Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie classique
Hananke : Virtualité
 Publié le 23/12/20  -  14 commentaires  -  857 caractères  -  247 lectures    Autres textes du même auteur

"Les plus beaux manuscrits des poètes français.
La mémoire de l'encre."

Robert Laffont


Virtualité



Il lui vient à l'Esprit un funeste refrain :
En ne se servant plus de feuilles et de plumes
Ses écrits n'auront pas d'héritages posthumes
Malgré les plissements de son crâne sans crin.

On ne savoure plus les vers dans un écrin,
Ce qui suscite en lui certaines amertumes :
Dans ce début de siècle où brûlent les coutumes
L'homme à la poésie en livres met un frein.

Qu'il aime ressentir l'odeur des vieux ouvrages
Tapis dans un grenier ou sur les rayonnages
D'un buffet endormi comme une antiquité !

Mais il faut maintenant fixer un écran blême,
Une fenêtre au ciel sans mer où le poème
Doit se soumettre au Dieu de la modernité.

Et lui le doux rêveur, survivant romantique
De la Tradition dans ce monde praxique,
Sentimental, il fuit la virtualité.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Anje   
13/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Sonnet estrambot présenté en catégorie classique dont le fond me rappelle ce client qui refusait la tablette qu'on lui proposait au prétexte qu'il préfère lire sur le papier, tourner les pages, sentir le livre vivre. Mais les temps changent et il faut évoluer au risque de ne plus lire que des livres poussiéreux.
J'aime bien l'image du doux rêveur, survivant romantique au crâne sans crin qui plisse devant cette fenêtre au ciel sans mer, obligé de quitter l'écrin pour l'écran.

L'héritage étant ce qu'on laisse après sa mort, il ne peut être que posthume. L'expression "héritages posthumes" me semble trop forcée et desservir le propos.
Le dixième vers ne compte pas douze syllabes. En effet, comble est masculin. Après correction, "tapis dans un comble ou sur les rayonnages" ne mesure que onze syllabes. Remplacer, par exemple, comble par malle suffirait à corriger le problème.
Ma dernière petite remarque concerne le treizième vers dont le mot à la rime est sujet du premier mot (verbe) du vers suivant. Cette suite empêche la pause à la rime, oblige à un enchaînement rapide effaçant presque les rimes en "ème". Cela peut donner l'impression d'une phrase et moins de vers.

L'idée, l'écriture m'ont bien plu mais je regrette ces petites choses.
Anje en EL

   fugace   
14/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très belle poésie sur l'emprise totalitaire du monde numérique.
Je reste de ceux qui continuent qui "aiment ressentir l'odeur des vieux ouvrages", qui fuient la virtualité.
Cette lecture m'a immédiatement fait penser à "Farenheit 451". Mais combien de pompiers indociles reste-t-il?
Bravo et merci.

   Donaldo75   
15/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Je ne suis pas fan du discours, du fond que sous-tend ce poème mais je reconnais à l'ensemble une qualité de composition, un soin dans la versification qui va bien avec le thème. Evidemment, la forme classique s'imposait au vu du sujet, même de l'exergue, même si je pense que du libre aurait été encore plus frappant en exposant une thématique de conservation des traditions de manière très moderne mais bon, passons, ce n'est pas l'objet de mon commentaire qui doit rester centré sur la forme. Et la forme de ce poème est propre, inspirée, conforme à ce que j'attends de cette catégorie sur ce thème dans ce contexte. Alors, que dire de plus ?

   papipoete   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Hananke
Lui, qui écrivait de sa plus belle plume, lettres enflammées à sa fiancée, ou lisait celles de Mme de Sévigné, se désole de voir que l'encre peu à peu s'évapore des encriers ; on écrit et on lit " virtuel " des traces qui ne se transmettront plus de père en fils, d'aïeul à petit-enfant ! Désormais, une lucarne remplacera inexorablement livre et papier...
NB Fini le temps où l'on découvrait dans un tiroir oublié, une feuille que l'écriture en pleins et déliés, parfois même calligraphiée que pépé adressa à mémé, ou de papa rêvant à maman... Qui ira dans un grenier aujourd'hui le fouiller, encombré de consoles ou jeux vidéo...
Moi-même ai fabriqué deux recueils parcheminés, que je voudrais léguer à mes petits... on verra !
A travers vos lignes, je sens l'odeur de vieux ouvrages, que l'on ouvrait avec tant de curiosité mêlée d'appréhension, comme s'il agit d'un trésor !
le premier tercet exhale des odeurs qui me viennent agréablement au nez.
Je me souviens, avec ma fille ( elle était gamine ) marchant dans la neige épaisse d'une forêt de Mutzig, nous vînmes à buter contre un tas enneigé ; curieux de cela, nous grattâmes l'endroit pour découvrir...des livres reliés-cuir au couleurs éclatantes !
Quand je lui en parle ( 42 ans maintenant ), elle s'en souvient " ha oui le trésor ! "
Un sonnet estrambot à rajouter aux précédents, sans faute ( je chipoterais bien pour la rime " refrain/crin " ) crin pour cheveu...
Et j'apprends ce mot " praxique "

