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Poésie en prose
janeR : La femme vivante du musée
 Publié le 14/02/17  -  12 commentaires  -  2838 caractères  -  143 lectures    Autres textes du même auteur

Une femme peut en cacher une autre…


La femme vivante du musée



Souvent, quand je visite un musée, emportée par les vertiges de la beauté omnisciente et les sortilèges de l'esthétisme, je me retrouve au milieu d'une des salles, fichée au parquet luisant.

Mes jambes ne sont plus des jambes, ma tête est autre chose. Je suis devenue lys, spectre de fleur immuable, neige sculptée, pétrifiée dans son immobilisme.
Je reste ainsi longtemps, jusqu'à ce que le blanc de mes pétales tranquilles, mes pétales croquants, s'ajuste à des courbes savantes qui sont autant d'oboles. Je suis pierre, granite, onyx, statues de pieuse, de prieuse, d'implorante, affaissées par des malfaits, peut-être des faveurs, offertes aux hasards, ou bien issues de légèretés joyeuses : néréïde insouciante, dryade séductrice ou encore adolescent extirpant à jamais, dans un geste très charmant, l'épine de son pied…
Je participe à des arabesques baroques, à des zébrures foudroyantes, je me fonds en ovales parfaits. Mon visage acquiert un lisseur de marbre, mes mains deviennent abstraites. Je suis totalité, formes de la transparence.

Un jour que je visitais avec lui le musée de D…, à l'intérieur des mirages discrets du manège des toiles colorées, je ne fus plus, au centre de la boiserie lustrée, qu'une immense fleur fragile et vénéneuse. Ma corolle ailée avait perdu l'épaisseur rassurante du velours immaculé dont j'avais l'habitude. C'était une pellicule de verre délicat, frémissant au moindre glissement de l'air, d'un ton de violine presque rose où affleuraient d'étroites veinules obscures. Elle frissonnait en tintant de peur et de délice, tandis que je tremblais moi-même du désir soudain et inquiétant de cet homme que je connaissais trop mal ; qui continuait à scruter attentivement chacun des tableaux de Maîtres, et recueillait, une à une, avec une sorte de dévotion obstinée, les merveilleuses découvertes qui surgissaient du trait des prestigieux artistes. Il s'évada pourtant du philtre de ses envoûtements pour me rejoindre, se pencha vers moi, mit ses lèvres à même la coupe que je tenais dressée pour lui, et but longuement les quelques gouttes de rosée que l'été avait posées dans ma couronne de pétales. Ses lèvres avaient une douceur ineffable et ses yeux s'étiraient immensément en éclats de cristal vibrant que je ne lui avais jamais vus auparavant. Son sang passait en mes minuscules artères qui palpitèrent. Et se métamorphosèrent en canaux de vie.
Nos bouches ne se sont plus quittées, accrochées l'une à l'autre pour une éternité que j'espère intégrale.
Recouvrant une surface géante, elles vont de musée en musée, et provoquent tumultes, hilarités et zizanies : "Que font ici ces bouches beaucoup trop contemporaines ?" entend-on de toutes parts, tandis que nous dormons dans les bras l'un de l'autre, et rions ensemble de nos bouches semblables.


 
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   papipoete   
31/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien
prose
A force de visiter les musées, une femme se sent devenir la statue qu'elle admire depuis si longtemps, entre dans " sa peau " et parcourt les allées de marbres, d'onyx au bras d'un admirateur qui lui aussi se mue en apollon de pierre . Et dans un baiser éternel, leurs bouches se soudent aux yeux du public stupéfait .
NB je ne sais pas si j'ai décrypté le sens du poème, mais voici ce que j'ai compris .
à la 8e ligne, je ne saisis pas " un lisseur de marbre " ( je songe à une " douceur de marbre ? )
à la 19e ligne , " éternité intégrale " me semble inadapté
Pour le commun des mortels, la lecture de votre poème ( dont l'idée me plaît ) reste ardue !
papipoète

   silvieta   
3/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Oui, c'est une poésie en prose: un vocabulaire raffiné s'applique à la description de plusieurs de ces pièces de musées, en particulier les sculptures et les tableaux, par exemple avec ces "dryade séductrice "néréide insouciante" "arabesques baroques" "boiserie lustrée" "corolles".

