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Poésie libre
Luz : Les fusillés
 Publié le 12/11/19  -  16 commentaires  -  872 caractères  -  215 lectures    Autres textes du même auteur

Un matin de printemps, si loin de nous déjà...


Les fusillés



La lame grise de l’aube déchire le voile de la nuit.
Peu à peu, le vent léger
découvre la rosée luisante des fougères.

La bouche du soleil se fend,
brisant le silence d’une clarté fragile ;
l’orient étire le pourpre de ses ruisseaux
sur l’horizon qui tremble.

Les oiseaux dispersent leurs chants.

Rafales d’aciers ;
tombent les fusillés aux flancs des Margerides.

Les cris, les moteurs ;
les camions bâchés
s’éloignent ; le temps
s’hypnotise.

Ne subsistent qu’une amère tiédeur
et le bruissement des feuilles au-dessus de la source.
Les criquets aux ailes rouges
volent par petits bonds sur l’herbe,
tout près des corps enlacés à la terre.

Le vent doux caresse leurs cheveux de lumière.


 
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   papipoete   
21/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
libre
l'aube semble entrouvrir le ciel, pour que la nature ne voit pas trop bien la scène qui va se jouer : des hommes vont être fusillés !
Des rafales d'acier fendent l'air, et bientôt tout ici redevient calme ; seul le bruissement des feuilles rompt le silence...
NB tel un décorateur de théâtre, l'auteur installe la scène d'un drame qui se trame ; chaque bruit est à sa place, chaque moment vivant éclaire celui où l'on ôte la vie.
L'entame est fameuse ; on croit ouvrir un rideau de scène, pas trop, juste pour apercevoir...
Chaque strophe a sa pépite , et l'on vous lit, ébahi...
papipoète

   Gemini   
28/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Excellent.

La construction est admirable. On a d’abord ce cadre matinal, routinier, bucolique, d’une grande poésie. Puis, la fracture entre ce lever du jour serein et la fusillade qui est terrible. L'action, courte : deux vers pour les tirs, quatre pour la fuite, traduit bien la brutalité des exécuteurs.
Enfin, le retour à la normale ; la nature reprend ses droits sur un lieu que l’homme a profané par sa stupidité.

Le tout est exprimé sans manières, avec une simplicité qui rajoute à l’horreur de la scène.
Toute la poésie qui entoure le massacre le rend encore plus odieux.

On croit parfois reconnaitre une plume. Je m’en fais le pari pour celle-ci.

   Hananke   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Un texte qui ne peut qu'emporter l'adhésion, évidemment. Comment
rester insensible devant ces actes de barbarie dédouanés par la guerre
et ses permis de tuer.
Mais c'est bien écrit, la scène du théâtre au milieu d'une Nature
qui s'en fiche est bien réelle.
Après une introduction par l'aurore, l'auteur nous dévoile une triste
réalité, le contraste est saisissant.
Rien à dire d'autres que ce superbe dernier vers.

   Vincente   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pas grand-chose ne sort de notre bouche bée.
Si la première strophe installe une image légèrement convenue, il nous apparaîtra rétrospectivement que l'auteur l'a placée à dessein.
La deuxième est très belle, ornée en particulier de ces deux vers :
"l’orient étire le pourpre de ses ruisseaux
sur l’horizon qui tremble.
"

Le vers isolé suivant suspend le temps comme le ferait une respiration inquiète qui sent un danger imminent.

Et puis quatorze lettres "d'acier" se plantent au cœur du poème comme les balles tirées. Des corps tombent, anonymes gens pour le lecteur et pourtant déchirants personnages que l'advenue immonde vient de nous rendre si proches. Ils auront dans le poème une présence fugace, pudeur de l'évocation, force de l'affirmation, la plume s'écrase dans cette fulgurance d'horreur imbécile.

Ensuite, le lieu retrouve dans une promptitude "détestable" sa douceur et sa normalité ; tout ça est trop insupportable, serait-ce si négligeable ces vies supprimées comme si insignifiantes ?

