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Poésie libre
Luz : Dans la ville
 Publié le 20/02/20  -  13 commentaires  -  1275 caractères  -  185 lectures    Autres textes du même auteur

La mémoire s’accroche.


Dans la ville



1 – L’odeur de la menuiserie

les carreaux fendus
jaunis
ne reluisent plus à la lumière du soir
une araignée à petites pattes
niche
à l’intérieur de la serrure du portail
les lichens gris et verts colonisent
le panneau
FERMETURE DÉFINITIVE

cent soixante-quatre ans que les moellons soutiennent
les poutres de chêne entrecroisées

la sciure fine
colle
aux néons béants
aux abaques accrochés aux murs

la toupie ne toupine plus
l’abouteuse n’aboute plus

silence imparfait
l’écho
ne peut s’arrêter tout à fait

l’odeur de la menuiserie
encore
réchauffe l’air



2 – Les yeux au fond du verre

un homme voûté est accoudé au bar
il est grand
on ne connaît pas son âge

cheveux longs
jaune pâle à jaune paille
comme les tabourets
l’anisette
le tabac blond
les cacahuètes
les dents de Gaston

ses yeux sont vieux
ils plongent
se noient au fond
de son verre
Distillerie de la SALERS

il dit
qu’il a fini
de faire le tour de sa tête

comme la machine


 
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   Corto   
10/2/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ce poème ne semble pas assis sur une inspiration solide.
Les évocations sont formulées hâtivement, "la toupie ne toupine plus
l’abouteuse n’aboute plus". Difficile d'applaudir !

La seconde partie ne relève pas le niveau hélas.

Je ne me sens pas concerné.

Avec mes regrets.

   Brout   
20/2/2020
Bonjour.
J'aime beaucoup l'idée de transcrire la "fin de vie" de l'artisan. Cette mort qui se termine au fond d'un verre.
Par contre je n'aime pas la présentation, cette poésie en dents de scie donne au récit un rythme saccadé qui n'est pas le plus approprié.

Une prose poétiques aurait été à mon avis plus adaptée avec une diction lente qui suit la respiration

Mais bravo pour le choix de ce sujet. Un poète devrait être un humaniste avant d'être un faiseur de mots


(Nouvellement arrivé ceci est mon premier commentaire sur le site).

   papipoete   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Luz
dans l'atelier que nul bruit n'anime, tout est figé ; rien n'a bougé pendu au mur, ou près d'une machine s'apprêtant à usiner !
Il y a ça et là des outils que la poussière recouvre, couve telle une nichée qui jamais ne prendra son essor;
au café du coin, le menuisier qui n'est plus bon à rien, regarde sa vie défiler au fond d'un verre, sa pauvre vie d'inutile désormais...
NB l'atmosphère de l'atelier endormi sous la poussière, est bien rendue au point que se bouchant les oreilles, on croit entendre ronronner les machines, fermant les yeux on voit planer la sciure dans la lumière des néons... et son patron défait, se sentant moins que rien, attendre le jour où il retrouvera ses commis, ses apprentis, ses clients là-haut où la menuiserie tournera comme avant, à plein régime...

   Mokhtar   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Le thème de l’usine à l’abandon est cher à l’auteur. Un précédent texte, « l’usine qui n’usine plus » (que j’avais bien aimé) évoquait le délabrement d’un site métallurgique.

Ici c’est d’une menuiserie qu’il est question. Avec une évocation des vestiges de ce qui autrefois s’animait dans la poussière et le bruit. « Silence imparfait » : bien vu, les oreilles se souviennent. Et l’odeur demeure, prégnante, dans ces lieux qui font penser au pantin qui git, désarticulé, obscène, sans ses ficelles.

L’auteur choisit ensuite de faire un parallèle en décrivant une autre ruine : un homme. Tout aussi glauque. Tout aussi immobile. Tout aussi inutile. Tout aussi mort. Figé dans son jaune sale.
J’ai bien aimé ce rapprochement qui est parlant, évident.

Les derniers mots matérialisent la similitude des destins. Peut-être aurait-on pu trouver une image-une métaphore- un peu plus évocatrice. Enfin j’aurais écrit : Distillerie SALERS (qui est un nom propre).

