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Poésie classique
Miguel : Fable de la Mouche et des Dieux
 Publié le 11/01/12  -  24 commentaires  -  1429 caractères  -  456 lectures    Autres textes du même auteur

Un récit, des animaux personnifiés, une morale, bref les ingrédients de la fable, à quoi on a tenté d'ajouter un peu d'humour.


Fable de la Mouche et des Dieux



L'Abeille recevait la louange des dieux,
Lorsqu'une mouche bleue et grasse de sanie,
Se jugea par ce coup victime d'avanie,
Et tint cette harangue aux habitants des cieux :
"Quel beau talent (qu'on me dénie),
Vaudrait à l'abeille ma sœur
Plus qu'à moi-même cet honneur ?
Ne suis-je pas vive autant qu'elle ?
Ne fends-je pas l'air de mon aile ?
N'ai-je pas comme elle un doux chant ?
Ne piqué-je pas le méchant ?"
L'abeille n'entend point ; dans sa hâte zélée
À chercher en tous lieux son précieux butin,
Peu sensible aux honneurs de l'auguste assemblée,
Elle vole déjà dans l'air frais du matin,
Parmi les champs fleuris de lavande et de thym.
Mais voici qu'au cœur de la ville
Un caniche accroupi répand sa trace vile,
Ornement incongru d'un paisible trottoir,
Où le pied du rêveur, souvent, se pose et glisse…
Notre Mouche aussitôt s'y porte avec délice,
S'y plaît, s'y plonge, il faut la voir,
Et de tant de splendeur s'étonne et s'émerveille.
L'hilarité des dieux secoue alors le ciel :
"Voyons de cette fleur ce que sera le miel,
Et tu pourras briguer les lauriers de l'Abeille !"

Comme l'insecte immonde, ainsi plus d'un mortel
Se croit digne en tous points de la faveur divine :
Tel faiseur de chansons pense égaler Racine,
Tel barbouilleur de murs se prend pour Raphaël.


 
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   socque   
2/1/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Bon, la morale est assez facile, mais pourquoi pas. Ce qui me gêne, c'est que la fable établit de fait une hiérarchie entre la mouche et l'abeille, parce que l'une produit quelque chose d'utile à l'homme... Or, pour moi, sous le soleil l'une et l'autre ont autant le droit d'exister et qu'on s'émerveille dessus, parce que le vivant est quelque chose de vachement chié (si j'ose dire).

Du coup, c'est le fondement de tout le texte avec lequel je ne suis pas d'accord.

Pour la forme, ça me paraît vraiment bien fichu, les vers coulent comme de source.

   Meleagre   
2/1/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Une fable amusante, avec une histoire et des personnages que n'aurait pas reniés La Fontaine.
J'aime surtout la chute de l'histoire avec la réponse des dieux, et la morale. Ces quatre derniers vers sont remarquablement bien écrits, notamment "Tel faiseur de chansons pense égaler Racine, / Tel barbouilleur de murs se prend pour Raphaël", qui aurait sa place dans un recueil de citations ou de morales.

Sur le rythme, c'était une bonne idée d'écrire les paroles de la mouche en octosyllabes, qui leur donne plus d'allure et de vivacité dans cette succession d'alexandrins. Mais je trouve dommage que d'autres octosyllabes ("Mais voici qu'au coeur de la ville", "S'y plaît, s'y plonge, il faut la voir") s'immiscent, sans raison apparente, dans le récit.
Sur les rimes, je trouve un peu étrange de faire alterner des rimes suivies(v. 6-11), des rimes croisées (v. 12-15) et des rimes embrassées (les 4 derniers vers, par exemple). Surtout que certaines rimes viennent clore trois vers : sanie, avanie, dénie ; butin, matin, thym. Je pense qu'une plus grande régularité dans la disposition des rimes donnerait plus de fluidité au poème.

