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Poésie en prose
Jano : Hurlante nova
 Publié le 02/05/11  -  6 commentaires  -  2977 caractères  -  165 lectures    Autres textes du même auteur

Profession de foi.


Hurlante nova



Je ne sais qui je suis et j'ignore où je vais. La lumière file dans la nuit par les ondes translucides d'une gondole arlequin. Dans les eaux je m'enfonce, le verre de vin sur la table. Monde inconséquent qui exécute l'innocence.
Les yeux fiévreux je lui demande si elle m'aime, voilà qu'elle me tend sa croupe, si pâle. Le sexe est beau mais je n'y comprends rien ! Grand dieu, pourquoi cette chair envahissante quand je n'aspire qu'à la paix des sens ? Autant d'effluves perfides qui viennent troubler les reflets du lac.

Je suis las de respirer

L'antique tromblon n'attend qu'un ordre pour exploser ma tête octogonale mais ce n'est qu'un fantasme, une gaudriole inventée par un pauvre lâche. La vérité c'est que je mourrai comme un vieillard sénile qui aura oublié depuis longtemps les falaises du Mont Perdu. Entre les murs blafards d'une chambre abandonnée, le cul torché par une aide-soignante impassible. Ironie du sort…

Je crie de peur
de peur du silence
d'un silence étranger
d'étranges béances


J'étais si bien avant, enveloppé dans l'écharpe aveugle des météores, flottant au sein de replis qui n'existaient pas. Partout et nulle part. Je me souviens des atomes qui crépitaient d'extase et me susurraient les promesses d'une vie nouvelle. Le souffle des nébuleuses – ô mères ! – dessinait mon ébauche en agitant les lignes de l'espace. Et l'opacité qui maquillait ma peau n'attendait que mon expulsion pour réfléchir les couleurs.

Puis je fus rattaché à un corps
et donné en souffrance


Je ne pouvais savoir que dehors la félicité s'écrasait contre le désordre de la matière, l'entropie inévitable de la grande roue. J'ignorais que les formes n'étaient que des esquisses dérisoires implorant le ciel pour repousser la terre, en quête d'un équilibre impossible.
J'ai pleuré l'infini puis j'ai couru à perdre haleine, moi aussi, derrière toutes ces choses merveilleusement inutiles. À l'unisson de mes pairs j'ai tenté de remplir l'imperfection par un amas de verbes creux, d'actes illusoires, de vociférations ridicules et de coïts désordonnés. Je me suis donné une apparence pour camoufler l'impavide néant, celui qui sommeille au fond de nos âmes et nous reprend l'être à la fin.

Mais ici les molécules sont friables, polymorphes, et la première tempête m'a remis les pieds dans la glaise.

Piégé
que je crache dans cette soupe infâme !


Au nom de l'éphémère je transformerai la réalité ! Je lui ferai rendre gorge à grands coups de pinceaux, d'hémorragies acryliques, d'images écorchées, à vif, débordant le simple cadre. Puis je l'obligerai à plier sous des volumes de pages furibondes les mains tachées d'un nouveau sang. Créateur d'un monde égocentrique, elliptique, magnétique, je construirai une dimension qui abolira la condition humaine !

Va lui dire qu'il est temps.


 
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   socque   
2/5/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beaucoup d'allure ! J'aime cette ampleur, ce jaillissement. Un gros coup de cœur pour "Mais ici les molécules sont friables, polymorphes, et la première tempête m'a remis les pieds dans la glaise."
La dernière phrase, dans sa sécheresse, est superbe.

Ceci en revanche : "Ironie du sort …" me paraît totalement inutile, trop mâcher le travail au lecteur à qui vous ne laissez pas la possibilité de se faire la remarque lui-même.
Le côté mystique de "J'ignorais que les formes n'étaient que des esquisses dérisoires implorant le ciel pour repousser la terre, en quête d'un équilibre impossible." me gêne, me paraît détonner dans l'ensemble.
"Créateur d'un monde égocentrique, elliptique, magnétique" : trop d'adjectifs à mon goût, qui à mon sens n'apportent pas grand-chose.

