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Poésie libre
kreivi : Feuillets d'Arabie (5) : Ma mer
 Publié le 04/03/18  -  16 commentaires  -  2071 caractères  -  162 lectures    Autres textes du même auteur

Ces feuillets sont racontés par un jeune garçon (13-14 ans peut-être) qui a fui les persécutions et les destructions (religieuses ou ethniques ? on ne sait pas) dans sa ville natale dans l’Asir, aujourd’hui en Arabie Saoudite.
À quelle époque ? on ne sait pas. Dans cette région du monde, les gens connaissent leur âge (approximatif) mais pas celui de la terre.


Feuillets d'Arabie (5) : Ma mer







Chaque fois que je vais au bord de la mer
je prends un morceau de mer avec moi (environ un galon)
je le plie
je le roule (sans froisser la transparence)
je le mets dans ma poche
et l'emporte avec moi.

Bien sûr, je ne prends pas n'importe quelle mer
je la choisis.
Par exemple, je ne prends jamais de tempêtes.
Vous imaginez une tempête au fond de ma poche ?
Le craquement des os des bateaux ?
Les cris des naufragés ?
Les barracudas qui leur rient au nez ?
Brrr !
Je ne prends jamais d'icebergs non plus
pour donner des engelures aux chaloupes
ni de cap Horn
ni de corne de brume.

Non ! Ma mer à moi est une mer tranquille
une mer à reflets, un miroir à bateaux
un morceau de mer rouge aux yeux bleus
qui me parle de sable, qui me parle de bleu
qui me lance des vagues et me chatouille les pieds
de ses petits crabes d'écume.

Ma mer, bien sûr, je la décore ;
branches de corail, coquillages nacrés
anémones aux doigts de pourpre
poissons-Picasso, poissons-perroquets
baleines blanches, narvals à licorne.

Mais je n'y mets jamais de requins
ils boufferaient tous mes dauphins
ni de murènes
ni de scaphandriers (ils me font peur avec leur mufle de Cyclope)
ni de galères
ni de corsaires.
Non !
Ma mer à moi est une mer affable
elle n'a ni dents, ni ongles, ni harpons
elle est lisse et chaude
comme le ventre d'une mère.

Quand je me languis
quand les cafards descendent les escaliers
c'est facile
je sors la mer de ma poche
je la déplie
la déroule devant moi
puis la regarde
la respire
et la traverse
en nageant dans un long sillon de laine.

L'inconvénient c'est l'évaporation
et le matin, quand je me réveille
il n'y a plus au fond de mes poches
que des arêtes et des copeaux de sel.


 
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   Brume   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Kreivi

Votre poème est très touchant. J'aime lire les rêves quand ils sont bien exprimés et mis en valeur par des vers colorés et lunaires.
L'imaginaire déploie ses ailes et m'emporte dans les contrées fantastique de cette mer riche.
Le visuel est très beau, une douce frénésie marine vit sous mes yeux.
Petit bémol j'aime moins les vers entre parenthèses qui selon moi est dans l'explicatif. En revanche mon bémol ne concerne pas ce passage entre parenthèses (ils me font peur avec leur mufle de Cyclope ) car plus dans l'émotionnel.
L'image est vraiment belle. Mais heureusement votre poème lui vole la vedette, vos vers me font plus rêver.

La dernière strophe touche en plein coeur.

PS: Dit donc c'est vraiment la dèche en Espace Lecture, les poèmes dits surréalistes non pas la côte en ce moment.

   Jmeri   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Descriptif, coloré, onirique. Comme sortit d'un livre du Petit Prince.

   wancyrs   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Fascinant et original ; j’aimerais en lire de pareils encore sur Oniris ! Cette plume qui nous amène ailleurs et qui déroule des trames merveilleuses pour nous, je lui dis : merci !

   papipoete   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour kreivi
comme allant à Lourdes ou un autre endroit de paix, où l'on rapporte une eau sacrée, une colombe en papier, l'auteur attiré par cette mer qui lui manque tant, ramène d'elle une larme de joie . Un fragment d'elle, un galon, dont l'origine n'est que velours et tranquillité ; pas de vagues scélérates ni " triangle des Bermudes " et quand chez lui rôde le vague à l'âme, le héros prend sa mer dans la main et rêve ...
NB un poème semblant un parchemin liquide qu'un bambin dessina, avec animaux non féroces et des poissons-perroquet, des coraux multicolores, et le fond d'océan sans plastique !
C'est très touchant et si délicat ; seule la fin me déçoit à peine, car elle pourrait rompre le charme de ce conte .