   Lebarde   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Hanancke

Moi aussi j’ai du mal avec les écrans et les textes virtuels qui m’arrachent les yeux et préfère les bons livres papier qu’on peut feuilleter, sur lesquels il est possible de revenir en arrière, aller voir plus loin .....et pour l’étourdi que je suis, retourner à la page de garde pour se rappeler le titre ou le nom de l’auteur!!!

J’aurai traité le sujet autrement mais c’est vous l’auteur et je n’ai pas le droit de critiquer la manière puisqu’il y a incontestablement l’art.
Du beau classique sans reproche comme j’aime et comme j’essaie, souvent vainement d’écrire,
Pourquoi ces majuscules à Esprit et Tradition? Celle à Dieu se justifie davantage.

Beau travail
Merci
Lebarde

   Cristale   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Hananke,

"Tapis dans un grenier ou sur les rayonnages"
Le "r" de grenier ne se liant pas provoque un hiatus dans ce vers. mais comme nous sommes proches de Noël, je vous en fais cadeau.
J'aime beaucoup les enjambements des tercets 1, 2 et 3, je pense, (en général et par goût personnel) que cela participe à la fluidité de la poésie en rompant la monotonie des vers complets.

Je crois que les deux formes : disque dur/numérique et livre papier, vont perdurer encore longtemps. La mort du cinéma en salles était évoquée lors de l'avènement du magnétoscope et des films cassettes et CD vendus dans les super-marchés. Le cinéma a toujours autant et même plus, de succès en salles (bien qu'en ce moment ce soit le noir complet, mais à cause d'une pandémie et non de formats accessibles dans tous les foyers).

Votre développement est interessant, c'est un point de vue qui se défend.
Techniquement, le sonnet estrambot se tient parfaitement avec beaucoup de fluidité, ce qui est appréciable...et que j'apprécie.

Cristale

   Stephane   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Hananke,

Cette fois j'ai vraiment bien apprécié ce poème, mise à part le dernier tercet (question de rythme).

Oui, mieux vaut le bon vieux papier à l'écran taciturne d'un écran numérique.

Bien à vous,

Stéphane

   Miguel   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je me reconnais tout fait dans ce poème, et ma nostalgie n'a rien envier à celle exprimée ici. Je songe à ce que nous aurions perdu si madame de Sévigné avait connu les sms. Le livre-objet ici célébré, avec sa sensualité, n'a cependant pas dit son dernier mot face à " l'écran blême," même si ce dernier nous asservit tous un peu.

   ferrandeix   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très belle page poétique où le thème se trouve particulièrement bien traité. La nostalgie de l'ancien monde -littéraire notamment: le livre papier, le romantisme s'opposant au dynamisme agressif du numérique moderne est en soi très exploitable, poétique en elle-même, quel que soit l'opinion que l'on ait sur le sujet, opinion qui n'a pas, me semble-t-il, pas d'importance. On peut adorer le numérique et détester le papier (c'est mon cas) et aimer ce poème. De même il serait possible d'écrire un poème qui fît l'éloge du numérique contre l'ancien monde du papier. L'écriture un peu contrainte par les règles prosodique ne me paraît pas un inconvénient, cela même ajoute un certain cachet. Quelques cacophonies un peu rudes

Il lui vient (l l dysphonie de contact)
se servant (se ser dysphonie en s)
ses écrits (sé zé dysphonie en s z)
savoure (syllabe re)
brûlent les (le lè dysphonie en l)
..................

   Marite   
24/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quel plaisir à la lecture de ce poème ! De plus en plus rare hélas, cette forme d'écriture classique "parle" à ma sensibilité ... Merci Hananke ! Tout y est dit, simplement mais si justement et les deux derniers tercets résument bien la situation actuelle :
Mais il faut maintenant fixer un écran blême,
Une fenêtre au ciel sans mer où le poème
Doit se soumettre au Dieu de la modernité.

Et lui le doux rêveur, survivant romantique
De la Tradition dans ce monde praxique,
Sentimental, il fuit la virtualité.

   Davide   
24/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Hananke,

On le comprend, ce narrateur poète, "romantique survivant", confronté aux en-jeux parfois déshumanisés de la technologie. Les "héritages posthumes", sans doute persisteront-ils, mais ce ne sera plus pareil, ce ne sera plus comme avant.

