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Poésie classique
Miguel : Je l'eusse cru du roi
 Publié le 18/06/14  -  25 commentaires  -  1255 caractères  -  424 lectures    Autres textes du même auteur

Quand le jugement intellectuel est au-dessus de toute autre considération.


Je l'eusse cru du roi



L'honneur de ce métier, le glorieux Malherbe,
Ce chêne auprès duquel nous sommes tous brins d'herbe,
Moins adroit courtisan qu'intraitable censeur,
Jusque sur Henri Quatre exerçait sa rigueur.
Les dieux, dans le berceau de ce grand politique,
N'avaient point déposé le rameau poétique,
Et les plus durs efforts du plus juste des rois
Donnaient leur quintessence en des vers maladroits :
Ce n'étaient qu'hiatus, lourdeurs, dysharmonies,
Vocables des faubourgs et rimes mal finies,
Et l'immortel auteur des plus beaux vers français
Riait insolemment de ces tristes essais.
Tant qu'un jour le bon roi, croyant y voir malice,
Pour s'en venger un peu conçut cet artifice ;
Rirait bien cette fois qui rirait le dernier.
Fier d'un sonnet conforme à son art coutumier :
"Allez montrer, dit-il à quelque gentilhomme,
À Malherbe ces vers ; mais présentez-les comme
De votre invention, car, s'il en sait l'auteur,
Il se croira tenu de faire le moqueur."
Le sieur prend le sonnet, va trouver le poète.
Le vieux maître le lut et, relevant la tête :
"Monsieur, soupira-t-il, renoncez ; par ma foi,
S'il n'était point de vous je l'eusse cru du roi."


 
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   KIE   
29/5/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
"Ce chêne auprès duquel..."
Question. Est-ce une comparaison hyperbolique ou une contre-litote ?
Va pour la rime poète / tête (une courte, une longue), mais la désinence "eur" en classique strict exige la consonne d'appui (censeur / rigueur ; auteur / moqueur).

Pour le reste c'est d'une belle tenue.

Une précision : Malherbe n'avait aucun mérite à repérer les sonnets du roi puisque ce dernier les rédigeait avec l'accent du sud-ouest.

   Arielle   
30/5/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un royal pamphlet sous forme de fable qui sans être révolutionnaire dans sa forme se laisse lire avec plaisir comme un de ces beaux textes classiques que prônait Malherbe.
Sympathique et sans flagornerie

   Robot   
1/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une fable bien conduite. Pas de vers inutiles comme on en trouve parfois poussés par la rime. On prend le temps de s'amuser à l'histoire qui ne s'écarte pas de son objet. Un bon moment de lecture. Juste une légère critique: on s'attend tellement à ce que Malherbe rime avec herbe qu'on est déçu que vous n'ayez pas trouvé une autre possibilité.

   socque   
2/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je trouve l'anecdote amusante et vraiment bien troussée. Est-elle authentique ? Peu importe, "se non è vero, è bene trovato". Excellent dernier hémistiche, vous avez bien fait de le prendre pour titre, je trouve. C'est drôle !

Sinon, ben, c'est de l'anecdote ; ça m'a fait plaisir de la lire et j'ai vraiment aimé la manière dont vous la décliniez. Les rimes m'ont plu, les vers coulent avec naturel, vous n'avez pas distordu la syntaxe pour faire entrer les syllabes au chausse-pied. Ce n'est pas si facile ! Du beau travail, pour moi.

   Pimpette   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Que c'est bon et drôle!
Est-ce une histoire vraie?
Peu importe d'ailleurs car"si non e vero, e bene trovato" :-)))

On sujet bien torché, enlevé, sans chichis,que demander de plus pour commencer la journée?

   Anonyme   
18/6/2014
Salut Miguel

Si je ne craignais d'être modéré, je me contenterais de dire : Waou !
Dans son extrême concision, cette interjection exprime avec fidélité l'état dans lequel je suis après avoir lu cette savoureuse anecdote.

Quelle bonne idée d'emprunter le style de Malherbe en personne pour nous la narrer !
Tu es passé maître dans l'art de composer des alexandrins respectueux des règles édictées par le grand homme et voue au classicisme une admiration bien méritée.
Tu es donc ici, quasiment dans ton jardin.
La plume est alerte.
La chute est piquante.

