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Poésie contemporaine
LeopoldPartisan : Afrique et autres tropiques
 Publié le 27/10/18  -  13 commentaires  -  1690 caractères  -  160 lectures    Autres textes du même auteur

Hier et aujourd'hui.


Afrique et autres tropiques



Cerbères âgés
sur fond d'art déco
et d'échos
ma plume me brûle
de tant de sanglots

Kisangani
Kolwezi
et Lubumbashi
Villes aurifères et minières
Chemins de croix
chemins d'effroi
où l'image du père
se morfond et se fond
sous une telle chape de plomb

Lumumba au Katanga
combien de bras coupés
as-tu dénoncés
pour que dans un bain
d'acide tu sois plongé
C'était le temps des colonies
que l'on sanctifiait
à l'égal de la mère patrie

Rue case-nègres
rue casse-nègres
Enfants sans dieu
que l'on sacrifiait
pour quelques pousses de bambou
et quelques ersatz de caoutchouc
Plongé dans la fumée
de mon narguilé
je me souviendrai
toujours de vous

Cerbères usés
aux portes de l'enfer
souvent vous m'apparaissez
au détour d'une rangée
de palétuviers
dont les racines
ont creusé
d'infranchissables ravines


Saison sèche
saison des pluies
béribéri
dans les fourrés
dans les matitis
paludisme sous les tropiques
que l'on guérit à coups de triques

Terres rouges
à perte de vue
desséchées, désolées
carcasses de camions
derniers vestiges
de la civilisation

Terres rougies
à perte de vue
décapitées, démembrées
au barrage du dernier bac
en partance
pour une hypothétique
Casamance
des enfants soldats dépenaillés
chargés au chanvre et à la ganja
exhibent en hurlant et en dansant
des M16 et des kalachnikovs
Vont-ils de moi se venger


 
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   BlaseSaintLuc   
13/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Superbe poésie" politique", j'aime quand les mots se mouillent plongent dans la boue, vomissent leurs cagoules de sang.
Les chiens de guerre sont lâchés dans un jeu de quilles africain.
Les crimes furent "légion ", c'est ce qui arrive quand les diamants ont la couleur de l'hémoglobine. Le poème suit son jeu de piste, parfois brouillon, mais il élève le niveau de la conscience, il est passé voir les marabouts.

   Castelmore   
13/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Pourquoi ce dernier vers ???
Il casse tout l'univers que vous aviez créé sans rien apporter ... ni au sens ... ni à la forme, ni au rythme, ni aux sonorités !!

Difficile d'accrocher au début, haché...puis vous nous emmenez ...magie de votre verbe débitant lieux et images de souffrances comme des photos que l'on sortirait en vrac d'un dossier ...

Terre rouge et terre rouge de sang versé ... que vous aimez et pour laquelle vous souffrez ....

   Robot   
27/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La référence à Lumumba m'a orienté vers le passé. Mais ce sont aussi bien des images actuelles qui nous sont peut-être présentées. Un texte de nostalgie qui parle du passé avec un regard d'aujourd'hui. Un constat âpre et sans concession mais sans aucune haine.

Plus qu'un poème engagé je vois une écriture de reporter photographe talentueux. Un texte qui souligne des images sans y ajouter de propos excessifs, juste ce qu'il faut pour prendre conscience que les évènements passés sont à la source des misères d'aujourd'hui.

Léopold, la dernière strophe est d'une rédaction puissante et je constate que votre plume est toujours aussi forte quand elle s'empare de ces sujets.

   leni   
27/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Léopold
C'est presqu'un reportage C'est dit sans fioriture Ce sont des mots témoins du temps C'est fort comme un rhum agricole Je te reconnais
tu gardes la force de t'indigner

Rue case-nègres
rue casse-nègres
Enfants sans dieu
que l'on sacrifiait
pour quelques pousses de bambou
et quelques ersatz de caoutchouc
Plongé dans la fumée
de mon narguilé
je me souviendrai
toujours de vous

MAIS je ne peux tout citer
L'homme est un loup pour l'homme!!!

