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Poésie contemporaine
lucilius : L'animation
 Publié le 22/02/19  -  12 commentaires  -  1477 caractères  -  185 lectures    Autres textes du même auteur

Hôpital Saint-Louis, service des grands brûlés.


L'animation



Le jour je suis trop seul dans ce grand édifice
Qui ne me laisse pas la moindre intimité ;
À me faire exposer dans ses nombreux services
Pour traiter sans égards ma laide infirmité ;

Gueule défigurée, s'imprimant dans l'horreur
Des reflets dilatés qu'anime le regard ;
Corps un peu disloqué et squelette farceur
Dont la mobilité relève du hasard.

Qui renaît de la mort connaît son traumatisme
Sans, hélas, entrevoir le sort du justiciable.
Tous ces gens bien portants et leur cruel cynisme,
Mes peurs de vie, de mort, leurs maux indissociables !

Le soir je suis moins seul, car je peuple mes songes
De gaies péripéties, de joyeux personnages ;
Aucun ne se grimant du fléau qui me ronge,
Mais chacun m'exposant son comique visage.

Quand de leurs pitreries s'extirpe ma laideur,
Ils font un beau sourire et poursuivent la fête.
Sont-ils civilisés, ces gens venus d'ailleurs,
Qui, dès l'obscurité, surgissent dans ma tête !

Oui, je les imagine et construis nos dialogues,
Choisissant les sujets selon mes états d'âme,
Afin de m'épargner les trop longs monologues
Et ravaler des mots que mes lèvres réclament.

Si un vœu m'exauçait, il tuerait la lumière
Et les beaux et les laids en confondraient leurs ombres,
À ne plus redouter celles des cimetières.
En veilleuse, mes nuits glisseraient sans encombre.


 
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   Gemini   
2/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai bien aimé le théâtre que crée le narrateur dans sa solitude. Un jardin secret nocturne qui le délivre un peu de ses tourments. La puissance de l’imaginaire comme remède à sa détresse morale.
J’ai trouvé dommage que, pour les besoins du parallèle opposant le monde fictif au monde réel, il faille dénigrer ce dernier, en lui reprochant du manque d’attention v4, peut-être de l’injustice ? v10, sa chance de bonne santé, du cynisme, v11, et de la petitesse (ses maux n’étant pas comparables) v12.
Je sais que les grands infirmes ont souvent beaucoup d’aigreur envers les biens portants, mais je trouve que là, d’après l’exergue, on est à l’hôpital, et donc je m’imagine mal le personnel soignant incarner à lui seul tous ses défauts supposés.
C’est un aparté que je fais dans le commentaire, car j’avais trouvé au départ peu nécessaire la troisième strophe.
Pour le détail, j’ai trouvé étrange le « vœu » placé comme sujet du pronominal « m’exaucer » dernière strophe. C’est l’expression qui me parait bizarre, je vois mal un vœu exaucer quelqu’un. J’aurais mis « Si le ciel m’exauçait ». Entre parenthèses, la teneur de ce vœu, témoigne d’une étonnante et bienvenue indulgence de la part de ce narrateur que l’on croyait aigri.
J’ai trouvé le titre excellent, car pour avoir un peu travaillé dans la partie (l'animation, pas les grands brûlés), je connais le sens du mot.
Le propos est plutôt bien dit, fluide, juste (pas larmoyant), assez bien versifié (dommage pour ce âme/réclament), un peu long mais sans longueurs. Bien, quoi.

   Corto   
4/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce poème sent fort le vécu. La douleur, la dépendance à l'institution hospitalière, le comportement parfois maladroit des soignants et autres personnels, et (vu le titre) l'animation mal venue.

Il pose tant de problèmes médicaux et psychologiques qu'on entre presque avec réticence dans ce corps souffrant et qui voudrait tellement d'autres formes d'attentions.

Remarquables de profondeur sont ces vers "Si un vœu m'exauçait, il tuerait la lumière Et les beaux et les laids en confondraient leurs ombres, A ne plus redouter celles des cimetières".

Bravo pour cette mise en mots d'une sensibilité exacerbée.

   INGOA   
4/2/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
L'incipit m'a, je l'avoue, grandement aiguillée. Dès lors tout était merveilleusement limpide et terriblement mutilant. Chaque strophe semble avoir été mesurée au millimètre près, soupesée au milligramme près. Ce qui me fait frémir d'angoisse car je suis persuadée que le narrateur sait très bien de quoi il parle… pour en parler avec autant de simplicité et d'exactitude. Ou alors nous avons affaire à un faussaire de génie.
Sans attendre de réquisitoire, je plaide coupable de complicité d'immersion totale dans cette ruse du subconscient.