Qu'est ce qu'un "malfait"? ( mon dictionnaire ne connaît pas ce
mot, mon correcteur d'orthographe non plus. )

C'est aussi une nouvelle poétique puisque dans le deuxième paragraphe la " femme vivante du musée " se mue elle même en tableau surréaliste tout en trouvant l'amour. L'idée d'immense fleur me rappelle les tableaux de Georgia O' Keefe aux fleurs sensuelles. On pense à un tableau de Dali aux objets suspendus dans le vide mais pas seulement dans la phrase suivante "Que font ici ces bouches beaucoup trop contemporaines" car, si Dali en fut le précurseur avec son portrait de l'actrice Mae West à la bouche transformée en sofa, depuis ce temps des bouches-tableaux et sculptures éclosent un peu partout, chez les artistes en renom comme chez les moins connus .

Puisque la nouvelle joue dans la catégorie poésie on pouvait encore peaufiner certains termes tels que "merveilleuses découvertes" ( ces adjectifs là sont toujours plats ) "une éternité que j'espère intégrale" ( le mot "intégral" est bien prosaïque pour qualifier un amour éternel ). Par ailleurs "tandis que..." implique habituellement une simultanéité d'actions dont je ne sais si elle est ici voulue dans le texte.

Le personnage de la narratrice-fleur que j'imaginerais volontiers en Narcisse tant son admiration pour elle-même s'amplifie tout au long de la nouvelle m'a agacée. Mais je contrebalance cette impression personnelle pas vraiment positive en tenant compte de l'originalité de la thématique, de la construction et du soin souvent apporté à l'écriture.

   plumette   
14/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour JaneR
je découvre votre prose et je me laisse prendre par cette balade au musée, riche de sensations et d'émerveillements divers.

ce bain d'art et de mots me plait, je relirai sûrement ce texte qui me fait voyager!

je me suis demandée pourquoi la fleur était vénéneuse, est-ce un jeu de mots avec les veinules obscures?

j'ai trouvé "saisissante" l'expression du désir de la femme fleur.
J'ai moins aimé l'image des bouches accrochées l'une à l'autre dans ce décor plutôt classique! mais vous le dites. " Que font ici ces bouches beaucoup trop contemporaines"!

il y a un tel soin dans le choix des mots que l'on remarque des petites choses comme "merveilleuses découvertes" et "prestigieux artistes" plus fades et convenus.

Merci pour cette lecture

Plumette

   Marite   
14/2/2017
Dans ce texte en prose la poésie m'est apparue à son apogée dans le long paragraphe qui commence par : " Un jour que je visitais ..." et se termine par " ... canaux de vie"
La suite, avec ces "bouches" qui deviennent envahissantes, a pulvérisé de façon fulgurante la magie qui émanait de "La femme vivante du musée".

   TheDreamer   
14/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Vous lisant, je songe au poème de Germain Nouveau : "Au musée des antiques".

Je suis comme vous la beauté de certaines oeuvres me fascine et je peux rester devant un tableau ou une sculpture d'interminables minutes sans bouger à le contempler. Je me souviens ainsi d'un long moment à demeurer assis sur un banc au musée du Louvre devant le tableau "Un port de mer au clair de lune" de Claude-Joseph Vernet.

Voir une oeuvre sur écran ou sur papier n'a rien à voir avec l'expérience de la rencontre charnelle avec celle-ci. Tout le long de votre texte j'ai songé au syndrome de Stendhal (ou syndrome de Florence) qui provoque des troubles physiques et/ou émotionnels devant un trop grand nombre d'oeuvres d'art, chez certains individus.

Je n'ai apprécié que modérément, la connotation clairement sexuelle de longs passages, qui, sans me gêner ne me semble pas apporter grand chose à la démarche littéraire.

   Ludi   
21/2/2017
Bonjour JaneR,

Dès la première phrase et le choix du narrateur de préférer le mot « esthétisme » à celui de « esthétique », je me suis préparé au pire.

J’ai pourtant essayé d’entrer dans votre texte, où on retrouve cette ostentation, cette domination du décor et sa métamorphose, autant d’éléments constitutifs de la littérature baroque qui a connu ses heures de gloire dans un lointain passé.

