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Poésie contemporaine
LeopoldPartisan : Les dépravés : écueil
 Publié le 12/11/13  -  8 commentaires  -  4280 caractères  -  302 lectures    Autres textes du même auteur

Tout simplement un merci à Jean-Marc (il comprendra).


Les dépravés : écueil



(À messieurs Paul, Charles et Jean)

Un vieux poète qu’en alternance
Rongeaient de vénériennes affections
Et un fort penchant pour la boisson
S’ébroua entre fragrance et pestilence

La nuit était aussi blanche
Que son âme noircie
Par la poix de l’opium
Qu’il inhalait goulûment
En rêvant sans cesse
À la rédaction de nouveaux manifestes
À la gloire de jeunes manants dans le vent
Et autres Adam en Astrakhan

La coupe semblait bien pleine
Et la crise de foi prochaine
Tant dans son esprit se confondaient
Autant les Raymond Radiguet en singlet
Que des Andy Warhol en Baby Doll
Éclusant des daïquiris au formol
Cette furieuse bacchanale
S’achevait irrémédiablement
Dans les égouts des Danaïdes
Où se renversaient les célèbres Martinis
Que Franklin Roosevelt
Avait si souvent concoctés
À la santé de Poison Ivy

En regard de pareilles addictions
La postérité aurait pu le surnommer
Autant Paul Verlaine que Jean Cocteau
Quoi qu’à en croire Jean Genet
Il fût plus confortable de partager
La couche de Jean Marais
Que celle du flibustier Arthur Rimbaud

Hélas de par et pour sa descendance
Combien allaient se répandre
En inepties et se faire mousser
En sordides coucheries
Le laissant cliniquement
Haï honni vomi
Lui qui fut tant et tant
Chéri applaudi béni

Comment en être arrivé là
Et surtout aussi bas

Quel était donc ce turbulent silence
Annonçant une innommable sentence
Quel était donc cet insondable vide
Prémisse d’une agonie solitaire et impavide

Morphée ma vieille amie
Que n’es-tu Muse de l’insomnie
Morphine ma vieille anguille
Que ne me distilles-tu l’envie
De m’évaporer à jamais
Dans les fragrances de l’insouciance
D’une jouissance enfin bien méritée

Mardi gras et Nouvel An chinois
Ainsi bégaya Zarathoustra
Aux prémices du précipice
Qu’enfant j’envisageais
Pour pouvoir me libérer des bohémiennes
Et autres cartomanciennes
Surgies en harpies
De mes pires cauchemars
Pour me ravir à l’amour
De feu ma mère

Morphée vieille pythie lubrique
Comme j’aimerais aujourd’hui encore
Te faire goûter aux onze mille verges
De feu lui aussi Guillaume Apollinaire

Morphée vieille panthère saphique
Oserais-tu braver la loi salique
Et transfigurer ton féminin charnel
En une immonde statue de sel

Morphine ma tendre aiguille
Abrège mon ici-bas
Allège mon célibat
Et que brûle en enfer
Cette alliance contre nature
De la beauté sacrifiée
Au culte de la fécondité

Morphine vieille concubine
Entrave-toi à moi
Morphine vieille gourgandine
J’en bave déjà…
Tandis que je me couronne
D’épines et me fonds
Dans la fange
De tes entrechats
De caoutchouc


Écoute l’éloge funèbre
Que je me suis dédié
Pour le carnage de cette vie
Où j’ai tant flirté avec le trépas

« Lilas, glaïeul et mimosa,
Les fleurs du mal
Se portent plutôt en dahlia

Lilas, glaïeul et mimosa,
Comprenez mon émoi
De vous retrouver posés si bas

Lilas, glaïeul et mimosa,
Plongée en apnée
À la source du nectar

Lilas, glaïeul et mimosa,
Remontée sans palier
De la source du cauchemar

Pétales de rose
Sur un ensemble
De roses de sang

Peau de pêche
Sur une tunique
De péchés de peau

Huile essentielle d’un poison éternel
Au parfum de mon adolescence
Aux remugles de ma déliquescence


Et si pour ce faire
Il nous fallait fractionner l’univers
Nous aiderions-nous de coléoptères
Aux phéromones délétères

