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Poésie contemporaine
lucilius : Le jardin suspendu
 Publié le 05/06/19  -  11 commentaires  -  1204 caractères  -  210 lectures    Autres textes du même auteur

Saisissement puis saisie...


Le jardin suspendu



Je me suis entiché d'une toile sans maître,
Belle comme un jardin ouvert sur Giverny,
Impensable à saisir du bord de ma fenêtre
Quand pianote le ciel sur ses carreaux vernis.

Je me suis abreuvé de sa douce quiétude,
De son ruisseau chantant sous des plantes en treille,
De la forme alanguie, pleurant sa solitude
À l'ombre d'un tilleul taquiné par l'abeille.

J'ai saisi son printemps, ses bouquets odorants,
Grisé de liberté dans son cadre paisible,
Avant de m'envoler d'un élan fulgurant ;
Quand survint le chasseur qui m'avait pris pour cible.

Maître Lepastourec, huissier à Pont-Réan,
Venait, accompagné par la force publique,
Saisir mon mobilier, me réduire à néant ;
Créances impayées et délais fatidiques.

À trop bien pénétrer la vivante peinture,
Je m'étais adjugé un peu d'identité
De l'artiste inconnu, désuète signature
Rendant subliminaux les pans de matité.

Le temps semblait compté dans ma fuite éperdue
Pour soustraire la toile aux viles convoitises.
Hélas ! Un peu plus tard, le jardin suspendu
Au conduit de fumée venait de lâcher prise.


 
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   myndie   
9/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Que ce poème est beau qui souffle l’émotion provoquée par la grâce d’un instant !
Il y a d’abord le rythme, ces alexandrins bien construits qui lui donnent sa musique, sa douceur, sa respiration.
Avec un petit bémol cependant : ce vers 19 qui, avec un pied de trop, vient en rompre la fluidité et la régularité.

Et puis surtout il y a la force suggestive des mots, leurs alliances subtiles qui offrent des images magnifiques :
« Belle comme un jardin ouvert sur Giverny »
« Quand pianote le ciel sur ses carreaux vernis »
« De sa forme alanguie pleurant sa solitude ».

Qu’y a t-il de plus beau que les jardins de Giverny ? Je les revois rien qu’en laissant mon imagination suivre les méandres de votre rêverie.
Sauf qu’à vous lire, je vois plus qu’une peinture. C’est subliminal. Vous l’avez utilisé ce terme au vers 20 et c’est en fait ce qui caractérise votre poésie, délicate évocation de ces moments inouïs et fugaces dont on ne retrouve jamais deux fois la magie à l’identique.
Je suis sous le charme de votre jardin si élégamment suspendu.

   Gabrielle   
14/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Préservons notre jardin secret...

Un texte où l'humour s'invite. Nos ne sommes pas loin de la satire...

L'histoire du tableau vient épouser celle du narrateur qui ne prend vie qu'en sa compagnie.

La toile de maître offre à celui qui la détient tout le charme attribué à un jardin secret et le renvoie dans un univers où quiétude et douceur sont reines.

Sans fausse note, le narrateur est propulsé dans le décor enchanteur du tableau tout comme dans un monde à part.

Hélas, l'arrivée fortuite de l'huissier le ramène à la réalité et le rêve prend fin.

Un joli conte.

Bravo à l'auteur(e) pour son talent et l'originalité de son texte.

   INGOA   
14/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'introduction me fait immédiatement penser à Claude Monnet qui avait puisé son inspiration dans les jardins de Giverny ; les descriptions des deuxième et troisième strophes laissant penser que le narrateur nous amène faire une promenade virtuelle dans leurs allées fleuries. Mais surprise ! Nous voici brusquement extirpés d'une douce indolence par l' intervention musclée d'un huissier de justice et le pauvre jardin suspendu à la va-vite dans le conduit de fumée, n'échappera malheureusement pas à la saisie.

J'ai trouvé ce texte élégant, vivant et surprenant avec un final finement ciselé d'humour. je le relirai avec plaisir.

   Annick   
5/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Que j'aime ce poème narratif qui se lit comme une nouvelle et dont la chute, dans tous les sens du terme, est pour le moins étonnante et tout à fait comique !
Le poète nous embarque d'abord dans son rêve éthéré. Il semble même pénétrer dans ce paysage peint comme pour quitter la basse réalité...qui le rattrape au dernier moment.

J'ai saisi son printemps, ses bouquets odorants,
Grisé de liberté dans son cadre paisible,
Avant de m'envoler d'un élan fulgurant ;
Quand survint le chasseur qui m'avait pris pour cible.

Un poème joliment et habilement écrit qui m'a fait rêver et sourire.