   PIZZICATO   
22/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un sujet dont on ne parle souvent : les grands brûlés.

Le narrateur fait défiler l'horreur de la situation, et son ressenti.
"À me faire exposer dans ses nombreux services
Pour traiter sans égards ma laide infirmité "

" Gueule défigurée, s'imprimant dans l'horreur
Des reflets dilatés qu'anime le regard "
Jusque l'évasion dans les rêves, afin d'échapper, un temps, à cette " laide infirmité ".

" Si un vœu m'exauçait, il tuerait la lumière
Et les beaux et les laids en confondraient leurs ombres ". une chute poignante...

   Davide   
22/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour lucilius,

Un poème émouvant et bien écrit qui parle de lui-même, et où l'imagination devient un exutoire "animé" (pour reprendre l'image du titre). Il y a de beaux vers pour exprimer habilement la douleur, comme "Sans, hélas, entrevoir le sort du justiciable." ou encore les strophes 4 et 5, somptueuses toutes les deux, ainsi que la rime étonnante "horreur"/"farceur" dans le 2e quatrain.

Petit remarque : au vers 25, je trouve maladroite la formulation "Si un vœu m'exauçait..." ; ce n'est habituellement pas le vœu qui nous exauce mais nous qui l'exauçons. Peut-être l'effet est-il voulu ? J'aurais plutôt dit quelque chose du genre : "Si le ciel m'exauçait".

Je regrette que le poème soit si long, car je trouve que la merveilleuse force du poème réside dans l'imaginaire animé du narrateur, dès la 4e strophe. Selon moi, les 3 premières strophes, bien qu'émouvantes, ne font qu'alourdir la magie ! De fait, si le poème avait été amputé des 3 premières strophes, j'aurais mis "Beaucoup" en appréciation. C'est dommage ! Mais l'émotion est passée, et le poème m'a vraiment touché.

Davide

Edit : En relisant le poème, j'ai repensé à une chanson peu connue mais très émouvante de Patrick Fiori, "Simplement beau", sans doute inspirée du film Elephant Man :
https://www.youtube.com/watch?v=xGEP_52UOjk

   papipoete   
22/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour lucilius
On me rend visite tous les jours...en blouse blanche, et on avise, on se concerte et derrières ces réparateurs, nos corps espèrent de leurs mains un exploit ! Retaper des jambes, des bras et tenter de gommer de nos visages, l'horrible grimace que le feu nous infligea !
Quand sur ma chambre la lune dessine sa pâle lueur, la nuit efface les traits des monstres que le malheur a créé, et commence dans ma tête un film aux yeux rieurs, aux sourires éclatants, et ça rigole, ça chante ! Au clair de la lune, que des ombres sans contours, tout le monde pareil !
NB l'univers de l'hôpital des " grands-brûlés " nous apparait dans sa cruauté, avec ces figures de cauchemars, ces gens que l'on ne peut montrer aux âmes sensibles ; " non chérie, tu ne pourras pas voir Papa avant longtemps ! je t'expliquerai... "
Rendre visite à ce patient, que vais-je lui dire ? ça va ? tu as bonne mine !
Je n'ose imaginer les lendemains d'attentat ; la suite d'un incendie ravageur ! Je connus un homme que le destin affubla de ce terrible faciès, et malgré mon " courage ", j'eus à chaque rencontre à la pêche à la ligne, un choc qui j'espère ne se montra pas sur mon regard !
On croirait que l'auteur connut personnellement ce drame ; j'espère qu'il n'en est rien .
j'aime particulièrement la 4e strophe !
" si un voeu /m'exauçait/ " surprend, mais connaissant l'auteur, je suis certain que cette forme est juste .
au vers ( à la fin ) " si un voeu m'exauçait, il tuerait la lumière ", tuerait se décompose-t-il en " tu/e/rait ", ce qui donnerait 13 pieds ( peut-être la raison du " contemporain " ?

   senglar   
22/2/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Lucilius,


Sublime !

Et le dernier quatrain : Sublimissime. Ah ! Ne plus redouter l'ombre des cimetières ! Faut-il en être arrivé au comble de l'horreur !

Aux deux premiers vers j'avais tiqué : de l'intimité dans un grand édifice il est normal qu'on n'en trouve pas. Comment voulez-vous ?