Miguel, c'est un plaisir raffiné que tu nous offres ce matin.
Je t'en sais gré et te tire bien bas mon chapeau.

   Hananke   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour

Un joli poème classique en forme d'anecdote mais qui pose
une vraie question : un texte, un tableau, tout oeuvre sera jugés
différemment suivant que l'on connaisse l'auteur ou pas.

Pas de vers exceptionnels si ce n'est le :

Ce chêne auprès duquel nous sommes tous brins d'herbe,

Une coquille à triste ( mrs les correcteurs !!)

Au final, un texte amusant et bien conté.

   chVlu   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
scotché,
une technique respectée, une idée qui ne l'est pas moins de bout en bout, un peu de dérision et d'amusement, du fond aussi... Que manque-t'il ?
Rien, me direz vous, détrompez vous en raclant bien les fonds de tiroir j'ai trouvé quelque chose qui n'y est pas, du sang et des larmes. En même temps force est de reconnaitre que c'eut été de trop.
J'ai aimé croire qu'un clin d’œil à quelques "injustices de la censure" ici, parfois, là, souvent, dénoncées est présent en filigrane.

C'est fin, la lecture se fait d'une traite sans accros, le ton est juste, la métaphore n'est pas oubliée.

Chapeau bas Miguel, s'il n'était point de vous je l'eusse cru de Malherbe. Dans votre grande humilité vous ne l'avez pas disposé en strophes qui auraient pu en faire un double sonnet

   Francis   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'alexandrin au service d'une belle poésie qui se lit comme une fable.
La construction du texte rend la lecture agréable jusqu'à la chute.

   pieralun   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Du très bon !
Extrêmement bien tourné, de l'élégance jusque dans la touche humoristique.
La poésie s'extrait aux vers 2, 6,10, et 4 derniers vers.
Michel, quand tu écris comme cela.......

   Damy   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un vrai régal, Miguel, avec, au dessert, un grand rire sucré !
Je suis admiratif de votre grande maîtrise de la forme et de votre talent de conteur.
Merci beaucoup pour ce succulent moment de lecture qui vaut bien toute poule au pot.

   merseger   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une bien jolie anecdote pleine de malice, digne de l'esprit réputé de notre bon Henry IV, lequel, parfois n'était pas aussi raffiné qu'on aurait pu l'espérer. Le vers classique s'inscrit bien dans son contexte et souligne la malice du fond. Voic iune bien belle écriture où je ne regrette aux vers 17/18,
""Allez montrer, dit-il à quelque gentilhomme,
À Malherbe ces vers ; mais présentez-les comme..."
que la redondance de la préposition à qui a première lecture crée une ambiguité vite levée heureusement.
Qu'il est agréable par les temps qui courent de lire un texte où le fond limpide s'exprime dans une forme sans reproche.

   Anonyme   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Miguel,

Dans la collection Miguel, je mets ce texte tout en haut, doré sur tranche. C’est dans ce registre que je vous préfère, et je crois que c’est celui dans lequel vous écrivez le mieux.

La fable est un exercice que j’aime également pratiquer, et j’en connais donc toute la difficulté. Ma note correspond tout simplement à ma reconnaissance de votre talent et de votre savoir-faire. J’aurais aimé l’écrire.

Votre maîtrise de la langue vous permet de la tourner aisément dans le style qui convient, et votre sens de la narration s’exprime au mieux dans ce texte. Les personnages sont bien caractérisés en quelques mots, Malherbe profitant de votre admiration immodérée à son égard : « Et l'immortel auteur des plus beaux vers français ». J’avoue ne pas bien le connaître (j’en suis resté à : « Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses/L’espace d’un matin »), mais je vous fais confiance.

Vous instillez également un humour à taquiner les rois, et la chute est à enseigner dans les écoles pour montrer qu’on peut être cruel tout en pratiquant un bon français.

« Sa mère !...
S'il n'était point de vous je l'eusse cru du roi." »

Demandez-donc à vos élèves de s’insulter comme ça.

Ludi
qui écrit comme Henri IV et note comme Malherbe.

