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Poésie en prose
Jmeri : Voyage à l'intérieur de la pierre
 Publié le 31/01/18  -  8 commentaires  -  2884 caractères  -  78 lectures    Autres textes du même auteur

"Je frappe à la porte de la pierre
Laisse-moi entrer, je veux visiter tes palais."
W. Szymborska, Conversation avec la pierre.


Voyage à l'intérieur de la pierre



Profitant d’un éclat de soleil sur un grain de quartz
Je me glisse à l’intérieur d’une pierre (un galet de Dordogne en forme de dragée)
En catimini, déshabillé.e de mon ombre pour ne pas m’encombrer.
J’avance avec précaution, à pas glissés, habituant mes yeux à la lenteur de la lumière
Et à mesure que j’avance la pierre s’ouvre comme une Mer Rouge
Ravines, cascades, passages secrets, me voilà emporté.e…

Soudain un bruit. Un martèlement sourd. Lointain. Comme un galop d’anges
Puis rapproché. Puis la pierre se met à vibrer, à trembler
Et soudain des aurochs au souffle chaud galopent ventre à terre
Poursuivis par une horde glapissante d’hommes-pénis.
Une volée de flèches siffle au-dessus de ma tête
Vite par ici, me dit une voix ! Un singe à cernes blancs enchaîné au rocher.

La porte n’est pas verrouillée. J’entre dans une salle voûtée
En cristal de roche et lapis-lazuli
Au milieu, une grande table et des gens assis, impavides comme des lions de chenets
Levant et baissant le bras en cadence d’un geste grave
Les Poinçonneurs du Temps !
Ils gravent le Temps sur des tablettes d’argile, seconde après seconde,
Avec une précision de diamantaire.

Tout à coup le carillon sonne
Un ange en brandebourg sort de l’horloge,
Retourne le sablier
Et repart pour le prochain quart de siècle.

À la dérobée, je fourre à la poche une poignée de secondes tombées de l’horloge.
Puis continue ma pérégrination tel.le Indiana Jones dans l’Arche perdue.

J’arrive dans un village, flamand me dit-on,
Où les gens vont et viennent en longues files silencieuses, un lampion à l’épaule.
Les Passeurs de Lumière !
Ils vont cueillir la lumière à la source du jour (la plus pure se trouve à la pointe des aiguilles de pins)
Puis la rangent par couleur et par millésime dans des armoires.

Ainsi lit-on sur les étiquettes :
Bleu de Chartres, anno 254.937 av.BB (Big Bang)
Ocre Cappadoce anno 400.325 ap.BB
Gris 2CV, Rouge Venise, Blanc œuf-à-la-neige…

Curieux, j’ouvre l’armoire Vert Véronèse anno 1565
Patatrac ! un bocal se brise
Éclaboussant la pierre d’une infinité de gouttelettes
Nébuleuse scintillant dans le vent solaire.

….

Je sais. Personne ne me croira. (Surtout pas les Grands Lecteurs d’Oniris)
C’est impossible, tu as rêvé me dira-t-on, sourire en coin.
Alors voilà, dirai-je, en sortant de ma poche les preuves de mon voyage :
Un dé à coudre de la plus pure éternité
Une fibule d’ambre avec inclusion de lépidosaure
Une pointe de sein d’une Vénus paléolithique
Et moi ?… me dit Joan, le singe de Brueghel, assis sur mon épaule
Bien sûr toi aussi. Surtout toi.


 
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   Mokhtar   
13/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La pierre de Wislawa Szymborska n’avait finalement pas de porte. Et son poème est plutôt consacré aux incommunicabilités, aux êtres impénétrables : Thèmes qu’à priori, il est difficile de déceler dans le texte proposé.
Sous réserve de précisions, il semble que l’image de la pierre qui s’ouvre soit plus un effet de style introductif qu’une amorce du thème du poème.

D’ailleurs, a-t-il un thème, ce poème ? Si l’on craint de passer à coté de choses signifiantes, on ne peut exclure la simple volonté esthétique de juxtaposer des scènes oniriques, où l’auteur se délivre de rêves fantasmagoriques.

Certes le temps, notion matérialisée par la scène des « pointeurs du temps » (qui jouent les trotteuses à coup de marteau), est un peu le fil rouge du texte : la remontée aux chasses préhistoriques (pénis=javelot ?), le sablier et l’ange en Brandebourg (allusion au bac à sable prussien ?), et les objets antiques ramenés de l’expédition.