Un seul mot, un lieu, "Margerides" nous cible l'évènement et lui donne existence prégnante afin que tous les autres mots , du poème, mais aussi d'autres évocations de ces exactions, prennent corps de leurs faits et actes dans notre considération. Il se résume là la façon ardente, mais sobre et engagée, de l'auteur pour évoquer ; je salue cette modestie dans l'expression, une grandeur dans l'attention.

L'auteur fait œuvre de mémoire, nécessaire, indispensable, il a choisi de faire œuvre poétique pour l'inscrire avec une force toute réaliste bien qu'imagée, gageons que "l'incrustation" en notre chair aura trouvé une voie très affirmée pour chacun.

Ah une dernière chose, dans le beau dernier vers, j'ai trouvé très inspiré ces "cheveux de lumière" qui peuvent se lire de deux manières : "caresses de lumière", superbe, et "cheveux de lumière" au sens très évocateur de fils de lumières comme autant de fils de vie qui restent présents envers et contre la négation, dans l'au-delà des mémoires.

   BlaseSaintLuc   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
l'histoire avec un petit h mérite bien un poème

l'hommage de luz est superbe voici le récit et les noms des "fusillés"


« A 14 heures, des coups de feu éclatent sur la route de Saint-Flour (...) ; le jeune Boulet tout essoufflé arrive en criant : "Les Allemands sont là." Les premières victimes civiles, René Claude et Henri Rousseau, viennent d’être abattues sous les yeux du jeune Boulet à moins de deux kilomètres de là. Une colonne allemande d’environ 250 hommes atteint le bas de la côte qui mène au bourg de Ruynes-en-Margeride. Le garde champêtre Vital Boulet donne à son tour l’alarme. Les hommes jeunes et valides se terrent dans les ravins proches. La colonne aborde le village selon des ordres précis. Les Allemands vont s’y livrer à un véritable massacre.
Deux maisons flambent déjà ; dans la première deux enfants malades sont jetés hors du lit. Mme Simone Barlier est abattue dans son jardin ; un peu plus loin c’est le tour de Dominique Tanari, réfugié marseillais de soixante-quatre ans, qui coupe son bois. De toutes les maisons les hommes sont poussés au hasard jusqu’à la fusillade. Avenue de la gare, tombent le percepteur Lucien Fabre et Louis Munery (vingt-cinq ans), gendre du propriétaire de l’hôtel. Plus loin, l’instituteur Jean Chalvet, arraché à son école, est emmené avec Emile Drigout (quarante ans) et le garde-voie Adrien Cosson ; ils sont fusillés à l’entrée d’un pré. Autour de la place de l’église tombent Marcel Bénézit, professeur au lycée de Montpellier, deux gardes-voies Pierre Chabrier et Florimond Delin et un enfant de huit ans, Elie Barrier. Le long de la rue principale le spectacle est le même : "terroristes, terroristes " est le seul prétexte invoqué et jeté comme une injure. Les cadavres s’égrènent le long du chemin bordant la ferme Roche, où sont poussés le forgeron François Achalme, le postier Marius Bénézit, le boulanger Félix Blanquet (soixante-quatorze ans), le plombier Alexis Coq, Emile Kaizer, chef de secteur à la compagnie hydro-électrique, Francis Séronie receveur des contributions indirectes, Raymond Lecomte chef de district et deux jeunes étudiants, Robert Pichon et Georges Cayron. Guillaume Pichon, le père de Robert, agonisera deux jours. »

(sources:Le Maitron dictionnaire biographique fusillés guillotinés exécutés massacrés 1940/1944)

   hersen   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Luz,
Tu réussis fort bien, dans ce poème, la force de la poésie sous tes mots;
Elle est d'autant plus forte que tu parles d'un sujet qui n'est guère à l'honneur de l'Homme, capable de toutes les boucheries;

Si ton texte ne laisse aucun doute sur date et lieu, il revêt cependant une universalité : la guerre, c'est toujours comme ça que ça se termine, et le prix à payer raye d'un coup la notion de gagnant ou de perdant; personne ne gagne à "ça", à cette horreur, qui pourtant se perpétue tout autour de la planète.

Une écriture toujours au top, un vrai libre; il fallait bien ça pour ne pas emprisonner le sujet.

   Pouet   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Slt,

un poème très visuel, poétique, et "coloré" pour un sujet difficile. On a le son et l'image.