Ps : il me semble plus correct de ponctuer : plutôt que ; à la fin du vers :
« Pour s'en venger un peu conçut cet artifice ; »
puisque les deux points ouvrent l’énoncé de l’artifice en question.

   Anonyme   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut Maitre Miguel et un grand merci pour ce morceau d'anthologie !

Loin des mœurs de ce siècle où s'accroissent les vices,
L'oisive nonchalance et les viles caprices,
Qu'il est bon de trouver sous ta plume un tel art
Qui ramène à Malherbe ou Monsieur de Ronsard...

Je fais rarement dans l'Exceptionnel mais ici le superlatif est de mise...

   emilia   
18/6/2014
Une fable savoureuse et bien agréable à lire qui nous fait revivre le temps d’une lecture le ton d’une époque où s’exprimer en vers classiques faisait partie de la culture, de l’élégance en société, avec la pratique d’un langage soutenu et civilisé…, digne d’une pièce de théâtre, donnant aux lettres françaises tout leur panache…, certains diront de façon maniérée, mais quel privilège de maîtriser l’art et la manière de conter !
Nul, ici, n’a pu vous en faire le reproche, même si cela paraît aujourd’hui bien décalé… ; le mérite en revient à votre talent qui fait preuve d’une belle unanimité à laquelle je me joins volontiers afin de vous en féliciter ; la leçon de cette fable, donnée ou reçue, vaut son pesant d’humour et de finesse, à l’égal de votre dernier vers…

   HELLIAN   
18/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Décidément, ça cartonne fort aujourd'hui chez les Oniriens. Je viens de lire la nouvelle dont Framato nous a honoré et je me régale aussitôt de ce poème classique superbement Troussé. Style élégance, facilité et humour, que demander de plus, Cher Miguel ? J'ai malignement envie de dire un sujet plus actuel concédant moins à l'anecdote, mais je serais mauvais joueur. Allez c'est ma tournée, ce soir, je te décerne volontiers un exceptionnel !

   stony   
20/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J'aime beaucoup lorsque la poésie raconte une histoire, comme ici lorsqu'elle amorce une chute amusante mettant à mal cette fameuse subjectivité qui confondrait tous les détracteurs.

C'est marrant. L'autre jour, Ludi m'envoie une nouvelle par MP, je la lis, avec grand peine et presque jusqu'au bout. "Qu'en penses-tu ?", qu'il me questionne. Je prends mon courage et mon objectivité à deux mains (une pour chaque) : "Ludi, je n'aime pas être impoli, mais si je ne l'avais reçue comme de ta plume, je l'eusse crue de Widjet". Ludi est un brave type, il aura essayé.

J'ai connu une légère contrariété au passage des vers 21 à 22, lorsque le passé simple à succédé au présent. Autant j'ai aimé plonger dans le présent, autant j'aurais aimé que l'on y restât, ce qui aurait été possible sans altérer le nombre des syllabes.
Petite réflexion personnelle... toute subjective.

   Lyl_mystic   
20/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Même si la fable n'est pas vraiment l'exercice poétique que je préfère, je dois avouer que les vers ont de l'allure et la lecture est à la fois agréable et et tout à fait fluide. La chute est particulièrement réussie et a quelque chose de marquant.

   TOTO   
21/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Salut c'est TOTO

Devant tant de louanges, je m'attendais à un poème exceptionnel, las, je reste sur ma faim et TOTO a grand appétit.
Bon, évidemment, nous sommes tous brins d'herbe, beau vers
mais relativement facile à créer avec un bon dico de rimes :
celles en herbe ne sont pas légions.
L'immortel auteur des plus beaux vers français me laisse perplexe :
Enfin Malherbe vint, ce fameux demi-vers de Boileau ne doit pas
nous faire oublier tous ceux qui suivirent et ils sont nombreux.

Mais le plus grand tort de ce poème est sa prévisibilité : il ne peut avoir d'autres fins.
Quelques rimes justes aussi pour une catégorie classique :
coutumier, dernier, censeur, rigueur.
Voilà, j'espère que vous ne m'en voudrez pas de verser
quelques bémols sur ce "chef d'oeuvre" et de le ramener
a de plus justes proportions.

