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Poésie classique
Hananke : Une image récurrente
 Publié le 19/01/20  -  26 commentaires  -  864 caractères  -  422 lectures    Autres textes du même auteur

À ma grand-mère maternelle, décédée le 24/12/1986
dans sa maison de retraite.


Une image récurrente



Je reverrai longtemps la frêle silhouette
Sur le pas de sa porte ouverte à l'abandon, 
Quand, de mon au-revoir qui se voulait pardon,
Je quittais en fuyant sa pièce désuète.

J'aurais dû deviner que tout cycle s'arrête,
Être le surveillant zélé de sa prison,
Elle voyait en moi l'ultime floraison
Et je n'ai rien saisi, combien je le regrette !

Mais je ne pouvais plus supporter ses décors :
L'austérité des lieux qui dégradait les corps
Autant que les esprits par leur inconvenance.

L'âge l'avait réduite à ce rôle effrayant
D'attendre, dans sa chambre ou son couloir ayant
Tous les accoutrements d'une fin d'existence,

Le mois, le jour et l'heure, implacables futurs,
Qui la feraient franchir les espaces obscurs
Des limites du Temps... comme une délivrance.


 
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   Gabrielle   
20/1/2020
Modéré: commentaire trop peu argumenté.

   poldutor   
3/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour
Quelle tristesse dans cette poésie, on sent le désespoir du narrateur de ne pas avoir su ou pu rester près de sa grand mère, qui devait se sentir abandonnée. C'est hélas le lot de beaucoup d'anciens, qui finissent dans des "résidences" pour personnes âgées...

Le premier quatrain est particulièrement poignant, la fuite un peu honteuse du petit fils...
"Quand, de mon au-revoir qui se voulait pardon,
Je quittais en fuyant sa pièce désuète."

La vie actuelle fait qu'il est souvent difficile lorsque l'on travaille, de s'occuper de ses vieux parents, on laisse souvent ce soin à des étrangers.
Mais la tendance est maintenant de laisser plutôt les anciens chez eux où ils sont moins dépaysés.
La vieillesse est un naufrage...
Cordialement.
poldutor en E.L

   Corto   
3/1/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Ce poème me parait glacial.
Le narrateur n'exprime pas de sentiments, il est bloqué dans son 'Moi Je'.

N'est-ce pas ce type de comportement et de ressenti qui fait le plus de mal aux anciens qui savent bien que la vie s'achève ?

Mais le narrateur préfère se regarder lui-même "je ne pouvais plus supporter ses décors". Certes la maison de retraite n'était peut-être pas affriolante, mais on aurait aimé comprendre pourquoi le petit-fils allait voir sa grand-mère si ce n'est pour entrer en relation avec elle.

Ceci concerne le fond.
Sur la forme les expressions sont bien articulées et logiques.

Merci pour ce partage.

   Queribus   
6/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Je salue tout d'abord la perfection de l'écriture qui saute aux yeux; je pense que votre poème aurait pu facilement figurer dans les catégories classique ou néo-classique mais peu importe, le talent est là c'est l'essentiel et il n'y a rien à dire.

Quand au fonds, je l'ai trouvé fort émouvant et plein d'humanité et bien des gens auraient pu écrire ce genre de réflexion mais sans votre superbe plume bien-sûr.

Encore une fois bravo pour ce superbe écrit. Remettez-vous vite à l'ouvrage pour nous en faire d'autres de ce tonneau-là.

Je vous souhaite, par la même occasion, une très bonne année 2020 avec bien-sur, beaucoup de poèmes de ce niveau et naturellement beaucoup de bonheur.

   sympa   
6/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Beaucoup de tristesse et de regrets dans ce sonnet estrambot , écrit avec retenue et dont les alexandrins, maîtrisés et visiblement sans erreur de prosodie, me sembleraient à leur place en catégorie classique.

Ce qui me vient à l'esprit à la lecture de ce bel hommage , c'est que naissent les regrets quand un proche n'est plus avec ces pensées récurrentes :
" si j'avais su..", " j'aurais dû "....

L'auteur(e) l'exprime fort bien avec une émotion contenue .

"Mais je ne pouvais plus supporter ses décors :
L'austérité des lieux qui dégradait les corps"

Fuir, non par manque d'amour pour un proche, mais par la peine ressentie par "l'austérité des lieux " cette chambre minuscule et sombre où il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre la fin.
Situation difficile à supporter, je comprends.

Merci pour ce bel écrit émouvant qui ne laisse pas indifférent.