   Robot   
5/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je suppose qu'à l'origine ce texte a été déposé en néo que malheureusement le vers 19 a condamné. Mais ce choix originel vous a permis de vous libérer des contraintes formelles de correspondances singulier pluriel et des alternances qui auraient pu gêner la fluidité de votre poème.

La catégorie était donc tout à fait judicieuse pour nous conter cet amour pictural brisé par les foudres légales et parti en fumée. Avec les cendres de l'œuvre le génie du rapin restera hélas méconnu.

Une mini tragi-comédie en vers sur laquelle j'ai passé un bon moment.

   poldutor   
5/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour lucilius

Très belle poésie évocatrice de Claude Monet, mais dés le premier vers je pense que ce tableau n'est pas virtuel, n'est pas à attribuer à un peintre humain, mais il s'agit de la vue de la nature, que la fenêtre ouverte offre, sons et odeurs compris.
"une toile sans maitre"
"de son ruisseau chantant"
"....ses bouquets odorants"
Puis survient l'humain, un huissier qui détruit toute la sérénité de la scène...nous passons de la poésie pure à la brutalité, à la vulgarité.
J'ai bien aimé.
Merci pour ce moment de grâce.
Cordialement.
poldutor

   Davide   
5/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour lucilius,

Une inspiration très onirique... et de belles images qui nous emmènent loin, très loin de l'ordinarité, du quotidien.
La notion de "saisissement" mentionnée dans l'exergue est une qualité qui trouve écho dans ma conception de l'art, ou plutôt, dans mon ressenti. L'auteur l'aborde ici avec beaucoup de délicatesse.
Cette "toile sans maître" transpire la luxuriance et la quiétude, à l'image de l'idée que l'on se fait d'un beau jardin.

Une très belle première strophe qui met l'eau à la bouche.
Mais, les vers qui suivent - malgré quelques éclats poétiques - me paraissent plus convenus, sans réelle surprise. Bien écrits pourtant !
A mon grand regret, la narration prend vite le pas sur le lyrisme.
Cela dit, quelques beaux effets, dont ce vers : "Rendant subliminaux les pans de matité" pour signifier la corrosion de la signature, devenue illisible.

Une remarque : je ne comprends pas pourquoi ce passage au passé à partir du vers 12 : "Quand survint"...
Pour marquer la rupture ? Soit. Mais l'évènement (la saisie) est pourtant postérieur à l'émerveillement, non ?

Au reste, j'ai repéré 3 occurrences (volontaires ?) du mot "saisir", en plus de l'exergue :
"Impensable à saisir du bord de ma fenêtre"
"J'ai saisi son printemps, ses bouquets odorants"
"Saisir mon mobilier, me réduire à néant"
Je trouve habile d'avoir joué sur la polysémie de ce mot. C'est, à mon sens, ce qui fait tout le charme du poème.

Une belle lecture, agréable et "gentiment" surprenante,
Merci du partage,

Davide

   papipoete   
5/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour lucilius
J'ai trouvé tout à fait par hasard, un tableau sans maître, aussi l'ai-je adopté !
Qu'il était beau, accroché sous ma cheminée, ce jardin de Giverny, une pauvre toile orpheline...jusqu'au jour où l'on frappa à mon huis pour me prendre tout, sous les ordres de cet huissier ! et mon chef-d'oeuvre d'un artiste inconnu...
NB j'avais trouvé il y a fort longtemps, sous un tas d'immondices, toute une collection de livres précieux, que dame nature commençait à ronger ! Ils étaient si beaux, trop beaux au point que je finis par passer mon chemin !
Comment ne pas s'enticher d'un jardin de Giverny ( sans les hordes de touristes ) où tout n'est que plénitude et regret de n'être pas peintre... et adopter une toile ou une bête perdue, peut causer bien du chagrin quand elle retrouve son maître !
Vos vers coulent comme le ruisseau du village, et leur musique est si apaisante ! ( le 4e, le 8e et bien d'autres rutilent ! )
le 19e vers semble mesurer 13 pieds, et serait la raison du " contemporain " ?

   Vincente   
9/6/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le lecteur est invité à suivre un rapprochement original. Mais en disant "rapprochement", je m'aperçois vite que le terme ne sera pas adéquat. En fait il s'est plutôt agi ici de faire cohabiter des registres qui, sans être antagonistes, appartiennent à des domaines aux ressorts tout à fait différents. L'intention étant de permettre à chacun d'eux de puiser dans les ressorts de son partenaire d'expression en les excitant. Le procédé est courant en poésie, mais la difficulté étant d'éviter les égarements, il est sage de conjuguer deux champs, rarement plus. D'ailleurs, bien souvent les mélanges lexicaux font frémir les critiques quand l'auteur se permet quelques écarts hors de ces clous.

