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Poésie en prose
janeR : Cakes for tea
 Publié le 23/03/17  -  14 commentaires  -  2561 caractères  -  150 lectures    Autres textes du même auteur

Où il est question d'humeur pâtissière…


Cakes for tea



Parfois je confectionne des pâtisseries délicieuses. Ce sont des gâteaux secs pour le thé de cinq heures. J'y mets beaucoup de crème, de la purée d'amande et très peu de sucre roux, un quart de noix sur le dessus, car je trouve exquises les noix grillées. Je pourrais faire des gâteaux-disques ou des gâteaux carrés. Non : je découpe de longues bandes étroites que je vrille ensemble, deux par deux. Par référence à ce qui nous est arrivé, Armand et moi, en sortant du "Bazar", le restaurant de la vieille ville de V…, où il m'avait invitée.

Je devais être jeune alors. Je me souviens de cette longue vrille de nos corps quand nous nous sommes embrassés en sortant du restaurant de la vieille ville de V…, en pays étranger. Il était très voluptueux et les étoiles brûlantes du ciel glacé se sont élancées pour tourner autour de nous. Nous avons tournoyé avec elles comme deux inséparables pétales enflammés et nous étions brûlants dans l'espace glacé. La ronde lumineuse de plus en plus rapide et folle me rendait ivre. Je la soupçonne maintenant d'avoir eu de mauvaises intentions à mon égard. Lui, jouait au prince et, demeurait amoureusement calme au cœur de cette galopade éhontée.

Je devais rentrer. J'ai traversé la cour de l'Ambassade et quelle n'a pas été ma surprise de constater que le sol gelé s'était fendu dans l'après-midi de crevasses traîtresses que je devais enjamber pour regagner mon domicile. Quand je suis arrivée dans ma chambre, j'ai été sidérée : un palmier avait poussé au pied de mon lit, si robuste que sa tête, traversant le plafond, plongeait au sein des étoiles. Sur mon dessus de lit, si joli avec ses décorations brodées avec amour par ma mère, avaient poussé mille pâquerettes, violettes et anémones, qui me firent fête en dodelinant leurs délicates corolles. Et sur le mur, de minuscules fées me souriaient d'un air de complicité tendre, leurs yeux clignotant malicieusement.

C'est vraisemblablement tout cela qui a entraîné ma détermination : j'ai confectionné depuis lors des milliers de gâteaux entortillés, inséparables, chacun nous représentant, Armand et moi. Mais ma chambre est aujourd'hui terne, pauvre et morte, et jamais plus les étoiles n'ont tourbillonné dans un ciel d'hiver délirant.

Je me souviens d'un ciel qui basculait dans une nuit lisse et glacée, soyeuse comme un plumage et peuplée d'étoiles qui vrillaient d'or et bleu de Prusse. Pluie d'étoiles, ruée d'étoiles…
La nostalgie est ce qu'elle est, éventail de mélancolie sur fond de brillance assassine.


 
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   Grange   
24/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai lu avec un grand intérêt cette belle poésie en prose en EL.

J'avais longuement développé des remarques qui n'ont plus leur place maintenant que le texte est publié et je suis vraiment satisfait (pour vous) que ce très beau texte ait trouvé sa place en publication.

A bientôt de vous relire avec ce même plaisir. Bravo !

   lucilius   
25/2/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Des gâteaux secs avec beaucoup de crème et de la purée d'amande ne sont plus secs et nous nous éloignons donc du cake for tea".

"Nous avons tournoyé avec elles comme deux inséparables pétales enflammés et nous étions brûlants dans l'espace glacé...".
Un peu après : "lui jouait au prince et, demeurait amoureusement calme au cœur de cette galopade éhontée". Cette phase contredit malheureusement la première dont le "nous" inclut bien le jeune prince "enflammé"... "brûlant"... Je ne vois donc pas comment il est demeuré amoureusement calme "au cœur de cette galopade éhontée".

"en dodelinant leurs délicates corolles" : mal exprimé ; on dodeline de quelque chose.

Il faut à mon sens revoir un peu ce texte pour lui donner davantage de cohérence.

   myndie   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Comme c'est joli!
Je suis entrée de plain pied dans votre texte et j'ai été soufflée par le romanesque surréaliste de votre récit. C'est tout un univers à la Boris Vian que vous m'offrez, poétique, étrange, qui imite l'univers du rêve, du merveilleux et de la fantaisie, une atmosphère totalement envoûtante.
Il y a tout, le thème central de l'amour fou, celui qui donne des ailes mais qui évidemment rend un jour malheureux et nostalgique, il y a la magie des évènements qui sont mus par une logique loufoque, le rythme, les lumières, le froid qui leur succède et que l'on croit ressentir aussi...
Je trouve que vous auriez pu aller plus loin dans la fantaisie en supprimant le comparatif de cette phrase " nous avons tournoyé avec elles comme deux inséparables pétales enflammés" : n'étiez-vous pas à ce moment magique juste deux pétales en feu?