J'aime bien l'histoire, je disais, mais je trouve certains passages maladroits ou un peu répétitifs. C'est le cas notamment du discours de la mouche, que je verrais bien amputé d'un vers ou deux. La parenthèse "(qu'on me dénie)" n'apporte pas grand-chose ; l'inversion du sujet, répétée 4 fois, est un peu lourde, et je ne sais pas si le jeu de mots ("ne fends-je pas" / fange) est fait exprès.
Aussi, je trouve que, dans la phrase dont le noyau est"elle vole", il y a trop de compléments circonstanciels et d'appositions, on s'y perd un peu. Il faudrait peut-être en supprimer ou en alléger un ou deux. De plus, l'expression "dans sa hâte zélée / A chercher..." me heurte un peu : je ne sais pas si elle est grammaticalement correcte (zélé à faire qqc ?), en tout cas, elle est assez étrange.
Au début, "Se jugea par ce coup victime d'avanie" n'est pas très heureux à mon goût : "par ce coup" fait un peu vieillot, et "avanie" est assez excessif.

Bref, une bonne idée, une histoire assez bien trouvée et une morale bien écrite ; mais je pense qu'il y a encore quelques petits défauts à corriger.

   Anonyme   
3/1/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut ô fabuliste Onirien ! Je trouve cette fable plus que fort bien tournée et si je ne vais pas jusqu'au superlatif "fabuleuse" c'est uniquement pour éviter la redite... Bref ! Une super écriture classique sans la moindre faille, tout au moins je n'en ai point discernée, et comme très souvent chez Jean de la Fontaine, quelques discrets octosyllabiques font bon ménage avec les augustes alexandrins...
La Mouche et l'Abeille sont parfaites dans leurs rôles et la métaphore qui tient lieu de morale est on ne peut plus vraie... sans aller chercher bien loin ! Bravo à l'auteur dont je subodore l'identité... mais je peux me tromper !

   pieralun   
5/1/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bravo! Digne de La Fontaine: je le pense vraiment.
On peut légitimement penser que la fable ne fait plus partie de l'arsenal de la poésie d'aujourd'hui.
Personnellement, cela m'importe peu. Je ne regarde que le plaisir de la lecture, le voyage qu'elle me propose et qui m'emporte, la qualité sonore, tant au niveau du rythme que des sons eux mêmes.
J'ai trouvé l'intégralité de ce que j'attends dans ce poème.

* l'anecdote est bonne et la "morale" qui en découle l'est également:on y trouve de la poésie sur certains vers, de l'humour sur d'autres......

* le rythme est excellentissime: alternance d’alexandrins et d'octosyllabes sans la moindre rupture, la moindre contrainte.

* de jolis mots, de belles images, voire cocasses lorsqu'elles le sont moins

* la chute est parfaite, belle, et riche en réflexion sur notre art moderne

Le tout est servi par une prosodie parfaite.

J'avais également écrit une fable à l'abeille il y a........, elle avait fait l'objet d'un vif succès, mais celle-ci la balaye largement et sur tous les points.
D'aucuns penseront ce qu'ils voudront de la forme qui peut paraître surannée, mois je dis qu'à ce niveau de qualité, toutes les formes de texte méritent d'êtres encensées.

   Anonyme   
11/1/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
"Voyons de cette fleur ce que sera le miel,
Et tu pourras briguer les lauriers de l'Abeille !"

Pas de souci pour toi, Michel, tu peux sans honte les briguer.

L'écriture est délicieuse. Bucolique, humoristique.
On pense bien sûr à La Fontaine ou à Florian. C'est à mon goût du même niveau.
Mine de rien, le dernier quatrain rend cette fable très actuelle et un tantinet subversive.

   Lagomys   
11/1/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Voilà une fable scatologique remarquablement emmenée jusqu'à une morale ma foi bien torchée !

Il faut, bien sur, s'abstenir de tout ergotage entomologique sur cette mouche protéiforme : bleue (à viande) de sanie, coprophage (plutôt verte normalement), qui pique (!).

Ça n'a aucune importance car c'est l'idée qui prime, d'autant qu'elle est traitée d'une façon magistrale : vocabulaire choisi, rimes généreuses, ton malicieux, le tout irréprochable.

J'ai adoré la cocasserie du récit des ablutions…

Réjouissant,

Lagomys Scarabaeus laticollis

   Anonyme   
11/1/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
N'étant point technicien pour vous reprendre ou vous encenser, je me contenterai modestement de vous féliciter.