Bravo et merci pour cet excellent texte.

   plumette   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Décidément, je suis sensible à votre univers, mais surtout à la manière dont vous nous le faites partager avec ces petits tableaux réalistes et très visuels. J'aime ce sens de l'observation qui attrape les petites choses qui en disent long.

ici, la présentation, la forme me questionnent. Moins poésie que prose poétique .

Et puis le titre est trop vague à mon goût, je sens plus un gros bourg qu'une ville.

J'ai été plus happée par la menuiserie abandonnée que par l'homme sauf cette strophe épatante!( c'est un mot désuet!) sur les cheveux et leur couleur.

   Pouet   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bjr,

Magnifique.
De simplicité, d'évocation, de dureté, de sentiments.
Tous les sens sont présents, on le ressent, ce ressentiment.
Le "haché" de la forme colle très bien au propos, le rabot rabote.
Rien à dire de très constructif, si ce n'est que je trouve cela TRÈS réussi.

   hersen   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je regrette la numérotation des deux parties, car à mon avis elles enlèvent de cette continuité, ou conséquence de l'une par rapport à l'autre.
ça, c'était juste pour râler. :))

Sinon
sioui plutôt, car c'est une texte d'une très grande humanité, de l'impression de vide total lorsqu'un artisan doit lâcher ses outils pour s'enfoncer dans la retraite.
naturellement, on peut regretter que cet artisan n'ait vu que cette possibilité, celle de s'installer au café du coin jusqu'à la fin de ses jours alors qu'il y a tant de gestes à transmettre pour qu'ils ne meurent pas, tant de matières à faire vivre qui sont en passe d'être oubliées.
Mais ce qui est important ici, ce n'est pas le choix de l'auteur, mais plus ce vide si bien retranscrit. Et c'est cela qui doit porter à la réflexion, sous quel angle prendre sa vie pour qu'elle continue ensuite au travers des autres ?
ici, nous avons le constat d'une impasse qui rend malheureux celui qui se l'est fabriquée en se réfugiant au fond de son verre.

merci, luz, de ce texte où transparaît unefois de plus ta sensibilité.

   Vincente   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai beaucoup aimé le final, ces quatre derniers vers qui justifient la modeste simplicité dans les termes et le regard des deux lieux évoqués. Perdu dans la ville, cette perdition : un atelier qui ne "tourne plus" et la pensée du vieux menuisier qui "dit / qu'il a fini / de faire le tour de sa tête". Un cycle qui s'achève dans l'espace tourneboulé de "la ville", où seule cette mémoire particulière tente une dernière accroche.

La mise en page se veut "rigoureuse", enfin disons plutôt technique (deux chapitres numérotés, des majuscules pour le panneau annonçant "FERMETURE DÉFINITIVE", et ce titre annonçant le lieu clinique de la scène), presque mécanique, mais l'avance est à dessein un brin chaotique. Tout ça est bien adroit, mais peut-être un peu trop volontaire dans l'attitude expressive, à la limite du trop démonstratif, comme si les "modestes" mots ne suffisaient pas à créer l'atmosphère regrettant.

Très sympathique cette formulation : "la toupie ne toupine plus".
Je trouve très parlant et juste ce "silence imparfait".
De même ces deux vers images consécutives se rappelant : "les cacahuètes / les dents de Gaston" (dents de vieux fumeurs comme des cacahuètes… de quoi vous dégoûter d'en manger avant un bout de temps !).
Très forte sensation aussi à la lecture de cette strophe, une perception qui vous attrape toujours quand vous entrez dans un vieil endroit où l'on travaillait, où l'on travaille encore, le bois.
"l’odeur de la menuiserie
encore
réchauffe l’air
"

La scansion de cette versification échevelée en libre est bien appropriée dans un adroit agencement.

