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Poésie libre
Jmeri : Un gant blanc à demi dévoré par la nuit
 Publié le 09/03/18  -  13 commentaires  -  2077 caractères  -  149 lectures    Autres textes du même auteur

La fuite perpétuelle, angoissante, qu'on rencontre parfois dans nos cauchemars.


Un gant blanc à demi dévoré par la nuit



"En écoutant Escape – Philip Glass"


Il alluma une poignée de mots
les posa sur le piano
près de la branche de corail
il ouvrit la malle
il y avait un vieux rêve de bois rouillé
mais les notes étaient parties
il ne restait que des os blancs et noirs
et une figurine de terre muette.

Il se mit à jouer, doucement
à la lueur des notes
d'où venaient-elles, où allaient-elles
il ne savait pas
il ouvrait la musique avec les doigts
enlevait la cicatrice
et les notes sortaient grenues perlées
flot ininterrompu
et coulaient par la blessure du piano
que la mer léchait
comme un chien lèche ses plaies.

Il jouait sans savoir où aller
de fugue en fugue
de routes en horizon
il jouait dans les rues de la ville
il jouait au-delà des murs vides
vous ne me reconnaissez pas, demandait-il au passants
cela fait trois cent ans que je joue cette fugue chromatique
mais les gens passaient
le visage creusé dans la brume
et les notes roulaient sur les trottoirs
comme des billes de verre.

Il jouait d'île en île, de galet en galet
au repaire des vents
aux grandes orgues du corail blanc
de temps en temps il se levait sur la pointe des pieds
allumait une cigarette
et continuait de jouer
de vague en vague
le piano échoué sur la plage
coquillage nu
habité de crabes et de harpes marines
cathédrale engloutie
les phares dévoraient les navires.

Et pendant qu'il jouait
le sable coulait de ses poches
grain à grain
sur le sol, le ciel, les sapins
de dune en dune
il jouait le bourdonnement d’une abeille
l’écriture d’une hirondelle
la calligraphie lente du scarabée sur le sable
et la musique suivait
note à note, trace à trace
perpétuelle sonate

Une mouette endormie sur le piano
les rêves éparpillés sur le sable
il joue.


 
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   Marie-Ange   
9/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Je vais être très banal, j'aime beaucoup tout simplement.

Des mots en veux-tu en voilà, que j'ai pris à pleine brassée, complètement chaviré par leur nuance simple, adroite et perspicace.

Il y a tellement de choses à saisir dans ce texte fascinant, que je reviendrai le relire.

J'aime beaucoup :

" il ouvrait la musique avec les doigts
enlevait la cicatrice "

Mais je prends le tout, c'est un écrit génial ...

Je ne peux que vous laisser les derniers mots :

" Et pendant qu'il jouait
le sable coulait de ses poches
grain à grain
sur le sol, le ciel, les sapins
de dune en dune
il jouait le bourdonnement d’une abeille
l’écriture d’une hirondelle
la calligraphie lente du scarabée sur le sable
et la musique suivait
note à note, trace à trace
perpétuelle sonate "

   papipoete   
9/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Jmeri
Deux poètes, l'un des mots, l'autre des notes de musique, se font face ; celui des notes est si éblouissant avec ce piano qui égrène une fugue contemporaine, que la plume de son auditeur multiplie les vers, de plus en plus beaux, pianissimo, fortissimo !
NB la deuxième strophe est enchanteresse, et l'on se prend à poser nos doigts sur les " blanches et les noires ", ( j'en rêvais ) et je sens venir à moi les volutes de fumée de la cigarette, que le maestro vient d'allumer !
Comme c'est romantique, avec par exemple " il jouait le bourdonnement d'une abeille/l'écriture d'une hirondelle/la calligraphie lente du scarabée sur le sable "
Une poésie libérée qui se promène avec grâce dans les jardins de l'art ... et cette musique de Philip Glass, oh là là !

   Anonyme   
9/3/2018
Poème assez (trop pour mon humeur) mélancolique, un peu cliché du pianiste/écrivain qui n'a pas réussi, ou en manque de reconnaissance. Perpétuelle sonate, donc perpétuelle musique, où la mouette s'endort et les gens passent sans y faire attention, mais le personnage semble continuellement jouer sa musique qui ne semble plaire qu'à lui. A t-il tout tenté pour essayer de réaliser ses rêves ? Lui seul à la réponse. Mélancolie, mélancolie, vagues doucereuses... ou aigre-heureuses ?

   PIZZICATO   
9/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
D'emblée, la lecture m'a transporté dans une atmosphère onirique, m'a fait suivre ce pianiste irréel et présent à la fois.
Des images étonnantes et superbes tout au long de cete poésie envoûtante.
" un vieux rêve de bois rouillé "
" il ouvrait la musique avec les doigts
enlevait la cicatrice
et les notes sortaient grenues perlées
flot ininterrompu
et coulaient par la blessure du piano
que la mer léchait
comme un chien lèche ses plaies. " passage éblouissant !