Pour apporter ma pierre à l'édifice du commentariat, je vous donnerai cette unique précision : je me suis particulièrement amusé de ce terme "zélée", en cet endroit si bien placé qu'il me semble y percevoir une contraction de "zzz" et de "ailée", si parfaitement construite qu'elle s'abstient même de néologiser.

Je puis vous suivre dans la morale, pour autant qu'on ne s'attarde que sur l'acte de créer le miel et qu'on ne perçoive point en la mouche une inférieure de la création, ce qui ne semble pas être le cas, puisque de l'abeille la mouche est dite sa sœur (bien que ce ne soit qu'elle même qui le prétende).
Aussi, qu'un insecte puisse, d'une aussi étrange fleur, produire un nectar serait, vous me l'accorderez, bel exploit à saluer.
D'ailleurs, s'agissant des fleurs, il en est de superbes qui se nourrissent de fumier.
Et pour terminer, je dirais qu'il n'y a d'immonde que le regard que l'on porte sur les êtres, si bleus et pourtant si peu nobles qu'ils puissent être.
Je me permets donc d'apporter un léger bémol à cette morale qui pourrait, avec mauvaise intention manipulée, devenir assez douteuse.

   Anonyme   
11/1/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Comme l'insecte immonde, ainsi plus d'un mortel
Se croit digne en tous points de la faveur divine :
Tel faiseur de chansons pense égaler Racine,
Tel barbouilleur de murs se prend pour Raphaël

Pour ma part, je n'aime pas tellement cette morale qui ne me semble pas (c'est tout à fait personnel) s'adapter à la fable. J'aurais préféré quelque chose du genre
``Il ne faut pas juger sur les apparences, elles sont souvent trompeuses. et ça que l'on soit dans le crottin ou la lavande. Je pourrais élaborer longtemps mais je me dois de respecter la charte (sourire)
La forme cependant est excellente. Devra-t-on vous appeler Martinez De La Fontaine maintenant? Un texte qui se lit facilement et avec une pointe d'humour que j'apprécie.

   Mona79   
11/1/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est une très bonne fable et l'alternance du rythme en renforce les vers, comme il se doit dans une fable bien pensée (voir Jean de La Fontaine). C'est ainsi que l'on doit procéder. Il semblerait que ce genre très classique offre une certaine liberté prosodique, mais il n'en est rien et Michel Martinez respecte à merveille les règles imposées.

Quant au fond, il est subtilement coquin : cette mouche fait son miel d'étrange façon, mais ma foi à chacun ses goûts !

De celui de l'abeille, vous m'en remettrez bien une tartine !

   Charivari   
21/2/2012
Bonjour.

Un texte vraiment très bien écrit (même si j'avoue que j'ai un peut tiqué sur "fends-je" qui ressemble trop à "fange"), mais je dois dire que je ne suis absolument pas d'accord avec la morale de cette fable... A vrai dire, la dernière strophe m'a fait un peu bondir...

Tel faiseur de chansons pense égaler Racine
Tel barbouilleur de murs se prend pour Raphaël
tout cela avec le message suivant -> tout le monde n'est pas digne de la faveur divine.

Je trouve cela parfaitement élitiste, désolé, et pas juste parce que je suis moi-même faiseur de chansons (rires...)

Non, plus sérieux : Y a-t-il une hiérarchie chez les hommes aux yeux du divin ? Certains plus "nobles", touchés par la grâce, et d'autres plus "vulgaires" ? Le barbouilleur de murs n'est-il pas plus utile que Raphaël, au bout du compte ? Moi qui croyais que toutes les créatures étaient égales aux yeux du "divin", faut croire que je me suis trompé (mais bon, je note qu'ici, ce sont "les dieux" pas "le Dieu", donc je fais attention à ne pas faire de parallélisme hors-sujet...)

Bref : personnellement, j'aurais aimé une fable décalée... Une abeille snob qui se moque de la mouche à m.... Mais à la fin, la mouche recycle les déchets, c'est elle qui est utile, et l'abeille ne sert plus à rien, aujourd'hui qu'on a la betterave pour faire du sucre, et qu'on n'a plus besoin de bougies pour s'éclairer...

Je mets un "très faible" parce que j'estime que les fables doivent nous délivrer une morale, et là, je trouve que c'est l'effet inverse : cette histoire ne fait que justifier l'inégalité entre les hommes et l'élitisme culturel-social.