Onirisme toujours avec la procession des passeurs de lumière. Évocation ésotérique de ceux qui aident les âmes en errance ? Ou bien suggestion de l’œuvre des artisans du vitrail, qui stockent les couleurs avant de les offrir à la lumière ?

Pas étonnant que flottent sur ce texte l’œuvre de Bruegel et de ses foules. La description du singe interpellant est conforme au tableau « les deux singes ».
Mais c’est la probable allusion à la superbe œuvre du sculpteur Tom Frantzen, exposée sur une place de Bruxelles, qui donne le plus de sens à ce texte. On y voit Bruegel peindre un tableau dont il manque un coin, sorte de « fenêtre ouverte… » où, en toute liberté « il peint l’évolution de la vie, l’observe, la transpose » (Frantzen).
Sur l’épaule du maître, un singe coiffé d’un entonnoir. Il symbolise l’esprit satyrique du peintre.
Que l’auteur reprend à son compte, comme pour nous dire : ne prenez pas la vie, et…mon poème trop au sérieux. Ce ne sont que délires.
Je reste cependant persuadé que les lecteurs, et l’auteur, ne manqueront pas de révéler des clés plus pertinentes de ce texte suggestif.

Mokhtar, en EL

   kreivi   
21/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Le titre éveille la curiosité. Mais aussi l’appréhension de tomber sur un texte déshydraté à la Ponge. Mis non.
On reste dans l'humour, heureusement.
Gardienne de notre histoire (hommes-pénis), archiviste du temps, bibliothécaire de la lumière.... la pierre!
Etonnant voyage à la Lewis Carrol. Des trouvailles, mais aussi des maladresses dans l'expression.
J'attendrais un peu plus de légèreté poétique. Cela reste un peu trop cérébral et explicatif. Mais l'humour emporte tout.
Que vient faire le singe de Bruegel ?
Un très bon moment de lecture.

   papipoete   
31/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Jmeri
Une entrée spectaculaire que la vôtre dans les colonnes oniriennes, avec ce récit mi Indiana Jones, mi onirique où le héros se love au sein d'un galet qui s'en va au fil de l'eau . Et son voyage est merveilleux, mirifique et nous transporte sans nous laisser reprendre notre souffle, tout juste voir des scènes, des personnages extraordinaires !
NB la strophe " dans le village flamand avec ses passeurs de lumière " est mon préféré, et le vers sur le " singe de Bruegel " me renvoie aux " carrières le lumières " des Baux de Provence " ( allez sur Internet, vous serez stupéfait ! )
Votre voyage pourrait se faire les yeux fermés, tant votre plume nous évoque maint et maint détail !

   PIZZICATO   
31/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une poésie-fiction, si j'ose dire.

Dès la première strophe ma curiosité fut captée et j'ai suivi avec intérêt ces " pérégrinations " surréalistes.
La subtilité et l'humour sont de mise

"Ainsi lit-on sur les étiquettes :
Bleu de Chartres, anno 254.937 av.BB (Big Bang)
Ocre Cappadoce anno 400.325 ap.BB
Gris 2CV, Rouge Venise, Blanc œuf-à-la-neige…

Une lecture fort intéressante.

   hersen   
1/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup ce poème qui ne nous prend pas par la main, qui laisse libre cours à notre imaginaire.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit, titiller notre petite fibre là, dans un coin de la tête, pour en faire un texte voyageur.

Un petit côté décousu. Mais une fin logique, le narrateur a rapporté un dé comme preuve; alors, hein, qu'est-c qu'on peut répondre à ça ?

Merci de cette lecture

   Jmeri   
2/2/2018

   Eclaircie   
6/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jmeri,

Le titre est très attirant.
Et le texte tout autant. La lectrice que je suis a envie de tout entendre au premier degré, de rêver de ces lieux magiques et improbables avec l'auteur qui réussit à entraîner ses passagers dans un dédale de surprises, avec des références lointaines comme actuelles pour le plaisir de tous.

Un seul bémol, la parenthèse "(Surtout pas les Grands Lecteurs d’Oniris)" qui prend un peu l'onirien en otage alors que ce n'était pas utile.

Entre la prose et le conte, un écrit appréciable à mes yeux.
Merci pour cette lecture.

   Jmeri   
6/2/2018


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