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Poésie libre
kreivi : Out of my Africa
 Publié le 09/02/18  -  10 commentaires  -  1469 caractères  -  166 lectures    Autres textes du même auteur

Entre la vie et la mort, il n’y a pas de frontière nette. Seulement un grand flou.
Croquis d’une Afrique souterraine.
Écrit fin 90, révisé dernièrement pour la circonstance.


Out of my Africa



J'écoute une musique africaine ancienne
du fond de la nuit elle s'ouvre comme un fruit
charrie ses huiles et ses haleines chaudes
ambres, gentianes, pisses, manioc roui
toutes ces odeurs remontent dans le ventilateur
qui malaxe, inlassable
une mangue tombe sur les tôles du toit
je bois

J’ouvre les persiennes
le vent caresse la nuit de sa langue poisseuse
une pirogue glisse le long du fleuve
les étoiles se baignent nues
les crocodiles les sourcillent
une chauve-souris me frôle de ses ailes de soie
je bois

tam tam tam
derrière les jacarandas
la nuit déboutonne ses peaux
ventres de cigale
cuisses de mante
les seins pétris de soleil
les yeux astiqués comme le cuivre

tam tam tam
remuent les bêtes
battent les bruits
frappe le sol avec le cul
frappe la lune avec les seins
bat le grand pouls de la terre
bat le grand pouls utérin

clap clap clap
coupe-coupe dans la forêt
coupe-coupe dans les cotonniers
tombent les branches
tombent les jambes
et les poignets
bat le grand pouls de la terre
bat le grand pouls utérin

Le jour se lève
le petit singe m’attend devant la porte
immobile
une balle cachée dans la poitrine.


--------------------------------------
Coupe-coupe = machette africaine


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Brume   
29/1/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour

Que j'aime vos mots, si puissants, si pittoresques, d'une beauté brut et authentique. Des images originales me laissent sans voix.
Poème charnel, violent, sonore, visuel.

À la lecture de votre poème je me suis dit : "enfin un poème qui parle des beaux côtés de l'Afrique, ça ne parle pas de guerre " jusqu'à ce que j'arrive à la 5e strophe...
Mais aucune déception.

Vos mots sont un dépaysement. Vous ne décrivez pas l'Afrique, votre poème est l'Afrique, il en a l'essence, l'odeur, l'empreinte.
Et il y a le sang.

   troupi   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Dans ce texte il y a de très intéressantes trouvailles.
Première strophe; musique, odeurs, chaleur, le décor est planté.
Deuxième; même si c'est possible là-bas les persiennes m'ont un peu surpris. par contre j'ai aimé: "le vent caresse la nuit de sa langue poisseuse
une pirogue glisse le long du fleuve
les étoiles se baignent nues
les crocodiles les sourcillent
une chauve-souris me frôle de ses ailes de soie
je bois."
Troisième, la nuit dévoile la vie qui palpite. Expressions très originales sauf les seins pétris de soleil, trop commun au milieu de :" la nuit déboutonne ses peaux
ventres de cigale
cuisses de mante
les yeux astiqués comme le cuivre."
La vie continue au paragraphe suivant avec autant d'intensité et d'ailleurs plus loin elle ne s’arrête pas malgré le massacre qui coupe indifféremment dans sa violence les branches ou les jambes puisque :
"bat le grand pouls de la terre
bat le grand pouls utérin".
Le jour se lève enfin et victime collatérale le petit singe apprivoisé a pris une balle perdue.
Il m'a fait penser au dormeur du val.
Belle écriture imagée, originale, bien rythmée.
Deux ou trois bricoles qui me plaisent un peu moins comme la ponctuation aléatoire, je pense qu'il faut choisir, on la supprime ou on essaie de la respecter.
Merci pour ce témoignage d'une Afrique si envoutante mais où la vie humaine peut avoir une valeur insignifiante.

   papipoete   
9/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour kreivi
le tam-tam retentit comme un message en morse, égraine le sens de son bruit ; un peu comme les cloches de l'église, aux temps anciens, qui pouvaient sonner la joie, alerter d'un danger ou pleurer de son glas ! Après la musique, s'ouvre aux persiennes l'écran des images de la vie africaine, avec ses couleurs, ses parfums ... et peu à peu la toile blanche tremble, se tache de sang, " dans les cotonniers, tombent les branches, tombent les jambes ... " Les barbares sont arrivés .
NB des vers " tranquilles " les étoiles se baignent nues /les seins pétris de soleil " si attendrissants ; puis l'apocalypse avec les vers cités plus haut, et la dernière strophe comme le " coup de grâce au supplicié " !
Un récit beau et tragique à la fois !

   emilia   
9/2/2018
De l’ambiance, de la musique, des odeurs, des plantes de là-bas qui projettent un cadre authentique… ; j’aime beaucoup la seconde strophe très poétique et imagée avec la caresse du vent, la pirogue qui glisse, les ailes de soie qui frôlent…, comme un bain de douceur qui susurre avant la montée de l’horreur, en opposition avec la litanie du tam-tam frappant de ses percussions le pouls de la terre et dont le rythme mêle l’homme, l’animal et le végétal pour atteindre au paroxysme de la violence et de la sauvagerie avec ce « coupe-coupe » destructeur et le petit singe cloué au sol d’une balle… ; le lecteur en a le souffle coupé par cette présentation efficace qui parle haut et fort de votre vision de l’Afrique vécue viscéralement ;;; avec un plus pour l’évocation du film culte dans le titre « Out of Africa » et la découverte sous vos mots du « jacaranda » et son bleu flamboyant…

   PIZZICATO   
9/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Dès les premiers vers, ce texte revêt l'allure d'un diaporama.
Une atmosphère sereine s'installe et nous berce avec ces images fort réussies, animées. La flore, la faune, la terre.

Et puis, brusquement, le coupe-coupe vient trancher le rêve et nous jette en pleine figure le sordide que l'homme est capable de créer...

Une belle poésie réaliste ; belle et triste à la fois.

   Francois   
9/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ayant passé toute mon enfance et une partie de mon adolescence en Afrique (R.D. du Congo), je retrouve l'ambiance magique et mystérieuse de ce continent :

"du fond de la nuit elle s'ouvre comme un fruit
charrie ses huiles et ses haleines chaudes"
"le vent caresse la nuit de sa langue poisseuse"
"la nuit déboutonne ses peaux"
"bat le grand pouls de la terre
bat le grand pouls utérin"

et puis, on dirait que se joue le drame (Rwanda 1994 ?) :
"tombent les branches
tombent les jambes
et les poignets "

et cette fin surprenante et rimbaldienne :
"le petit singe m’attend devant la porte
immobile
une balle cachée dans la poitrine."

Quel rythme, quelle force, dans ce texte insolite !

   madawaza   
10/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Sous le charme et la force de ce texte

le petit singe m’attend devant la porte
immobile
une balle cachée dans la poitrine.

   Palrider   
10/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Splendide, de la poésie puissante, ça sent les épices et les fruits exotiques, le sexe, le sang, la beauté brutale, la mort tendue sous un ciel énervé de lumière.

   Bidis   
11/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Magnifique évocation de l'Afrique sauvage, cruelle et magnifique.
Je n'ai pas aimé que le mot "ventilateur" s'y glisse. Il y est aussi anti naturel que la "civilisation" que le blanc est venu apporter là-bas sans y avoir jamais été invité.

   kreivi   
11/2/2018


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