SYMPA en EL

   papipoete   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Hananke
ma mémé qui attendait ce sinistre visiteur, celui qui arrache le coeur en plein jour ou quand tout le monde dort, me dit " au revoir " comme pour conjurer ce sort inéluctable, espérant me retrouver encore auprès d'elle, mais elle est partie...
NB comme ce poème me rappelle un douloureux épisode ; Papa, que le chirurgien avait opéré tantôt, était au plus mal, Maman auprès de lui. Il se faisait tard, et songeant à la reprise du boulot le lendemain, je le quittai lui disant " à demain ! "
Au matin venu, Maman m'appela pour me dire " ton père est mort dans la nuit "... alors que je ne songeai pas un instant, que la Faucheuse était là, tapie dans un coin.
je m'en voulus tant ! je m'en veux encore aujourd'hui !
Il avait 67 ans ; Maman mourut 6 ans plus tard, à 67 ans aussi !
" jamais 2 sans 3 pensai-je jusqu'à mes 67 ans...j'ai passé ce cap !
Tout est si vrai dans votre poème, et sonne comme un air de connu hélas !
Ce sonnet " estrambot " pourrait être le mien ; pour mon père et je revois aussi dans une maison de retraite, tous ces regards tournés vers la porte d'entrée, d'où ne viendrait jamais personne...
le second quatrain me touche particulièrement !
cher sonnettiste, je vérifie votre prosodie au cas où il y ait une faute... ( je rigole )
si, un bémol, un fétu...dans le 2e tercet : je trouve dommage l'enjambement de "... son couloir ayant/tous les ... "

   Lebarde   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Hananke

Comme me le murmure dans un souffle à peine perceptible, tous les jours mon père (99 ans et 11 mois aujourd'hui):
"Tu sais çà ne peut pas toujours durer, il faut bien que çà finisse un jour".

Oui bien sûr, mais quand? dans quelles conditions?
Aurons nous, nous les survivants, des regrets, des remords?
Si j'avais su j'aurais fait ci, j'aurais dit çà.
Et puis et puis ... oui bien sûr, j'aurais pu....

Très joli poème classique sans erreur de prosodie qui évoque avec pudeur, délicatesse et émotion un sujet difficile qui suscite tellement d'états d'âme, de peine voilée, de regrets inévitables.
"Je n'ai rien saisi, combien je le regrette!"

Mais c'est tellement insupportable de fréquenter trop souvent et trop longtemps ces lieux où "les frêles silhouettes" fatiguées attendent pour faire leur dernier adieu à leurs proches qui seront rarement là au bon moment.

Ce n'est ni du désintérêt, ni de la lâcheté, ni de l'indifférence de leur part. C'est tout simplement difficile ....!!

Bon dimanche et merci pour ce magnifique texte.

Lebarde

   Provencao   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
" Mais je ne pouvais plus supporter ses décors :
L'austérité des lieux qui dégradait les corps
Autant que les esprits par leur inconvenance."

Quel merveilleux partage vous nous offrez-là....une réflexion sur ce fond de tristesse, en ces limites du temps....qui parait se mettre en travers de l'ideal... comme si votre grand-mère voyait en vous ce qu'il fallait croire, ce qu'il fallait voir ....



Belle émotion en vos vers....où tout un chacun peut être confronté à ces regrets.

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   dream   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Hananke, Bonsoir,

« Je reverrai longtemps la frêle silhouette
Sur le pas de sa porte ouverte à l’abandon, »

Encore une brillante peinture du vieillissement, de la désillusion, de l’esseulement de nos aînés, de leurs fragilités et de leurs détresses, face à un système froid et parfois implacable.

« Quand, de mon au-revoir qui se voulait pardon,
Je quittais en fuyant sa pièce désuète. »

« Mais je ne pouvais plus supporter ses décors : »

Devant une si déchirante vision, on est bien forcé de s’éloigner. Sauf que les regrets collent dans le cœur et les yeux. Quant à ce « en fuyant », il cogne fort, il blesse irrémédiablement. Et après, il y a ce terrible sentiment de culpabilité qui vous pourchasse comme un remords.

« Mais passons, passons, puisque tout passe ».G.Apollinaire. Non ! Les regrets comme les remords ne passent jamais. Ils sont tout simplement éternels, nous hantent, nous tenaillent comme une punition.

« D’attendre, dans sa chambre ou son couloir ayant ».

Oui, ce « ayant » n’est pas très heureux, mais comment faire ? En tout cas, il n’enlève rien à la beauté de ce poème et cela ne m’empêchera pas de le gratifier d’un « passionnément ».