Un texte riche au total, je pense, avec une belle densité, qui éveille beaucoup d'échos en moi.

   Anonyme   
24/4/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte très beau! Vraiment. Il y a une litanie de folie qui prend le lecteur que je suis dés le début et qui ne le quitte pas vraiment...jusqu'aux avant dernières lignes. Là je suis plus dubitatif: je n'en vois ni la qualité (c'est très en dessous du reste), ni l'intérêt...Je parle de ces lignes là: "
Puis je l'obligerai à plier sous des volumes de pages furibondes les mains tâchées d'un nouveau sang. Créateur d'un monde égocentrique, elliptique, magnétique, je construirai une dimension qui abolira la condition humaine !!"

Le reste comme je l'ai dis est beau, bon, et surprenant.

Dommage pour ces deux lignes vraiment.

   Lunar-K   
24/4/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte plein de rage et de révolte contre le monde et la matière décevant l'âme incorporée. J'y vois comme une référence à la chute originelle d'Adam, sa matérialisation en dehors de l'Eden, et sa perte concomitante de l'absolu. Sa vaine tentative pour le retrouver, cet absolu, dans le charnel et le monde, puis dans le spirituel toujours trop peu, le néant-spirituel. Finalement son abandon face au monde, son repli, sa destruction de l'extériorité insuffisante au profit d'une irréalité toute intérieure et égocentrique.
Un texte qui me parle, car j'y retrouve de nombreux thèmes qui me sont chers. Un écriture explicite, peut-être un peu trop (là où j'aurai aimé plus de discrétion et de symbolisme), mais qui me fait vibrer par sa violence parfois extrême.
J'aime beaucoup !

   Douve   
2/5/2011
 a aimé ce texte 
Pas
Il y a de jolies choses dans ce texte foisonnant, de multiples idées qui se croisent. J'ai apprécié les expressions suivantes :

"la félicité s'écrasait contre le désordre de la matière"
"un amas de verbes creux"
"Je lui ferai rendre gorge à grands coups de pinceaux"
"plier sous des volumes de pages furibondes"

Néanmoins, il y a trop de choses qui m'ont paru banales, convenues, ou plutôt comment dire : faciles.
Des agencements de mots que l'on a lu cent fois, et qui lassent à la longue.

Je déplore l'absence de rythme, ou plutôt ses brisures. Pas non plus de musicalité - la lecture n'est pas spécialement désagréable, mais je me serai attendue à davantage de fluidité, de pureté pour un poème. Trop d'adjectifs, pas assez d'émotion. Ce qui m'est apparu à la lecture de ce poème, c'est qu'il semblait avoir été "fabriqué" de toutes pièces, que cette espèce de "furie" trouble n'est qu'un leurre, ceci à cause des formules quelconques, usées jusqu'à la corde, qui le parsèment :

"Je ne sais qui je suis et j'ignore où je vais"
"Dans les eaux je m'enfonce"
"Monde inconséquent qui exécute l'innocence"
"Autant d'effluves perfides qui viennent troubler les reflets du lac."

etc ...

Dans l'ensemble, je n'ai pas du tout aimé, car j'ai trouvé ce texte beaucoup trop affecté, pompeux, trop plein d'artifices de langages et manquant d'authenticité. Navrée.

   Anonyme   
3/5/2011
 a aimé ce texte 
Pas
Je suis partagée dans mon jugement.
J'ai été gênée par un texte un peu trop pompeux avec un peu trop d'images foisonnantes, des phrases trop longues manquant de rythme.
J'ai beaucoup aimé le concept du poème dans le poème.
Le thème abordé est assez original et assez bien traité.
Avec un texte plus court, plus allégé, plus aérien cela aurait été parfais.

   Meleagre   
6/5/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Un poème qui ne laisse pas indifférent (il n'y a qu'à voir l'échelle des notes...). Moi, il m'a touché.

