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Poésie libre
LeopoldPartisan : Autres regards sur un monde qui bascule « Prends ton fils…, tu l’offriras en holocauste… *»
 Publié le 05/11/10  -  11 commentaires  -  3525 caractères  -  158 lectures    Autres textes du même auteur

À Lehman (1929 - ????), Huseinócic (1982-1995) et Mucyo (1983 - ????)
*Genèse 22,1-14


Autres regards sur un monde qui bascule « Prends ton fils…, tu l’offriras en holocauste… *»



Courir torse nu dans les blés murs
En exhibant fièrement ses éraflures
Se torcher au gué de la rivière
Puis se sécher le cul à l’air
En faisant des ricochets
Pour épater les autres gringalets
Faire s’emmêler les lignes
Des pêcheurs de brochets
Qui vont hurler scélérats, fils indignes
En nous balançant une pluie de galets

Se planquer dans un fossé
Pour narguer les amoureux
En imitant leurs doux murmures
Ou en singeant leurs impayables postures

Se rouler dans l’herbe tout juste fanée
Avec du soleil plein les yeux
Soudain sentir dans son corps comme une brûlure
Une fêlure due à sa longue et belle chevelure

Immédiatement se relever
S’ébrouer comme un chien mouillé
Japper, péter, roter
Hurler des insanités
Non ce n’est ni le moment ni l’instant
De se faire piéger aussi bêtement
Pour des histoires de filles
On n’a qu’une vie
Surtout l’été de ses douze ans
Puis y a sûrement
La famille qui attend
Aïe, aïe, aïe…
Ça va encore gueuler

------------------

D’abord
Le poing levé
J’ai regardé ma mère tenter
De s’interposer et…
S’embraser
En une fraction de seconde

Puis…
Les bras levés
J’ai regardé mes sœurs se faire violer
Puis odieusement dépecer

Terrifié et mordant la poussière
J’ai regardé mon père et mes frères
Tristement
S’en balancer
Au bout de nos cordes à linge
Qu’hier encore avec maman
J’avais étendu
Et dont elle affirmait
Que la blancheur immaculée
Était à l’image de notre dignité
Dans l’adversité

Lorsqu’est venu
Mon tour d’y passer
C’est une trouille puante
Comme la diarrhée galopante
Que je n’avais pu retenir
Qui m’a sauvé
Et fait plonger
Dans la fosse à purin
Où j’ai creusé, creusé
Comme le sale rat
D’égout dégoûtant
Que je serai
Désormais

Ils ont gueulé et rigolé
Puis gueulé à nouveau
Avant de tirer des dizaines
De rafales en beuglant
Sale rat
Immonde cancrelat
Aucun n’a pourtant voulu
Venir se salir les pieds
Pour voir
Si j’avais bien fini par crever

Je suis resté là,
Terré
Terrassé
Terrifié
Terrorisé
Pendant trois jours entiers
Et lorsqu’enfin
J’en ai émergé
Plus jamais
Je n’ai pu ni me signer, ni prier
Ni surtout prononcer la moindre parole

Odieusement une force impérieuse
M’a toujours empêché d’en finir
Dès lors ma vie est devenue
Un immortel enfer
Que parfois grâce à l’éther
Et à un peu de sang versé
J’ai pu atténuer
En d’incessantes échappées solitaires
En d’interminables fugues traversières
Comme je l’avais toujours fait
Jusqu’à l’été de douze ans.




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   Raoul   
23/10/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Que dire…
Chipoter sur la forme serait mal venu, c'est un peu le problème lorsqu'on aborde de tels "sujets" qui, tant ils sont puissants, écrasent tout.
Superbement écrites et maîtrisées de bout en bout, ces fugues à borborygmes de l'enfance insouciante fauchées par l'atrocité des "évènements".
Pas de facilités, pas de voyeurisme, pas de mélodramatisation.
Merci pour ce texte de passeur humain et droit.

   shanne   
28/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour,
Rien qu'en lisant le titre, je me suis posée la question: vais avoir le courage de lire l'horreur ? Le lire, pas facile mais le vivre ? ? ?
Je me suis lancée dans cette lecture et je n'ai pas regretté, un très bon texte pour moi.
J'ai souri, au début peut être en repensant à des souvenirs d'enfance , surtout avec ce aie, aie, aie, ça va encore gueuler ? et là, l'horreur, bien décrite, des "images" qui ne peuvent pas s'effacer. Comment vivre après ? je dirais même survivre, un peu d'éther pour s'anesthésier, par moment mais ... Cela ne suffit pas, je pense .
Un monde qui bascule, qui va marquer pour toute la vie ceux qui ont eu la "chance" de pouvoir encore respirer.
Merci à vous

   Lunastrelle   
29/10/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je n'accroche pas plus que cela au texte. En fait, c'est à moitié vrai: autant le thème me sensibilise, et je trouve que traité ainsi, il est vraiment bien abordé. Puis quelque part, il y a une certaine émotion à la lecture. Brute, mais perceptible.
C'est au niveau du style que j'ai du mal, je le dis sincèrement. Mais je loue tout de même le travail fait sur ce texte, de même que "la prise de risque".
Je vais juste émettre une petite critique sur la forme: ne serait-il pas plus aisé de décaler légèrement le texte sur la droite? Comme un alinéa... Mais après là, c'est de l'ordre de la perception personnelle...

   Anonyme   
29/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
des mots durs, crû, sans détours.

l'interjection "Aie, aie, aie…" n'est pas utile, c'est en faire un peu trop.

le ton est agressif, mais quoi de plus normal pour un adolescent en colère, témoin des pires atrocités, blessé de tout son être et qui jamais ne se cicatrisera.

le début commence par les joies et les bêtises d'un garçon de douze ans, turbulent, profitant de la vie.

pour ensuite ce finir par cette atrocité...
c'est dur, c'est violent, c'est la pur réalité.

un texte percutant qui frappe en plein coeur dès les premiers vers et dont la force des mots ne faiblit pas jusqu'à la fin.

