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Poésie contemporaine
LeopoldPartisan : Les Racines du Mal
 Publié le 06/10/10  -  7 commentaires  -  4151 caractères  -  91 lectures    Autres textes du même auteur

Triptyque.


Les Racines du Mal



Aux yeux de la colline
Ce garçon n’aurait jamais de prénom
Et quoi qu’en pensent les racines
Des saules, des bouleaux et autres cynorhodons
Son évocation en ville
Résonnerait bientôt comme un juron
Comme une damnation


Septembre 1970
Quelque part dans le Lubéron
Communauté de la Souche
Première Neige meurt en couche
72 heures de souffrance
60 heures de supplication
Et presqu’autant d’agonie
Sans aucune assistance
Ni la moindre attention
Et enfin pour l’ensemble de la tribu
Le grand silence
L’ultime délivrance
L’enfant qui aurait dû être mort-né
S’est mis à sourire lorsque les rapaces
Mimétisme de race
Ont plongé pour les emporter

Aux yeux de la colline
Ce garçon n’éprouverait jamais d’émotion
Et quoi qu’en inspirent les ravines
Des coteaux, des torrents et autres dénivellations
Son évocation en ville
Résonnerait toujours comme un soupçon
Comme une répulsion


Décembre 1969
Le six exactement
Festival d’Altamont
Si bien peu éprouvaient déjà
La moindre empathie pour le démon
Celui-ci y fera néanmoins
Une apparition autant remarquée
Qu’appréciée.
Service d’ordre à sa botte
Et acides à en perdre la jugeote
Déclencheront chez nombre de participants
Une épidémie de ce mal du pays
Dont ne les avaient pas immunisés
Les utopies hippies.
Alors qu’Alan Passaro
Poignardait à cinq reprises Meredith Hunter
Alors que Denise Jewkes
S’écroulait le crâne fracturé
À coups de bouteille de bière
Écrasée contre la scène
Comme prise au piège
Première Neige
Née Camille Van Houten
Pleure sa virginité
Arrachée par un gars du chapitre d’Oakland
Tout en admirant Mick Jagger
Qui essaie de calmer
Les gars de son gang
Cinglant avec leurs queues de billard
Les spectateurs des premiers rangs
Impuissants
« Nacht und Nebel »

Aux yeux de la colline
Ce garçon jamais ne connaîtrait la passion
Et quoi que nous en infligent les épines
Des acacias, des citronniers et autres chardons
Son évocation en ville
Résonnerait bientôt comme une immense déception
Comme une impossible rédemption


Janvier 1968
Delta du Mékong
Le souffle court et rauque
Dans les senteurs lourdes et opiacées
J’épaule, je vise, je tire
À l’aveuglette
Je charge, je décharge
Ici tout verdit, tout moisit, tout pourrit
Ici tout fout le camp
Sauf le temps
Qui paresseusement
S’étire indéfiniment
Comme les sangsues qui goulument
Me sucent le sang, me sucent le temps
À l’aveuglette
Je les entends qui caquettent
Leur insupportable doctrine
De cancrelats vietminh

J’épaule, je vise, je tire
J’épaule, je vise, elles m’admirent
Voilà bien l’infortune
Des soldats de fortune
Des gamines dévoyées
À la mine vérolée
Qui pour un sourire de l’oncle Ho
Qui pour la flamme de ton zippo
Te feront la peau
C’est leur crédo

J’épaule, je vise, je tire
La gamine s’est embrasée
Comme une torche
Sa mère a gueulé
J’ai tiré à l’aveuglette
En pleine tête
C’est le têt


 
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   Anonyme   
1/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai lu plusieurs fois pour tenter de discerner qui pouvait être ce garçon au nom maudit.
Et puis j'ai lu le poème à l'envers pour remonter le temps. (aux racines du mal donc). L'histoire m'a paru dés lors un peu plus "cohérente".
Déjà j'ai bien aimé ce coté "à rebours" dans l'évocation du sujet. Je n'ai je crois jamais lu quelque chose de similaire en poésie. Donc j'apprécie le fait d'avoir osé ceci. C'est surprenant et tant mieux.
J'apprécie également le déroulement narratif.
L'histoire commence donc pendant la guerre du Viet Nam.

Et là je ne comprends pas l'emploi de la première personne alors que le poème passe à la troisième ensuite. (toujours dans l'idée de lire le poème à l'envers bien sûr)
Ces racines du mal serait le fait qu'un soldat descende une gamine (innocente bien sûr) et tout découlerait de là.

Ensuite en remontant le temps , on arrive au célèbre festival D'Altamont, où les Hell's angels (recrutés pour assurer la sécurité) foutèrent finalement un grave bordel pendant le concert des Rolling Stones. (J'ai lu de belles anecdotes à ce sujet : notamment dans le livre de sonny Barger, bref...)
Il y a des clins d'oeil à tout ça et j'aime vraiment ce passage, mon préféré du poème en fait. C'est dit de manière sobre, sans en faire des masses.
et c'est dans ce passage qu'apparait le lien de la première partie : cette fille qui deviendrait Première Neige dans sa communauté hippie. Mais qu'est devenu ce "Je" dans tout ça ?
J'imagine un soldat rentré au pays, désabusé et abandonné par le gouvernement américain qui se serait finalement laissé aller dans le mouvement hippie. Peut-être qu'il était présent au festival, mais nous n'en savons rien ici. Et peut-être qu'il aurait rencontré Première Neige et peut-être qu'il lui aurait fait un enfant.
Nous n'en saurons pas plus. Dommage.
Il y a beaucoup d'élément/évenements qui font sans doute parti du contexte de l'époque et qui étouffent un peu LA véritable histoire qui est énoncée ici.