Mais il me manque quelque chose assez sensiblement, sûrement dépendante de mon passé, qui se situe dans l'adoption du personnage du vieux menuisier. Ce Gaston est un peu archétypal et justement, ce bonhomme qui se recroqueville dans son bar, semble-t-il habituel, me dérange un peu. Certes de nombreux menuisiers taquinaient régulièrement la bouteille, se retrouvaient au bar et tiraient sur leur tabac blond, mais ces "caractéristiques", assez indûment lieu commun je vous assure, n'ont jamais été celles qui me les rendaient "attractifs", au point de m'avoir séduit, jeune, et de me décider à devenir menuisier.
J'aurais préféré que le poème chante les mains qui se figent et interdisent l'épousaille avec la matière noble et singulière, la réflexion qui s'égare pour penser l'ouvrage à venir, etc… enfin autre chose que le bar comme échappatoire.

   Stephane   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La solitude d'un homme seul qui assiste, impuissant, à la lente agonie de son métier avec, sans doute en arrière-plan, l'idée sous-jacente de ne pas avoir su - ou pu - donner le relais pour que la menuiserie perdure après son passage.

Cette solitude, la nostalgie du temps passé est admirablement décrite et je salue votre écriture.

Personnellement - et si je puis me permettre - j'aurais juste retiré "les dents de Gaston" qui ne colle pas véritablement à l'ambiance du poème, mais ce n'est que mon avis.


Merci à vous,

Stéphane

   Cat   
21/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un tableau pris sur le vif à la fin d'une vie, qui entraîne la déchéance d'une autre vie.

Il ne manque rien au décor, ni la lumière particulière d'un atelier où se travaille le bois, ni les odeurs de sciures, ni les relents du passé, ni les sentiments...

A coups de phrases expirées dans un souffle rauque et saccadé, comme un souffle qui retiendrait ses sanglots, les souvenirs se parent du vécu avec une incroyable précision – celle du burin, j'ai envie de dire - pour nous donner à voir ce qui a été...

Devant tant de réalisme, les yeux en ont pris plein les mirettes et le cœur à vibré.

Bravo, et merci Luz.


Cat

   Donaldo75   
21/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Luz,

Je ne suis pas un fan de cette forme, en général, mais dans le cas présent il y a une tonalité qui m’a bien plu. Les premiers vers lancent bien le poème, installent l’ambiance.

« la toupie ne toupine plus
l’abouteuse n’aboute plus »

Ces deux vers constituent le moment de drame dans cette première partie.

Je n’ai pas été aussi sensible à la seconde partie, en particulier la description de l’homme au bar. Seule la fin donne du sens à cette partie et c’est dommage que la tonalité de départ se soit évaporée.

   Robot   
21/2/2020
En première lecture je n'avais pas aperçu la correspondance entre les deux textes.

A la réflexion, l'idée de la description des deux déchéances est intéressante mais il me semble qu'il aurait été judicieux d'intercaler les deux évènements en strophes alternées plutôt que ces deux chapitres successifs.

Par contre le titre est assez peu évocateur des deux sujets. j'aurais bien vu: Déchéance.

   Lariviere   
29/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Salut Luz,

J'ai beaucoup aimé le ton et l'atmosphère de ce poème. La gestion de cette trame narrative en 2 volets m'a paru bonne même si j'ai regretté l'utilisation de cette numérotation... peut être que des vers- chevilles pour articuler les deux parties auraient été plus poétique, mais c'est un simple avis.

Sur le fond et sur la forme, je suis rentré avec plaisir dans l'évocation teinté de nostalgie de ce vieux menuisier poussé vers la sortie par une époque qui ne jure plus que par le mobilier en kit de scandinavie...

J'ai regretté aussi le titre qui me semble peu judicieux, même si il parle bien du fond, mais je le trouve assez peu efficace pour une "enseigne" de menuiserie, de cordonnier ou d'autre métier du même type, qui ont eu leur présent et qui ont leur passé... Comme j'ai trouvé dans ce texte une certaine construction en clair obscur (sur fond et forme) qui correspond bien à l'atmosphère de G. de la tour, j'aurais bien vu un titre simple comme "le menuisier" ou un truc du style (le vieux menuisier contre fantomas, par contre, ca aurait été trop audacieux !)...

Bravo pour cette belle évocation ; les vers et les images sentent la sciure de bois, la sueur de l'ouvrage et aussi quelques larmes...

Merci pour cette lecture et bonne continuation.


Oniris Copyright © 2007-2020