BRAVO Salut amical Leni

   papipoete   
27/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Leopold
La France se partageait le monde avec d'autres " grands " ; la Belgique avait aussi quelques possessions loin de Bruxelles comme ce pauvre Congo, où l'on " négociait " à la machette et guérissait les plaies à coups de triques !
Comme d'autres soeurs d'Afrique, cette région porte encore les stigmates de la présence des très zélés sujets du Roi Léopold ; la terre ne s'en remet pas, comme une main coupée ne repousse pas !
Des enfants plutôt qu'un ballon de foot, exhibent M16 et kalachnikovs, errant ça et là, peut-être en plus d'avoir soif, assoiffés de venger leurs aïeuls ...
NB une complainte de ce coin d'Afrique, que l'auteur émet dans la douleur, comme s'il venait de voir l'inommable ; comme si le sang éclaboussait encore ses haillons ; comme s'il entendait pleurer encore ces " indigènes " ...
Très fort, ça fait mal !

   PIZZICATO   
27/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'afrique aurait-elle subi une malédiction pour être ainsi persécutée depuis toujours par les dents longues de plusieurs pays et leur gouvernement ?
Avec les plus belles saloperies, sous-couvert biensûr.
Ces paysqui ont su mettre à profit (organiser ?...) le massacre des ethnies entre elles.
Oui monsieur, la France aussi ! Vous avez dit Rwanda ?
Et puis il y a cet autre diamant : le coltan...

Un texte qui met des points sur les "i" sans concessions.

" Vont-ils de moi se venger ". Visionnaire ?

   emilia   
27/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte très fort qui dénonce l’exploitation d’une terre asservie et sacrifiée dont les mots ricochent en « échos » pour interpeller le lecteur, rendre compte de l’horreur, de l’effroi, dénoncer l’ignominie sur un ton qui clame haut et fort en témoignant de l’enfer vécu à l’image de l’ultime tableau révoltant visualisant ces « terres rougies/à perte de vue/décapitées, démembrées…, où s’exhibent des enfants soldats dépenaillés… et drogués… justifiant la confession du narrateur sur un rythme d’allitérations et d’assonances et dont « la plume (l) brûle de tant de sanglots… » et souligne l’urgence face à cette prise et crise de conscience … « d’hier à aujourd’hui »… ; merci à vous pour cet engagement moral et poétique…

   wancyrs   
28/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Léopold,

Il y a presque toujours une précision chirurgicale dans tes textes, aussi une érudition qui à chaque fois me surprend agréablement. Ce texte est un coup de gueule sur la situation au Congo démocratique, mais si subtil qu'on dirait un tableau peint par un étranger dans ce pays. J'aime beaucoup ce que tes textes me font, ce grand voyage assis chez moi, alors continues comme ça ! Merci.

Wan

   Donaldo75   
28/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour LeopoldPartisan,

Quand j’ai lu ce poème la première fois, je me suis dit que ça tapait bien fort, sans pour autant se transformer en tract de révolutionnaire à deux balles comme on en lit souvent sur ces thèmes. Du libre engagé, bien tourné, c’est assez rare pour le remarquer.

J’ai eu du mal à comprendre la fin mais je suppose que tu vas nous l’expliquer en forum.

Bravo !
Merci pour le partage.

Donaldo

   JcJaZz   
28/10/2018
Votre poème est bien très écrit et il est éminemment déchirant, engagé et révoltant
Avec beaucoup de références au Congo Kinshasa et puis à la fin on atterri dans le sud du Sénégal
Le petit bémol est qu'il s'agit encore de l'Afrique sous l'angle de la désolation, la violence, la colonisation, la douleur, ...
Quand c'est pas les safaris et les éléphants, c'est la guerre, la misère et le biafra
Nous avons beaucoup de difficultés à nous en extraire
L'Afrique est marquée aux fers rouges !
"Je rêve d'Afrique
sous mes paupières fermées
mon cœur est ouvert."
Merci

   Raoul   
28/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"Enfants que l'on sacrifiant" si seulement l'imparfait...
Un beau texte fort. D'autant plus si l'on prend garde d'où il parle.
Ça ne joue pas sur l'exotisme et la violence - au prétexte de la d'énoncer.- de la sauvagerie. Au contraire, le texte regarde en face et embrasse non pas tout l'horizon mais une sorte d'espace homogène et vaste comme toute une région.
Sensible aux réf. à la famille, complexe, car elle a aussi ses enfants soldats.
Pour chipoter, la première strophe aurait peut être gagné à être plus intégrée dans le texte, ce n'est que mon avis bien entendu.
Merci pour cette lecture.