Il serait donc ridicule de mal noter un style qu’on n’aime pas au prétexte que vous en déclinez un modèle parfait.
Mais moi, lecteur contemporain de prose, je préfèrerai toujours à l’auteur qui écrit « ma corolle ailée avait perdu l’épaisseur rassurante du velours immaculé », celui qui écrit « ma corolle avait perdu l’épaisseur du velours ». En quelque sorte, mon imagination, ma part de rêve contre l’omniscience d’un narrateur qui qualifie tout à ma place. Je préfère qu’on me montre plutôt qu’on me nomme.

Ludi
concis avec son épicier et baroque avec son contrôleur fiscal.

   PIZZICATO   
14/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai apprécié le premier volet de cette narration. Admiration d'un tableau jusqqu'à une espèce de fusion avec l'oeuvre " Je suis devenue lys, spectre de fleur immuable, neige sculptée, pétrifiée dans son immobilisme."

Le reste m'a moins séduit.

   Proseuse   
14/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le décor est mis et la pièce de théâtre peut enfin s' improviser , le rêve en est le sujet, le narrateur l' acteur et le metteur en scène !
Joli spectacle ! merci JaneR
à vous relire

   jfmoods   
16/2/2017
Un cadre spatio-temporel indéfinissable ("Un jour", "le musée de D...") avalise le caractère onirique de l'évocation. Le lexique de la magie s'invite ("sortilèges", "mirages", "merveilleuses découvertes", "philtre", "envoûtements"). Deux énumérations ("Je suis pierre, granite, onyx, statues de pieuse, de prieuse, d'implorante", "néréïde insouciante, dryade séductrice ou encore adolescent extirpant à jamais, dans un geste très charmant, l'épine de son pied…") sculptent, devant la visiteuse fascinée, un jeu varié de métamorphoses. Le topos de la femme-fleur s'impose au fil du texte ("lys, spectre de fleur immuable, neige sculptée, pétrifiée dans son immobilisme", "fleur fragile et vénéneuse", métonymies : "Ma corolle", "ma couronne de pétales") avec, en point d'orgue, une déroutante dualité ("Elle frissonnait en tintant de peur et de délice, tandis que je tremblais moi-même"). Quelques notations ("courbes savantes", "arabesques", "zébrures foudroyantes", "ovales parfaits") renvoient à la conception de l'art à l'âge baroque. De fait, en un étonnant ballet, mort et vie semblent se répondre, se rejoindre pour mieux se confondre ("une pellicule de verre délicat, frémissant au moindre glissement de l'air, d'un ton de violine presque rose, où affleuraient d'étroites veinules obscures", "Son sang passait en mes minuscules artères qui palpitèrent. Et se métamorphosèrent en canaux de vie."). À ce stade, on pense à la grandiose sculpture de Bernini intitulée "Apollon et Daphné". L'image des bouches semble se présenter comme une vision modernisée d'un idéal artistique où la vie se trouverait figée dans son élan pour l'éternité (titre paradoxal du poème : "La femme vivante du musée").

Merci pour ce partage !

   Anonyme   
20/2/2017
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Je n'ai vraiment pas aimé ce poème en prose.

C'est long et il y a trop de choses pour ne rien dire.

Je n'ai pas du tout accroché avec cette histoire.

Désolé.

Wall-E

   Leverbal   
20/2/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
J'aime l'idée générale du poème, en revanche je trouve vraiment mal construit l'enchaînement des paragraphes (le Souvent du premier, le Un jour du quatrième) et surtout la redite de la métamorphose en fleur. Je ne vois pas ce que cela apporte au propos, elle l'affaiblit plus qu'autre chose.
Si on ajoute quelques néologismes un peu douteux, déjà relevés, cela n'arrange pas l'impression d'un texte qui manque de finitions.

   Queribus   
11/3/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour JaneR,

J'ai trouvé l'écriture de ce texte très soignée avec une recherche de raffinement dans les expressions et les phrases; j'ai cependant trouvé tout ça un peu pompeux et superficiel pour dire ce qui pourrait tenir en beaucoup moins de mots. Je préfère les écritures plus directes et "ramassées".

Bien à vous.


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