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Poésie libre
kreivi : Feuillets d'Arabie (4) : Hedjaz
 Publié le 15/04/18  -  7 commentaires  -  1917 caractères  -  118 lectures    Autres textes du même auteur

La mer Rouge est longée du Yémen au Sinaï par une chaîne montagneuse jusqu’à 3000 m d’altitude. Le Hedjaz est la partie d’Arabie saoudite de cette montagne.
Un univers minéral vertigineux et fantasmagorique qui a inspiré les prophètes Moïse et Mohamed et plus tard Laurence d’Arabie


Feuillets d'Arabie (4) : Hedjaz






C'est un grand plateau que le vent râpe
il est vide
sans bords, sans orientation
il va sa route, il roule ses cailloux
des cailloux qui ont mal poussé
les uns sont restés grains
les autres sont devenus pierres
plus ou moins noires
plus ou moins sans forme
comme un champ de cailloux en jachère.

Passe une cathédrale
sur son cheval de bataille
elle mord l'espace
de ses dents de silicate
sa rage est muette
mais pugnace.

D'autres cathédrales surgissent
toutes en dards et en ergots
elles se jaugent
comme des chiens de faïence
et soudain
c'est le grand choc, le grand combat
chaotique et brutal.

Un peu plus loin, au-dessus de la mêlée
solitaire et altier
un Bouddha de basalte
a ôté son cimier
enchaînés à son ombre
des acacias faméliques lui lèchent les pieds.

Soudain un aigle crie
la montagne se brise
comme une lame de sabre
tombe et rebondit
pour se fracasser au fond de son bas-ventre
où de lents boas mâcheurs de schistes
l'avalent
et la ruminent.

Alors la montagne s'adoucit
elle s'entoure de rondeurs et de modestie
elle devient mamelles, une mer de mamelles
lente, mamelonnante
où pâturent des troupeaux de buissons ardents.

Ici, dans un cratère de pierres brûlées
La Mecque
qu’on dit sainte
vivante fourmilière
turbans de soie, chiffons de laine
marchent les pèlerins
lents cortèges hâves.

Mais la montagne passe
impavide
elle ne s'attarde pas à ce pemphigus religieux
elle va de l'avant
fessue et redondante comme une reine
au petit trot de son ânesse.


 
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   Brume   
6/4/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour

Votre poème est très riche, et surtout très passionnant. Il y en a des choses à dire sur votre récit.
Mais que dire ? J'aime sa puissance, j'aime l'ambiance, j'aime sa magie, j'aime sa sensualité Mon imaginaire ne sait pas où donner de la tête. C'est magnifique de partout !


Je préfère perdre mes mots et me contenter d'être subjuguée par la beauté du scénario qui se déroule "sous mes yeux". Je suis dans votre univers et ne souhaite en sortir.

Bon mon éblouissement ne m'a pas aveuglé à 100%.
2 fois "mamelles" à la 6e strophe ne m'a pas dérangé, mais ajouter en plus "mamelonnante" c'est trop. J'avoue que le larousse ne m'éclair pas beaucoup sur la définition, mais j'ai l'impression que "mamelonnante" englobe les mots que vous avez déjà posé sur cette même strophe : "la montagne s'adoucit...s'entoure de rondeurs...elle devient mamelles, une mer de mamelles lente..."
Peut-être que je me trompe, vous me direz si votre poème est publié.

Poème original, envoûtant, sensuel. Bravo.

   eskisse   
15/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Kreivi,

Vous rendez ici avec brio toute la force et l'esthétique du minéral en ce que vous faites de ce paysage un actant par excellence : "elle mord" , "elles se jaugent", " comme une reine". C'est la violence allée avec le soleil...
J'ai pu le parcourir avec intérêt et étonnement croisant les cathédrales, les aigles, et les " boas mâcheurs de schiste" .
C'est un beau voyage que vous nous offrez.

Mais ce "mamelonnante" me semble à moi aussi de trop.

Merci pour ce partage.

   PIZZICATO   
15/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Après " Najran ", ce quatrième feuillet nous offre un périple à travers le " Hedjaz ".
Comme toujours dans vos écrits, des images originales et très expressives défilent comme un travelling panorama.

J'ai bien aimé, entre autres :
" des cailloux qui ont mal poussé
les uns sont restés grains
les autres sont devenus pierres "

" des acacias faméliques lui lèchent les pieds."

" sur son cheval de bataille
elle mord l'espace "

Une belle dernière strophe clôt ce récit.

   Eva-Naissante   
15/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Je ne sais pas si les non-poètes peuvent commenter des poésies...je suppose que oui...- comme un musicien aimerait avoir le retour de ses pairs, mais également ceux des autres, qui ne peuvent en mesurer la qualité mais en capter viscéralement la beauté.

Votre texte m'a transporté...désarçonné, comme emporté dans le tourbillon violent de ce vent ancestral.

Qu'il doit être agréable de l'entendre lu ..

Merci,

Eva-N

   papipoete   
16/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour kreivi
un paysage de sable pourrait se voir immobile, presque mort après avoir des siècles durant, verdoyé autour de lacs et rivières . Mais l'auteur l'anime de cathédrales ne faisant que passer, un Bouddha avec à ses pieds des fidèles lui léchant les pieds, et même la montagne s'affaire à allaiter des troupeaux de buissons ardents ! En dernier, un cortège humain avance lentement vers la Mecque ...
NB le poète est fort inspiré par cet erg gigantesque, et de sa plume jaillit un sable " émouvant " .

   Cat   
16/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Kreivi,

Ralala... comme à chaque fois qu'une image accompagne un texte, je me suis laissée happée par elle, au détriment de ton poème. Du coup je reviendrai plus tard parler de tes Feuillets d'Arabie (4), car pour l'instant c'est la beauté de ce cliché superbe qui parle à mon imaginaire et soulève les émotions. Le bleu perçant du ciel qui assèche la brume, le sable et ses ombres. J'entends même les bruissements des foules qui ont piétiné parmi les buissons ardents...

En attendant, merci pour cette gerbe de lumière en pleine figure.

A bientôt...


Cat

PS : je me permets "d'apprécier" la photo. Mon petit doigt me dit que le texte en méritera autant. :))

   jfmoods   
16/4/2018
Même grandiose, une chaîne de montagnes demeure une masse lourde et inerte.

Impressionné par le Hedjaz, le poète laisse son imagination vagabonder et conçoit un tableau épique.

La chaîne de montagnes devient une créature en mouvement ("il va sa route, il roule", "Passe une cathédrale", "la montagne passe", "elle ne s'attarde pas", "elle va de l'avant", comparaison : "comme une reine / au petit trot de son ânesse").

En ses flancs les plus hospitaliers, le Hedjaz est une femme accueillante (images de la maternité : "s'adoucit", "rondeurs", "mamelonnante", gradation hyperbolique : "mamelles, une mer de mamelles").

Ses reliefs accidentés l'assimilent toutefois à un homme, à un guerrier jamais rassasié de combats (champ lexical de la confrontation armée : "cheval de bataille", "rage", "pugnace", présentatif : "c'est le grand choc", animalisations : "mord l'espace", "toutes en dards et en ergots", personnifications : "un Bouddha de basalte a ôté son cimier", "elles se jaugent" comparaisons : "comme des chiens de faïence", "comme une lame de sabre").

Merci pour ce partage !


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