   PIZZICATO   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Comme c'est original ce " morceau de mer " ! Bien plié, "sans froisser la transparence ".
Une façon très vivante de décrire cet environnement avec ce que la mer offre de magnifique, mais aussi de plus sombre.

Un fort joli tableau au parfum de conte.

   eskisse   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime le coté fantastique ou surréaliste de votre texte. Il me rappelle un poème de Henri Michaux dans lequel une vague s'extirpe de l'océan, prend son autonomie et se balade toute seule. Votre "morceau de mer" prend une telle valeur consolatrice qu'il conjure toutes les trivialités du réel.
Bravo et merci pour ce voyage dans les plis et les replis de ce découpage aquatique, ludique et apaisant.

   EricD   
4/3/2018
Un texte chargé d'une poésie délicate et délicieusement fantaisiste.
L'ensemble est imagé, harmonieux, et profond.

   Marite   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Kreivi et merci pour cette découverte : prendre un morceau de mer et le mettre dans sa poche afin de pouvoir, à loisir et quand le besoin se fait sentir, le faire rouler entre les doigts, comme un galet rond et lisse. J'ai survolé, dès la première lecture, les expressions entre parenthèses qui m'apparaissaient inutiles pour accompagner ce voyage onirique. Sans pouvoir expliquer pour quelle raison, en achevant la lecture de votre poème j'ai pensé à Prévert ...

   TheDreamer   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Poésie libre.

La mer semble ici un refuge où le narrateur se rend par l'esprit lorsque son mental lui réclame quelque consolation.

Une mer comme le dit l'auteur : "tranquille", "jamais de tempête", "ni d'iceberg" : cela coupe les icebergs, cela tranche, c'est froid il n'en veut pas. Il n'en veut pas. Pas plus que de requins, ni de murènes... Rien qui ne puisse extraire d'une rêverie.

Un poème onirique, plein de sensations et d'images.

   jfmoods   
5/3/2018
La tonalité du merveilleux habille joliment cette évocation.

Pour l'adolescent, la relation à l'eau s'inscrit dans une procédure immuable (marqueur d'habitude : "Chaque fois", écho des actions : "plie", "roule", "mets dans ma poche" / "déplie", "déroule", "sors... de ma poche") à laquelle est convié le lecteur ("Vous imaginez", questions fermées qui en découlent).

Elle se conçoit en contraste absolu (jeu des négations : "ne... jamais", "ne... pas", "n'importe quelle", "non plus", "ni", "Non"), hors de tout danger ("icebergs", "cap Horn", "corne de brume"), de toute menace ("scaphandriers avec leur mufle de Cyclope", "ils me font peur"), de toute forme d'agressivité mortifère (champ lexical de la violence : "tempêtes", "tempête", "Le craquement des os", "cris des naufragés", "barracudas", "des engelures", "boufferaient", "murènes", "galères", "corsaires", "dents", "ongles", "harpons").

Cette eau, rêvée ("le matin, quand je me réveille"), eau d'élection ("je la choisis"), eau quantifiable ("un morceau de mer", "environ un galon"), se pare de sensualité (personnifications : "rouge aux yeux bleus qui me parle de sable, qui me parle de bleu", "me lance des vagues et me chatouille les pieds de ses petits crabes d'écume", énumération : "branches de corail, coquillages nacrés anémones aux doigts de pourpre poissons-Picasso, poissons-perroquets baleines blanches, narvals à licorne").

Étale, elle est bienveillante, accueillante, confortable, invitant l'adolescent à se perdre en elle comme il refluerait vers le paradis de la vie pré-natale ("la transparence", "une mer tranquille / une mer à reflets, un miroir à bateaux", "une mer affable", "elle est lisse et chaude / comme le ventre d'une mère", "en nageant dans un long sillon de laine").

