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Poésie en prose
janeR : Mouvance
 Publié le 20/08/09  -  4 commentaires  -  1846 caractères  -  49 lectures    Autres textes du même auteur

Rêverie en forêt...


Mouvance



Des bouffées envahissent les hautes sphères. Les vents se propagent, s'engouffrent dans les creux de silence, repartent. Le souffle est partout. Se permet de singer les chocs secs d'un bec de martin-pêcheur, d'un sécateur en action, d'un pas s'étouffant sur le plancher.
Il se fait vite snober par le roulement d'un avion haut dans le ciel qui déchire l'espace, et arrache aux nuages un son traînant, porteur de mouvement. Qui s'éteint. Rejaillit. Meurt à nouveau, ressuscite et agonise encore. Ronronnement en morse qui s'efface doux, très doux.

La bourrasque en profite pour repartir gaillardement à l'attaque, se fraye un chemin d'air au-dessus des arbres, puis se glisse dans un ailleurs, tantôt frôleuse, tantôt inaccessible.
Selon ses humeurs, elle se cache dans les buissons, y tourbillonne léger, pour qu'avec discrétion, s'agitent les feuillages ailés ; langue de chuintement ample, souple, balancée. Ou ondule en serpent. Ou bien s'évade.

Mais voilà qu'arrivent des rafales soudaines, farceuses, ravageuses et jouisseuses : vagabondes et frondeuses. Elles traversent triomphalement des zones offertes, hospitalières, et daignent s'effilocher à portée de bras, au ras du sol, tout en balayant, affairées, des chemins si peu intéressants, pour reprendre leur beau dynamisme un peu plus haut, dans des régions plus libres, et s'épanouir, puis s'apaiser, quand ressurgit le vrombissement intempestif, qui lui dispute décidément le territoire. Ils cohabitent, éventails de souffles mal ajustés, et finissent par se synchroniser pour une ballade à peu près domestiquée qui s'estompe.

Seul maintenant, le vent prend possession de la bulle qui s'élargit entre sommets de pins et nuages indifférents. C'est l'élan d'une bonne brassée d'air, prête à mordre, prête à s'endormir, sait-on jamais ?


 
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   Anonyme   
20/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
On est dans la lignée des poésies en prose accueillies sur Oniris. Ici, l'auteur jongle entre un style dense comme la nature décrite et un phrasé ample qui n'est pas sans rappeler le style d'écriture so british. Inutile d'ajouter que j'ai vraiment apprécié.

   FIACRE   
20/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Description de vents très enrichis par un vocabulaire vivant. Je reste sur la personnification ultime, " dormir, mordre " qui n'est pas sans m'interroger sur nos vies.

   brabant   
8/11/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai bien aimé cette promenade dans la forêt où le vent le dispute à l'avion, où c'est finalement le vent qui gagne et montre ainsi que c'est bien lui le propriétaire des lieux. L'avion déchire, vrombit, lutte un temps puis s'en repart piteux.
Je me suis revu, sujet du vent parmi les arbres, n'osant pas trop quitter les chemins forestiers de peur de me perdre parmi cette forêt/femme, car les arbres sont féminins quoi qu'on en dise, et ensorcellent et enivrent. Votre plume sur cette vision est magique... Seriez-vous une nymphe échappée d'un bel arbre, une fée évadée de dessous une dure écorce?

   xuanvincent   
22/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Voici un joli tableau, avec un personnage singulier, celui du vent.

J'ai dans l'ensemble apprécié ce court texte, pour son originalité et sa poésie, l'écriture m'a de même dans l'ensemble assez plu.

 

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