   Cox   
12/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je commence par un incontournable salut à la forme,du classique très "clean", qui ne se laisse pas tenter par les constructions alambiquées ou les lourdeurs jurassiques que l'on emploie parfois pour réussir à concilier le fond et l'exigence de la forme. Bref, un art très maîtrisé de ce côté.

Pour le fond, je trouve la fable sympathique, et forcément agréable vu l'habileté de ta plume, mais je reste un peu sur ma faim et sur ta fin. peut-être est-ce justement ce ton un peu didactique, un peu La-Fontainesque qui me laissait attendre une chute pleine d'inestimable sagesse. Au final c'est juste une petite anecdote plaisante, ce qui m'a un peu laissé perplexe. Ce ne serait pas gênant en soi, mais comme je disais il y a un je ne sais quoi dans le poème qui fait que la chute m'a un peu déçu...

Mais il n'en reste pas moins impressionnant et agréable à lire !

   RB   
12/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Après tant de commentaires, je n'aurai vraiment pas grand chose à ajouter sur l'aspect littéraire de ce magnifique monument.
Je voudrais juste -impertinemment...- proposer une réécriture de l'incipit qui, je trouve, sembler ici limiter exclusivement le champ d'action potentiel de la poésie au niveau intellectuel :
et si l'appréciation subjective allait au-delà de tout autre considération ?

   Anonyme   
28/9/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
merveilleuse lecture, qui m'a bien fait rire! si je veux etre pointilleux, je dirais que la mise en page est un peu hermetique, ca n'enleve rien a la qualite du texte qui est bien ficelle!

   luciole   
5/2/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une anecdote piquante narrée en vers savoureux. J'aime beaucoup.

   Rain   
20/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Il faut sortir du lot de chiffons ce diamant enrobé de soie.

Une merveille ! Un exemple pour tous.
Je le remettrai régulièrement à la "une".

La chute est digne du plus beau sonnet et d'un efficace pamphlet, malgré le titre dénonciateur.

   jfmoods   
21/9/2016
Cette petite histoire plaisante de 24 vers à rimes suivies, riches ou suffisantes, alternativement féminines et masculines, est composée de deux parties d'égale longueur.

I) Deux illustres personnages

1) Un poète exigeant

La litote du vers 3 ("Moins adroit courtisan qu'intraitable censeur") met en évidence la rigueur inflexible d'un poète considéré comme le plus brillant, le plus représentatif de son époque (antithèse : "chêne... brin d'herbe", groupes nominaux élogieux : "le glorieux Malherbe", "le vieux maître", périphrase éminemment laudative : "l'immortel auteur des plus beaux vers français").

2) Un monarque rimailleur

Roi particulièrement estimable (groupes nominaux : "ce grand politique", "le bon roi", superlatif : "du plus juste des rois"), le "Vert galant" est un bien piètre poète (litote : "Les dieux... / N'avaient point déposé le rameau poétique", groupe nominal : "vers maladroits", énumération pénible : "hiatus, lourdeurs, dysharmonies / Vocables de faubourgs et rimes mal finies").

II) Un subterfuge qui fait long feu

1) Le recours à un homme de paille

Le monarque entend bien confondre la mauvaise foi supposée de Malherbe à son égard (proverbe transféré du futur au conditionnel : "Rirait bien cette fois qui rirait le dernier."). Il invite donc un courtisan (groupes nominaux : "quelque gentilhomme", "Le sieur", titre : "Monsieur") à endosser la paternité du sonnet (diérèse : "de votre invention"), espérant ainsi se faire adouber par le grand poète.

2) L'arroseur arrosé

Cependant, comme le précise si ingénument le vers 16, le sonnet du roi est "conforme à son art coutumier". Il présente donc les défauts de composition rédhibitoires caractéristiques de son auteur. Difficile d'imaginer qu'un poète aussi ferré à glace puisse ne pas en reconnaître le style (conditionnel passé deuxième forme donnant son titre au poème : "je l'eusse cru du roi").

Comme disait l'autre...

"Franchement, il est bon à mettre au cabinet." ;-)

Merci pour ce partage !


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