C'est juste une petite remarque en passant car vraiment, j'adore votre texte.
"
Je me souviens d'un ciel qui basculait dans une nuit lisse et glacée, soyeuse comme un plumage et peuplée d'étoiles qui vrillaient d'or et bleu de Prusse. Pluie d'étoiles, ruée d'étoiles..."
Cette image est magnifique
Merci de m'avoir emmenée dans votre univers

   Brume   
1/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Poème délicieusement fantaisiste.
De jolies métaphores pour exprimer l'amour et la rupture.
Chaque images sont l'expression de ses sentiments contées de manière originale et colorée.

Je regrette certains passages trop explicatifs comme:

- "nous nous sommes embrassés en sortant du restaurant de la vieille ville de V... , en pays étranger"

Pourquoi préciser "en pays étranger? Vos images plongent déjà l'imaginaire du lecteur dans un monde étranger.

- "Je devais rentrer. J'ai traversé la cour de l'Ambassade et quelle n'a pas été ma surprise de constater que le sol gelé s'était fendu dans l'après-midi de crevasses traîtresses que je devais enjamber pour regagner mon domicile. Quand je suis arrivée dans ma chambre, j'ai été sidérée"

Je pense qu'il n'est pas nécessaire d'ajouter autant de précisions, revoir cette phrase pour la rendre plus concise, et revoir la ponctuation car j'ai lu en apnée.

Je suis rentrée facilement dans l'univers sucré et toqué de la narratrice.
Le rythme est ponctué de nuances. Le ton est vivace, à la fois enjoué et désabusé.

   papipoete   
23/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour janeR,
Je fredonne en vous lisant << tu me fais tourner la tête ... >> de Piaf, tant la valse tourbillonnante d'Armand, remplit celle de l'héroïne qui voit en rentrant, un palmier au lit et des fées lui souriant !
NB je pense que l'histoire doit être vraie, pour que la dame rêve à son homme jusque dans la forme d'un gâteau !
Les images de " vrille " pour illustrer un couple de danseurs est très parlante ; je l'ai tant rêvée en regardant les autres virevolter !
La 3e strophe avec toutes ces hallucinations tranche avec la tristesse de la fin ; quel dommage que la chambre aujourd'hui soit " terne, pauvre et morte " ; Armand ne put-il pas survivre et sourire, vous voyant en pleine pâtisserie ?
A la seconde ligne ( je chicane ) un " quart/car " aurait mérité une autre tournure ?

   plumette   
23/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le chaud et le froid qui se condense peut-être dans la brûlure du gel?

Le chaud et le froid comme dans une relation amoureuse et passionnelle?

De ce souvenir des amants enlacés la narratrice fait surgir ces gâteaux torsades, ces croisillons dorés et délicieux, peut-être pour retrouver le goût de cet amour.

elle est bien jolie cette image.

Dans ma lecture, j'ai buté sur quelque mot ou expressions qui ont cassé la poésie:
- quelle n'a pas été ma surprise de constater que
-pour regagner mon domicile
-C'est vraisemblablement tout cela qui a entraîné ma détermination

mais avec cette histoire de gâteaux, vous avez su créer un univers un peu décalé qui m'a bien plu

Plumette

   Ludi   
23/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir JaneR,

J’ai failli dire « oui oui JaneR » pour m’excuser tout de suite après d’une telle familiarité.
Après vos tortillons du texte précédent (La femme vivante du musée), je craignais un peu les vrilles de celui-ci. Que nenni.
Quelle prose ! Quelle beauté ! Quelle poésie dans ces vrilles de noix, d’amandes et de sucre roux ! Vous savez donc éclairer le ciel sans la mélasse du baroque ?

« Je vous quitte, je vous quitte, JaneR,
J’ai mieux, bien mieux, tellement mieux à faire :
Vous lire les yeux en l’air. »


Ludi
absent quelques heures

   PIZZICATO   
23/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Originale cette idée de perpétuer un épisode de vie,un instant inoubliable, en confectionnant des gâteaux.
De belles images pour relater ce moment d'extase, cet état second que le baiser a engendré.

   arigo   
24/3/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Je ne suis pas un grand spécialiste de la poésie en prose.

J'ai eu du mal à accrocher au début du poème, où la description est dense et les images peu nombreuses.