C'est une enveloppe protectrice qui fait oublier les tourments présents (compléments de temps : "Quand je me languis / quand les cafards descendent les escaliers") et, sans doute aussi, les événements traumatisants du passé (entête : "qui a fui les persécutions et les destructions").

Merci pour ce partage !

   josy   
5/3/2018
Commentaire modéré

   Francois   
5/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime beaucoup ce texte, très original, rempli de fantaisie, un peu surréaliste, avec cette mer mise dans la poche...

La strophe suivante est adorable :
"Non ! Ma mer à moi est une mer tranquille
une mer à reflets, un miroir à bateaux
un morceau de mer rouge aux yeux bleus
qui me parle de sable, qui me parle de bleu
qui me lance des vagues et me chatouille les pieds
de ses petits crabes d'écume"

Je trouve un peu dommage :
"ils boufferaient tous mes dauphins"...
pourquoi pas manger ou dévorer ?

Le vers
"L'inconvénient c'est l'évaporation"
me plait moyennement.

Mais cela reste très réussi, et, je le répète, fort original !

   emilia   
5/3/2018
Malgré le contexte douloureux annoncé dans l’exergue d’un enfant qui a fui les persécutions et les destructions, sa relation particulière à la mer maternante, dont il peut prendre symboliquement un morceau pour le mettre dans sa poche, traduit de façon très touchante les séquelles vécues suite à ce drame de l’exil : la seule chose qu’il peut emporter, qu’il peut choisir pour n’avoir plus à subir, un asile réconfortant et tranquille, coloré, qui lui parle et lui chatouille les pieds, qu’il peut décorer à son gré, selon sa fantaisie, et dont il rejette tous risques de danger pour le rendre « lisse et chaud comme le ventre d’une mère » pour se sentir en sécurité et affronter les moments de cafard… ; un très beau rêve imaginaire qui démontre la force résiliente de l’esprit capable de s’évader pour survivre, même si, au réveil, la réalité reprend ses droits…

   Pouet   
6/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

Un poème très sympathique que voici.

Beaucoup de jolies trouvailles à l'instar de :

"je le roule (sans froisser la transparence)"

"Le craquement des os des bateaux "

"anémones aux doigts de pourpre "

Le ton "enfantin" est bien réussi, l'ensemble dégage une douce poésie. On pense aussi à "ma mère" bien sûr. Ce vers: "Ma mer à moi est une mer tranquille" m'a fait penser à une anecdote me concernant dont vous vous foutez sûrement royalement mais que je vais écrire quand même :) Petit j'étais avec mon père et à la radio j'ai entendu "demain mer agitée", et j'ai demandé "papa comment ils connaissent maman?"

Une petite chipotade pour terminer:

"Mais je n'y mets jamais de requins
ils boufferaient tous mes dauphins"

Il me semble que c'est plutôt le contraire, que ce sont les dauphins qui font la misère aux requins. Bien sûr c'est un enfant qui parle, alors...

Voilà, au final un fort bon moment passé à vous lire.

   Goelette   
7/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Poème dont la fantaisie ne tue pourtant pas les touches d’émotion qui jalonnent les vers
"Le craquement des os des bateaux ?
"Les cris des naufragés ?" mais qui sont vite endigués par un passage drôle
"Les barracudas qui leur rient au nez ?"

De belles images par exemple
"un morceau de mer rouge aux yeux bleus
qui me parle de sable, qui me parle de bleu"...
"en nageant dans un long sillon de laine."..
La fin est excellente car elle fait se rejoindre ces deux tonalités : originalité et sentiment

   Amandine-L   
8/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Merci pour ce poème, de bien belles images.
Il me rappelle les jeux et l’imaginaire des enfants aux poches pleines de trésors. Cet enfant là y met une part de rêve, de paix, de beauté, de force tranquille et rassurante ‘le ventre d’une mère’. Les derniers vers sont tristes et beaux.
Au plaisir de vous lire.

   josy   
2/5/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
j ai adoré chaque vers
je les ai fait miens
vous m avez emmené sur la mer
et vous l avez joliment exprimé

"un morceau de mer rouge aux yeux bleus
qui me parle de sable, qui me parle de bleu
qui me lance des vagues et me chatouille les pieds
de ses petits crabes d'écume."


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