Ce passage:

"Rafales d’aciers ;
tombent les fusillés aux flancs des Margerides.

Les cris, les moteurs ;
les camions bâchés
s’éloignent ; le temps
s’hypnotise."

descriptif et pragmatique semble pris en étau par la poésie bucolique du reste, ce qui le rend d'autant plus percutant.

C'est très bien fait, je trouve.

   Provencao   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quel bel écrit!!!!Un grand merci pour ces beaux vers exprimant si gravement l'inoubliable injustice du sort fait aux humains par des humains !

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   Lebarde   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un sujet très noir qu'on voudrait ne jamais revoir et qu'on aurait jamais voulu connaitre que la qualité d'écriture de ce poème ( comme un vieux film en noir et blanc, colorisé!) met en valeur pour le rendre supportable en choisissant les mots et plaçant quelques touches vives couleur sang:
"s'étire le pourpre de ses ruisseaux"
"les criquets aux ailes rouges"

Par ailleurs l'atmosphère est glaçante, les images incisives comme des lames et percutantes comme des balles.

Beau travail et belle écriture: l'objectif est atteint.
Bravo.

Lebarde

   grandin   
14/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pendant que j'appréciai ce texte pour ses descriptions de l'aube, la brièveté de l'acte :
---Rafales d’aciers ;
---tombent les fusillés aux flancs des Margerides

, la mélodie des mots révélatrice de l'âme, et le coup de grâce:
---Le vent doux caresse leurs cheveux de lumière---
je n'ai pu que regretter (encore!) la carence de rimes.
Pourtant je ne sais si l'émotion que vous avez réussi à faire partager aurait pu être si forte.
Je noterai Beaucoup +++

   Raoul   
13/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
J'aime beaucoup ce texte.
Sa nécessité est évidente, au delà de la mémoire, et que la promenade en forêt fait resurgir.
J'"apprécie" l'irruption de la violence dans le paisible. C'est limpide, c'est juste - une réserve toutefois sur l'inversion de "tombent" que trouve un peu... trop - c'est équilibré, et ce n'est ni simple ni gratuit de juxtaposer la beauté du monde - sans homo sapience - et ce qu'est capable d'y faire l'homme.
Un lieu, qui là, n'a pas perdu - ou à retrouvé - sa mémoire sensible.
Une composition très juste.
Merci pour ce poème auquel le libre va particulièrement bien.

   jfmoods   
13/11/2019
La guerre est un thème qui a été maintes fois traité par les poètes. Comment Luz dénonce-t-il ici la barbarie à l'oeuvre ?

Ce poème en vers libres s'articule en trois parties.

La première (vers 1 à 8), cinématographique, ouvre, au coeur de la nature ("la rosée luisante des fougères", "Les oiseaux dispersent leurs chants"), un horizon d'attente (vers 1 : "déchire le voile de la nuit", vers 2-3 : "Peu à peu, le vent léger / découvre") sur lequel semble déjà planer le spectre de la violence ( allégories des vers 1 et 6-7 : "La lame grise de l'aube", "l'orient étire le pourpre de ses ruisseaux / sur l'horizon qui tremble", personnification du vers 4 : "La bouche du soleil se fend", participe présent du vers 6 : "brisant le silence d'une clarté fragile").

La seconde partie (vers 9 à 14) met en scène l'événement préparé par le titre ("Les fusillés"). Dans le Massif Central (vers 10 : "aux flancs des Margerides"), des hommes vont être passés par les armes. L'antéposition du verbe (vers 10 : "tombent les fusillés") appuie sur cette mécanique impitoyable du massacre dont le poète rend compte en un rythme haché, précipité (points-virgules des vers 9, 11 et 13, raccourci métonymique du vers 9 : "Rafales d'aciers", construction nominale du vers 11 : "Les cris, les moteurs", rejet des vers 12-13 "les camions bâchés / s'éloignent"). Une fois le crime commis, les bourreaux s'enfuient comme des lâches. Si "le temps / s'hypnotise" (vers 13-14), c'est pour tâcher d'oublier le traumatisme de cette barbarie.