Dans la seconde partie, tout vient d'un coup et là, on comprend que c'est de la poésie, les images parlent et un autre décor supplante la "simple" description.

Malgré tout, je n'ai pas réussi à accrocher complètement à ce poème.

Pour une autre fois, je l'espère.

Merci du partage, Arigo.

   jfmoods   
24/3/2017
La tonalité merveilleuse de ce récit en prose poétique repose d'abord sur le flou du cadre spatio-temporel ("en sortant du "Bazar", restaurant de la vieille ville de V…, en pays étranger", "dans ma chambre", "la cour de l'Ambassade", "le thé de cinq heures", "Je devais être jeune alors", "dans l'après-midi").

Pour porter ce moment d'enchantement perdu et précieusement conservé (truisme : "La nostalgie est ce qu'elle est"), un certain nombre de procédés sont à la manoeuvre, parmi lesquels...

- la variété des formes envisagées ("gâteaux-disques ou des gâteaux carrés", "de longues bandes étroites que je vrille ensemble", "cette longue vrille de nos corps", "gâteaux entortillés")
- l'exacerbation du mouvement ("se sont élancées pour tourner autour de nous. Nous avons tournoyé avec elles")
- les hyperboles ("mille pâquerettes", "des milliers de gâteaux", "Pluie d'étoiles, ruée d'étoiles")
- le jeu des paradoxes ("les étoiles brûlantes du ciel glacé", "nous étions brûlants dans l'espace glacé", "amoureusement calme au cœur de cette galopade éhontée", "un palmier avait poussé au pied de mon lit")
- les personnifications ("pâquerettes, violettes et anémones, qui me firent fête en dodelinant leurs délicates corolles")
- la présence d'êtres légendaires ("de minuscules fées me souriaient d'un air de complicité tendre, leurs yeux clignotant malicieusement")
- L'image subliminale de Cendrillon ("Lui, jouait au prince", "Je devais rentrer" qui réactive la mémoire des douze coups de minuit)
- l'animalisation douce ("une nuit... soyeuse comme un plumage")
- l'expression de l'intensité traduite par l'adverbe ("très voluptueux", "si joli"), la locution adverbiale ("de plus en plus rapide et folle"), l'adjectif qualificatif ("délicieuses", "exquises"), le verbe ("peuplée d'étoiles qui vrillaient d'or et bleu de Prusse"), la subordonnée de conséquence ("si robuste que sa tête... plongeait au sein des étoiles")

Merci pour ce partage !

   silvieta   
24/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai été attirée par le titre savoureux, par le romantique pseudo littéraire et le fait que j'avais assez bien goûté la visite de musée du même auteur.
"Il me faut lire ce poème dès qu'il paraîtra" , me suis-je promis après l'avoir découvert en liste des sorties annoncées.

La première ligne est délectable. Le deuxième paragraphe est évocateur. Le troisième est symbolique et la fin nostalgique.

Mes attentes d'originales dînettes enfantines ou de tea time entre adultes guindés et glacés étaient telles que j'ai été vite déçue en voyant se profiler cette amourette, même si elle finit mal (en littérature je préfère parmi les histoires d'amour celles qui finissent mal ) et, si le deuxième paragraphe est convaincant, la symbolique du suivant et la transition avec les gâteaux torsadés m'ont semblé artificielles.
Reste la beauté sublime de ces deux phrases : "jamais plus les étoiles n'ont tourbillonné dans un ciel d'hiver délirant" "....éventail de mélancolie sur fond de brillance assassine".

   Pouet   
24/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

Un texte qui mêle assez habilement romantisme, pragmatisme et surréalisme.

C'est très joliment fait et agréable à lire.

Je ne sais pas pourquoi, peut-être le "bleu de Prusse" de la fin, la ville de V m'évoque Varsovie et non le Venise des amoureux.

Voilà, vraiment bien apprécié cet univers.

Juste, au début, "Parfois je confectionne des pâtisseries délicieuses.", je vous trouve bien prétentieuse... :) mais c'est vrai que vous dites "parfois", alors bon ça va... ;) D'autant que je comprends fort bien que ce "délicieux" fait aussi référence à l'étreinte amoureuse, et vous confectionnez aussi de délicieux textes...

Au plaisir.

   fried   
7/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est un texte plein de poésie qui parle bien du moment amoureux où tout paraît merveilleux.
Je pense à Colin et Chloé dans l'écume des jours où à Amélie Poulain et son fabuleux destin.

   Isdanitov   
8/6/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le texte, le premier paragraphe ne me paraissant pas à sa place. Il me semble que le texte gagnerait en puissance en commençant par le second paragraphe et en introduisant ultérieurement la référence aux différentes pâtisseries.


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