   Bellaeva   
5/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Mots forts, histoire forte ...
Basculement de l'insouciance à l'horreur.
J'aurais apprécié une opposition plus franche entre les deux parties.
La première partie n'est pas qu'insouciance, il y a le risque des galets des pêcheurs, la brûlure , les insanités ...La vie quoi ...
La seconde partie c'est entièrement l'horreur parfaitement décrite ...jusqu'à la fosse à purin salvatrice.
Et ce retour vers ces échappées solitaires et ces fugues traversières ..
Merci

   Anonyme   
5/11/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai eu vachement peur du préchi précha, quoique dans le titre associé le monde qui bascule à la genèse de notre monde, peut être y avait-il matière à la dénonciation d'une certaine forme de notre civilisation.
J'ai d'abord lu l'histoire de ce gamin qui apparement, s'en donne à coeur joie et veut profiter un max de sa vie. Là j'ai adoré, parce que je me suis revu faisant les conneries de gamins un rien merdeux et des engueulades de mes vieux pas si vieux que çà... Et puis bardaf, fini la rigolade, le monde à basculer salement. Merde, c'est pas possible. Pour me remettre j'ai cliqué les liens et là, ces gosses brisés ,m'ont fendu le bide en deux.Hara kiri mental.
Décidement ce léopold Partisan, l'écrit autrement, parfois on voit pas où y veut aller et puis après c'est tellement évident.
Heureusement quand même sur la photo du gamin en couleur, y a dans le regard un minuscule reste d'espoir. Vous m'avez un rien gaché mon week-end Monsieur Partisan, mais vraiment bravo.

   framato   
5/11/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Âpre, comme la vie.
Le thème est magnifique, bien traité, mais parfois les mots ne coulent pas (en singeant leurs impayables postures, par ex)... Ça accroche donc et ça sert le propos.
J'ai moins aimé la notion psychotrope introduite comme moyen de survie des victimes, sans nier qu'elle existe, je sais par expérience qu'elle n'excuse rien, ne justifie rien et surtout qu'elle ne permet pas de continuer à vivre et à avancer.

Mais qu'importe ce texte m'a parlé, il m'a évoqué ceux qui ne s'en sortent pas...

Fort, âpre, efficace ! (avec en corolaire le défaut inhérent à l'efficacité : le côté simpliste des oppositions trop dualiste, un manque de nuances aussi). Courageux et donc à récompenser...

Un bémol pour le dégoût-dégoûtant, jeu de mot trop facile et mal venu dans le texte, à mon sens)

Dernière remarque : le registre de langage correspond mal aux illustrations. (ex cette inversion à usage poétique : Aucun n’a pourtant voulu - alors qu'un gosse aurait dit, et c'est bien plus fort : pourtant aucun n'a voulu...)

Ps: le frisson a été fort...

   jaimme   
5/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup cette première partie qui cadre parfaitement avec l'insouciante des gamins de douze ans, des bêtises et de leur immortalité/immoralité. Le cul en l'air et les pets victorieux.
L'empathie y gagne fortement avec la venue de la seconde partie.
J'aime que le drame (les drames) ne soit pas marqué dans le temps et dans l'espace: un gamin est un gamin, un drame est un drame. Où qu'il soit. La première des trois photos est pour moi la plus forte. Sans doute parce que je connaissais les deux autres, elles sont bien plus célèbres.
Un détail (pour le poème): "se faire violer", c'est comme quand on entend: "se faire assassiner". Je préfère la forme plus correcte: "être assassiné", donc "être violé". C'est une question de mise au point sur les responsabilités de chacun.
Autre chose: le titre. Ce "monde qui bascule". Malheureusement il a toujours basculé et les massacres et les génocides sont de toutes les époques. Même si notre contemporanéité met l'accent sur les moyens qui "permettent" les meurtres de masse, la violence a toujours été le lot des hommes. Et sans doute moins maintenant qu'avant. Nettement même. Cela n'excuse rien et dénoncer et combattre cela, oui, là est la nouveauté. Ce poème en fait partie. Et avec une belle force.
Voila, deux détails, rien de très importants. Je ne voudrais pas que cela occulte le frisson que j'ai ressenti à cette lecture.
Merci Léopold. Une fois de plus.

Jaimme

   wancyrs   
5/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Simple, poignant et très visuel. Long, mais se lit d'une traite, et on en redemande encore à la fin.

Une belle preuve qu'on a pas besoin de trop creuser dans le puits de la grandiloquence pour toucher les cœurs

Merci Léopold, de parler de cet horreur avec tant de légèreté

Wan

   Anonyme   
17/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte m'a franchement interpellée. La narration est très percutante, ça sort des tripes.
Cet enfant de 12 ans plongé dans une telle l'horreur, combien sont-ils comme lui...
Se planquer dans la fosse à purin pour survivre au risque de s'y noyer, est bien la preuve que vivre est plus fort que tout.
Merci pour cette lecture.

   leni   
26/9/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
insouciant puis horrible l'un et l'autre entrent dans les détails c'est parfois insoutenable Enfin il reste lavie

Odieusement une force impérieuse
M’a toujours empêché d’en finir
Dès lors ma vie est devenue
Un immortel enfer
Que parfois grâce à l’éther
Et à un peu de sang versé
J’ai pu atténuer
En d’incessantes échappées solitaires
En d’interminables fugues traversières
Comme je l’avais toujours fait
Jusqu’à l’été de douze ans.

C'est époustouflant Ce style n'appartient qu'à l'auteur

chapeau Léopold Leni


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