Un grand Merci ! Hananke, pour la terrible émotion que vous m’avez procurée.

   pieralun   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un beau poème, lourd de tristesse et de regrets.
J’aime le premier quatrain presque dans son ensemble.
Vers 5 et 6 sont trop prosaïques à mon goût: «cycle , zélé » me dérangent un petit peu.
Très beau 10 eme vers
Le dernier tercet est magnifique.
Bravo poète.

   Cristale   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
"L'âge l'avait réduite à ce rôle effrayant
D'attendre, dans sa chambre ou son couloir ayant
Tous les accoutrements d'une fin d'existence,"

C'est peut-être ce qui nous attend...tous.
Glacial. C'est le mot qui me vient à la lecture mais ces images sont de vraies images que j'ai vues réellement. Je ne m'y ferai jamais.

L'avant propos présente ce poème comme un hommage à la grand-mère du narrateur. J'aurais personnellement écrit à la deuxième personne en m'adressant directement à elle :
Je reverrai longtemps ta frêle silhouette
Sur le pas de ta porte ouverte à l'abandon
Quand, de mon au-revoir qui se voulait pardon,
Je te quittais, fuyant la pièce désuète.

Etc...c'est possible tout au long du poème mais peut-être que l'auteur désirait mettre une distance entre ses émotions et le poème adressé aux lecteurs, le tutoiement franchissant le seuil de l'intimité des sentiments.
Ce ne sont que quelques réflexions, l'auteur est seul maître de son écrit.

Sonnet estrambot : une spécialité sous la plume d'Hananké qui lui réussit très bien.
Par contre, j'ai beaucoup de reproches à faire concernant la prosodie. Oui oui, croyez-moi ! Je serais intraitable.
En effet :
Pas un hiatus, pas un vers boiteux, pas de diérèses ratées, pas de e muets non élidés, pas de mauvaises concordances des rimes, variété dans le genre des mots à la rimes, pas d'erreur d'alternance, et pour corser le tout, un enjambement parfaitement réussi ! :)
...juste pour détendre l'atmosphère et contrer la tristesse du sujet.
Je connais aussi quelques chères étoiles parties au fond du ciel...

Tout cela pour dire que ma lecture, pour glaciale qu'elle soit, me laisse une impression agréable d'ouvrage mis sans compter nombre de fois sur le métier.

Merci Hananké.
Cristale

Edit : le + pour la prosodie

   PIZZICATO   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bien qu'intimiste, ce poème image bien une situation que bon nombre d'entre nous ont connue ou connaîtront peut-être.

Quel que soit l'attachement porté à la personne à qui l'on rend visite, ces endroits sont si oppressants qu'on a du mal à s'y éterniser. "..chambre ou son couloir ayant
Tous les accoutrements d'une fin d'existence "

Un beau tercet final.

   STEPHANIE90   
19/1/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Hananke,

une poésie poignante pour une personne que l'on aime tant que l'idée même de sa disparition est inimaginable.
"Je reverrai longtemps la frêle silhouette
Sur le pas de sa porte ouverte à l'abandon, "
"Mais je ne pouvais plus supporter ses décors :
L'austérité des lieux qui dégradait les corps
Autant que les esprits par leur inconvenance."

Ces vers sont mes préférés ainsi que la dernière strophe qui clôt sublimement et tout en pudeur ce retour sur des remords qui n'en finissent plus de vous faire culpabiliser sur l'ignorance de la date d'échéance. Une distance émotive dans la poésie qui marque la douleur de ce souvenir qui obsède encore. Chacun fait comme il peut, je suis certaine qu'elle ne vous en veut pas. Les anciens sont plus sages que nous et ils pardonnent bien plus facilement. C'est une belle preuve d'amour que vous lui faites et je suis persuader qu'elle vous aura épargné l'heure ultime par affection pour vous.

Merci à vous pour ce partage, je ne parlerai pas de prosodie, elle me semble parfaite.

Stéphanie

   ours   
19/1/2020
Bonsoir Hananke

Même si je sais que vous n'appréciez pas trop les commentaires de béotiens de la prosodie qui se concentrent uniquement sur le fond, je passe laisser un message car j'ai été touché par votre poème. Il est dur de voir partir ses proches, et quand on est (trop) jeune on ne sait pas encore à quel point certains êtres vont nous manquer, et le manque de courage ou juste le manque d'expérience nous a fait fuir là où une simple présence eût été suffisante. Vos mots me semblent justes, durs mais vrais.