La dernière partie du poème (vers 15 à 20) voit la nature reprendre ses droits (locution restrictive des vers 15-16 : "Ne subsistent qu'une amère tiédeur...", vers 16 : "le bruissement des feuilles au-dessus de la source", vers 17-18 : "Les criquets aux ailes rouges / volent par petits bonds sur l'herbe") et tisser avec les hommes morts et abandonnés là une douce complicité (vers 19 : "des corps enlacés à la terre", vers 20 : "Le vent doux caresse leurs cheveux de lumière").

À ce stade, le lecteur pense à un autre poème de Luz auquel celui-ci semble faire étrangement écho. Dans le cadre du concours n° 26 (centenaire de l'armistice 14-18), le poète proposa en effet un texte sur le sort funeste d'un soldat usé jusqu'à la corde par le carnage journalier de la guerre (http://www.oniris.be/poesie/luz-mutin-de-17-concours-7692.html). Les hommes exécutés ici seraient-ils, eux aussi, des mutins ?

Merci pour ce partage !

   STEPHANIE90   
13/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour luz,

une poésie magnifique sur un sujet qui est bien triste et réaliste. J'ai aimé votre façon de nous faire ressentir l'ambiance. Dès le premier vers, on sent que quelque chose se prépare. On visite les lieux, ce paysage qui s'offre à nous, un paysage comme l'on pourrait en voir très souvent en pleine nature si l'ambiance y était plus sereine.
La deuxième strophe est ma préférée avec "La bouche du soleil se fend" et "l’orient étire le pourpre de ses ruisseaux sur l’horizon qui tremble"; cela annonce la couleur rouge sang de ce qui va suivre avec une retenue bien fondée.
La suite dans le vif du sujet, fait un peu l'effet d'une bombe, de rafales, c'est vraiment bien vu avec pour clore : "le temps s'hypnotise." En effet, impossible de revenir en arrière, l'histoire est faite !!!
L'image "des criquets aux ailes rouges" est original et ramène le lecteur à une scène de nature qui se moque un peu, beaucoup de la bêtise humaine. Lol !
En tout cas, bravo à vous, j'ai beaucoup aimé votre poésie libre. Merci pour la lecture,
Stéphanie

   Donaldo75   
14/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Luz,

Il y a une atmosphère pesante dans ce poème; elle est compréhensible au vu du thème mais je le souligne car ce n'est pas évident de réussir à l'installer. Je ne dirais pas - parce que je le dis souvent, j'avoue - que ce poème est cinématographique mais il est très évocateur. Au lieu d'essayer de visualiser la scène, le lecteur est guidé par les mots et n'a plus besoin de son écran cérébral pour imaginer le tableau.

"La bouche du soleil se fend,
brisant le silence d’une clarté fragile ;
l’orient étire le pourpre de ses ruisseaux
sur l’horizon qui tremble."

Ces quatre vers illustrent ce que je viens d'expliquer. Je ne sais pas s'il y a besoin de disserter plus longtemps sur cette poésie. D'autres le feront bien mieux que moi, mettront de la technique et de la logique, du cartésien et du littéraire dans leur commentaire. Pour ma part, je me contente de baisser mon chapeau.

Bravo, poète !

Donaldo

   emilia   
14/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dès le premier vers, « la lame (qui) déchire… » laisse présager un drame, les verbes qui suivent enfoncent encore le clou (fendre/briser/trembler/disperser) ; deux mots explicites le décrivent dans toute son horreur « « rafales d’acier » et tout est déjà fini quand « tombent les fusillés… » et que « le temps s’hypnotise » après la fuite des tueurs… ; la terre « enlace » les corps, le vent « caresse leurs cheveux… », comme s’il n’y avait plus que la nature et sa toile couleur sang pour les accueillir avec douceur dans la « lumière » face à la barbarie humaine ; merci à vous de permettre de ne pas les oublier…

   troupi   
17/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je connais un endroit en Lozère où des résistants furent fusillés.
Je m'y suis promené quelquefois et ce poème par son ambiance m'y a brusquement transporté.
Je retrouve tout de ce lieu qui invite à la méditation sur la malédiction des hommes si prompts à juger et tuer dans certaines circonstances, pour certaines idées.
Reste après leur passage une nature qui se moque bien de leurs basses préoccupations.
Tout est bien dit dans ce poème.


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