   Scipio202   
11/1/2012
Atchoum !...

En poésie classique, quatre choses. Deux voyelles ne se suivent jamais sans qu'il n'y ait une consonne entre les deux, afin de faciliter la diction. Question de fluidité.

Ensuite, lorsque l'on écrit un chant, ou va-t-on dire une longue strophe (j'avoue que pour le coup je ne connais pas le terme technique), il faut reprendre toujours le même modèle : AbAb ou AAbb ou AbbA, et le répéter (de préférence ... c'est presque toujours AAbb). Alterner d'un modèle à l'autre en court de strophe déstabilise la force de la rime.

De plus, on évite tout enchâssement : la rime tombe à la fin d'un vert, la fin du vert est la fin d'une proposition, c'est une question de métrique rationnelle. Tic-toc, tic-toc, doit nous dire le poème, toujours avec le même rythme, la même élégance imperturbable (excepté le passage parlé de la mouche).

Ce qui nous emmène à mon dernier point. Le langage doit être le plus simple et le plus naturel possible. Éviter le langage figuré, à paillette. On veut dire quelque-chose ? On le dit clairement. Avec finesse, avec beauté, mais surtout avec simplicité.

Le poème ici fait défaut sur ces quatre points. Quatre points qui auraient été impardonnables, s'il n'avaient pas été suivis, pour la plume de Racine.

L'idée du poème n'est pas mauvaise, la fable pourrait être agréable à souhait, mais l'inconstance du style gâche à peu près tout le plaisir de la lecture. C'est bien dommage.

   Anonyme   
12/1/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
A première vue, on peut trouver dommage d'avoir voulu faire du La Fontaine. Mais lorsqu'on sait les raisons qui ont fait germer ce texte, (et le résultat qui a suivi) on ne s'en étonne plus.
Le sujet est excellent, et la morale, bien que bien écrite, n'est pas indispensable (hors concours).
Il me semble que la locution adverbiale "en tout point" est invariable.

   Miguel   
12/1/2012
Je vous invite à me rejoinde sur notre coin de tranquillité pour les auteurs, afin d'y continuer cet intéressant échange.

   David   
17/1/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour MichelMartinez,

Pour la forme, je trouve que les alternances sont trop peu marquées : je compte 14 rimes alternées au sens classique du terme mas non pas à l'oreille, 5 vers finissant sur des voyelles, puis 4 vers sur des consonnes, 7 vers en voyelles et les 14 derniers vers sur des consonnes. Ça ne détonne pas tant dans un choix de jeu de rimes lui-même assez libre, elles peuvent être double ou triple, embrassées, suivies ou alternées. Je ne choisirais pas entre l'effet d'un carillon ou d'une cacophonie, mais il me semble que plus d'ordre aurait rendu les vers plus musicaux. De même pour les variations de mètre de quelques octosyllabes au milieu des alexandrins plus nombreux, sans jeu bien défini.

Non, l'effet n'est pas cacophonique au final, mais le rythme l'emporte un peu sur la musique à mon goût, pour un texte que je trouverais plus proche de la tirade d'une scène de théâtre que d'un poème, un de ceux qui voudraient "de la musique avant toute chose".

Pour le fond, je ne vais pas me gêner pour prendre non seulement le parti de la mouche, aussi ingrat soit son rôle, mais aussi celui du "faiseur" et "barbouilleur", c'est quand même un comble de les comparer ainsi à des artistes plus institués, institutionnalisés même.

En effet, comment un vivant pourrait égaler un mort, comment une œuvre qui vient de naitre pourrait trouver la même grâce qu'une autre célébrée par le passage du temps, nourrie par la culture, l'enseignement, et toutes les variantes qu'elle a pu faire croitre autour d'elle et qui la nourrissent en retour.

Comment reconnaitre la fleur dans le fumier qui fera germer sa graine, comment reconnaitre le fruit dans la charogne qui nourrira
les racines de son arbre. C'est bien la question du génie, du talent, qui ne peut se célébrer véritablement que par les générations succédant à l'artiste et à son œuvre.