   LenineBosquet   
20/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour, vous nous offrez là un bien beau poème où chacun peut se reconnaître dans ces regrets de ne pas avoir su dire au revoir à l'être aimé, d'avoir fui la mort et son spectacle de déchéance, cette impression d'avoir abandonné. Je m'y reconnaît moi-même.
A la première lecture j'ai trouvé un peu curieux le " pièce désuète " au vers 4, comme un peu forcé pour la rime, puis en fin de compte l'adjectif participe tout de même au ton général du poème.
Un très beau dernier tercet qui s'ouvre vers l'univers, vers le grand tout.

   Michel64   
20/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Hananke,

Quelques bémols :
"J'aurais dû deviner que tout cycle s'arrête"
Il n'y a pas à le deviner mais à le savoir et tout le monde sait cela.

J'aurait plutôt vu "ces décors"

"dans sa chambre ou son couloir" la chambre aurait pu suffire, là ça fait un peu remplissage.

Pour le reste l'émotion passe plutôt bien avec ce sujet qui s'y prête.

De jolis vers :
"Je reverrai longtemps la frêle silhouette
Sur le pas de sa porte ouverte à l'abandon, "

"Elle voyait en moi l'ultime floraison"

Ainsi que tout le dernier tercet.

Je reste un peu entre deux pour l'ensemble.

Merci pour le partage.

   Zeste   
20/1/2020
Modéré : Commentaire trop peu argumenté.

   Zeste   
20/1/2020
Correction ( j'ai écrit sous l'émotion).

Tout est dans le titre, cela résume ce qu'est le coeur à l'esprit et ce qu'est l'esprit est au coeur!
Tant pis si mon écrit est modéré!!!
Milles excuses!

Une écriture fluide qui fait que la lecture se fasse à un rythme haletant où la sincérité des sentiments est palpable à chaque strophe, c'est un exploit que d'exprimer des regrets d'une manière aussi pudique...

   leni   
20/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bjr
La vieillesse est un naufrage La décrire est un art ilfaut éviter de tomber dans le pathos
j'epingle des images fortes qui sont le talent de l'auteur

de mon au-revoir qui se voulait pardon,

D'attendre, dans sa chambre ou son couloir ayant
Tous les accoutrements d'une fin d'existence,

franchir les espaces obscurs
Des limites du Temps... comme une délivrance.

Ce n'est pas mon genre de lecture préférée
cela n'a rien à voir je salue le parfat rédactionnel
Merci Mon salut amical LENI

   emilia   
20/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une grand-mère maternelle qui a laissé son empreinte avec un sentiment de culpabilité et l’expression de regrets, quand l’âge avançant, l’on peut davantage prendre conscience du ressenti éprouvé, ce que le décalage générationnel ne permet pas toujours d’appréhender, tant les attentes de chacun peuvent être différentes et peu compatibles… ; un temps différent à vivre entre le petit-fils et sa vie pleinement active, faite d’obligations et de contraintes, et celle de l’aïeule en fin de vie, qui n’a plus rien d’autre à attendre que la mort perçue comme une délivrance, en comprenant le souhait de ne pas être trop exposé à la détresse de son « abandon »… ; la prise de conscience intervient toujours plus tard et c’est un peu le lot de chacun au moment où l’on s’interroge : aurais-je pu agir autrement, avais-je vraiment la possibilité de rester plus longtemps, de venir plus souvent ?
C’est une analyse très juste et très sensible d’un constat qui émeut, surtout peut-être avec cette date précise du décès à la veille de Noël, quand on sait l’impact familial occasionné à cette période particulière dont la joie est de pouvoir se retrouver en famille autour d’une belle fête… ; merci au narrateur d’avoir su si bien témoigner d’une triste réalité…

   jfmoods   
21/1/2020
Ce sonnet estrambot en alexandrins est à rimes embrassées, suffisantes et riches, majoritairement masculines et consonantiques.

J'aurais antéposé au sujet le gérondif du vers 4, substitué "Me faire" à "Être le" au vers 6, mis un point en fin de vers 6 et un point d'exclamation à l'hémistiche du vers 8, remplacé par un démonstratif le possessif du vers 9.

Le jeu des modalisations (vers 5 : "J'aurais dû deviner que tout cycle s'arrête", vers 10 : "je ne pouvais plus supporter ses décors") met en exergue les termes d'un insurmontable défi.

À l'horizon d'attente d'une grand-mère aimée et aimante (métaphores : "Être le surveillant zélé de sa prison", "Elle voyait en moi l'ultime floraison") s'est heurtée l'incapacité d'un petit-fils à affronter l'enfer de la maison de retraite (comparatif d'égalité bien délétère : "L'austérité des lieux qui dégradait les corps / Autant que les esprits par leur inconvenance").