   Cyrill   
10/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je ne suis ni fanatique ni grand connaisseur de ce genre de musique, mais qu'importe, j'ai été emporté par vos mots, auxquels on a tout loisir d'adjoindre la musique que l'on aime.
Il y a des images magnifiques. Le champ (chant) sémantique de la mer y est bien présent, mais on va aussi vers d'autres territoires avec beaucoup de bonheur.
Un véritable voyage onirique auquel l'auteur nous convie après l'ouverture de la malle.

Merci pour cette belle lecture. Cyrill

   myndie   
10/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Jmeri

"The Hours" m'a fait pleurer et aujourd'hui encore, la musique de Philip Glass éveille en moi un sentiment de tristesse absolument délectable.
En réunissant le tout, je prends toute la mesure de l'angoisse et de la mélancolie que distillent vos vers.
J'ai adoré me promener dans votre univers onirique; la poésie est partout, dans les couleurs, les images, les sons et le mouvement. J'a l'impression d'être chez Boris Vian.
La première strophe est magnifique; les 3 derniers vers aussi.

Il y a juste quelque chose qui me titille : pourquoi allumait-il précisément une cigarette (v.35)? (et pas n'importe quoi d'autre?)
ce qu e je veux dire c'est que vos associations d'images, vos jeux poétiques m'emmènent si haut que cette image tranche avec le reste et me fait l'effet d'un réveil-matin qui me ramène dans le monde réel...

C'est une remarque toute personnelle.
Malraux disait "l'Art n'est pas rêve mais possession des rêves"
Je crois que tout est dit.

merci pour ce partage

myndie

   Goelette   
11/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une poésie envoûtante comme la musique de Glass citée
Une mélodie qui saisit dès l'ouverture
"Il alluma une poignée de mots
les posa sur le piano"
Une musique qui coule fluide, claire comme la mer qui baigne toute l’atmosphère du texte
" de fugue en fugue
de routes en horizon...
de vague en vague...
de dune en dune..."
C'est superbe, ça se passe d'autres mots : MERCI.

   kreivi   
12/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce poème est musical, rythmé, imagé, onirique et surréaliste.
Mais aussi pessimiste et désabusé.
En tout cas original. On peut le ressentir ou non de plusieurs façons.
Moi, j'aime.

   Jmeri   
12/3/2018

   Pouet   
13/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bjr,

Même si je ne connais pas l'oeuvre de Philippe Glass, j'ai été emporté par le texte.

Je ne vais rien relever de particulier, l'ensemble est très évocateur, c'est une ballade, un départ, une fuite, une promenade, une fugue aux effluves d'algues et de croches très agréable.

Bravo et au plaisir de vous relire.

   Lulu   
17/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

Je ne connais pas du tout la musique évoquée en référence, mais j'ai apprécié de lire ce poème, notamment au début pour certaines de ces expressions que j'ai trouvées belles, harmonieuses ou originales, comme "la branche de corail", le "rêve de vieux bois rouillé" sorti de la malle, ou encore "une figurine de terre muette". De ces expressions, propres à votre écriture, je perçois une singularité touchante.

Ensuite, j'ai trouvé dommage que certains passages soient moins respectueux du rythme posé au départ, la longueur de certains vers me semblant alors parfois maladroite ou inutile, comme cette fin de vers "demandait-il aux passants". Un rejet aurait peut-être été plus pertinent, en ce qui me concerne.

Cela dit, il y a vraiment ici une écriture qui me plaît bien, et les derniers mots, superbes - toute la dernière strophe - me font oublier les détails un peu négatifs que j'ai pu relever.

Mes encouragements.

   Eclaircie   
8/5/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Jmeri,

J'avais beaucoup aimé votre premier poème publié et viens avec curiosité découvrir cette seconde composition.

J'écoute le morceau de musique que vous citez en exergue.
Et me laisse porter à la fois par le son du piano et celui de vos mots.
J'aime beaucoup la première phrase de votre texte.
L'ensemble est proche des éléments, imagé sans l'être trop.
Certaines phrases ricochent un peu moins en moi; ainsi :
"d'où venaient-elles, où allaient-elles
il ne savait pas",
immédiatement suivies de belles formules :
"il ouvrait la musique avec les doigts
enlevait la cicatrice
et les notes sortaient grenues perlées
flot ininterrompu
et coulaient par la blessure du piano
que la mer léchait
comme un chien lèche ses plaies.",
par exemple.

Globalement, un texte libre, libre de voguer depuis ce piano jusqu'à notre imaginaire.
merci de ce partage.

   Bidis   
19/5/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Merci.
Vous m'avez révélé la musique du film "The hours" que je n'avais pas entendue, bruit de fond par moments à la limite du déplaisant.
Tout comme je n'avais rien compris à votre poème avant d'aller écouter la musique de Philip Glass.
Ce matin, j'ai découvert que je pouvais aimer une musique qui ne me parle pas de prime abord, et que je pouvais comprendre des poèmes auxquels, de prime abord, je ne comprends rien .


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