- Hors sujet, j'espère que vous me pardonnerez mais quand on entre dans un hôpital on laisse son initimité ou sa pudeur à la porte et on la reprend en sortant. Bien sûr vous le savez sans doute aussi bien que moi ainsi que de nombreux oniriens (je n'ai pas dit que étiez malades hein). Ceci dit j'ai un grand respect pour les oeuvrants hospitaliers -

Et puis le bal est lancé, une danse macabre du XXIème siècle... à insérer de suite dans l'American Horror Story qui passe en ce moment à la télé. Un "squelette farceur", je ne m'en remets pas, et la suite... Au secours Tim Burton...

Il y a un scénariste ici ! (lol)


senglar

   Robot   
22/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le thème est particulier et j'ai apprécié son traitement (sans jeu de mots)
Si j'ai aimé parcourir la fluidité du texte, quelques petites choses m'ont arrêté.

Par exemple ce justiciable. Je trouve le mot inadéquat. Il ne s'agit en rien d'une punition, a moins que vous ne la supposiez divine mais pour quelle raison ?

Et puis m'exaucer un vœu, la forme pronominale est assez étrange. Un vœu ne peut de lui même exaucer me semble-t-il. Qu'on exauce mon vœu de tuer la lumière peut être ?

Je trouve une petite contradiction entre tuer la lumière et en veilleuse qui bien que moindre est aussi une lumière.

Mais sur le fond et l'écriture j'ai aimé lire ce poème.

   wancyrs   
22/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Lucilius,

L'inversion sujet-verbe à la cinquième strophe, vers 19 ne devrait-elle pas donner lieu à un point d'interrogation à la fin du vers 20 ? Sinon le reste est d'une belle musicalité. La franchise du propos donne tout son charme à ce texte que j'ai pris plaisir à lire, et même si le narrateur est livré, par son mal, à une grande souffrance, il trouve la façon de le surmonter. Une belle leçon de courage. Merci !

Wan

   VictorO   
22/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La souffrance, l'attente interminable, la rupture avec la reste du monde. Un quotidien très rude. Mais ce n'est pas terminé : il y a l'imagination, l'animation, la poésie. Un autre monde apparaît le soir, où ceux qui souffrent ont davantage leur place. "Et les beaux et les laids en confondraient leurs ombres". Un tableau habile et impitoyable.

   Vincente   
23/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai craint par l'exergue une "facilité" émotionnelle qui déborderait dans un mélodrame, c'est généralement pour moi un repoussoir rédhibitoire. Ici, j'ai eu un a priori de confiance en l'auteur et j'ai tenté de le suivre. Je continue de penser qu'il aurait été préférable d'introduire plus souplement cette information dans le début du récit, et ce, malgré la pudeur de l'énonciation quasi "clinique" dans cet exergue du lieu de l'action.

De mélodrame, je n'ai pas rencontré un instant. L'on comprend dès le premier vers qu'il s'agit d'une expérience vécue (par l'auteur, ou un proche, ou un sujet que l'on aurait saisi profondément). La narration est précise, (oserai-je dire "chirurgicale" ?), les images sont réalistes et terribles. Autant celles décrivant l'horreur physique que celles évoquant la dévastation mentale qu'elle inflige. L'implication du lecteur pour ressentir et participer par l'empathie à la douleur du sujet est assez irrépressible. Le propos est fort et nous emporte.

J'ai beaucoup apprécié ce passage :
"Corps un peu disloqué et squelette farceur
Dont la mobilité relève du hasard."

Et cette inquiétude sourde qui brûle aussi par l'intérieur le grand malade est très bien soulignée dans ce vers :
"Qui renaît de la mort connaît son traumatisme"
ainsi que le regard envieux que l'on a alors envers les bien-portants.

Les trois premières strophes me sont apparues par trop descriptives, encore ce côté "clinique" qui à mon sens a pris le pas sur la poésie.
Les trois suivantes accèdent à un champ plus onirique, elles sont la beauté du poème, elles luttent en quelque sorte contre le dureté des trois premières. La dernière, quant à elle, je pense, n'apporte rien, elle est un peu maladroite avec son "vœu m'exauçait", et manque de force, elle est comme un laissez-allez dans l'écriture comme dans l'évocation. Dommage de devoir finir sur ceci, d'autant qu'il me semble que sans elle, l'ensemble en serait grandi.

   BlaseSaintLuc   
26/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien
c'est très beau et bien écrit, bien décrit , j'ai eu sur la fin une seule petite peur , celle que le narrateur ce soit trompé d'endroit et que plutôt que saint-louis il se trouve à sainte Anne !


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