui rend le tout très vivant et attise la curiosité du lecteur qui, du coup, va plus loin, extrapole, d'autant plus que l'auteur semble être des plus érudits;

Une très bonne lecture donc, mais difficile de se placer par rapport à ce texte.

Merci de cette lecture,

hersen

   Lulu   
19/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour HadrienM,

j'ai bien aimé lire ce poème, notamment pour son rythme. Le choix de le rythmer par des phrases courtes m'a effectivement plu. Ca dynamise le texte, et même si je ne l'ai pas lu à haute voix, on l'entend sans problème. Or, c'est bien cela aussi la poésie : la musicalité des mots.

J'ai particulièrement aimé certaines de ces phrases toutes simples, comme :
- "Il est quelque étrangeté à t'aimer"
- " L'éternité aussi a un coeur !"
- J'achète ma peur en t'écrivant"
Je trouve que ce sont là de belles trouvailles qui rendent votre texte particulièrement profond, notamment la première phrase que j'ai relevée et qui semble mettre en perspective à la fois votre pensée et la réflexion personnelle de la lectrice que je suis. C'est un peu comme si vous aviez ouvert un dialogue à partir de cette seule phrase... En tout cas, c'est vraiment très beau.

Ce que je regrette, peut-être, c'est de ne m'être pas davantage représenté cette Gradiva. J'imagine un personnage inspirant, certes, mais peut-être aurais-je souhaité un coup de projecteur sur elle qui soit un peu plus sensible, plus fort.

Bien cordialement.

   Proseuse   
19/12/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Hadrien
Voilà bien un très beau texte, où l' auteur se met pratiquement à nu, se décrit tel qu' il se croit être ! Mon ressenti au fil de la lecture me ferait bien penser que l' auteur, le narrateur est ici le – poète- lui-même ( d' où d' ailleurs sa signature en fin de lettre ! ) et qu' il s' adresse plus à sa -muse- qu' à la femme dans tout ce qu' elle a de réel ! Ainsi, le poète exprime sa crainte non pas qu' un amour finisse, mais plutôt que la parole s' évanouisse , que sa source d' inspiration se mette en marche ( gradiva) vers un ailleurs qui ne serait plus près de lui ! Bon, bien sûr, je peux me tromper quant à l' interprétation, mais c' est mon ressenti personnel , en fait chaque lecteur entre dans un poème comme il peut et s' y installe comme il le sent ! Il n' a pas forcément « raison » mais n' a pas non plus foncièrement « tort »
En tout les cas, j' aime beaucoup cette lettre qui est pleine d' émotions , de délicatesse et d' amour … de la poésie et fort bien écrite !
Merci Hadrien pour ce très beau partage

   HadrienM   
20/12/2016


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