Aussi le souvenir de cette désertion (gérondif : "de mon au-revoir qui se voulait pardon, / Je quittais en fuyant sa pièce désuète") s'est-il inscrit durablement dans la mémoire de l'homme (verbe réduplicatif : "Je reverrai longtemps la frêle silhouette / Sur le pas de sa porte ouverte à l'abandon"), nourrissant un remords persistant ("je n'ai rien saisi, combien je le regrette !").

La longue phrase qui s'étend sur les deux derniers tercets épouse, par son rythme fait de tensions et de relâchements, le douloureux chemin de croix de cette fin de vie (rejet : "L'âge l'avait réduite à ce rôle effrayant / D'attendre", effet de retardement ménagé par la circonstancielle de temps des vers 13-14, rythme ascendant du vers 15 : "Le mois, / le jour et l'heure, / implacables futurs", effet d'étirement de la relative des vers 16-17, points de suspension qui préparent la chute).

Merci pour ce partage !

   Vincente   
21/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Poème dédicacé, délicat, où le narrateur déclare un trouble qui perdure dans sa mémoire. Le temps passe mais ne vient à bout de cette "image récurrente" qui lui impose un sourd dérangement.

La narration évoque, dans un réalisme assez cru compensé par une énonciation adroite profitant de sa facture classique, le constat d'une déchéance de la grand-mère, démultipliée par les particularités "austères du lieu" de ce séjour dernier "qui dégradait les corps / Autant que les esprits par leur inconvenance.". Pourtant le propos, la raison de cette "confession", porte essentiellement sur le "pardon" du narrateur. Pour circonstancier celui-ci, pour atténuer le regret, il cherche ces raisons qui l'ont poussé à ces évitements. Il semble que l'âge aidant, il voit maintenant ce qu'il y a longtemps, ses jeunes yeux ne savaient regarder. Ce parcours inversé manifeste alors un remord de n'avoir pas… mieux accompagné cette dame aimée à la veille du "franchissement vers les espaces obscurs".

La "délivrance", dernier mot du poème, une fermeture du texte, abrégera-t-elle également le malaise qui perdure ? Malheureusement pas vraiment, d'autant que la crainte de se retrouver vieillard dans une situation similaire est aussi sûrement un des adjuvants appuyant de ses effets néfastes sur le moral du narrateur. La "délivrance" ne sera pas en ce sens que celle de l'aïeule partie, mais aussi celle du narrateur "libéré" de ces regrets interminables jusqu'alors à l'heure de sa propre mort.

   Donaldo75   
22/1/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Hananke,

Comme je le disais dans mon dernier post sur le forum, j’aime beaucoup le classique même si je ne suis pas spécialement doué dans cette forme ; alors, lire un poème réussi dans ce genre ne peut que m’intéresser. Et comme sur Oniris il y a quelques spécialistes de la prosodie classique, je me permets de venir grapiller du savoir-faire en lisant leurs écrit. C’est le cas de ce poème dont j’apprécie la forme travaillée, la dynamique narrative, la progression presque dramatique du thème. J’apprends de ces lectures et parfois même je reviens lire certains de ces poèmes pour en tirer les enseignements.

Comme je le dis souvent, je ne vais pas me lancer dans un long commentaire composé, encore moins une analyse discussion voire une dissertation parce que je conçois le commentaire comme une zone d’expression dont l’instantanéité vaut spontanéité.

Merci du partage.

Donaldo

   Quidonc   
29/1/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Hananke,

Il est des remords qui vous poursuivent et que le temps même ne peut altérer. Ils font semblant de disparaître et reviennent comme un coup de poing. Je ne connais que trop ce sentiment et je ne sais pas si je dois vous remercier de me l'avoir si bien fait ressurgir. ;-)
Mais comme c'est beau et comme c'est bien écrit.
Merci pour ce partage

   Vincendix   
1/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Hananke,
Toujours cette qualité d'écriture que j'apprécie, un sans faute et un texte fluide.
Concernant le sujet, je comprends les sentiments de l'auteur mais en tant que petit-fils, je pense qu'il n'a rien à se reprocher.
Mes quatre grand-parents sont morts chez eux, dans leur lit, mes parents sont décédés à l'hôpital, je n'en ai vu aucun en maison de retraite et heureusement.
Vincent

   Miguel   
5/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un lyrisme qu'on sent sincère tout autant que les regrets qu'il exprime, et cette nostalgie liée à nos disparus. La simplicité du style sert le propos. Les images fortes de la décrépitude ont quelque chose de poignant.


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