Dans ce poème, je me suis réjoui de me trouver plongé dans cet exercice. Pourquoi pas après tout, avec un peu d'audace, on peut repousser les limites…
L'exergue fait une annonce en jeu de mots mais, bien que pensant l'avoir saisi, je n'ai pas voulu vraiment croire (comme le narrateur qui devra tout de même s'y résoudre), en soi c'est une première réussite puisque j'ai aussi dû comme lui y croire.
Le titre, très bien, intrigue légère, sous-tension préliminaire opportune.
Ensuite doivent s'entendre dans un mariage arrangé, donc obligé : le lyrisme bucolique, l'ironie des jeux de mots (aux doubles sens assez inspirés, même très à propos, après l'exergue, "toile sans maître" "j'ai saisi son printemps" "Grisé de liberté dans son cadre…" bien trouvé l'oxymore, etc…), la terminologie cynégétique, judicaire, triviale ("un tilleul taquiné par l'abeille"), etc… L'ensemble trouve dans un surréalisme certain un épilogue tout en dérision, avec une prise de recul qui ne veut se prendre au sérieux mais qui laisse poindre beaucoup de désabusement.
Ce regard dans sa globalité m'a plu, mais je trouve qu'il y a bien trop d'ingrédients dans cette façon d'évoquer, de vouloir démontrer le détachement reconstructif du narrateur suite à cette regrettable expérience.

Je n'ai pas bien compris cette formulation finale "le jardin suspendu au conduit de fumée venait de lâcher prise" !? Est-ce pour dire (surréalisme quand tu nous teins !) que le jardin en toile sans maître dans son cadre était accroché au conduit de fumée (conduit de cheminée, mais…!) était parti en fumée…? Capillotracté non ??

Désolé, j'aurai bien voulu que l'audace m'emporte avec vous, mais ce sera pour une autre fois...

   Mokhtar   
6/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Cette volée d’alexandrin maintient de bout en bout une cadence soutenue, avec des vers retombant allègrement sur leurs pieds.

On sent de l’aisance dans la versification. C’est sans doute le rythme alerte qui a fait que l’auteur a avalé précipitamment, par inadvertance, son e non muet du vers 19.

Vénération et humour vont bien ensemble. Pour nous faire passer de l’enchantement au prosaïque. On l’imaginait à Babylone ou à Giverny, il échoue dans la suie.

Les pans de matité rendus subliminaux par la signature désuète ? Apparemment je suis le seul à ne pas avoir compris. On pourrait aussi chercher à améliorer les deux derniers vers, le tableau étant plutôt suspendu « dans le » que « au » conduit.

Joli et sympathique intermède que cette histoire…à chute.

   jfmoods   
6/6/2019
Le poème est composé de 6 quatrains en alexandrins, à rimes croisées, suffisantes et riches, majoritairement féminines et consonantiques.

Sa réussite tient à la mise en perspective du sublime (3 premières strophes) et du trivial (3 dernières strophes), du "saisissement" et de la "saisie" présentés dans l'entête.

Au prosaïsme, à l'absence de perspectives du quotidien ("du bord de ma fenêtre / Quand pianote le ciel sur ses carreaux vernis"), le tableau ("une toile sans maître") oppose la densité du rêve ("Belle comme un jardin ouvert sur Giverny"). Il ouvre la vigueur d'un imaginaire ("sa douce quiétude", "son ruisseau chantant sous des plantes en treille", "la forme alanguie, pleurant sa solitude / À l'ombre d'un tilleul taquiné par l'abeille") auquel le locuteur s'abandonne avec exaltation ("J'ai saisi son printemps, ses bouquets odorants / Grisé de liberté dans son cadre paisible, / Avant de m'envoler d'un élan fulgurant").

Point de basculement du poème, le vers 12 amorce, par le passé simple, un retour brutal dans le réel ("Quand survint le chasseur qui m'avait pris pour cible").

Là-haut, tout n'était que grandeur et harmonie. Ici-bas, ne subsistent que la petitesse, que les tracasseries administratives : ces dettes qu'il faut purger séance tenante ("Maître Lepastourec, huissier à Pont-Réan, / Venait, accompagné par la force publique, / Saisir mon mobilier, me réduire à néant ; / Créances impayées et délais fatidiques").

Ce tableau, dans lequel le locuteur s'était plongé corps et âme ("Je m'étais adjugé un peu d'identité / De l'artiste inconnu"), qu'il espérait conserver hors de portée des vautours ("soustraire [...] aux viles convoitises"), il va bien falloir, finalement, s'en dessaisir ("le jardin suspendu / Au conduit de fumée venait de lâcher prise").

Merci pour ce partage !


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