Si ces générations futures ont le bon goût d'oublier les médiocrités, elle devient bien une épreuve commune aussi bien aux futurs génies, qui n'en sauront rien véritablement, qu'aux autres pionniers.

Des abeilles se contentent de pâquerettes alors que certaines mouches permettront la floraison de superbes orchidées ; la beauté n'est pas que pour les vivants, elle est aussi pour ceux d'après, c'est bien ce que m'inspire cette fable.

   funambule   
17/1/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Souligner son propre plaisir n'est point argumenter... et chipoter sur le détournement d'un écosystème à chaque chose utile serait j'en conviens hors de propos. Humour, "subversivité" de ce dernier qui se paye le luxe d'un vocabulaire... heuu... chiadé pour une mise en scène millimétrée dont les dieux eux-mêmes ne sauraient prendre ombrage. Une pépite à cheval sur les temps!

   Fanch   
19/1/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Au-delà de l'histoire et de l'humour qui s'en dégage et que j'apprécie (j'aurais aimé qu'elle soit au programme de mes années d'école...!), je trouve la construction littéraire parfaite (choix des mots, conjugaison, etc.), ce qui est essentiel dans ce genre d'excercice, je pense, pour prétendre au "classique"

   marogne   
21/1/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je ne vais pas essayer de commenter un texte déjà si savamment analysé. Mais je voulais juste témoigner du plaisir que j'ai eu à le lire, et qu'importe si la morale peut relever de Janus, dans la vraie vie, qu'on l’apprécie ou non, tout n'est pas sur le même plan....

En tout cas cette fable, a mérité d'être sélectionnée par le comité!

   caillouq   
24/1/2012
De l'efficacité de la publicité: la récurrence du forum dédié à ce poème a fini par me faire venir ici. Petite déception ("petite", parce que n'étant pas outre mesure attiré par la poésie, je n'en attends pas grand-chose).
Au point de vue fond, je m'attendais à plus vachard.
En fait, les quatre lignes de la morale arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, mais le côté provoc (ou donneur de sens) ne parvient guère à renforcer mon intérêt pour le coeur du texte. Taper sur une mouche parce qu'elle aime la merde ne m'amuse pas plus que ça, et j'ai trouvé l'abeille bien prétentieuse.

Sur la forme, il m'a fallu relire plusieurs fois le deuxième vers pour me convaincre qu'il s'agissait bien d'un alexandrin. Les pieds en sont bien cachés, c'est dommage pour le rythme.
Je ne suis pas non plus convaincu par le passage aux octosyllabes qui retranscrit le discours de la mouche. J'ai commencé par chercher les pieds, puis j'ai compris l'intention. Elle serait peut-être plus claire (et donc la réalisation moins entravante) avec un saut de ligne.

Autres écueils:
- les parenthèses ( "(qu'on me dénie)" ). Bof, dans un poème, mais faut pas être sectaire.
- "N'ai-je pas comme elle un doux chant ?" (il y aura certainement des gens beaucoup plus calés que moi pour expliquer pourquoi ça sonne si bancal après les deux vers précédents)

Je n'ai pas compris non plus le "Mais voici qu'au coeur de la ville" incongru. Pourquoi ce retour à l'octosyllabe pour un vers unique alors que la mouche a fini de parler ?

Après, c'est plus fluide jusqu'à la fin. Plus conforme, probablement, au modèle que l'auteur a voulu se donner.

(edit au cours de la lecture des autres comms: tiens oui, il y avait encore un autre octosyllabe planqué (pourquoi ?). M'a pas gêné, celui-là. Comme quoi.)

   Wencreeft   
11/2/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

Votre fable m'a assommé. Tout est si parfait que cela en devient indécent !
Le rythme est bon, les mots sont justes, la prosodie est finement ciselée, les images sont élégamment tournées. Le fond est drôle, et chaque vers sonne comme une maxime ! On a l'impression que chaque vers à sa place, et qu'aucun autre ne pourrait le remplacer.

Vous aurez compris que j'adore.
Mes sincères félicitations !

   sousmarin   
19/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
L’important dans une fable n’est pas seulement la technique ou la morale mais la réflexion qu’elle suscite. Et là, elle n’en suscite aucune…elle acène comme morale une différence de « naissance » qui ne pourra jamais être comblée et une différence de talent qui se mesure à la célébrité historique…le tout en prenant comme héro l’abeille et comme méchant la mouche ; il est vrai qu’il est plus facile de taper sur les faibles (mouches, chansonnier, barbouilleur) plutôt que sur les puissants…
En un mot, elle est conservatrice.