Et si pour se taire
Il nous fallait auditionner tout l’univers
Nous aiderions-nous de sagittaires
Aux aromates d’éther

Lilas, glaïeul et mimosa,
Trop fragiles pour prendre racines
Sur cet écueil
Vous aurez fière allure
Sur mon cercueil »


 
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   Robot   
22/10/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'en suis tout époustouflé. Un conseil, le lire à haute voix, en acteur, comme la tirade des nez ou celle d'harpagon. J'en ai perdu haleine en cours de route, mais franchement, on court de verset en verset, de vers en vers, ça décroche, ça décoche ça tire à mots portants, et c'est revigorant puis cela s'apaise doucement dans le déroulé de l'éloge funèbre, jusqu'au cercueil final.

   PIZZICATO   
12/11/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Waoh !! Grandeur et déchéance. Un texte qui aurait incontestablement sa place sur une scène de théâtre.
Un premier quatrain qui plante le décor, comme un trait qui atteint sa cible exactement.
Une première partie qui trace le portrait de ce poète" Chéri applaudi béni " qui a sombré dans la dépravation. Un texte en or pour un récitant...
Puis survient un monologue pathétique, avec un dernier quatrain superbe.
Du grand art.

Une question que je me pose : pourquoi faire évoluer Morphée au féminin ?

   leni   
12/11/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
salut léopold
Epoustouflant Grandeur décadence Monologue Un texte théâtral
à dimension humaine Que citer? Tout
Quoi qu’à en croire Jean Genet
Il fût plus confortable de partager
La couche de Jean Marais
Que celle du flibustier Arthur Rimbaud
Ce texte a mis du temps pour atteindre ce dépouillement et cette force de frappe je pense
chapeau bas!merci! salut à toi Leni

   TheKid   
14/11/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
En te lisant (à haute voix) j'imaginais Léo Ferré sur scène...

Je n'ai de mots pouvant traduire toute la force des tiens

Reçois mes plus sincères félicitations pour ce magistral écrit

   Anonyme   
23/11/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Voilà un joyau littéraire
Qui, de la musique, attend un air
Pour transformer tous ses carats
En les plus purs de ses éclats.

Peut-on un jour espérer
Entendre ce texte chanté
Sur une musique létale?
Et ainsi l'oeuvre sera fatale!

   Dyonisos   
6/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je suis un peu dérouté par ce style de poème, mais je salue le travail de l'auteur, qui a bien travaillé son sujet, à la manière d'un auteur de pièce de théâtre...
En effet, je verrais davantage ce texte raconté sur les planches, face à un auditoire attentif, que classé dans la catégorie des poèmes...
Il mérite certainement mieux donc...
Bien que je n'ai pas adhéré en totalité je noterai de manière favorable.

   Pussicat   
21/12/2014
Bonsoir LeopoldPartisan,

Quelque chose me gêne dans la forme dès les premiers vers... pourquoi envoyer le lecteur à la ligne ? j'aurais bien vu ces vers en prose dès "La nuit.."
"La nuit était aussi blanche que son âme noircie par la poix de l’opium
qu’il inhalait goulûment en rêvant sans cesse à la rédaction de nouveaux manifestes à la gloire de jeunes manants dans le vent
et autres Adam en Astrakhan."
ça coule, ça roule et la musicalité du verbe suffit.

Les rimes intérieures sont belles à l'oreille, pourquoi les rendre visibles ;)

Petit bémol sur la répétition des "tu","toi","moi" et sur "l’éloge funèbre" que je trouve un peu faible pour un sujet si brûlant, bouillant, fumant, sensible...

J'ai goûté... de loin, votre texte (joke) avec plaisir,

A bientôt de vous lire

   Anonyme   
10/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai pris une "claque" en lisant ce poème de haute volée. Entre Morphée et Morphine, il n'y a qu'un pas. De strophe en strophe, chacun son "Morph".
Petit bémol toutefois : Morphée était un homme, non une femme. Cependant, morphine étant féminin, je me demande s'il n'y a pas une idée cachée derrière le côté féminin de Morphée, allez savoir...
De l'ambivalence à l'ambiguïté, il n'y a qu'un pas...


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