   jfmoods   
28/10/2018
Profondément marqué par le thème qu'il soulève ("ma plume me brûle / de tant de sanglots"), incapable d'oublier ("Plongé dans la fumée / de mon narguilé / je me souviendrai / toujours de vous"), le poète procède à une dénonciation du colonialisme et de ses irrémissibles ravages ("souvent vous m'apparaissez / au détour d'une rangée / de palétuviers / dont les racines / ont creusé / d'infranchissables ravines").

Terrain de jeu des grandes puissances, ayant connu son heure de gloire dans la première moitié du vingtième siècle ("sur fond d'art déco"), le colonialisme prospère allègrement (entête : "Hier et aujourd'hui") en bien des points du globe (titre : "Afrique et autres tropiques", "Kisangani / Kolwezi / et Lubumbashi", "Katanga", "Rue case-nègres").

Porté par son insatiable goût du lucre, le colonisateur suit tous les filons pour s'enrichir coûte que coûte ("Villes aurifères et minières", "pour quelques pousses de bambou et quelques ersatz de caoutchouc"), exploitant le moindre minerai rentable jusqu'à épuisement total du sol ("Terres rouges à perte de vue desséchées, désolées", "Terres rougies à perte de vue décapitées, démembrées").

Pour asseoir son pouvoir, il n'hésite pas à employer la violence, à pratiquer la torture, à faire montre d'une indicible cruauté ("Cerbères âgés", "Cerbères usés aux portes de l'enfer", "Chemins de croix / chemins d'effroi", "bras coupés", "Lumumba [...] dans un bain / d'acide [...] plongé", "casse-nègres", "Enfants sans dieu / que l'on sacrifiait", "paludisme sous les tropiques / que l'on guérit à coups de triques").

Avec un paternalisme écoeurant, il met le territoire sous sa lourde tutelle ("l'image du père / se morfond et se fond / sous une telle chape de plomb"), utilisant la population locale comme une main d'oeuvre corvéable à merci, tout cela sous l'oeil bienveillant de la métropole ("le temps des colonies / que l'on sanctifiait / à l'égal de la mère patrie").

En partant, il laisse derrière lui les traces durables de son passage ("carcasses de camions / derniers vestiges / de la civilisation").

Décolonisé, le pays verra se perpétuer la guerre civile ("au barrage du dernier bac / en partance / pour une hypothétique / Casamance") et les abjectes conséquences qui en découlent ("des enfants soldats dépenaillés / chargés au chanvre et à la ganja / exhibent en hurlant et en dansant / des M16 et des kalachnikovs").

Élément à charge le plus glaçant, le plus accablant du colonialisme : il demeure un terreau fécond pour le terrorisme et son aveugle loi du talion ("Vont-ils de moi se venger").

Merci pour ce partage !

   Lariviere   
4/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Léopold,

Attiré par le titre, j'ai apprécié ce texte et son atmosphère très impressionniste.

Les images, mélange de souvenirs personnels et "historique" distribuées au hasard du "narguilé" dans l'esprit du narrateur, sont très évocatrices pour le lecteur que je suis. A propos du rythme, je trouve d'ailleurs que le narguilé est une bonne idée. Sur l'ensemble le rythme lancinant excessivement scandé donne un tempo presque narcotique... (ca correspond très bien à l'axe de traitement).

J'apprécie ce style d'écriture (mélange "fauve", de symbolisme et de minimalisme ; le pendant poétique de l'art déco ?...;))

Deux petits bémols cependant :

-Je trouve que le vers de fin est à revoir, car effectivement en l'état, il dessert l'atmosphère si bien construite tout au long du texte.

-Je ne suis pas convaincu par les rimes plates qui ponctuent certaines strophes. Je préfère le rendu des strophes sans rimes finales.

Sur l'ensemble, j'ai apprécié ce texte évocateur, où perception individuelle et vie d'un pays se mélangent pour constituer un prisme, une vision singulière.

Je remercie l'auteur pour son partage en ligne et je lui souhaite une bonne continuation dans son travail d'écriture.


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