Je l'ai lu à haute voix et, contrairement à Douve, je trouve qu'il y a un réelle souffle poétique, que ce soit dans la structure du poème (alternances de vers libres longs et de vers cours) et dans la construction des phrases : des phrases qui progressent par nuances, rajouts (chaque détour ajoute des surprises), et s'orientent vers une fin inattendue. Ex : "J'étais si bien avant, enveloppé dans l'écharpe aveugle des météores, flottant au sein de replis qui n'existaient pas."

Quelques très belles expressions :
"Je ne sais qui je suis et j'ignore où je vais" : belle entrée en matière qui rappelle Lamartine (Je marche dans la nuit dans un chemin mauvais, / Ignorant d'où je viens, incertain où je vais"). L'ensemble du poème essaiera de répondre à ces deux questions.
"Grand dieu, pourquoi cette chair envahissante quand je n'aspire qu'à la paix des sens ?"
"Je me souviens des atomes qui crépitaient d'extase et me susurraient les promesses d'une vie nouvelle" (quelle puissance poétique !)
"J'ignorais que les formes n'étaient que des esquisses dérisoires implorant le ciel pour repousser la terre, en quête d'un équilibre impossible. "
"la première tempête m'a remis les pieds dans la glaise."
"Je lui ferai rendre gorge à grands coups de pinceaux, d'hémorragies acryliques, d'images écorchées, à vif, débordant le simple cadre."

Je suis moins convaincu par "de coïts désordonnés", qui, dans la sonorité et la trivialité de l'expression, rompt de façon dysharmonieuse le souffle poétique de cette phrase.


Si maintenant j'essaie de comprendre le sens de ce poème...
J'y vois la réflexion d'une âme, qui s'approchant de la fin de la vie d'un homme, revient sur son parcours. Je ne vois pas là une réflexion sur Adam (comme disait Lunar-K), mais peut-être sur la "condition humaine" (avant-dernier vers) après la chute d'Adam.
La strophe centrale raconte la vie de l'âme avant d'être rattachée à un corps, vie bienheureuse entre les météores et les nébuleuses, comme si l'âme était une étoile.

"Puis je fus rattaché à un corps" : il y a quelque chose d'assez platonicen dans cette conception : l'âme à une vie indépendante du corps et rejoint temporairement un corps.

La strophe suivante raconte la désillusion de l'âme au début de sa vie humaine, où on perd la félicité en courant après la futilité. "A l'unisson de ses pairs", l'âme se contente de suivre le mouvement, tente de combler un vide, l''impavide néant", en vain.

Enfin, l'avant-dernière strophe essaie de trouver un moyen de "transformer la réalité", de retrouver l'harmonie et la perfection d'avant la vie humaine. Et, si je comprends bien la pensée du poète, c'est l'acte créateur, l'acte artistique du peintre ou du poète, qui rend cela possible. Pour preuve : "à grands coups de pinceaux, d'hémorragies acryliques, d'images écorchées, à vif, débordant le simple cadre" (cadre est à entendre dans les 2 sens : cadre d'un tableau, et cadre, moule de la vie) ; "sous des volumes de pages furibondes".
Ainsi, le "monde égocentrique" n'est pas un repli sur soi, mais un monde artistique créé par le peintre ou le poète pour donner à l'homme une condition plus qu'humaine, une condition créatrice, et prolonger la Création par la création.

Et la phrase finale insiste superbement sur l'urgence de cette création : "Va lui dire qu'il est temps". Je m'interroge juste sur l'identité de la 2e personne (dans "Va) et de la 3e ("lui") : l'âme qui parle au corps ? de la condition humaine ?).

Bref, un poème qui soulève beaucoup de questions, très riche, très complexe, et qui me rejoint beaucoup. Un poème qui exalte finalement la puissance de l'art pour transformer la condition humaine insatisfaisante.

Merci, et bravo.

   Anonyme   
13/12/2011
Commentaire modéré

   Anonyme   
13/12/2011
Commentaire modéré


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