Il se ressent, dans cette élégie pleine de justesse, teintée de nostalgie, un désarroi face à "l'immédiateté" contemporaine, du temps comme de l'émotion. C'est vrai, les vieux livres racontent tant d'histoires (en plus des histoires écrites en toutes lettres...), tant de mains les auront frôlés, touchés, tant d'yeux les auront caressés du regard, tant de lieux les auront connus, tant d'airs auront humé leurs pages jaunissantes. Pourtant, sans ordinateur, aurais-je découvert un jour ce sonnet estrambot ? Sans doute pas !

Une lecture agréable, claire et fluide. Toutefois, je me suis senti dérangé par une petite chose, oh, c'est vraiment peu de chose : je ne sais pas si c'est dû à l'imprégnation de sonnets de 14 vers, mais ce tercet surajouté dans le sonnet estrambot me donne systématiquement la sensation d'un déséquilibre, je veux dire par là qu'il me paraît "en trop". Ce n'est pas la première fois que je fais cette remarque à l'auteur, j'attribuais naguère cette asymétrie au traitement du sujet, mais je m'aperçois désormais que c'est davantage, voire exclusivement, une question de forme. De même que le déséquilibre inhérent aux décasyllabes, difficile à pallier.
D'ailleurs, le dernier tercet ne me paraît pas, ici, indispensable au poème, tant cela tombe sous le sens, comme une suite logique, trop logique.

Enfin, deux détails encore, j'ai accroché sur l'entame du deuxième vers, "En ne se servant plus..." pas bien jolie. Le gérondif n'est jamais très élégant en poésie. Et le mot "praxique", trop savant, trop philosophique, au regard du vocabulaire essentiellement lyrique endossé.

Pour finir sur de plus belles notes, j'ai adoré "les vers [que l'on savoure, ou savourait] dans un écrin", de même que l'image du "buffet endormi", celui-là même qui me remémore le somptueux buffet de Rimbaud, ce "buffet du vieux de temps" qui sait "bien des histoires".

Aujourd'hui, les histoires de plus de quelques jours n'intéressent plus grand monde, il faut être à la page ! Oui, mais il est des pages griffonnées d'histoires, des pages qui émeuvent, enchantent et qui ne s'oublient pas...

   Vincendix   
24/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Hananke,
Tout à fait d'accord, rien ne vaut le contact de la page à tourner.
Paradoxalement, le plaisir de lire des poèmes de cette qualité sur l'écran est intact.
Vincent

   jfmoods   
24/12/2020
Une virgule serait la bienvenue en fin de vers 2 et après le pronom personnel complément du vers 15 (rythme croissant 2/4/6 + enjambement).

Le vers 3 pèche par sa construction. En effet, la participiale au gérondif du vers 2 ne saurait avoir comme sujet que le poète lui-même. Aussi, je suggère la modification suivante...

En ne se servant plus de feuilles et de plumes, / Il ne laissera pas d'héritages posthumes

Ce sonnet estrambot à rimes embrassées et suivies, suffisantes et riches, majoritairement féminines et consonantiques, est structuré par un jeu d'oppositions (pronoms et groupe nominal : "lui" x 3, "il" x 2 / "On", "l'homme", majuscules tour à tour péjorative et laudative : " Dieu de la modernité" / "la Tradition").

Le personnage, double du poète, ayant atteint un âge vénérable ("les plissements de son crâne sans crin"), se désespère que le lecteur contemporain, au nom de la modernité ("ce début de siècle où brûlent les coutumes", "ce monde praxique"), perde cette relation si privilégiée avec le livre au profit de sa version dématérialisée (titre : "virtualité", modalisateurs de la nécessité : "il faut maintenant fixer un écran blême", "le poème / Doit se soumettre"). La relation à l'objet, éminemment sensuelle (goût : "savoure", odorat : "l'odeur des vieux ouvrages", vue : "dans un écrin", "Une fenêtre au ciel sans mer"), pétrie de mystère ("Tapis dans un grenier ou sur les rayonnages / D'un buffet endormi comme une antiquité !"), entretient la richesse de notre imaginaire ("le doux rêveur").

Merci pour ce partage !

   Myo   
26/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une question que beaucoup d'auteur se pose sans doute.
Nous sommes dans un monde non seulement virtuel mais aussi ultra consommateur.
Un livre de poèmes, on le prend, on le feuillette, on en lit l'une ou l'autre page, on le repose pour le reprendre un peu plus tard. Les mots décantent, les verbes s'animent, les ambiances se dessinent.
Aujourd'hui, sans ce précieux support du livre, bien souvent, sans en avoir conscience vraiment, on consomme nos lectures comme le reste sans en déguster toute la saveur.

Mais, les vrais amateurs ne lâcheront pas les livres de sitôt.

La virtualité permet la quantité, les livres, souvent, la qualité.

Un travail soigné.
Merci du partage


Oniris Copyright © 2007-2020