Elle est correctement écrite mais avec pas mal de maladresses techniques (qui ont été largement citées précédemment) et un monologue de la mouche (qui ne pique pas !) qui frise la niaiserie. L’abeille est-elle si bête qu’elle ne peut que travailler ? Quant aux dieux, ils se contentent de ricaner, oubliant que les plus belles fleurs viennent du plus vil fumier…

La fable n’est pas qu’un outil, elle doit nous toucher, ouvrir des portes, s’attaquer aux idées reçues, prendre le lecteur à contre-pieds et non flatter son ego qui, bien entendu, ne se comparera pas à la mouche ou au barbouilleur…
D’une certaine façon, on peut renvoyer à cette fable sa propre morale : Ne pas céder à la facilité !

   CharlesVerbaud   
27/10/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Comme dit plus haut, la hiérarchisation de la mouche et de l'abeille n'est sans doute plus d'actualité, contrairement à ce qu'elle a pu être pour La Fontaine. Elle est cependant utile au propos, la conclusion est fort intéressante et juste.

Vous faites une fable comme la Fontaine, en véritable vers libre, c'est-à-dire en vers régulier mais hétérométrique. Les entrelacement de rimes relèvent aussi du genre.

Vous gagneriez sans doute en facilité de lecture en décalant d'une ou deux tabulations vers la droite les octosyllabes, pour les différencier des alexandrins, comme c'est l'usage en édition.

J'aime beaucoup, le style n'est ni emprunté, ni précieux. De l'aisance et de l'ampleur.

   fugace   
22/11/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je me suis crue en face de Jean de la Fontaine !
C'est sublime, tout simplement.
L'auteur a du se se faire un trés trés gros plaisir en écrivant cela, et pour ma part, j'en ai eu énormément à le lire.

   jfmoods   
22/3/2018
Cette fable est composée d'une strophe de 26 vers développant l'action et d'un quatrain faisant office de morale. L'alexandrin de rigueur est remplacé, aux vers 5 à 11, 17 et 22, par des octosyllabes. Les rimes, embrassées, croisées et suivies, suffisantes et riches, sont majoritairement masculines.

"Je me sers d'animaux pour instruire les hommes." (La Fontaine)

La fable a pour fonction d'exalter la vertu et de dénoncer le vice. Le poète s'y emploie ici avec succès en mettant en scène une abeille modeste (litote : "Peu sensible aux honneurs"), industrieuse (métonymie : "sa hâte zélée"), au travail noble ("son précieux butin") et une mouche prétentieuse (questions réthoriques des vers 5 à 11 assorties de comparatifs : "Plus qu'à moi-même", "autant qu'elle", "comme elle"), paresseuse ("grasse de sanie"), à l'activité écoeurante (groupe nominal élargi : "Ornement incongru d'un paisible trottoir", gradation : "S'y plaît, s'y plonge", ironie mordante : "tant de splendeur").

Le jeu antithétique (vers 1 : "la louange des dieux" / vers 24 : "L'hilarité des dieux") et l'écho des discours directs mettent en exergue un regard sans concession. La morale de la fable, en procédant à l'assimilation des animaux et des hommes (litote : "ainsi plus d'un mortel"), signe une condamnation sans appel.

Merci pour ce partage !

   Mokhtar   
23/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un commentaire de Jfmoods redonne vie à cette très belle fable de Miguel. Texte qui appartient, à mon goût, à la fleur de la bibliothèque onirienne.
Le "à la manière de" est plus que crédible, tant le travail effectué sur les tournures, et sur le vocabulaire, fait illusion.
Cerise sur le gâteau, ce texte a fait l'objet d'un forum incroyable, où nombre de fines plumes, d'exégètes minutieux, de coupeurs de cheveux en quatre, se sont mis à jouter sur le thème de la fable.
Le tout sans animosité, mais avec convictions affirmées, et surtout une expression soignée de haut niveau littéraire.
Si vous avez une bonne heure devant vous...


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