Enfant qui allait naître plus tard dans une communauté hippie du Lubéron. Donc.

Je pense que ce poème manque de liens pour retracer un parcours "évident" (?)
Il faut dire que l'on est pas forcément aidé car l'on passe du Viet Nam, aux états unis jusqu'au... Lubéron. (Enfin/ou inversement).

Voilà en gros mon souci vis à vis de ce poème qui à de toute façon un coté qui m'intéresse, ne serait ce dans la façon de le mettre en page.
Mais au final je ne suis pas certain (du tout même) d'en avoir discerné toute la trame.

   jaimme   
1/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cette remontée aux racines, ce triptyque qui raconte une histoire sanglante, dérangeante, cette légende urbaine ("Son évocation en ville"), est très prenante. Il faudra me dire qui est ce garçon né en septembre 1970. Qui sont ces rapaces.
Ou pas. Chacun ses secrets. Chacun ses cicatrices.
L'histoire, j'y reviens est d'une force impressionnante.
Je regrette un peu la partie vietnamienne: je pense qu'elle pourrait plus de punch avec un peu plus de poésie. Je sais que les pensées de ce soldat sont primaires, mais...
Merci pour cette lecture forte et atypique.

   jamesbebeart   
7/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour LéopoldPartisan,
Merci de nous avoir offert ce texte qui évoque le temps de mes vingt ans. Histoire sans fioritures qui résonne comme un fait divers sombre et douloureux - j'ai pensé à la célèbre photo d'une jeune vietnamienne au regard apeuré, en 1968...-Merci d'avoir osé cela.

   Jagger   
7/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Envoûtant.
Je tourne et retourne les vers pour essayer de tout comprendre. La strophe avec Peremiere Neige m'est encore mystérieuse.

La racine du mal. On part donc des feuilles pour suivre les branches, puis le tronc jusqu'à la source. Bien vu, ça ajoute à l'intérêt du texte.

Comment ne pas penser à "Né un 4 juillet".

Merci pour cette lecture

   Anonyme   
7/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
un poème effrayant, envoûtant, le récit est captivant, c'est fluide. le fil conducteur de chaque stophe est assez original, comme un scénario de "pulp fiction", et une histoire qui conte des évènements sombres des années 60-70.
et quand à l'aparté écrit en italique, c'est tellement mélodieux qu'on dirait une chanson.
un triptyque à l'envers mais crédible, enfin, dans mon imagination.
juste un tout petit défaut, ou alors ais-je loupé un truc, c'est:

"L’enfant qui aurait dû être mort-né
S’est mis à sourire lorsque les rapaces
Mimétisme de race
Ont plongé pour les emporter"

"ont plongé pour les emporter" c'est qui ou quoi "LES"
qu'est-ce que les rapaces ont emporté? les sourires du bébé?

j'ai beaucoup apprécié ma lecture.

   Lariviere   
8/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Salut Léopold !

Un poème avec une drôle de musicalité, comme souvent avec Léopold ; une musicalité planante, parfois un peu rêche, accrocheuse, bizarre, parfois difficile à percevoir sur le papier d'un poème...

Je pense que cela est du à la construction et au ton "réaliste" employé par l'auteur, un ton simple, des rimes faciles, des descriptions au plus près du réel, qui prennent leurs forces d'évocations, non pas par l'écriture mais par la situation, souvent frappante.

Il en ressort une lecture mitigée. Difficile pour moi de voir une unité solide dans ce "triptyque" teinté d'horreur psychédélique. La seule unité de cette histoire appartient elle à l'auteur ?... J'aurais aimé voir plus de profondeur ce dégager, tout en gardant l'aspect un peu "mosaïque" de la construction.

Néanmoins, je trouve que les passages en italiques articulent bien
les différentes scènes et contextes de la narration.

J'ai aimé réentendre les événements du festival d'Altamont. Un festival maudit pour le mouvement hippie. Un festival de trop...

Personnellement, c'est le traitement du passage sur le Viet-nam que j'ai le plus apprécié, pour les évocations et le rythme de l'écriture.

Merci à toi

Bonne continuation !

   Anonyme   
26/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
vachement classe ce texte. J'avais jamais lu un truc ficelé ainsi. Les yeux de la colline c'est une référence au film où des irradiés monstrueux sèment la panique chez des égarés dans le désert du Nevada ?

L'histoire est prenante et envoutante.

J'aimerais bien savoir ce qu'il va devenir le môme emmené par les rapaces: peut être un narco-trafiquant ? Pour le Vietnam, mon père serait fan lui qui a connu gamin cette sale guerre, il avait tout plein de film en vidéo. Apocalypse now, Voyage au bout de la Nuit, Platoon, Full metal jacquet, y que Rambo qu'il aimait pas.


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